L'assurance des joueurs de NHL ne se paye pas en roubles

L'étape russe de l'Euro Hockey Tour n'aurait pas pu être programmée à un moment plus chaud. C'est cette semaine que le rouble - la monnaie russe - a subi un décrochage spectaculaire, passant même sous la valeur de 1 centime d'euro mardi (contre plus de 2 il y a un an) avant de remonter à 1,3 centime. Asphyxiée par les sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne et par la chute de 40% des cours du pétrole, sa principale ressource, l'économie russe a cruellement besoin de devises en cette fin d'année où les grandes compagnies ont des échéances de remboursement de leurs emprunts.

La montée en puissance du sport russe subit la situation de plein fouet. Mais contrairement au football où les contrats des étrangers sont en euros, les hockeyeurs de KHL sont tous payés en roubles. La ligue n'a donc pas à craindre de défaut à court terme, mais elle va se recentrer avec l'élection du nouveau président Dmitri Chernyshenko : dans l'esprit de retour au patriotisme "assiégé", la KHL a annoncé qu'elle offrirait un prix à celui donnerait la meilleure traduction russe du terme "draft"...

Cette semaine, Dmitri Chernyshenko a assisté à l'entraînement de l'équipe nationale. Cette banale visite de courtoisie est en soi un évènement : jamais son prédécesseur à la tête de la KHL, Aleksandr Medvedev, ne l'avait fait ! Un Medvedev qui est cependant présent, puisqu'il organise une exhibition de tennis avec des hockeyeurs pendant la journée de pause du tournoi.

Le rapprochement entre la ligue et la fédération est net. Chernyshenko vient de confirmer, comme prévu, que le calendrier de la KHL serait à l'avenir établi dans l'intérêt de l'équipe nationale et qu'elle respecterait donc les trêves internationales. La tenue parallèle du championnat et de l'Euro Hockey Tour, vue en novembre, restera donc une anomalie historique qui sera limitée autant que possible en février avec le décalage de certaines rencontres.

MOZYAKIN Sergei-090506-649Pour autant, la FHR s'inquiète elle-même de la crise économique. Confessant la nécessité de trouver des sponsors extérieurs, son président Vladislav Tretiak a glissé au détour d'une interview une phrase lourde de sens : "l'assurance des stars de NHL qui participent aux championnats du monde ne se paye pas en roubles."

La Russie doit-elle craindre un nouvel exode ? Pour l'instant, elle a encore de nombreuses stars évoluant au pays, dont Aleksandr Radulov, malheureusement blessé au "bas du corps" et absent deux semaines. La Sbornaïa n'a donc pas rassemblé ses meilleurs éléments, car Tikhonov et Panarin ont aussi déclaré forfait.

C'est la première fois que la sélection russe foule la glace de Sotchi depuis la dramatique élimination en quart de finale des Jeux Olympiques contre la Finlande... et ce sont justement les Finlandais qui font office de premiers adversaires pour cette énième revanche.

Ce match marque le grand retour en équipe nationale de Sergei Mozyakin, meilleur joueur de KHL que le précédent sélectionneur Zinetulla Bilyaletdinov avait humilié en déclarant qu'il "n'arriverait pas devant la cage à Sotchi" s'il le prenait aux JO. Mozyakin montre toute son utilité en avantage numérique : à l'entraînement, Znarok avait demandé d'arrêter les photos et les vidéos avant de commencer à répéter le jeu de puissance. La configuration n'est en soi pas originale. Là où Bilyaletdinov utilisait Kovalchuk et Radulov pendant deux minutes, Znarok fait de même en l'absence de Radulov : Kovalchuk est mis à la ligne bleue en complément du bloc de Mozyakin. Ils font tourner la tête de leurs adversaires avec leur créativité. Danis Zaripov trouve une passe magnifique pour décaler l'arrière Evgeni Medvedev, dont le lancer est si puissant que l'arbitre fait appel à la vidéo : le palet a ricoché sur la barre interne de la cage !

Première supériorité numérique, premier but : la démonstration est totale. Mais la seconde, en début de deuxième période, sera beaucoup moins convaincante. Kovalchuk commet une erreur grossière à la ligne bleue et provoque un breakaway finlandais, parfaitement arrêté par le numéro 20.

