Épinal - Caen (Ligue Magnus, 7e journée)

La victoire... et c'est tout !

On voyait mal comment les Drakkars de Caen, bons derniers du classement, pouvaient espérer rentabiliser leur déplacement à Poissompré. Mais croire que la vague orange des Gamyo allait aisément submerger cette lanterne-rouge récupérant son capitaine Thibault Geffroy, mais devant toujours composer sans Ryan Barlock et surtout Thiery Poudrier, son indispensable maître à jouer (qu'une blessure au genou prive de compétition depuis le début de la saison), revenait à sous-estimer les capacités d'une formation habituée à lutter contre vents et marées. Et excellant visiblement dans l'art de fermer le jeu...

DUPONTCe sont donc des Drakkars ultra-défensifs, souvent retranchés dans leur camp et toujours bien regroupés devant leur solide gardien qu'ont affronté des Spinaliens dominateurs et entreprenants, mais totalement incapables d'accélérer ou de développer leur jeu. L'échec-avant des attaquants normands, aussi contrariant qu'incessant, couplé à de bons placements et à la rigueur sans faille des défenseurs, a contribué à une tisser une toile dans laquelle les Gamyo se sont empêtrés... comme le souhaitait sûrement Luc Chauvel, l'entraîneur normand, parfaitement conscient de ne pas disposer du potentiel offensif, ni de la grande profondeur de banc (et encore moins de la profusion de talents) dont bénéficie son homologue spinalien !

Malgré leur extrême frilosité (et seulement seize tirs cadrés), les visiteurs ont tout de même trouvé le moyen d'obtenir un penalty (raté par Chauvel), une belle échappée (manquée par Gauthier), deux poteaux (sur des tirs à la bleue de Gyesbreghs et Doyle) ainsi qu'une énorme occasion à bout portant (qu'Hočevar dut enrayer au nez et à la barbe de Metais, pourtant parfaitement servi par ce diable de Gauthier). Sans parler de ce rebond capricieux, contre la balustrade, qui permit à Mathias Arnaud d'inscrire le seul but caennais d'une soirée qui ne restera pas dans les annales de Poissompré.

PLCH dans la defenseLes hommes de Philippe Bozon ont donc longtemps cherché la faille sans la trouver, éprouvant les pires difficultés à véritablement inquiéter Michael Dupont, qui n'a pas manqué d'occupation mais aura essentiellement essuyé des tirs lointains et dégagés.

Tout avait pourtant idéalement commencé pour les favoris de Poissompré, comme toujours emmenés par les automatismes de leurs "P-P flingueurs". Michal Petrák et Ján Plch parvenant à combiner pour franchir l'hermétique rideau défensif et ainsi poser le jeu. Le vétéran slovaque finissant par son vieux compère tchèque, parvenu à se démarquer au second poteau (1-0 à 03'49").

Le plus dur est fait, pense-t-on, surtout qu'Épinal poursuit sur sa lancée en gardant le monopole le palet. Mais faire le jeu, contre une équipe attentiste n'aspirant qu'à vous faire déjouer, peut s'avérer risqué. Surtout lorsqu'elle compte en ses rangs un poison nommé Jean-Christophe Gauthier, qui allie vivacité, technicité et ténacité et se bat, comme un mort de faim, sur tous les palets. Le petit ailier québécois, diablement remuant, gratte ainsi le puck dans l'arrondi et remettre en retrait sur Vadim Gyesbreghs, l'imposant défenseur flamand, qui envoie son tir flottant sur la transversale d'Hočevar (05'13").

La supériorité intrinsèque d'Épinal est évidente mais les efforts déployés par ces Drakkars décidés à ne rien lâcher limitent les possibilités. Les occasions ne sont pas légion malgré quelques belles situations devant cette cage si bien gardée par Michael Dupont, le portier canadien né en Suisse (à Bienne où son père, ex-NHLer, faisait trembler les filets), qui essuie sans coup férir cette pluie de lancers. L'ancien gardien brestois détourne ainsi la reprise d'Aziz Baazzi (06'09"), puis l'essai de Maxime Moisand (07'07"), consécutif à une belle entrée en zone de Michal Petrák et Ján Plch, tout près de doubler la mise sur un gros rebond (bien placé mais bousculé par un défenseur caennais, 07'42").

S'ils s'avèrent incapables de garder le contrôle du paleLEONELLI Nicolast en zone offensive, les Normands vont toutefois parvenir à s'installer à la faveur d'une première supériorité (11'53")... permettant au néo-Gamyo Nicolas Leonelli de faire parler sa vitesse et son engagement, qui le rendent si précieux dans l'échec-avant ! L'ailier suisse a contribué à écarter un danger finissant par revenir, sous la forme d'un tir lointain de Nicolas Deshaies (13'11") "facilement" capté par un Andrej Hočevar très peu sollicité. Mais suffisamment réactif, devant Fabien Metais, pour ne pas mordre dans la feinte du jeune attaquant caennais (13'56").

