Épinal - Lyon (Ligue Magnus, 22e journée)

Une victoire et ça repart ?

Et dire qu'en début de saison, les hommes de Philippe Bozon enchaînaient les succès et tutoyaient les sommets. Difficile à croire trois mois plus tard, après dix défaites lors des douze dernières journées de championnat et sept places perdues au classement. Une lente dégringolade se poursuivant après cette courte défaite ramenée samedi de Caen (3-4), où les Gamyo, desservis par un gardien chancelant, ont subi leur sixième revers de rang en déplacement.

Hocevar Andrej 6Fautif sur les quatre buts des Drakkars, Andrej Hočevar n'a donc pas plus amélioré son (faible) pourcentage d'arrêts qu'aidé ses coéquipiers à redresser la barre. Aussi l'international slovène, plus vraiment considéré comme le grand gardien dont Épinal a tant besoin, endosse-t-il une grande part de responsabilité dans l'aggravation d'une situation échappant visiblement à Philippe Bozon.

À croire qu'un ressort s'est cassé au sein d'un groupe spinalien comptant en ses rang trop d'éléments n'apportant pas autant qu'ils le devraient. Certains peinant à se faire violence sur la glace, ce qui pèse dans la balance et fait toute la différence dans ce championnat très serré où l'ICE, toujours engagée dans la course aux play-offs (malgré son rythme de barragiste), est à deux doigts de perdre pied.

Loin d'affoler les compteurs, les Petrák, Ograjenšek, Beron et autres Kuralt seraient donc bien inspirés de se "réveiller". Après tout, mieux vaut tard que jamais. Mais contre un adversaire direct et désireux de laver l'affront du match aller, les Gamyo vont devoir se surpasser. Les Lions de Lyon, un temps moribonds cette saison (huit défaites lors des neuf matchs disputés entre le 1er novembre et le 23 décembre), ayant repris du poil de la bête en dominant dernièrement Dijon (5-3) et Brest (5-2) à la maison... sur cette glace de Charlemagne où de très nombreux supporters spinaliens rugirent de plaisir le 1er novembre dernier !

Ce soir-là, entre Saône et Rhône, les boys du Boz' n'avaient fait qu'une bouchée du LHC (5-0). Mais aujourd'hui, les Gamyo n'ont plus le vent dans le dos. Les troupes dirigées par François Dusseau, revenues à un tout petit point de leur hôte vosgien, ont donc un bon coup à jouer. Même diminuées par l'absence de Matej Krištín, toujours blessé, qui prolonge l'intérim de Landry Macrez devant le filet. Quentin Jacquier, l'éphémère mulhousien (touché vendredi dernier), ayanBaazzi Aziz Lyont lui rejoint dans leur malheur les solides défenseurs Pasi Hirvonen et Ben Parker.

Leur retour au jeu (qui ne devrait plus tarder) ne s'opère donc pas à Poissompré. Mais l'arrière-garde lyonnaise, en effectif réduit, peut toujours compter sur son défenseur numéro un. L'ancien Dauphin Francis Meilleur, qui complétait si bien Maxime Ouimet l'an passé et met aujourd'hui ses qualités de relanceur au service d'un trio Ouellet-Laberge-Gadoury prenant une part de plus en plus active au pointage. Voilà une menace toute trouvée pour ces Spinaliens présentant un visage inédit avec leur tout "nouvel" attaquant... Aziz Baazzi !

Épinal se détache...

À court de solutions (et toujours privé, pour ne rien arranger, du toujours combatif Yannick Offret), Philippe Bozon a donc cédé à la tentation de repositionner ce défenseur fougueux et naturellement porté vers l'avant aux-côtés d'Anže Kuralt et Ken Ograjenšek. Un duo impliqué dans le tout premier but de la soirée. Ograjenšek récupérant le disque en zone neutre et renversant aussitôt sur Kuralt, qui passe la bleue. L'ailier slovène, qui voit Trefný se dresser devant lui, crochète à l'intérieur, puis à l'extérieur pour se remettre sur son coup droit, utilisant le défenseur slovaque comme écran pour déposer la rondelle dans la lucarne droite de Macrez. Un tir à mi-distance, très précis, surprenant un gardien en position papillon (1-0 à 02'26").

Ce but vite encaissé n'est pas de nature à rassurer Landry Macrez, gros pourvoyeur de rebonds, qui montre une grande fébrilité dans ses interventions. Des difficultés partagées par ses coéquipiers, peu inspirés, qui subissent plus qu'ils n'agissent en ces premiers instants. Seul Kevin Gadoury, grand gabarit alliant vitesse de patinage et rapidité d'exécution, paraissant en mesure d'inquiéter des Gamyo se montrant aussi solides derrières qu'entreprenants devant. Et s'ils échoueront dans leur entreprise d'exploiter une pénalité infligée à Vitton-Mea (04'17"), les Spinaliens arriverontKURALT Lyon à leurs fins... en toute fin de supériorité. Michal Petrák, excentré, héritant du palet près du banc lyonnais, d'où il frappe une rondelle filant dans un trou de souris, sous le bras droit d'un Landry Macrez visiblement masqué au départ du lancer (2-0 à 06'30")...