Le numéro 20 ? Celui de Tretiak ? Et oui. Dans une période où la Russie s'inquiétait de la méforme de ses gardiens (et de certains défenseurs internationaux) en championnat, Znarok a surpris en titularisant le vétéran Aleksandr Eremenko, mais ce n'est pas lui qui l'a affublé de ce nouveau numéro... Le gardien du Dynamo arrête toutes les tentatives avec sang-froid. Et quand Sakari Salminen dévie un rebond vers Sami Lepistö, celui-ci voit son tir échouer sur le poteau.

EREMENKO Alexander-090506-593La Russie garde l'avantage, même si la suprématie de la paire Mozyakin-Zaripov est moins évidente à cinq contre cinq. Sergei Kalinin signe deux beaux slaloms, mais il lui manque le dernier geste. Quand le match avance, les Russes commencent à ressentir la fatigue, inévitable au vu du calendrier infernal de la KHL, mais ils tiennent bon en défense. Et la seule fois où Harri Pesonen a la cage ouverte, il rate le cadre... Plotnikov clôt le score en cage vide (2-0).

Commentaires d'après-match

Kari Jalonen (entraîneur de la Finlande) : "Nous ne nous sommes pas créé la moindre occasion en première période ! Nous avons commencé ensuite à en obtenir, mais nous n'avons pas su marquer. Nous avons bien défendu mais nous étions un peu déficients en attaque. Le mérite en revient à la défense russe."

Evgeny Medvedev (défenseur de la Russie) : "Nous avons appliqué strictement les instructions du staff. Improvisation devant, austérité derrière. J'ai été reconnu meilleur joueur du match, mais j'aurais élu Eremenko."

Aleksandr Eremenko (gardien de la Russie) : "Je suis un héros ? N'oubliez pas les gars qui m'ont aidé. Ils ont très bien joué en défense, leur dévouement était exceptionnel. L'équipe nationale voulait vraiment cette victoire. Je ne me souviens pas avoir porté ce numéro. Ce fut peut-être le cas, mais c'était il y a longtemps. J'ai essayé de ne pas y prêter attention. Mais j'ai été surpris en voyant un maillot floqué du 20 dans le vestiaire. On me l'a donné, et j'ai joué."

 

Russie - Finlande 2-0 (1-0, 0-0, 1-0)
Jeudi 18 décembre 2014 à 19h00 au Bolshoï Dome de Sotchi. 12000 spectateurs.
Arbitrage de Vladimir Pesina et Martin Frano (TCH) assistés d'Aleksandr Sadovnikov et Aleksandr Zacharenkov (RUS).
Pénalités : Russie 10' (4', 2', 4'), Finlande 10' (2', 6', 2').
Tirs : Russie 25 (6, 10, 9), Finlande 27 (9, 9, 9).

Évolution du score :
1-0 à 19'04" : Medvedev assisté de Zaripov (sup. num.)
2-0 à 59'43" : Plotnikov assisté de Shipachev et Kovalchuk


Russie

Attaquants :
Ilya Kovalchuk (+1, 2') - Vadim Shipachev (+1) - Sergei Plotnikov (+1, 2')
Sergei Mozyakin - Aleksandr Burmistrov - Danis Zaripov (2')
Igor Grigorenko - Ilya Zubov - Denis Parshin
Denis Kokarev (2') - Sergei Kalinin - Egor Averin

Défenseurs :
Maksim Chudinov (+1) - Anton Belov (+1)
Evgeni Medvedev (2') - Aleksandr Kutuzov
Denis Denisov - Nikita Zaïtsev
Egor Yakovlev - Andrei Zubarev

Gardien :
Aleksandr Eremenko

Remplaçant : Konstantin Barulin (G), Maksim Karpov.

Finlande

Attaquants :
Ville Leino (-1) - Jarkko Immonen (-1, 2') - Sakari Salminen (-1)
Oskar Osala (2') - Ilari Filppula - Harri Pesonen
Jonas Enlund - Jarmo Koskiranta - Pekka Jormakka
Lennart Petrell - Petteri Wirtanen (-1) - Max Wärn (2')

Défenseurs :
Tommi Kivistö - Lasse Kukkonen
Janne Jalasvaara - Mikko Mäenpää
Esa Lindell - Anssi Salmela (-1)
Sami Lepistö (2') - Juuso Hietanen (-1, 2')

Gardien :
Atte Engren [sorti de 58'54" à 59'43"]

Remplaçant : Mikko Koskinen (G), Joonas Donskoi.