Neuilly - Bordeaux (Division 1, quart de finale, match 1)

Bordeaux a étendu cette saison son empire sur toute la division 1. Toute ? Non ! Un village d'irréductibles résiste encore et toujours à l'envahisseur.

Il s'agit d'un minuscule camp retranché d'à peine 56 mètres sur 26, une surface glacée et périlleuse pour qui s'y aventure : la patinoire municipale de Neuilly-sur-Marne. On n'y croise pas de sangliers, mais des Bisons qui piétinent tout sur leur passage. Sept fois au cours de la dernière décennie, les légions bordelaises ont essayé de conquérir cette place forte. Sept fois, elles sont reparties battues.

La huitième tentative est la plus importante de toutes : elle marque le début de la campagne espérée triomphale des grands favoris annoncés de la division 1. Au bout du chemin, ils doivent se transformer les Bordelais, sinon en César, du moins en Magnus...

Neuilly Bordeaux

Les Boxers de Bordeaux ont bien compris que ce match ne devaient pas ressembler aux précédents. Eux qui ont souvent souffert du pressing nocéen décident cette fois de sauter directement à la gorge de leurs adversaires. Ils font le siège du but adverse et impriment un rythme très soutenu en faisant tourner leurs quatre lignes. La domination territoriale est nette, mais elle ne se traduit pas aux tirs. Les Bordelais ne cadrent absolument pas leurs tentatives, et le caoutchouc ne fait vibrer que le plexiglas. Leur meilleure occasion intervient sur leur seule supériorité numérique : Thomas Decock arme un slap et fait ainsi avancer le gardien... pour mieux servir Karl Fournier à gauche du but. La cage est donc offerte dans le dos du portier, mais la déviation à pleine vitesse rate, une fois de plus, la cible.

La première période s'est jouée presque sans temps mort, et on se demande si Neuilly-sur-Marne parviendra à soutenir longtemps ce rythme face à une équipe qui déroule sa profondeur de banc impressionnante. Les Bisons ont le temps de bien souffler car la reprise est retardée par un épisode de la série "Pépé [M.Péronnin] bricole" : l'arbitre doit repercer les trous dans la glace pour seller la cage d'Ylönen après le passage de la surfaceuse. Deux minutes plus tard, la partie est à nouveau interrompue car un juge de ligne a pris un palet dans l'abdomen. Il reprend le jeu.

La physionomie du match a elle aussi changé. C'est maintenant Neuilly-sur-Marne qui connaît un temps fort et met la pression. La première ligne ne se contente plus de neutraliser son homologue adverse, elle se crée des occasions. Arttu Niskakangas vient prendre un rebond après un premier tir de Tomasek, mais son revers frôle le cadre. Sur sa présence suivante, le vétéran Martin Tomasek reçoit un long palet de Sadoun à la ligne bleue, se défait de l'unique défenseur Majercak puis dribble joliment le gardien Sebastian Ylönen (1-0, 22'50").

Sur une action où les défenseurs bordelais sont pressés dans leur camp après un palet perdu par Zeliska en sortie de zone, la crosse haute d'Aymeric Gillet frappe involontairement Arthur Cuzin au visage : cela fait donc 2'+2'. Les Bordelais tuent cette double pénalité mineure, et c'est le moment décisif car ils sortent ensuite de l'étau.

Neuilly-sur-Marne ne poursuit pas sa pression et se met alors à reculer. Dans une action symétrique du premier but, Karl Fournier reçoit le palet à la bleue, dribble Tomas Pek et croit égaliser... mais le gardien slovaque a sauvé in extremis le but d'un réflexe du bâton. Deux minutes plus tard, cependant, Zbynek Hampl trouve Lukas Zeliska seul dans le slot - car lâché au marquage par Vinatier - et le centre marque en lucarne (1-1, 34'51").

Alors que les équipes jouent à quatre contre quatre, Alan Dana est pris par patrouille pour un accrochage évident. Il ne faut alors que neuf secondes à Aymeric Gillet pour marquer, dans l'axe à la ligne bleue, sans trafic pour gêner la vue de Pek (1-2, 35'51"). Frank Spinozzi utilise aussitôt son temps mort. Son équipe retrouve de l'allant et de l'engagement, mais sans parvenir à égaliser avant la seconde pause.

