Hockey et télé, amours contrariées (1930-1995) - 2e partie

2e partie (1970-1995) : vers Albertville et ... plus rien

Je vous avais laissé sur Léon Zitrone et le Printemps de Prague (enfin, en résumé...) mais ce serait faire injure à la richesse documentaire de l'INA. Grâce à elle, je découvre que le hockey sur glace français – ou plutôt, l'équipe de France de hockey sur glace – va s'ouvrir un petit espace dans le PAF (ce qui signifie paysage audiovisuel français, rassurez-vous).

 

Le 14 janvier 1973, quelques mois après la Série du Siècle, un plus modeste France-Bulgarie de préparation se déroule à Lyon devant les deux caméras de Télé-Sports. À cette époque, Konstantin Mikhailov n'est pas encore dans les buts bulgares mais il doit déjà patiner et se réjouir devant la qualité de sa sélection, qui claque trois buts en cinq minutes à Vassieux et compagnie. « Excusez-les, ils sont amateurs », dit en substance le journaliste en plateau. Lui non plus ne fait pas très pro car il découvre les images en même temps que nous, parle de « balles » et félicite les « gros efforts » de la FFSG pour le développement des infrastructures (88 patinoires olympiques en France à ce moment-là, paraît-il) et du hockey sur glace en particulier. Les internationaux auraient apprécié d'entendre cela, eux auxquels la tutelle avait refusé le financement du voyage à Sapporo pour des JO auxquels ils s'étaient qualifiés sur la glace. Jean-Michel Boissonnier, d'ailleurs, semble en piquer une saine colère et hop, d'une remontée de patinoire qui surprend même le réalisateur, réduit la marque et réjouit Pete Laliberté, sosie impassible de Pierre Desproges.

Pete Laliberté

Pete Laliberté - France-Bulgarie 1973

On ne saura pas le résultat final car il fallait aller à Ajaccio – il y faisait meilleur – pour suivre trente minutes d'un match de championnat de football. Sans aller au terme dudit match, là non plus. J'ai un peu de mal avec les formats des émissions de l'époque...

Rebelote en mars 73 quand on retrouve, perdu au milieu d'un jeudi, un France-Chine de Mondial C, disputé chez les Trappers (à Tilburg aux Pays-Bas, pour les non-experts d'Eredivisie). Les Français, emmenés par Guryca qui n'a pas encore renoncé à la sélection, ont déjà pris une rouste contre la Hongrie, autrement dit les espoirs sont faibles.

FRANCE / CHINE - 1973 - Guryca

Guryca - France / Chine 1973

On ne sent d'ailleurs pas d'acharnement ni d'un côté ni de l'autre. Le jeu est d'une étonnante lenteur, maladroit (les Français balancent dans le fond, les Chinois patinent mécaniquement) et il est difficile de savoir où l'on en est, du match (deuxième ou troisième tiers ?) ou de la compétition. Pourtant, il y a un reporter sur place... Heureusement que le réalisateur du coin a la bonne idée de filmer le panneau d'affichage, de temps en temps (défaite française 1-2). Même s'ils devront attendre dix ans pour cela, on comprend que les Français rêvaient de quitter cette espèce de grenier mondial du hockey. La télévision n'y met d'ailleurs plus les pieds avant le début des années 80, quand un sursaut se fait enfin sentir.

 

Le petit Philippe s'en va au Canada...

Rappelons qu'en 1984, alors que la France importait encore des Canadiens par trucks entiers pour leur faire enfiler un maillot au coq, un petit gars de Savoie fit le chemin inverse. Vous l'avez reconnu, c'est le Boz'. Oui, oui, c'est bien lui, à 18 ans à côté de papa Alain.

Alain et Philippe Bozon - 1984

Alain et Philippe Bozon - 1984

On croirait voir Tim. L'événement est de taille, au point de motiver un sujet dans le 13 heures de TF1 et le déplacement d'une équipe à Caen, à l'occasion du Mondial B des 20 ans. Le brave Philippe, qui n'a pas trop l'habitude des caméras, s'en tire bien. Il doit préciser qu'il n'aime pas le foot, qu'il ne part pas pour le pognon, plutôt pour vivre d'une passion si confidentielle dans son pays.

Confidentielle, certes, mais il y a du mieux. Le plan « Horizon 85 » du duo Francheterre-Lang prend corps avec ce Mondial C à domicile remporté facilement par les Bleus des jeunes Ville, Bozon et consorts. La dernière formalité, battre la Bulgarie, a le droit à un long format en différé dans Les Jeux du Stade d'Antenne 2.

De belles images, des plans annexes sur des moustaches :

FRANCE / BULGARIE - 1985 banc des bleus

FRANCE - BULGARIE 1985 - banc des bleus)

Et des ralentis tout propres

FRANCE - BULGARIE 1985 But Leblond assist Richer

FRANCE - BULGARIE 1985 but de Leblond (Richer).