Les Lions n'ont pas encore sorti leurs griffes dans cette partie qu'ils se retrouvent doublement menés. Les Spinaliens, qui monopolisent le palet, étalant leur indéniable supériorité collective sans jamais manquer une occasion de tirer. Cherchant à combiner pour accélérer le jeu, les locaux s'activent sous l'impulsion d'un duo Plch-Petrák retrouvé, qui s'évertue à rallonger les séquences en zone offensive pour fatiguer un adversaire concédant beaucoup de lancers. Autant de tentatives repoussées par Landry Macrez, qui n'oriente pas le moindre rebond et manque d'être surpris par une habile déviation. Un tir de Petrák heurtant le patin de Plch, puis celui d'Eriksson (09'53").

Les Rhodaniens, dominés, apparaissent sans génie. À l'exception, bien sûr, de Kevin Gadoury. L'ailier québécois, qui pèse sur le jeu, parvenant à relayer Dean Ouellet pour lancer Jonathan Laberge, dont le tir croisé sera dévié par la crosse d'Andrej Hočevar (10'08").

GADOURYL'international slovène, plus d'une fois pointé du doigt ces derniers mois, répondant présent. Comme tous ses coéquipiers... y compris Pierre-Charles Hordelalay, utilisé avec une infinie parcimonie ! Un temps de jeu réduit que l'ex-Rémois va mettre à profit, en bousculant Meilleur (qui pressait très haut dans le camp spinalien) pour écarter le danger. Le défenseur canadien, qui réclamait une pénalité, allant se faire justice lui-même en chargeant maladroitement Hordelalay dans sa zone défensive (11'01") !

Le jeu de puissance vosgien n'a pas le temps de faire tourner le palet que Peter Valier se fait sanctionner d'une obstruction (11'48"). Pas de quoi rendre les Lions plus mordants, mais suffisant pour que Jules Breton fasse chauffer la mitaine du portier (11'54"). Une action sans danger comparé à cette tentative d'Ouimet repoussée par la botte de Macrez. Ján Plch, en embuscade, manœuvrant devant la cage sans parvenir à cadrer (12'24"). Mais si l'accrocher sifflé à l'encontre d'Eriksson (12'48") n'augure rien de bon pour Lyon, une récupération de Trefný va se transformer en un bon deux-contre-un. Seulement voilà, le défenseur slovaque va manquer de lucidité, préférant s'empaler sur Kloz que de servir Ouellet (12'37"). La pénalité du centre suédois aura pourtant failli profiter aux Gamyo. Beron s'en allant décocher un "boulet de canon" s'enfilant sous la barre de Macrez. Un but refusé pour un hors-jeu peu évident, voire même inexistant (14'40")...

À nouveau sanctionné d'un accrocher (en défendant sur Ograjenšek 16'05"), Jens Eriksson va ramener le danger dans le camp lyonnais. Grégory Beron provoque rapidement premier rebond (16'10"), puis un second en expédiant un tir flottant freiné dans le trafic. Vincent Kara, qui est l'un des seuls Spinaliens à y mettre son nez, s'emparant de ce puck traînant dangereusement... sans pour parvenir à le répercuter au fond des filets (16'52") !

Une bonne occasion de ratée pense t-on, surtout qu'Aziz Baazzi, dans la foulée, va se montrer beaucoup trop gourmand dans sa remontée de palet. L'international français, pourtant flanqué de deux coéquipiers, préférant foncer tête baisséeMACREZ plutôt que d'assurer la relance. Dean Ouellet, après l'avoir poke-checké, va évidemment profiter de ce revirement pour s'en aller défier le gardien. L'Acadien y allant d'une petite feinte gauche-droite pour se mettre sur son revers... mais dans un angle trop fermé (17'13") !

Les Lions, qui n'ont pas montré grand-chose jusqu'à présent, retrouveraient-ils un peu de mordant ? Sous l'impulsion de Nicolas Biniek, parti forcer le passage pour obtenir une pénalité (19'02"), ils terminent en tout cas mieux ce premier tiers qu'ils ne l'ont débuté. Le powerplay lyonnais ne va toutefois pas se montrer dangereux, à l'image de cette passe en retrait de Lebey échappant à Gadoury... mais pas à Kara, qui verra toutefois le cadre se dérober (19'20") !

