Présentation de la KHL 2014/15 (IV) : division Chernyshev

La KHL se plaisait généralement à marquer les esprits par un transfuge-phare de NHL chaque été. La situation économique peu favorable en Russie a un peu calmé ses ardeurs, et aucune star à la Kovalchuk n'a été annoncée cette fois. Par contre, un joueur intéressant, jouissant d'une réputation sans tache en NHL, constitue sans doute la recrute de l'été : Vladimir Sobotka arrive à l'Avangard Omsk.

PEREZHOGIN Alexander-30504-382Sobotka est déjà un des meilleurs attaquants tchèques, même s'il est moins connu car il n'a débuté qu'aux derniers Mondiaux après avoir manqué les JO sur blessure à la rotule. Centre très complet et solide dans les deux sens de la glace, meilleur pourcentage de toute la NHL aux mises au jeu, il n'a pas les atours d'une vedette, mais ses qualités sont reconnues de tous. La seule raison pour laquelle il n'est pas resté en NHL, c'est que Saint Louis était coincé par le plafond salarial. Étant agent libre "restreint", il ne pouvait signer ailleurs... sauf à partir dans une ligue où on pouvait le payer à sa juste valeur. Pour garder ses droits, les Blues sont allés jusqu'au bout de la procédure d'arbitrage "par contumace" (Sobotka avait déjà signé à Omsk), et si le Tchèque revient en NHL, ce sera pour un contrat de 2,7 millions de dollars par an, proposition de la franchise du Missouri actée par le juge. Cela risque de ne pas favoriser son retour, car ce salaire risque de s'éloigner de sa valeur réelle déjà plus élevée.

L'Avangard, qui a fait signer Sobotka pour trois ans, s'en frotte les mains. Il a été placé entre le champion du monde Sergei Shirokov et le nouveau venu Denis Parshin, deux joueurs qui avaient déjà évolué sur la même ligne au CSKA et qui ont immédiatement retrouvé leur entente mutuelle sur la glace. Un autre trio d'attaque majeur est constitué du néo-international Dmitri Kalinin, plus jeune capitaine de KHL à 23 ans, et des désormais ex-internationaux Aleksandr Perezhogin et Aleksandr Popov. L'Avangard Omsk a donc un des meilleurs top-6 offensifs de la ligue, en y utilisant un seul étranger.

L'entraîneur finlandais Raimo Summanen compte sur la créativité de ces deux lignes pour faire la différence, et sait disposer aussi de joueurs de devoir comme le centre défensif suédois Tom Wandell. Un des meilleurs gardiens russes, Konstantin Barulin, a été embauché pour tenir le fort.

Reste la défense, dont le leader désigné sur la glace et dans le vestiaire devait être Kristian Kudroc. Le géant slovaque a subi une sévère commotion cérébrale en août lors de la pré-saison, on ne sait pas quand il pourra reprendre le jeu, et le club a préparé une séparation amiable. Cela accroît les responsabilités sur l'autre recrue défensive, le plus petit et plus offensif Erik Gustafsson, qui a choisi de quitter la NHL cet été parce qu'il voulait plus de temps de jeu qu'à Philadelphie.

 

PIHLSTROM Antti-130503-350En juillet 2015, la ville d'Ufa accueillera le sommet des nouvelles puissances économiques, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud). Elle fait l'objet de grands travaux d'embellissement : trottoirs en granit, massifs de fleurs. Mais le nouvel étendard à l'entrée de la cité, ce sont les minarets de la nouvelle mosquée, qui porte évidemment le nom - comme le club de hockey et à peu près tout le reste - du héros national bachkir Salavat Yulaev. Elle a été définie par ses promoteurs comme la plus grande mosquée d'Europe.

D'Europe ? Et oui. Au milieu de la très asiatique Division Chernyshev, le Salavat Yulaev Ufa est le seul club à l'ouest de l'Oural. Autant dire que le nouveau calendrier de KHL, qui accroît les rencontres intra-division et diminue les confrontations avec la Conférence ouest, ne lui a pas plu. Le club a dénoncé une ligue à deux vitesses, entre les équipes de l'est sans cesse en avion et les celles de l'ouest qui peuvent prendre le bus, et ses avocats ont rédigé un courrier aux dirigeants de la KHL. En vain.

