Brest – Rouen (Ligue Magnus, 22e journée)

Improbable

L’affiche des extrêmes. D’un côté une machine rouennaise forte de douze succès consécutifs en championnat. De l’autre une formation brestoise la tête au fond du seau après être repartie avec la lanterne rouge et une défaite 5-2 de la patinoire lyonnaise samedi dernier.

Le coach Oprandi parle même d’état d’urgence dans la presse quotidienne régionale. Ce match est à double tranchant. Une nouvelle défaite brestoise les enfoncerait un peu plus après la déconvenue du week-end dernier. Un improbable exploit face à l’ogre rouennais et c’est un nouvel élan pour tenter d’accéder aux play-off.

Pour Rouen, il s’agit de conserver la pôle position acquise contre Grenoble samedi dernier tout en gardant en tête le gros rendez-vous de la semaine : la finale de Coupe de France face à « l’ennemi » de toujours amiénois. A priori cela ne devrait pas poser de problème chez le dernier du championnat mais méfiance tout de même. La dernière visite rouennaise au Rïnkla Stadium s’est soldée par une défaite en Coupe de la Ligue.

BERTEINleo20141101096Soyons honnête, le scénario des huit premières minutes est tout bonnement improbable. Tandis que les Dragons semblent errer tranquillement sur la glace, les Albatros, eux, ne se posent pas de questions et jouent leurs chances à fond.

L’ex-Rouennais Quentin Berthon est pris par la patrouille (1’58’’). Le jeu de puissance normand est installé mais Bertein s’interpose sur les quelques tentatives adressées par Rouen. La prison se termine au moment même où une contre attaque est amorcée par Michal Dian. Ce dernier transmet à Edgars Dikis qui remonte le palet à vitesse grand V. Le défenseur letton remet en retrait pour un tir d’Alexandre Quesnel repoussé par Fabrice Lhenry. Sorti entre-temps de son cachot, Berthon est à l’affût du rebond et ouvre la marque (1-0 à 4’07’’).

Rouen presse immédiatement dès la mise en jeu. Mais il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ce soir dans la machine rouennaise. Un positionnement rouennais des plus fantaisiste permet à Vladimir Holik de créer un 2 contre 1 par une longue passe. À la réception on trouve Benjamin Breault qui a son compatriote To-Landry au centre. Il ne choisit pas la solution de passe mais plutôt le tir et c’est judicieux. Esseulé, Lhenry est déjoué en hauteur (2-0 à 6’35’’).

Et ce n’est pas fini ! Devant une foule incrédule, Berthon profite d’un palet perdu en défense pour ajuster le gardien vétéran qui ne peut pas grand chose pour rattraper les bourdes de ses coéquipiers (3-0 à 7’48’’). Ari Salo en a vu assez et demande son temps mort.

Le début d’une folle remontée ? Pourquoi pas. Ce n’est pas les occasions qui manquent aux multiples champions mais l’ensemble est plutôt maladroit… Jusqu’au débordement rageur de Francis Charland sur l’aile droite qui déjoue Bertein du revers (3-1 à 11’16’’). Malgré cette réduction d’écart, on sent les Normands incroyablement fébriles. La supériorité numérique obtenue après une faute de Dian (13’11) en est l’exemple type. Les joueurs postés à la bleue frôlent le hors-jeu à plusieurs reprises où ne réceptionnent pas bien les passes. Le collectif bafouille dans sa globalité.

MANAVIANantonin20140826038Le score demeure identique jusqu’à la sonnerie malgré le double de tirs (20 contre 10) en faveur des visiteurs. Les Albatros ont su être « tueurs » face au but, ce qui a permis d’exploiter les incroyables largesses adverses.

Au retour des vestiaires, on s’attend tout de même à ce que le discours d’Ari Salo mette fin à cette farce. Hélas pour lui, cela va de mal en pis. Réduits à quatre après un cinglage de Saint André (21’38’’), Breault redonne trois buts de retard aux Dragons sur un lancer frappé qui pénètre à l‘aide du poteau (4-1 à 22’47’’).

Les problèmes rouennais n’ont pas du tout été réglés à la pause. Cela ne fait même qu’empirer hormis un nouveau débordement de Charland bien stoppé par Bertein (26’33) et un beau tir de Guenette qui connaît le même sort (27’53’’). Graham Avenel a le cinquième but au bout de la crosse en se présentant en solitaire mais Lhenry endosse le rôle de pompier (29’40’’). Les Rouennais sont acculés : Romand ne cadre pas son revers tandis que Breault s’emmêle les pinceaux dans son duel face au cerbère des Dragons (31’).

À force de subir, Rouen est poussé à la faute. Antonin Manavian est pris à retenir une crosse brestoise (32’03’’). Nous ne sommes plus à une chose surprenante près, le jeu de puissance breton demeure à 100 % d’efficacité grâce à To-Landry qui glisse le palet derrière l’infortuné Lhenry (5-1 à 33’55).

5-1 pour Brest… Qui l’eût cru ? Et encore, les Albatros ont pas mal vendangé dans ce tiers médian. Cependant il reste une période à disputer et les Bretons doivent rester mobilisés pour parachever leur exploit. Surtout qu’en face se trouve un leader qui n’a plus rien à perdre et joue extrêmement haut.

