Dijon - Grenoble (Coupe de la Ligue, quart de finale retour)

Malheur au vaincu ce soir. Grenoble - Dijon est la seule confrontation de ces quarts de finale de Coupe de la Ligue n'ayant pu fournir un avantage à une équipe ou à l'autre, transformant le match retour en match couperet.

Et si Grenoble semblait avoir l'avantage avant le début de ces quarts, le probant 5-5 obtenu par les Ducs contre les Brûleurs de Loups - équipe en forme du moment - a remis en question beaucoup de certitudes.

Les Dijonnais - peut-être à peine avantagés par la glace ce soir - attaquent d'ailleurs avec une belle énergie dès l'entrée de match. Grenoble répond en leader, et les deux équipes se neutralisent, sans pour autant oublier de jouer. Les Brûleurs de Loups impressionnent entre autres par leur vitesse ; si Dijon ne peut rivaliser sur ce point, les locaux compensent en revanche par une prestation plus collective, qui s'avère payante car génératrice de nombreux shoots.

La tendance s'inverse cependant en milieu de premier tiers, avec des Dijonnais devenus un peu brouillons. Buysse garde heureusement sa cage avec vigilance, offrant l'opportunité à ses coéquipiers de reprendre du poil de la bête. Dijon est de retour en attaque, et c'est cette fois Zajkowski, décrié lors du match aller, qui se doit d'aider ses coéquipiers à conserver leurs chances.

La première pénalité intervient tardivement, contre Dijon, et la phase de pénalité différée est marquée par un refus de jouer manifeste de Grenoble, qui joue à pousse-palet dans sa zone avant qu'un Brûleur de Loup ne conserve tout bonnement le palet immobile au bout de sa crosse, derrière la cage visiteuse délaissée par Zajkowski. Le public s'insurge, et l'arbitre met rapidement fin à cette farce. Dans la foulée, un joueur de chaque équipe est expédié en prison sur un cafouillage devant la cage de Buysse, venant ternir les bonnes impressions de ce premier tiers au score vierge.

Le deuxième tiers débute avec Dijon en infériorité. La pression grenobloise est immédiate, et les Ducs se resserrent autour de leur gardien, profitant de la moindre possession de palet pour tuer la pénalité. La stratégie est payante, Grenoble ne marque pas.

Pour les visiteurs, ces deux minutes n'ont pas été perdues pour autant : elles ont permis d'imposer leur jeu, et Dijon ne peut que plier l'échine. Une supériorité locale, conséquente à un surnombre grenoblois, pourrait cependant tout changer.

Les Ducs ne se montrent pour autant que peu incisifs, en dépit de leur présence appuyée en zone grenobloise. Les tirs ne sont pas inintéressants, mais les joueurs grenoblois bloquent presque tout. Zajkowski fait le reste, et Grenoble est à nouveau au complet, tentant d'obtenir une pénalité. Rech est au contact avec deux adversaires quand l'un d'entre eux tombe et se laisse glisser sur quelques mètres jusqu'à la balustrade. Il n'y a pas faute, et en dépit des protestations des supporters isérois, l'arbitre ne tombe pas dans le panneau.

Ce fait de jeu marque pourtant un tournant dans le match, qui se durcit. Dijon est sanctionné peu après, et si la pénalité est légitime, on peu cependant regretter que la faute peu élégante subie par Gutierrez quelques secondes plus tôt soit restée impunie. Naturellement, le public s'échauffe. Il serait regrettable de voir le match dégénérer, mais les enjeux sont tels que ce ne serait, somme toute, pas si étonnant.

Buysse, lui, reste loin de tout ça et se contente de faire montre de son talent. Il est un des seuls, alors même que Gutierrez et Simonneau en viennent aux mains. Martel entretient le tout, provoquant l'ire d'un Tolvanen classiquement d'un calme olympien, qui en descend de son banc. Un fait rare qui résume tout. 

Dans la mesure où il faut être deux pour se battre, nous arrêterons pourtant là les commentaires, et se concentrer plutôt sur ce superbe arrêt de "Riton" en un contre un. Grenoble remplit sa prison quand l'arbitre, jusqu'alors conciliant, décide que les joueurs ne sont pas prêts pour ça. Avec une double supériorité de près de deux minutes, on attend rien moins qu'un but des Ducs. Zajkowski répond pourtant du tac au tac à Buysse en matière d'arrêts même si, avec un peu de chauvinisme, le panache est bourguignon. 

La patience dijonnaise aura pourtant raison du courage grenoblois à la fin de la pénalité, pour un premier but tardif mais ô combien savoureux de Salmivirta, très impliqué depuis le début du match (1-0, 37'29"). 

Les supporters grenoblois savourent tout autant quand leur équipe égalise à dix secondes de la fin du deuxième tiers, annihilant le travail des locaux. Dans la course à la qualification, tout est à refaire pour Dijon (1-1, 39'50").

La reprise se fait sur les chapeaux de roues. Rarement un match de Coupe de la Ligue n'aura été aussi indécis à Trimolet. On est loin de l'élimination rapide de l'année passé ; l'attitude des joueurs sur la glace est d'ailleurs exemplaire, à l'image de Quentin Mahier, élu joueur du mois d'octobre par les Archiducs, et dont les progrès sont impressionnants.