Ce calendrier très exigeant sera épargné aux plus anciens puisque le Salavat Yulaev Ufa s'est séparé de trois vieux défenseurs, Vitali Proshkin (38 ans, après sept saisons au club), Brent Sopel (37 ans) et Anton Babchuk (30 ans). Il a engagé la révélation du dernier championnat du monde Aleksandr Kutuzov (Sibir), et le Finlandais Ilkka Heikkinen (Lugano) pour sa solidité mais aussi pour l'aspect offensif. Ces lignes arrières paraissent très équilibrées, bien qu'elles ne comptent plus qu'un seul trentenaire, le gros pointeur Kirill Koltsov.

Cette sécurité défensive est importante car Ufa conserve son style traditionnel, un hockey offensif et spectaculaire, où font merveille la créativité d'Aleksei Kaïgorodov et la vitesse d'Antti Pihlström. Il manque peut-être juste un vrai scoreur de renom.

La perte majeure de l'intersaison, c'est le gardien Andrei Vassilievsky, à peine révélé à sa dernière saison junior et qui a déjà cédé aux sirènes nord-américaines (alors que l'AHL est invéitable à son âge). Son remplacement par le déclinant international biélorusse Vitali Koval, en disgrâce à Nijni Novgorod, a fait nombre de sceptiques. Encore plus quand Koval a raté son début de saison, remplacé dès le troisième match par le local Vladimir Sokhatsky après deux buts en trois minutes. Le club a fini par recruter un Canadien, Leland Irving, et... Koval a aussitôt réagi par deux blanchissages consécutifs ! Trois gardiens, n'est-ce pas trop ? On croit dans la concurrence à Ufa : lors des deux saisons couronnées par un titre, un compétiteur étranger était arrivé en cours de saison pour titiller les deux gardiens russes en place.

Mais la perspective d'un troisième titre est-elle encore réaliste ? Le budget est moindre aujourd'hui, puisqu'on s'est allégé du dernier gros salaire Zinoviev, et il risque encore de baisser avec le gel des avoirs du fonds d'investissement "Ural", organe majeur de financement du hockey en Bachkirie dont plusieurs dirigeants sont accusés de blanchiment d'argent...

 

LACO Jan-140512-034Lorsque le Donbass Donetsk a demandé une année sabbatique pour cause d'instabilité politique et de patinoire incendiée, un des plus médiatiques entraîneurs de KHL, Andrei Nazarov, se trouvait libre. Le Barys Astana a sauté sur l'occasion et l'a embauché avec ses deux adjoints. Un coup double, car comme en Ukraine, Nazarov s'occupera aussi au Kazakhstan de l'équipe nationale en parallèle.

Dès la présaison, Nazarov a commencé à faire parler de lui. Un discours enregistré dans le vestiaire à la pause d'un match a fait le tour de l'internet russophone. Son "vocabulaire de travail" est en effet si fleuri que ceux qui ont diffusé la vidéo y ont apposé la mention "interdit aux moins de 18 ans". Mais quand Nazarov a joint le geste obscène à la parole lors d'un match à Vladivostok où il s'estimait volé par l'arbitrage, la KHL lui a tout de même infligé 7 matches de suspension. Son discours cru rend plutôt Nazarov sympathique auprès des supporters du Barys, mais certains ne sont en revanche guère enthousiastes envers le style défensif qu'il impose. Le gardien slovaque Jan Laco, qu'il a amené de Donetsk, sera la clé de voûte de l'équipe.

Nazarov a aussi une autre réputation, celle d'être attaché à la formation des jeunes. Il a ainsi fait débuter en KHL deux joueurs locaux de 19 ans formés à Karaganda, l'agile attaquant Nikita Mikhaïlis et le rugueux défenseur Madiar Ibraybekov, qui seront deux grands atouts pour le Kazakhstan au Mondial junior IB (où il sera favori devant la France).

Même si Nazarov parle beaucoup des jeunes, dans les faits, la répartition des rôles n'a pas changé à Astana. Le temps de jeu est toujours essentiellement confié à la première ligne nord-américaine Dustin Boyd - Nigel Dawes - Brandon Bochenski, avec le soutien du défenseur offensif Kevin Dallman, l'ex-capitaine qui fait son grand retour après une seconde saison ratée à Saint-Pétersbourg.

 

sibirNormalement, aucun club n'a le droit de s'engager en KHL s'il n'a pas d'abord réglé les salaires de la saison précédente. C'est la théorie. En pratique, la règle a toujours été foulée aux pieds. Le Barys n'avait rien versé en avril, et a attendu six mois pour honorer ses promesses. Le Sibir Novosibirsk a lui aussi attendu le mois d'octobre, mais ses dettes ont été connues plus tôt, et les doutes émis sur sa participation pendant l'été ont fait trembler son public inconditionnel. Le soutien budgétaire n'est cependant à la hauteur de cet enthousiasme, malgré les démarches des dirigeants de la KHL envers les autorités régionales.

