Propositions d'évolution de la règle des JFL

Tout règlement, même animé des meilleures intentions, peut avoir des effets pervers qui vont à l'encontre de l'objectif recherché.

C'est le cas également de la règle dite des "JFL", qui impose à chaque club de Ligue Magnus de coucher sur chaque feuille de match 11 Joueurs Formés Localement, c'est-à-dire par un club affilié à la FFHG. Mais est-ce parce que ces joueurs sont inscrits qu'ils foulent la glace pour autant ? Ou certains ne sont-ils qu'un alibi ?

Qu'ont en commun Pierre Lathuillière au HCMAG, Sacha Grimshaw à Brest, Léo Girod à Lyon, ou Damien Sanchez à Angers ? Des fiches statistiques pour le moins suspectes en Ligue Magnus : zéro but, zéro assist, zéro pénalité, une fiche de +0 (et -0...) à chaque match, et zéro tir. Tout cela en 7 à 12 parties... théoriques. Ils ont évidemment passé la quasi-totalité de leur temps sur le banc, et ces matches dont ils sont affublés sont trompeurs. La plupart d'entre eux ne devraient pas être comptabilisés si l'on tient aux statistiques exactes.

Tous ces joueurs sont les "douzième JFL" de leur équipe, le chiffre maudit, pire que la cinquième roue du carrosse. Trop souvent, ils ne rentrent pas vraiment dans les plans de jeu. Par sécurité, les clubs prennent 12 JFL et non 11, pour pallier une absence sur blessure ou - presque plus problématique - sur suspension. Il existe en effet une autre hypocrisie lorsqu'un club est à la limite : obliger un blessé à s'équiper juste pour faire le nombre et prendre place sur le banc, en sachant pertinemment qu'il n'a pas les moyens physiques de participer au match. Est-ce bien sérieux ?

Pourquoi en vient-on là ? Est-ce une mauvaise volonté des clubs ? Non, c'est simplement le résultat du calibrage de la règle. Pour ne pas limiter les joueurs étrangers et apparaître en porte-à-faux par rapport au droit européen, on définit au contraire un plancher de JFL. Cela revient strictement au même, puisque le nombre de joueurs sur la feuille de match est plafonné à 20 joueurs et 2 gardiens. Si l'on impose 11 JFL, cela veut dire que l'on limite à 11 joueurs formés à l'étranger. C'est donc une règle moitié/moitié (pour la Ligue Magnus), mais cela ne signifie assurément pas que les temps de glace sont partagés équitablement. On peut très bien avoir deux premières lignes intégralement étrangères, puis deux lignes françaises aux présences plus réduites. Le leader actuel de Ligue Magnus, Grenoble, n'évite un découpage aussi caricatural en ce moment que par la blessure de Mitja Sivic.

1re proposition : 19 joueurs et 2 gardiens comme en DEL

LANVERStheo20140906255Le problème majeur est qu'aucun entraîneur n'utilise véritablement ses 20 joueurs. De plus en plus de clubs se mettent à utiliser quatre trios offensifs, et c'est tant mieux. Mais huit défenseurs, vraiment, cela reste une anomalie. On ne connaît guère que Rouen qui s'y essaie parfois dans les dernières minutes d'un match en faisant rentrer Théo Lanvers. Mais c'est si anecdotique que personne ne souffrira de ce que ce huitième arrière arrête de faire le planton pour quelques présences épisodiques.

C'est pourquoi j'en viens à prôner le modèle utilisé en Allemagne, depuis longtemps en DEL et bientôt aussi en DEL2 : n'autoriser que 19 joueurs (et 2 gardiens) sur la feuille de match. Si cela fonctionne dans l'élite allemande, où l'on joue deux matches par semaine et où toutes les équipes jouent effectivement à quatre lignes, on voit mal en quoi cela ne conviendrait pas à l'élite française, au rythme bien moins soutenu.

On raisonnerait ainsi à partir de 19 pour calculer le nombre de JFL (et d'étrangers), dans chaque division.

2e proposition alternative : comptabiliser les joueurs prêtés

Si cette première proposition suscite des réticences, il existe une alternative. Elle consiste à s'intéresser au développement réel de ce 20e joueur, voire du 19e joueur : ces jeunes - car il s'agit souvent de jeunes - s'ankylosent sur le banc alors qu'ils auraient besoin plus que tout de temps de jeu pour se développer.

N'auraient-ils pas plus intérêt à jouer effectivement dans une division inférieure ? Faisons alors en sorte que tout club de Ligue Magnus puisse inscrire sur sa feuille de match comme 20e joueur (voire aussi 19e joueur) un hockeyeur qui n'est pas présent dans la patinoire mais qui joue effectivement le même soir, soit en D1 ou D2 avec une licence bleue, soit dans l'équipe-réserve (en D3 voire D2) quand le club en a une.

Cette seconde alternative est plus complexe que la première, puisqu'elle nécessite de vérifier deux feuilles de match de deux divisions différentes avant de valider la bonne application du système. Mais il est nécessaire de trouver une solution qui fonctionne non seulement sur le papier, mais aussi dans la réalité du jeu.

Merci de penser à ces joueurs qui ne rentrent jamais sur la glace, à part à l'échauffement et dans un petit tour en sortant du vestiaire. Ce n'est pas comme ça qu'ils progressent, ni que leur goût du hockey est respecté. Au bout d'une saison à ce tarif, ils préfèrent généralement descendre d'une division, et d'autres plantons les remplacent...