S'appuyant sur les lancers (trop souvent non cadrés) d'Alain Goulet, le jeu de puissance spinalien se montre beaucoup plus menaçant. Un tir lointain du grand défenseur canadien provoque d'ailleurs un chaud rebond, puis un énorme cafouillage devant la cage (16'30") avant que Michal Petrák, idéalement par Vincent Kara, ne frappe à bout portant, d'un tir rasant détourné par un Michael Dupont répondant inlassablement présent (16'56"). Tout comme Andrej Hočevar, livré à lui-même sur un palet dégagé par Charlie Doyle, que Jean-Christophe Gauthier n'aura pas manqué de récupérer. Une échappée parfaitement endiguée par l'international slovène, bien sur ses appuis pour frustrer l'attaquant canadien, venu le défier en duel singulier (17'52").

Sans un Hočevar aussi inspiré, les Drakkars auraient donc pu réaliser un hold-up parfait. Mais au lieu de ça, les Normands vont aborder le deuxième tiers avec une contrariété supplémentaire. Erwan Pain, touché dans un duel en zone offensive, devant prématurément regagner son banc (20'25"). Une indisponibilité (heureusement) passagère ayant contraint Luc Chauvel à promouvoir Roberto Gliga au côté de Fabien Metais et Jean-Christophe Gauthier. Thibault Geffroy remplace temporairement l'international roumain au centre d'un deuxième trio complété par Brice Chauvel et Mathias Arnaud.

METAISPas de quoi bouleverser la physionomie d'une partie s'apparentant toujours autant à un match attaque contre défense. Une opposition de style entre des Vosgiens contrôlant totalement les opérations (mais manquant cruellement de finition) et des Calvadosiens procédant en contres, comme sur cette accélération de Chauvel trouvant Doyle démarqué à l'opposé, qui tire toutefois dans les bottes du gardien (23'39").

S'enlisant inexorablement dans le faux rythme normand, les Gamyo balbutient leur hockey par moments et peinent toujours autant à se créer des chances de marquer. Ce n'est pourtant pas faute d'essayer. Anže Kuralt va pourtant faire la différence, d'une accélération plein axe suivie d'une remise destinée à Ken Ograjenšek, qui tire du poignet. Sans danger pour Dupont, qui brandit sa mitaine (24'53") et récidive, peu après, en détournant du bout du gant ce tir croisé à mi-hauteur décoché par Kuralt (bien servi par Valier, 28'05").

Le plus dur est à venir pour le gardien caennais, ensuite soumis au feu nourri d'un powerplay doublé, pour une trentaine de secondes, par l'incarcération de Deshaies (31'12"). Et si la première pénalité (d'Alexandre Palis) sera tuée, la seconde sera elle exploitée. Aziz Baazzi, à la pointe, armant un lancer imparablement dévié par Ján Plch, bien placé dans la zone de vérité (2-0 à 31'50").

À force de subir, les visiteurs ont donc fini par craquer. Mais qu'en aurait-il été sans ces pénalités qui auront permis aux Gamyo de bâtir leur succès ? La question mérite d'être posée après cette troisième réalisation signée Pierre-Charles Hordelalay, libre de tout marquage sur la droite de la cage, qui aura profité d'un excellent travail préparatoire d'Anže Kuralt (en supériorité) pour nettoyer le haut du filet (3-0 à 34'30").

OGRAJENSEK Ken1Épinal, qui ne trouve pas la solution à forces égales, fait donc la différence en supériorité numérique. Sur jeu placé, où Ken Ograjenšek, qui gravite autour du cercle d'engagement gauche, est toujours prêt à dégainer. L'ailier slovène, indissociable d'Anže Kuralt (son meilleur ami dans la vie qui, lui, rôde près du filet en powerplay), n'a pourtant guère d'occasions de lancers, gêné par le déploiement du box-play normand. Mais il parvient tout de même à frapper un tir puissant rasant le montant (38'15"). Contrairement au blueliner Alain Goulet, qui se verra contré, à la bleue, par le jaillissement d'un Brice Chauvel ne se faisant pas prier pour s'échapper. Le défenseur canadien, doué d'une grande mobilité, parvient néanmoins à se rattraper mais son retour, jugé illicite, engendre un tir de pénalité (38'45"). Un duel finalement perdu par Chauvel, qu'Hočevar est parvenu à "enfermer" sur le petit côté...

On se dit alors que la victoire ne devrait pas échapper aux Gamyo, qui ont su creuser un écart préservé par un Hočevar des grands soirs. Le gardien slovène peut même raisonnablement espérer blanchir ces Drakkars toujours aussi combatifs, mais paraissant désespérément inoffensifs. Une impression vérifiée tout au long d'une soirée que les Normands auront passé à beaucoup plus défendre qu'attaquer, sans jamais lésiner sur l'échec-avant. Des efforts finalement récompensés... avec beaucoup de réussite, il faut bien l'avouer ! Une passe mal ajustée, en zone défensive spinalienne, pousse Peter Valier à dégager contre la bande (derrière la cage) un puck rebondissant étrangement pour revenir... au beau milieu de l'enclave ! Mathias Arnaud, qui n'en demandait pas tant, ne rate pas l'occasion d'expédier la rondelle en pleine lucarne (3-1 à 44'58")...

