Grenoble - Rouen (Coupe de la ligue, finale 2014)

Les deux clubs de hockey sur glace les plus puissants de France se retrouvent en finale de Coupe de la Ligue, compétition qu'ils trustent quasiment, puisque Rouen l'a emporté 4 fois et Grenoble 3 fois en huit éditions. Cette finale arrive à un moment-clé de la saison, où les trajectoires des deux clubs sont en train de s'inverser.

2014-12-30-Rouen-Grenoble1Grenoble, à qui tout réussissait, est plongé en plein doute après cinq défaites consécutives toutes compétitions consécutives et avec deux attaquants-clés (Chouinard et Bouchard) qui sont tout juste revenus de blessure ce week-end. Il n'y a pas encore le feu pour une équipe qui reste leader de la Ligue Magnus, mais ce soir, c'est un match à quitte ou double. Les Brûleurs de Loups ne peuvent pas se permettre de rater cette première finale, eux qui attendent un titre depuis quatre ans.

Après un début de saison compliqué et un changement d'entraîneur, Rouen reste par contre sur une série de huit victoires consécutives. La blessure à l'épaule du capitaine Marc-André Thinel avant-hier contre Épinal reste quand même en travers des gorges des Dragons. Pour ne pas bouleverser le reste de son alignement, Ari Salo a choisi de promouvoir directement en première ligne le remplaçant Fabien Colotti. Une consécration pour ce jeune joueur de 18 ans qui étonne depuis son arrivée à l'intersaison de son club formateur... Grenoble.

2014-12-30-Rouen-Grenoble2La partie débute sans round d'observation avec des attaques tranchantes de part et d'autre. Christophe Tartari sert en entrée de zone Yorick Treille qui contourne Léo Guillemain en protégeant son palet et prend un tir excentré... que Tartari convertit au rebond (1-0). Aussitôt après, Éric Chouinard passe à Mitja Sivic sur la ligne de fond, et le Slovène repique devant la cage sans opposition pour glisser le palet entre les jambières de Nicola Riopel (2-0). Les Dragons sont comme assommés sous les coups de boutoir de Grenoblois transcendés par ce début de match idéal.

Le buteur rouennais Francis Charland essaie de sonner la charge face à ses ex-coéquipiers, mais est un peu esseulé dans son effort. Et le déclic vient de celui qu'on attendait pas. Johan Saint-André, qui n'avait jusqu'ici marqué que trois buts en carrière sous les couleurs du Dragon, réduit le score : servi en retrait en haut du cercle droit par Koudys, l'attaquant de 20 ans a le temps d'ajuster son lancer juste au-dessus de la botte droite de Zajkowski (2-1).

2014-12-30-Rouen-Grenoble4Le match continue à cent à l'heure et les deux gardiens ont des arrêts difficiles à effectuer. Recevant une passe transversale dans le cercle gauche, Mitja Sivic a la cage grande ouverte mais voit Riopel réussir une parade spectaculaire en plongeant.

La différence est que les Rouennais ont moins d'espaces à l'offensive que les Grenoblois. Felix Petit entre en zone et délivre une passe-abandon à Éric Chouinard qui tire dans la lucarne opposée (3-1). Chacune des lignes de Rouen a encaissé un but, et c'est le signe d'un déficit défensif assez partagé dans le collectif normand.

Même avec une lèvre ouverte et pas encore vraiment recousue, Fabien Colotti joue avec une envie et une détermination intactes : il termine une belle présence - avec un lancer dangereux - par une mise en échec sur Bouchard en train de dégager. Richard Martel apostrophe les arbitres pour réclamer une charge dangereuse... et récolte un avertissement verbal. Pas de pénalité, donc, dans ce premier tiers-temps sans temps mort.


2014-12-30-Rouen-Grenoble3Le premier coup de sifflet sanctionne Wes Cunningham en deuxième période. Rouen défend bien en ne concédant qu'un tir de Chouinard, à la pointe : le palet traverse une forêt de jambes et atterrit sur la botte gauche de Riopel. Daultan Leveillé est même tout près de compléter un tour de cage à la fin de l'infériorité, Zajkowski couvre juste à temps.

Nicolas Favarin part en prison. C'est au tour des Rouennais d'évoluer en supériorité numérique : attention, ils n'en ont connu qu'une seule avant-hier... et ils l'avaient concrétisée. Ce soir, ils n'arrivent même pas à s'installer, jusqu'à un cinglage de Jalbert qui fracasse la crosse de Desrosiers. Après une poignée de secondes à 5 contre 3, le jeu de puissance normand est enfin posé. Un but est refusé à Rouen parce que Janil (poussé par Petit...) est dans le territoire du gardien. Dans la foulée, ce même Jonathan Janil y va trop franchement de la crosse dans le plastron de Zajkowski - qui en perd son masque - pour chercher un rebond, ce qui inverse la pénalité.