... Lyon s'accroche !

Peu inquiétés par un LHC combatif mais limité, les Gamyo abordent sereinement la suite des événements, forts d'automatismes leur permettant de se montrer menaçants. Mais croire qu'Épinal a le match bien en main, c'est oublier un peu vite que les Vosgiens sont spécialisés dans l'art de se mettre en difficulté. Les contres lyonnais étant autant d'avertissement sans frais.

La pénalité de Martin Charpentier (26'08"), sitôt tuée par un box-play bien en place et agressif sur le porteur du palet, sera toutefois suivie d'une bonne supériorité. Seulement voilà, cette faute provoquée par Ján Plch (29'32") restera inexploitée. Et comme bien souvent en pareil cas, c'est l'adversaire qui en tire en profit. Ce diable de Biniek prenant la poudre d'escampette avant de se faire accrocher par Kuralt, auteur d'un retour désespéré (31'10").

Le jeu de pMEILLEURuissance rhodanien va chercher la faille sans la trouver, jusqu'à ce que Correia ne serve Eriksson derrière la cage, qui va remettre en retrait sur Meilleur, promu artilleur du powerplay. L'ancien Spinalien, bien placé dans le slot, tirant sur réception pour faire trembler les filets (2-1 à 33'03").

Il n'en fallait pas davantage pour ébranler la relative sérénité des joueurs de la Cité des Images, de moins en moins souverains. Pris de vitesse par un Couture résistant à Moisand (mais butant du revers sur Hočevar, 36'14"), les "orange et noir" manqueront néanmoins de tripler la mise sur une incursion d'Ograjenšek, qui verra son revers tutoyer le montant (37'13"). Mais ce n'est que partie remise. Gadoury, après avoir longuement "tricoté" dans sa zone défensive, expédiant sa relance axiale dans la palette d'Ouimet. Un cadeau dont le capitaine des Gamyo va faire profiter Ján Plch, qui entre en zone côté gauche pour mieux servir Anže Kuralt à l'opposé. Le Slovène, imparablement décalé, ne laissant aucune chance à Macrez, qu'il fusille de près (3-1 à 39'01").

Une vaine course-poursuite

Timothée Franck, venu frapper à la porte d'Andrej Hočevar (39'35"), fait passer un dernier frisson dans les gradins de Poissompré, où l'on reste confiant pour la suite des événements. Un optimisme contrarié cet échec-avant trop pressant d'un Valier se voyant puni pour avoir déséquilibré Trefný (40'58"). Une pénalité permettant au powerplay lyonnais de reprendre ses quartiers... et d'effectuer un joli rapproché ! La reprise de Nicolas Biniek, bien décalé au cercle d'engagement droit, se voyant subtilement déviée par Julien Lebey (3-2 à 42'24").

Ce but, Lyon n'aura toutefois pas la possibilité d'en profiter. Le slap de Gašper Sušanj, déviée devant la cage de Landry Macrez, revenant sur un Grégory Beron n'ayant plus qu'à pousser la rondelle au fond des filets (4-2 à 43'05").

Les Gamyo, qui avaient pris l'habitude d'encaisser unCOUTURE but juste après avoir marqué, vont ensuite se faire piéger. Victor Vitton-Mea, en zone neutre, ouvrant à sa gauche sur Julien Lebey, qui trouve un Nicolas Biniek arrivant lancé. Le meilleur compteur du LHC, après avoir pris l'intervalle, faisant parler ses poignets pour marquer côté plaque, d'un joli tir à mi-hauteur (4-3 à 46'24").

Mais là encore, les Rhodaniens n'en feront rien. Les deux équipes se rendant coup pour coup, au grand dam d'un Julien Lebey ne pouvant empêcher Ján Plch de récupérer le palet, puis de lui-même le remonter. Le vétéran, éternel buteur, s'en allant tout bonnement jouer les libérateurs, s'appuyant sur Beron (côté gauche) pour nettoyer la lucarne opposée (5-3 à 49'02"). Une joie de courte durée puisque Vincent Couture, oublié au premier poteau, va profiter d'un instant de relâchement. L'ailier québécois levant sa crosse à hauteur d'épaule pour contrôler un palet aérien (né d'un lancer déclenché par Breton) avant de contourner le demi-cercle et marquer du revers (5-4 à 49'15")...

Réclamant une crosse haute de l'ancien Villardien, les Spinaliens seront déboutés par les référés de la soirée, qui accorderont bel et bien ce quatrième but lyonnais. De quoi préserver un semblant de suspens pour les dix dernières minutes de jeu.  Dix interminables minutes "rythmées" par les assauts des hommes de François Dusseau, qui tueront la pénalité de Nicolas Biniek (51'27") sans pour autant parvenir à égaliser. Ce ne fut pourtant pas faute d'essayer, mais ni Biniek (54'52"), ni Gadoury (55'52") n'auront pu venir à bout d'un solide portier.