GLIGACe coup de sort ne change pas le cours d'un match peinant décidément à s'emballer. Les Drakkars, qui font avec les moyens du bords (s'évertuent encore et toujours à contenir les assauts spinaliens) sont il est vrai bien aidés par les ratés d'un trio Kuralt-Valier-Ograjenšek multipliant les mauvais choix. Les deux Slovènes, qui n'ont de cesse de se rechercher, pèchent trop souvent par excès d'altruisme là où Valier peine à lâcher le palet... et se montre excessivement individualiste dans ses actions !

Anže Kuralt et Ken Ograjenšek, pourtant tous deux dotés d'un très bon lancer, manquent donc cruellement de spontanéité. Ils pourraient apporter beaucoup plus à une attaque spinalienne sevrée d'espaces par des Normands touchant une nouvelle fois les montants sur un tir lointain (et complètement excentré) de Charlie Doyle (51'22"). Une dernière pénalité d'Erwan Pain (coupable d'avoir fait trébucher Petrák, 56'01") tuée par les Caennais incitera Luc Chauvel à jouer le tout pour le tout. Et à sortir Dupont. C'est donc une cage vidée de son occupant qu'aura doublement raté Peter Valier, servi trop tardivement par Ken Ograjenšek (qui a encore fait la passe de trop, 59'42")... et incroyablement maladroit au moment de finaliser (59'58") !

KARA VincentUn but en cage vide aurait pu donner plus d'ampleur à une victoire méritée, qui laissera un petit goût d'inachevé. Les Gamyo sont il est vrai tombés sur un adversaire n'ayant fait que bétonner tout au long de la soirée. Mais les Drakkars de Caen avaient-ils les moyens de procéder autrement ?

Voués à être prochainement renforcés (l'arrivée d'un jeune défenseur ukrainien testé cet été par Amiens - Vsevolod Tolstushko - devant normalement s'accompagner du recrutement d'un nouvel attaquant), les Normands s'enfoncent dangereusement dans les profondeurs du classement. Mais s'il ne faut décidément pas compter sur eux pour faire le spectacle (rien d'étonnant avec une conception aussi défensive du jeu), il convient de ne pas enterrer trop rapidement cette formation résolument plus travailleuse que talentueuse, fédérée autour d'un objectif commun (le maintien)... qu'Épinal retrouvera en Coupe de France, le mois prochain !

 

Épinal - Caen 3-1 (1-0, 2-0, 0-1)
Samedi 25 octobre à 18h00 à la patinoire de Poissompré. 1 500 spectateurs.
Arbitrage de Jérémy Rauline, assisté de Thomas Caillot et Jérémy Metais.
Pénalités : Épinal 4' (4', 0', 0') ; Caen 14' (4', 8', 2').
Tirs : Épinal 40 (16, 11, 13) ; Caen 16 (6, 5, 5).

Évolution du score :
1-0 à 03'49" : Petrák assisté de Plch et Goulet
2-0 à 31'50" : Plch assisté de Baazzi et Kara (sup. num.)
3-0 à 34'30" : Hordelalay assisté de Kuralt et Ograjenšek (sup. num.)
3-1 à 44'58" : Arnaud

Épinal

Gardien : Andrej Hočevar puis Pierre Mauffrey à 30'08".

Défenseurs : Vojtěch Kloz - Maxime Moisand ; Aziz Baazzi - Gašper Sušanj ; Peter Slovák - Alain Goulet.

Attaquants : Vincent Kara - Michal Petrák (A) - Ján Plch (A) ; Grégory Beron - Matthieu Le Blond - Nicolas Leonelli ; Anže Kuralt - Peter Valier - Ken Ograjenšek ; Pierre-Charles Hordelalay - Yannick Offret (C) - Anthony Rapenne [alternance des ailiers avec Maxime Martin].

Remplaçants : Pierre Mauffrey (G), Nathan Ganz. Absents : Martin Charpentier (commotion), Maxime Ouimet (déchirure à la cuisse).

Caen

Gardien : Michael Dupont (sorti de sa cage à 59'25").

Défenseurs : Vadim Gyesbreghs - Tim Carr ; Nicolas Deshaies (A) - Charlie Doyle ; Martin Ropert ; Jean-Yves Barnes [quelques présences au premier tiers].

Attaquants : Jean-Christophe Gauthier - Erwan Pain - Fabien Metais ; Brice Chauvel (A) - Roberto Gliga - Mathias Arnaud ; Alexandre Palis - Thibault Geffroy (C) - Yohann Robert ; Hugo Damy.

Remplaçant : Quentin Kello (G). Absents : Thiery Poudrier (ménisque), Ryan Barlock (entorse du genou), Damien Grendka, Vsevolod Tolstushko.

Kuralt en action derriere la cage