Un autre joueur attire les regards : Kevin Bergin, nouveau défenseur des Ducs. S'il lui manque des automatismes avec ses coéquipiers - ce qui est normal - sa prestation est assez convaincante. En duo entre autres avec Mahier, il permet même aux siens d'écarter un danger grenoblois au profit d'un contre dijonnais. Kevorkian, sans une once d'hésitation, redonne l'avantage aux siens. Trimolet exulte (2-1, 46'41").

La joie dijonnaise est pourtant de courte durée. Sur une pénalité différée, l'arbitre estime que Dijon ne contrôle pas le palet. La demi-seconde d'hésitation des locaux, qui s'attendaient à voir le jeu arrêté, profite à Grenoble qui revient au score d'un but propre. Une action qui laissera des traces dans les esprits ducaux (2-2, 49'29").

N'allez pas croire pour autant que les Ducs soient à terre. Les deux équipes attaquent toujours, dans une débauche d'énergie rendue possible uniquement par le retour de trêve. La vitesse grenobloise, qui n'avait jusqu'alors pas représenté un avantage concurrentiel, finit par payer dans ces minutes cruciales. Pour la première fois, Grenoble prend l'avantage sur un but de Danick Bouchard (2-3, 56'44"). Il reste trois minutes à Dijon pour que le rêve d'une première qualification en demi-finale ne s'envole pas.

Un temps mort, la cage dijonnaise est vide, et c'est la fin du rêve (2-4, 58'22"). On imagine mal Dijon remonter les deux buts de retard, pourtant Tolvanen fait le choix de laisser la cage vide. Les Ducs se seront battus jusqu'au bout, personne ne peut dire le contraire. Grenoble marque encore, évidemment, mais c'est anecdotique (2-5, 58'53").

La qualification ne sera pas encore pour cette année, en Bourgogne, mais l'équipe peut avoir la satisfaction d'avoir disputé son match le plus solide depuis le début de saison. Côté grenoblois, il est à vrai dire difficile de juger l'équipe. Sportivement, le potentiel est indéniable, et la place de leader en championnat n'est pas volée. Néanmoins, on ne peut s'empêcher d'être dérangé par l'attitude. Que penser, en effet, de joueurs qui refusent de jouer pour grapiller quelques secondes au chrono, dans un moment non décisif, et ce alors qu'une supériorité les attend ? 

Réactions d'après-match :

Aram Kevorkian (attaquant, DHC) : "Déçu. Super déçu. On fait un bon match, je pense que le score est sévère. On retire le gardien, ils marquent dans le filet désert. Mais déçu quand même que ça finisse comme ça. Cela ne reflète pas la physionomie du match. Cela s'est joué à plein de petits détails, sur des pénalités plus ou moins litigieuses. Je n'ai pas envie de revenir dessus. C'est un peu olé olé, donc super déçu. Mais voilà, on passe à autre chose, on pense à vendredi. C'est pas la fin du monde."

Kevin Bergin défenseur, DHC) : "On a joué un très bon match, le résultat est décevant, c'est sûr. Tout le monde est très très très déçu. Moi c'était mon premier match avec l'équipe. Il y a un esprit d'équipe incroyable, et les joueurs m'ont accueilli à bras ouverts. C'était un peu compliqué d'arriver comme ça en milieu de saison, et de jouer beaucoup beaucoup de minutes, mais j'apprécie mon expérience, et je crois qu'on a une chance d'aller loin cette année."

Jarmo Tolvanen (coach du DHC) : "Aujourd'hui ? Je crois qu'ils ont joué un bon match de hockey, notre équipe aussi. Pour moi, c'était un match au but près. Nous sommes rentrés très fort dans le match, et bien sûr nous aurions peut-être dû marquer dans le premier tiers. Je crois que les trois tiers ont montré du bon hockey. Les deux équipes ont eu leurs chances. Le deuxième but, sur lequel ils reprennent le momentum, est questionnable à cause de cette pénalité différée. C'est une intervention très triste de la part des arbitres, j'en suis déçu. Je crois que c'était un match propre, et ils [les arbitres] ont pris des décisions lourdes sur le jeu. C'est quelque chose de négatif que j'espère ne pas revoir dans un match comme celui-là. Mais au final, ça reste un bon match des deux équipes, et nous n'avons pas à avoir honte de notre prestation."

 

Dijon - Grenoble 2-5 (0-0, 1-1, 1-4)

Mercredi 12 novembre 2014 à la patinoire Trimolet. 712 spectateurs.

Arbitrage de Geoffrey Barcelot assisté de Thomas Caillot et Yann Furet.

Pénalités : Dijon 22' (6x2', 1x10'), Grenoble 22' (6x2', 1x10').

Évolution du score :

1-0 à 37'29" : Salmivirta assisté de Gascon et Briand
1-1 à 39'50" : Jalbert assisté de Chouinard
2-1 à 46'41" : Kevorkian assisté de Mulle et Mahier
2-2 à 49'29" : Tartari assisté de Simonneau et Hampus
2-3 à 56'44" : Bouchard assisté de Lafrance et Roberts
2-4 à 58'22" : Chouinard assisté de Lessard et Baylacq (cage vide)
2-5 à 58'53" : Bouchard assisté de Lafrance et Favarin (cage vide)