LesPETRAK Gap "Gones" ont donc échoué, si près et si loin à la fois des Spinaliens, vainqueurs dans la douleur d'un match n'ayant pas atteint des sommets. Comme on si attendait, entre deux formations du bas de tableau ayant connu des jours meilleurs en début de saison...

Tout n'a pas été parfait (loin de là, avec un powerplay toujours aussi inefficace et beaucoup d'erreurs d'inattention) mais les Gamyo ont donc assuré l'essentiel. Il leur fallait en effet gagner pour bien aborder la venue de Dijon (adversaire direct dans la course au top 8). Reste à voir si les coéquipiers de Vojtěch Kloz (sorti ensanglanté en toute fin de partie après avoir été touché au visage par un palet) pourront enchaîner deux victoires d'affilée... ce qu'ils n'ont plus fait depuis novembre dernier !

Réactions d'après-match (dans Vosges Matin)

Philippe Bozon (entraîneur d'Épinal) : " À 2-0, on a dit qu'il fallait aller chercher le troisième but mais on a encore très mal géré les power play. Je ne sais pas si on se relâche mais ce n'était pas suffisant. Il y a aussi des choses difficilement compréhensibles. Il faut tout de suite tourner la page et préparer Dijon car il ne faut pas oublier la réalité de ce match contre Lyon et son niveau. Moi, je ne l'ai pas oubliée. On a aucune assurance de faire deux performances de suite. Ce match de Dijon est important et on devra y mettre les ingrédients pour le gagner. Avec ça, on serait définitivement en play-off et on pourrait regarder sereinement vers le haut. "

Épinal - Lyon 5-4 (2-0, 1-1, 2-3).
Mardi 20 janvier à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 350 spectateurs.
Arbitrage de Savice Fabre assisté d'Anne-Sophie Boniface et Thomas Caillot.
Pénalités : Épinal 10' (4', 4', 2') ; Lyon 14' (8', 2', 2').
Tirs : Épinal 37 (16, 12, 9) ; Lyon 23 (6, 9, 8).

Évolution du score :
1-0 à 02'26" : Kuralt assisté d'Ograjenšek
2-0 à 06'30" : Petrák assisté de Goulet et Kara
2-1 à 33'03" : Meilleur assisté d'Eriksson et Correia (sup. num.)
3-1 à 39'02" : Kuralt assisté de Plch et Ouimet
3-2 à 42'24" : Lebey assisté de Biniek et Trefný (sup. num.)
4-2 à 43'05" : Beron assisté de Sušanj et Petrák
4-3 à 46'24" : Biniek assisté de Lebey et Vitton-Mea
5-3 à 49'02" : Plch assisté de Beron
5-4 à 49'15" : Couture assisté de Breton et Eriksson

Épinal

Gardien : Andrej Hočevar.

Défenseurs : Maxime Moisand (+2) - Vojtěch Kloz ; Maxime Ouimet (C, +2) - Peter Slovák ; Alain Goulet (+1) - Martin Charpentier ; Gašper Sušanj (+1).

Attaquants : Vincent Kara (+1) - Matthieu Le Blond (+1) - Peter Valier (+1) ; Grégory Beron (+2) - Michal Petrák (A, +4) - Ján Plch (A, +4) ; Aziz Baazzi (-1) - Ken Ograjenšek - Anže Kuralt (+2) ; Pierre-Charles Hordelalay (-1) - [alternance de centres] - Nicolas Leonelli (-1).

Remplaçants : Pierre Mauffrey (G), Anthony Rapenne, Maxime Martin. Absents : Yannick Offret (élongation à la cuisse), Nathan Ganz.

Lyon

Gardien : Landry Macrez (sorti de sa cage à 59'34").

Défenseurs : Radovan Trefný (-1) - Francis Meilleur (-1) ; Martin Millerioux (-2) - Jules Breton (-2) ; Victor Vitton-Mea (-1).

Attaquants : Dean Ouellet (-2) - Jonathan Laberge (C, -2) - Kevin Gadoury (-1) ; Julien Lebey (A, +1) - Nicolas Biniek (A) - Julien Correia (+1) ; Vincent Couture (-2) - Jens Eriksson (-1) - Timothée Franck (-2).

Remplaçants : Gabriel Lyant (G), Élie Raibon, Thomas Lapointe, Mathieu Touveron, Mark Lukianov, Florian Portier. Absents : Matej Krištín (G, cheville), Ben Parker (genou), Pasi Hirvonen (dos), Quentin Jacquier (blessé), Léo Girod (malade).