JANILjonathan20140906154Bertein ne manque pas de travail mais rempli à merveille son rôle. Il se fait néanmoins surprendre par un tir au niveau de la bleue par Jonathan Janil qui marque côté bouclier (5-2 à 43’18’’). Le gardien brestois n’était pourtant pas masqué. De quoi rappeler à l’ordre les Brestois qui peuvent se mettre en péril à trop laisser l’adversaire venir.

On sent même une certaine crispation dans les gradins qui est rapidement dissipée par Michal Dian. Le Slovaque circule bien trop tranquillement dans la défense rouennaise, en mode porte ouverte ce soir, et exploite un rebond victorieux (6-2 à 47’32’’). Le jeu est ensuite très haché et ponctué par des tirs rouennais et des dégagements bretons. La fluidité revient peu à peu au fur et à mesure que la résignation gagne Rouen jusqu’au buzzer final sur ce score improbable de 6-2.

Un « non-match », cela ne peut pas être autre chose de la part des Rouennais tout simplement méconnaissables. Sans doute la tête déjà portée sur la finale de dimanche prochain, les Dragons se sont présentés la fleur au fusil et on fait preuve de largesses tout simplement sidérantes pour une équipe de leur statut. Les tentatives de réaction ont pour la plupart été annihilées par un grand Léo Bertein mais également par une grande maladresse. Les qualités techniques étaient là, mais il n’y avait rien pour donner du liant à l’ensemble. La faillite est collective.

Les Albatros sont récompensés par deux très beaux points, mais en n’ayant paradoxalement pas forcément livrés leur meilleur match. L’état d’urgence décrété a eu pour effet d’avoir des Brestois impliqués dès le coup d’envoi ce qui n’avait pas été le cas à Lyon. Face à un adversaire qui était loin de cet état d’esprit, les buts se sont enchaînés pour au final donner un départ canon ponctué par un beau réalisme sur le but adverse. Cette efficacité y s'est poursuivie plus tard dans le match en supériorité numérique malgré des failles dans la construction.

Berthon, propulsé au poste de Prosvic blessé, a su tirer profit du temps de jeu offert pour s’offrir un doublé face à son ancien club. Mais le héros du match est sans doute Léo Bertein qui sort 47 arrêts face à des fines lames qui n’étaient certes pas dans un grand jour. La montée en puissance du portier Brestois sera bien utile dans ces moments cruciaux.

Sébastien Oprandi fixait un objectif de deux points sur les rencontres face à Rouen et Gap. Ils sont déjà obtenus mais cela ne doit certainement pas empêcher son équipe d’en décrocher deux supplémentaires sur sa terre natale et celle d’adoption de Nicholas Pard. Il y a un besoin urgent de décrocher des points ailleurs qu’au Rïnkla Stadium. Sinon la lanterne rouge, qui a repris le chemin familier de Caen, pourrait bien revenir faire un tour sur la pointe bretonne.



Brest – Rouen  6-2 (3-1, 2-0, 1-1)
Mardi 20 janvier 2015 à 20h00 au Rïnkla Stadium. 924 spectateurs
Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté de Charles-Édouard Salmon et Charlotte Girard.
Pénalités : Brest 4' (4', 0', 0'), Rouen 6' (0', 6', 0').
Tirs : Brest  39 (10, 19, 10), Rouen 49 (20, 16, 13)

Évolution du score :
1-0 à 04’07’’ : Berthon assisté de Quesnel et Dikis
2-0 à 06’35’’ : Breault assisté de Holik et Hartung
3-0 à 07’38’’ : Berthon assisté de Dian
3-1 à 11’16’’ : Charland assisté de Lacroix et Janil
4-1 à 22’47’’ : Breault assisté de To Landry et G. Avenel (sup. num)
5-1 à 33’55’’ : To Landry (sup. num)
5-2 à 43’18’’ : Janil assisté de Groulx et Desrosiers
6-2 à 47’32’’ : Dian

 

Brest

Gardien : Léo Bertein.

Défenseurs : Aurélien Gréverend (A) – Bryce Reddick ; Jason Crossman – Edgars Dikis ;  Tim Hartung (A) – Vladimir Holik ; Gaëtan Cannizzo ; David Hennebert (C).

Attaquants : Jonathan Avenel – Graham Avenel – Jérémie Romand ; Nicolas Motreff (Sébastien Delemps à partir de 45’) – Benjamin Breault – Vikhael To Landry ; Alexandre Quesnel (A) – Quentin Berthon – Michal Dian.

Remplaçants : Arnaud Goetz (G), Dimitri Motreff. Absent : Jaroslav Prosvic (fracture du scaphoïde).

Rouen

Gardien : Fabrice Lhenry

Défenseurs : Patrick Coulombe – Jonathan Janil (A) ; Danny Groulx – Antonin Manavian ; Raphaël Faure – Wes Cunningham.

Attaquants : Julien Desrosiers (A) – Maxime Lacroix – Francis Charland ; Loïc Lampérier – François-Pierre Guénette (C) – Fabien Colotti ; Dan Koudys – Daultan Léveillé – Johan Saint-André.

Remplaçants : Nicolas Riopel (G), Léo Guillemain, Aurélien Dorey, Loup Benoit, Alexandre Lubin et Valentin Jacques. Absent : Marc-André Thinel (épaule).