Au retour à 5 contre 5, le rythme a plutôt baissé, ce qui profite évidemment à l'équipe qui mène au score. La première ligne de Rouen s'installe en zone offensive et tente d'utiliser les montées offensives de Patrick Coulombe, mais la défense de Grenoble coupe les passes avec vigilance. Une vigilance qui fait défaut lors d'un changement de lignes, provoquant un surnombre. Le powerplay rouennais tâtonne longtemps mais finit par resserrser ses griffes. Une mêlée se forme devant la cage, et Antonin Manavian passe dans son dos vers François-Pierre Guénette qui marque à mi-distance (3-2).

2014-12-30-Rouen-Grenoble5Patrick Coulombe fait une prise de judo dans le coin de la zone rouennaise. Grenoble déploie encore son parapluie en jeu de puissance avec Chouinard à la pointe, mais ne trouve toujours pas la faille. Ce deuxième tiers-temps plus haché se termine donc avec un seul but d'écart.

La défense rouennaise est prise par surprise dès le début du troisième tiers-temps, et Jordann Perret est proche du quatrième but. Une obstruction de Cunningham offre une quatrième supériorité numérique de Grenoble, mais Yorick Treille manque le cadre à la conclusion d'un beau jeu rapide en triangle initié par Sivic.

Rouen s'installe en zone offensive, mais Fabien Colotti se fait contrer à la ligne bleue et laisse partir une contre-attaque. Jonathan Janil est contraint d'accrocher un Grenoblois qui se retrouvait seul face au gardien. Les Dragons gagnent du temps à merveille en infériorité. Le problème est qu'ils en perdent aussi avec ces fautes car le chronomètre ne joue pas en leur faveur.

2014-12-30-Rouen-Grenoble7On entre dans les huit dernières minutes. Daultan Léveillé accélère côté droit, puis prend le rebond pour un étonnant billard : le palet frappe le casque de Yorick Treille puis son patin avant de longer la ligne et de ressortir... Félix Petit est pénalisé, mais ses coéquipiers résistent héroïquement à l'emprise du powerplay rouennais. Zajowski pare les lancers de Desrosiers puis de Charland.

À l'avant-dernière minute, Ari Salo demande son temps et sort son gardien avant un engagement en zone offensive. Tir de la bleue de Coulombe, rebond de Lacroix et mitaine de Zajkowski. Les Grenoblois coupent ensuite les lignes et se jettent sur tous les lancers, jusqu'à la sirène de la délivrance, sur un dernier arrêt de leur gardien suédois.

Les Grenoblois auront donc renoué avec la victoire au meilleur moment, et surtout ils ont fait preuve d'une mentalité qui sied à une équipe affamée de titres. Cette mentalité de gagneurs que devait inculquer Martel, et qui n'a pas disparu malgré les récentes déconvenues. Avec un sens du sacrifice de tous les instants, les Brûleurs de Loups ont été meilleurs dans les petits détails et dans le travail de l'ombre sur la durée du match.

Les Rouennais, eux, sont entrés trop tard dans cette finale au niveau de l'implication défensive. Leur volonté offensive ne les a jamais quittés, et ils auront tout tenté pour revenir. Mais ils ont fait face à un système défensif efficace qui les a privés de temps et d'espaces pour poser leur jeu, et ils n'ont jamais pu refaire le retard initial.

Quatre victoires partout : Grenoble rejoint donc Rouen au palmarès de Coupe de la ligue. La belle dans un an pour la dixième - et a priori dernière - édition de cette compétition ?

Désigné meilleur joueur de la finale : Michal Zajkowski (Grenoble)

Franceligue2015

(Photos Philippe Crouzet - www.ipernity.com/doc/182273/album)

Commentaires d'après-match (sur L'Équipe 21, dans Paris Normandie et le Dauphiné Libéré)

Richard Martel (entraîneur de Grenoble) : "Michal a été impeccable devant le filet. On a besoin d'un gardien capable de ce genre de performance. Nos joueurs étaient anxieux en deuxième période, ils voulaient absolument gagner et ils ont perdu en concentration par rapport à l'arbitrage. Rouen était plus calme, on voit qu'ils sont habitués à jouer le championnat. Les joueurs ont payé le prix, ils ont fait les sacrifices, ils ont bloqué les lancers et travaillé fort en zone défensive. Ils ont mérité la victoire. Ils voulaient tellement gagner... Ils ont tout fait. Vraiment tout pour lever ce trophée. Parfois, les équipes plus talentueuses ne gagnent pas car elles ne savent pas se sacrifier. Nous, on a réussi à le faire. J'ai vu dans les yeux des supporters cette importance de battre Rouen. Gagner et rien d'autre. Je suis content, ému et fier."

Michal Zajkowski (gardien de Grenoble) : "Il y avait beaucoup de pression dans les dernières minutes, il fallait stopper tous les tirs. J'étais obligé après tout le travail qu'avait fait l'équipe. C'est un sentiment incroyable. Je n'avais jamais connu ça auparavant. Quand j'ai vu tous les gars sauter à la fin du match, je n'en revenais pas. "

Julien Baylacq (attaquant de Grenoble) : "Il n'y a qu'à voir la dernière présence des gars sur la glace. Tout le monde se jette par terre pour bloquer les shoots. Même si ça fait mal, ça reprsente notre équipe. Elle est soudée. On avait peut-être oublié un peu ça ces dernières semaines, ce qui faisait qu'on perdait un peu plus de matchs. Mais l'enjeu a fait que tout le monde s'est surpassé."