Surtout, une victoire 10-2 qui rappelle que les Bulgares sont restés en 1973 (ils y sont toujours aujourd'hui) et scelle la remontée. Après-match, on retrouve Jean Ferrand (son accent savoyard, son nom mal orthographié) et André Péloffy. Ce dernier a déjà une grande gueule puisqu'il reproche le jeu en supériorité de ses potes (il peut, il était blessé et ne jouait pas).

Jean Ferrand - 1985

Jean Ferrand - 1985 (Notez la faute)

André Péloffy - 1985

André Péloffy - 1985

Péloffy sera au centre d'une polémique télévisée, l'année suivante à l'occasion des Mondiaux B d'Eindhoven, durant lesquels il critiquera « l'incompétence » de ses sélectionneurs. Pas trouvé la trace de cette archive mais celle d'un France-Italie qui, si André l'avait vu, l'aurait laissé assis tant « l'incompétence » de la chaîne est patente. Document amusant car l'envoyé spécial ignore pendant dix minutes qu'il est en direct et avoue platement qu'il s'ennuie et ne comprend rien à ce qui se passe. Je vous épargne le verbatim de ses tentatives désespérées d'identifier des joueurs « qui changent tout le temps » alors que leurs noms sont inscrits dans le dos et que le changement de ligne est un des principes du hockey... C'est le gars en studio, à Paris, qui l'aide un peu.

 

13-2 et baston

Auparavant, le hockey a permis à Saint-Gervais (montagne, thermalisme et bien-être, dit le site internet municipal) de s'offrir une fenêtre de gloire avec la participation des rouges de Saint-Gervais au tour final de Coupe d'Europe, avec élimination de Sosnowiec au passage. Drôle de reportage, d'ailleurs, qui met le gardien Charly Thillien en évidence car le match n'est filmé qu'avec une caméra fixe... située derrière son but !

Et puis, changement de standing. On entre dans l'ère des cinq JO d'affilée et de la lente déliquescence du championnat de France. D'abord, il y a Calgary 88 et ce Suède-France qui fait tellement classe, après toutes les retransmissions ringardes qu'il a fallu se taper.

FRANCE SUEDE 1988 Calgary

FRANCE - SUEDE 1988 Calgary)

Dans ce cas, les gars, on vous pardonne d'en avoir laissé 13 aux Suédois. L'importance de la quinzaine olympique pour aimanter les médias se lit dans la multiplication des sujets après 88. Ça foisonne ! Il faut dire qu'Albertville arrive. Stade 2 se dote de son « spécialiste » en hockey, Jean Marquet, qui ressemble plutôt au type auquel on confie tous les sports impossibles car il n'a pas su trouver son créneau (au contraire de Pierre Fulla avec la lutte).

Même un quart de finale de play-offs 1991 a droit à ses deux minutes, Grenoble-Amiens en l'occurrence, avec tableau des résultats (mal expliqués mais bref).

panneau résultats 1991

Panneau des résultats 1991

Il faut dire qu'il y a du beau monde sur la glace, dont un Stéphane Barin qui explique pourquoi il a eu l'idée folle de tenter l'aventure du hockey professionnel. T'en fais pas, t'auras pas à le regretter même s'il faudra aller à Krefeld pour cela.

Barin 1991

Stéphane Barin - 1991

Le quart d'Albertville lui aura bien servi, au moins pour le faire connaître. Aurait-il connu la même carrière si la Suisse de Tamminen avait gagné ? La question reste posée. Le hockey français, en tout cas, retombera de sa pièce montée. Des signes avant-coureurs suggéraient que l'éclairage olympique risquait d'être éphémère. Un match préparatoire France-États-Unis de janvier eut bien le droit à un résumé au 13 heures, entre un sujet sur la pêche et la dernière collection Dior, mais c'était pour une baston.

FRANCE USA 1992

FRANCE - USA 1992 pré-olympique

Et la montée en groupe A, conquise en 91, se résume à une promesse de direct depuis Ljubljana pendant Stade 2, non concrétisée car un sujet sur le Spartak Moscou de... football (futur adversaire de Marseille en Coupe d'Europe) prend tout le temps d'antenne.

 

Pat Dunn, donne-moi ton glove !

En 1993, on repère une trace des exploits européens de Rouen, pendant que les Bleus disparaissent des radars. Ils reviennent brièvement avant Lillehammer, mais on sent que le cœur n'y est plus. La suite, Marc la raconte : rachat des droits de diffusion des sports de glace par TF1, attiré par le patinage artistique et qui se contrefout du hockey. La manche décisive du championnat de France 95, Rouen-Brest, passe en pleine nuit avec commentaires de Vincent Hardy et David Cozette, l'homme qui demande son short aux basketteurs. A-t-il demandé celui de Pat Dunn ?

Rouen Brest 1995 Pat Dunn

Rouen - Brest 1995 avec Pat Dunn

La réalisation est grotesque et le générique... original, avec participation des joueurs de Brest qui devaient préférer cela à faire le service d'ordre lors des grèves du groupe Doux.

Enfin, tout cela ne m'appartient plus à moins que je ne souhaite paraphraser Marc. M'étant bien amusé avec ces vieilles bandes, je voulais vous faire partager ma curiosité. J'espère y être parvenu.

François Borel-Hänni