Avec son petit budget, le Sibir est donc toujours condamné à l'audace. Il s'est notamment fait une spécialité de servir de tremplin à de jeunes entraîneurs (Yushkevich, Skudra, Kvartalnov). Il donne maintenant sa chance à Andrei Skabelka, ex-international du Bélarus qui était devenu sélectionneur de secours de son pays en 2012/13, sans contrat en bonne et due forme. Une situation qui explique aussi ses piètres résultats, la non-qualification olympique et la quatorzième place aux Mondiaux. Après avoir servi d'adjoint de Skudra à Nijni Novgorod pendant un an, il est certainement un des entraîneurs les moins chers de KHL.

Le Sibir a par ailleurs perdu ses deux joueurs-clés, le défenseur international Kutuzov et le meneur offensif et chouchou du public Jori Lehterä : l'international finlandais est parti en NHL, où il s'est immédiatement imposé chez les Blues de Saint Louis... où il remplace directement un certain Sobotka et joue sur la ligne de son ex-coéquipier Vladimir Tarasenko (né à Novosibirsk). La boucle est bouclée ! Sauf peut-être pour le Sibir...

Pour compenser ces départs, la filière suédoise a été choisie grâce au nouvel entraîneur-adjoint Igor Matushkin, qui a vécu 20 ans en Suède et qui aide donc aux contacts, aux négociations et à l'adaptation. Le défenseur Patrik Hersley, soudainement révélé par ses 25 buts à Leksand qu'il avait fait monter de deuxième division en élite suédoise, a été évidemment recruté pour ses boulets de canon de la ligne bleue. L'ailier Andreas Thuresson amène son sens du positionnement dans le slot, dans un style moins créatif mais plus physique que Lehterä. Impatient d'en découdre ("Enfin de retour à la vie normale", a-t-il tweeté le jour du début de saison), Thuresson a marqué six buts à ses quatre premières rencontres et s'est vite imposé.

 

SCHUTZ Felix-130506-150Contrairement à la plupart des "petits clubs", l'Admiral Vladivostok a pu conserver tous ses joueurs-clés. Le duo suédois Niclas Bergfors et Richard Gynge mène toujours l'offensive. L'ancien capitaine Enver Lisin est revenu après son échange au CSKA en décembre (le joueur qui avait été échangé contre lui, Ilya Zubov, est par contre resté et est même devenu capitaine !

Il en manquait cependant un : Felix Schütz. L'Allemand étant devenu un étonnant meilleur marqueur pendant son contrat d'un an, il a pris de la valeur. L'Admiral gardait ses droits pour la KHL a essayé de les faire fructifier en le vendant 700 000 dollars à des clubs de la conférence ouest. Schütz n'a pas trouvé preneur à ce prix-là, et pour rester, il exigeait une augmentation. Privé d'entraînement, il a dû signer et jouer à Munich - avec une clause de sortie en KHL - pour forcer la main des dirigeants de Vladivostok. Ils ont trouvé une entente de deux ans, mais toute la pré-saison a été perdue, plus six semaines de championnat.

Il est important d'avoir pu conserver les cadres, car l'Admiral n'a plus droit qu'à 5 étrangers comme tout le monde, et non plus 7 par dérogation comme à sa première saison. Il n'a donc plus le droit à l'erreur. Si le solide Tchèque Jan Kolar (Donbass Donetsk) s'est imposé en défense, le gardien finlandais Ari Ahonen a raté ses premières sorties et a été sacrifié pour préparer le retour de Schütz. L'Admiral s'était auparavant arrangé pour se faire envoyer Ilya Proskuryakov, qui ne jouait plus au CSKA Moscou, en abondance avec trois gardiens.

Maintenant que Schütz est enfin revenu, l'entraîneur Dusan Gregor doit rattraper le temps - et les points - perdu(s). Champion dans la ligue inférieure (VHL) avec la multinationale kazakhe du Sary-Arka Karangada, le coach slovaque a emmené dans ses valises son meilleur joueur Konstantin Makarov, le MVP de ces play-offs VHL qui a déjà une longue expérience en KHL. Il bénéficie de trois autres transfuges de division inférieure, Aleksandr Goroshansky, champion un an plus tôt à Neftekamsk, et les jumeaux Ushenin, chouchous du public chez le club-partenaire Perm.