Stéphane Gervais (défenseur de Grenoble) : "C'était incroyable, on a mis tout ce que l'on avait pour gagner. Toute l'équipe a une pleine confiance en Michal. C'est quelqu'un qui est constant mentalement. Il est calme, il est exemplaire."

Felix Petit (attaquant de Grenoble) : "Toutes nos victoires depuis le début de saison ont été acquises comme cela. Chaque gars se sacrifie sur chaque lancer, on bloque des tirs, on n'accorde pas plus de deux ou trois buts."

Christophe Tartari (attaquant de Grenoble) : "J'ai dit aux gars de savourer car on ne sait jamais quand cela va se reproduire. Il faut vivre ce moment-là comme si c'était le dernier..."

Ari Salo (entraîneur de Rouen) : "Il y a beaucoup de déception. Lors du premier tiers, on a été absent dans certaines situations. On a commis trop d'erreurs et, à ce niveau, cela ne pardonne pas. C'est vraiment dommage car j'ai le sentiment qu'on n'a pas été battu par meilleur que nous. Lors des deuxième et troisième tiers, on a même joué du beau hockey. Il a juste manqué un peu de précision, un peu de lucidité... On est aussi tombé sur un bon gardien. C'est dommage."

François-Pierre Guénette (attaquant de Rouen) : "Cette finale a été un bon match de hockey. Je ne pense pas qu'on ait fait un premier tiers catastrophique mais les Grenoblois ont été opportunistes. Ils ont su profiter des chances qu'on leur a données. Ça ne se joue vraiment pas à grand-chose. Défensivement, ils ont été bons. Ils ont fermé le jeu et, nous, on a certes beaucoup tiré mais on n'a pas mis assez de trafic devant la cage."

Johan Saint-André (attaquant de Rouen) : "Je ne pense pas que Grenoble ait fait un bien meilleur match que nous. Tout s'est joué sur de petits détails auxquels on n'a pas été assez attentifs lors du premier tiers. On a eu un peu de mal à entrer dans le match. Les chances qu'ils ont eues, on leur a donné et, malheureusement, une grande partie du match s'est joué. [Concernant son but] La passe de Dan n'était pas très puissante et, du coup, j'ai eu du temps pour voir le placement du gardien et ajuster mon shoot. Cela fait plaisir de marquer mais c'est dommage qu'on n'ait pas su profiter de cette petite rébellion pour égaliser plutôt que de prendre un troisième but assez vite derrière."

 

Grenoble – Rouen 3-2 (3-1, 0-1, 0-0)
Mardi 30 décembre 2014 à 20h00 à la patinoire olympique de Méribel. 2500 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez et Damien Bliek assisté de Yann Furet et Gwilherm Margry.
Pénalités : Grenoble 10' (0', 8', 2'), Rouen 14' (0', 8', 6').
Tirs cadrés : Grenoble 27 (11, 8, 8), Rouen 39 (16, 12, 11).

Évolution du score :
1-0 à 04'22" : Chouinard assisté de Treille
2-0 à 05'05" : Sivic assisté de Chouinard
2-1 à 07'00" : Saint-André assisté de Koudys et Cunningham
3-1 à 13'54" : Chouinard assisté de Petit
3-2 à 35'20" : Guénette assisté de Lampérier et Manavian (sup. num.)


Grenoble

Gardien : Michal Zajkowski.

Défenseurs : Dominic Jalbert – Pierre-Luc Lessard ; Stéphane Gervais – Nicolas Favarin ; Sam Roberts – Pierre-Antoine Simonneau.

Attaquants : Mitja Sivic – Felix Petit – Éric Chouinard (C) ; Jordann Perret – Toby Lafrance – Danick Bouchard ; Julien Baylacq – Christophe Tartari (A) – Yorick Treille (A) ; Hampus Gustafsson - Romain Chapuis - Aubin Lamirault.

Remplaçants : Jimmy Darier (G), Quentin Scolari, Arnaud Faure.

Rouen

Gardien : Nicolas Riopel [sorti à 58'39"].

Arrières : Danny Groulx – Antonin Manavian ; Patrick Coulombe – Jonathan Janil ; Léo Guillemain – Wesley Cunningham.

Attaquants : Loïc Lampérier – François-Pierre Guénette (C) – Fabien Colotti ; Julien Desrosiers (A) – Maxime Lacroix – Francis Charland ; Dan Koudys – Daultan Léveillé – Johan Saint-André.

Remplaçants : Fabrice Lhenry (G), Raphaël Faure, Aurélien Dorey, Antoine Mony, Alexandre Lubin, Loup Benoit. Absent : Marc-André Thinel (luxation de l'épaule).