 

novokuznetskCela fait sept ans que le Metallurg Novokuznetsk n'a pas joué les play-offs. Par quel miracle ferait-il mieux ? Le meilleur marqueur, le grand gabarit Evgeni Lapenkov, a quitté le club pour la troisième fois, et les jeunes générations fournissent moins de pépites qu'il y a quelques années. De toute façon, les vrais grands talents ne restent pas longtemps de toute façon, suivant le chemin pris par Bobrovsky et ses confrères.

Le nouveau Bobrovsky est-il déjà dans les murs ? Ilya Sorokin a été choisi au troisième tour de la draft NHL en juin par les Islanders. Ce gardien junior a débuté plus jeune que Bobrovsky, et comme son aîné, il est en train de s'imposer titulaire alors qu'il est seulement d'âge junior, une gageure. Sorokin n'est pas un pur produit de Novokuznetsk comme "Bob", il a été formé dans son jeune âge au Vimpel de Mezhdurechensk, ville située à 77 km en aval de la rivière Tom. Enfin, la notion d'aval n'est pas toujours évidente pour un cours d'eau gelé six mois par an...

Ce n'est pas le climat qui effraiera les quatre Américains débarqués dans le bassin minier du Kuzbass, puisque trois d'entre eux sont originaires du Minnesota. Des profils d'une valeur inhabituelle pour un club désargenté depuis des années : tous ont joué en NHL et sont au meilleur âge entre 25 et 28 ans. Le robuste arrière Matt Lashoff est le seul à avoir joué en Europe, mais il n'a mis qu'un but en deux saisons en Suède et en Suisse alors qu'il avait une réputation de défenseur offensif. Les autres arrivent directement d'AHL, dont le petit défenseur Cade Fairchild, que son excellent patinage rend intéressant pour les patinoires russes.

L'intérêt de ce recrutement américain est qu'il renforce les positions traditionnellement faibles en Russie. Deux d'entre eux renforcent le poste important de centre, même s'ils étaient plus polyvalents en Amérique : Ryan Stoa apporte son gabarit de finisseur dans l'enclave, et Jim O'Brien et précieux en infériorité avec son dévouement sans faille. La greffe inattendue a donc l'air de prendre.

 

MIKLIK Michel-140512-024Dernier de KHL l'an passé, l'Amur Khabarovsk peut-il avoir une autre ambition que d'éviter la lanterne rouge ? De ses huit meilleurs marqueurs de la saison passée, deux seulement sont restés, Dmitri Lugin et le capitaine Dmitri Tarasov, les seuls qui soient originaires de la ville. Les joueurs venus d'ailleurs ne supportent pas longtemps les longs voyages qu'implique la vie de hockeyeur en Extrême-Orient.

Quels étrangers ont cette fois accepté cette grande aventure ? Deux Finlandais peu connus (Tommi Taimi et Jesse Niinmäki) et trois Slovaques qui évoluaient déjà en KHL. Il s'y distingue le nom de Michel Miklik, qui n'avait jamais quitté son pays. L'Amur a en fait eu la chance de faire signer l'attaquant du Slovan Bratislava juste avant qu'il ne joue les meilleurs championnats du monde de sa carrière, finissant huitième compteur !

L'effectif est cependant limité et inexpérimenté. On y recense une curiosité avec Ruslan Bashkirov, qui fut une star en junior pendant un an aux Remparts de Québec sur la ligne de son frère jumeau Roman et de l'actuel Grenoblois Félix Petit. Son buteur et sa hargne lui valaient l'intérêt des recruteurs de NHL, et il fut choisi à la fin du deuxième tour alors qu'il avait déjà choisi de rentrer en Russie. Il tenait en effet à jouer avec son jumeau (qui a depuis arrêté le hockey), mais ne s'est jamais établi au plus haut niveau. Et puis, à 24 ans, l'attaquant quasi-oublié est soudain devenu meilleur marqueur de VHL dans son petit club de Ryazan. Il tient donc sa dernière chance en élite, mais paraît pâtir de la différence de niveau... ou de son inconstance chronique ?

Khabarovsk n'a donc guère d'arguments pour être compétitif, mais la dernière place a conduit les dirigeants à licencier Yuri Leonov mi-octobre. Au moment où la mode des entraîneurs finlandais touche à sa fin en KHL avec plusieurs licenciements et de nombreuses critiques de la presse, l'Amur est allé à rebrousse-poil en recrutant Jukka Rautakorpi, qui a conduit Tappara à cinq finales en Finlande, dont une seule gagnée en 2003 pour la dernière année de carrière d'Aleksandr Barkov (senior). Il a donc pris cette vieille connaissance comme adjoint pour se faire enseigner le hockey russe.