Neuilly Bordeaux2

Au dernier tiers-temps, Bordeaux éloigne le danger en jouant loin dans le camp adverse... tant qu'on joue à 5 contre 5. Andrei Esipov est le premier à accrocher, et il s'ajoute dix minutes de méconduite en contestant la décision de l'arbitre. La pénalité est tuée : Thomas Decock revient juste à temps pour contrer une passe au second poteau, et Aymeric Gillet fait de gros efforts pour dégager le palet. Les Boxers sont à peine revenus au complet - et en zone offensive - que Martin Kulha concède une autre faute. Les deux mêmes joueurs remettent le couvert en infériorité : Gillet intercepte une passe transversale de Maxime Dubuc en zone neutre, et Decock vient planter le rebond gagnant (1-3, 45'55").

Dans la minute qui suit, Hugo Vinatier se lance dans une de ses improvisations auxquelles son entraîneur lui reproche de trop recourir : son festival technique dribble cette fois toute la défense et feinte le gardien... mais son revers passe ensuite nettement au-dessus du but. C'est à la faveur d'un changement de ligne bordelais que Neuilly-sur-Marne réduit finalement le score : Maxime Dubuc décale Julius Sinkovic à l'aile opposée aux bancs, et celui-ci délivre une passe-abandon pour Lukas Pek dont le lancer troue la mitaine d'Ylönen (2-3, 49'56").

Bordeaux ne ruminera pas longtemps cette erreur de gardien, car deux minutes plus tard, Romain Horrut transforme le centre au second poteau de Dejan Zemva (2-4, 52'10"). Les Boxers jouent certes 27 secondes à 3 contre 4 et 41 secondes à 3 contre 5 après une pénalité de banc mineur et une charge incorrecte de Decock, mais le vieux Gillet multiplie les dégagements. Ylönen détourne du gant un lancer de la bleue de Dana, et Bordeaux peut ensuite souffler avec une pénalité de Sinkovic. Profitant d'un engagement en zone offensive, Frank Spinozzi sort son gardien malgré l'infériorité, mais les visiteurs récupèrent le palet et Martin Kulha part marquer en cage vide (2-5, 59'17").

La meilleure équipe de D1 en infériorité numérique, qui avait concédé cinq buts dans cet exercice lors de sa défaite ici même en saison régulière, n'a pas failli ce coup-ci à sa réputation. Il manquait pourtant le défenseur défensif Fredrik Dratzen suspendu, alors que le défenseur offensif Aymeric Gillet faisait son retour après deux semaines d'absence. En plus de marquer en artilleur de la bleue en supériorité numérique, Gillet est allé au charbon en box-play pour bloquer le passage de la ligne bleue, gratter les palets et les ressortir en allant jusqu'au bout de ses forces. Une impressionnante performance du vétéran qui avait déjà contribué à la montée de Lyon l'an passé, et qui répond présent en play-offs.

(photos Nini Calimoutou)

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Commentaires d'après-match

Martin Lacroix (entraîneur de Bordeaux) : "J'avais dit avant la série que Neuilly ne valait pas sa huitième position. C'est une équipe de play-offs, très difficile à battre ici. Je ne suis là que depuis deux ans, mais on m'a dit que l'on n'avait pas réussi à gagner ici. On a excellé en désavantage numérique et on a beaucoup roulé à quatre blocs."

Frank Spinozzi (entraîneur de Neuilly-sur-Marne) : "La ligne de Tomasek a mis la ligne de Fournier à zéro. Ce bloc-là a fait son travail, pas les autres. Leurs avants sont prêts à tout défensivement autant que les défenseurs. Collectivement, c'est une belle équipe de hockey, leurs passes sont fortes sur le tape. On ne compte pas en powerplay, ça se joue là-dessus. On l'a pratiqué une heure vendredi et 40 minutes jeudi. Mais il faut sacrifier son corps. Quand certains veulent jouer la fantaisie, ça ne fonctionne pas. Nos défenseurs s'entendent dire de ne pas lever le palet et de ne pas tirer trop fort à l'entraînement pour ne pas faire mal à leurs coéquipiers ! Il ne faut pas s'étonner qu'ils tirent dans la glace en match... Il faut souligner le bon arbitrage de M. Péronnin, je ne comprends pas qu'il ne soit pas plus souvent aligné en play-offs."

 

Neuilly-sur-Marne - Bordeaux 2-5 (0-0, 1-2, 1-3)
Samedi 7 mars 2015 à 18h30 à la patinoire de Neuilly-sur-Marne. 549 spectateurs.
Arbitrage de Stéphane Péronnin assisté de Sébastien Levasseur et Vincent Peignault.
Pénalités : Neuilly-sur-Marne 12' (4', 4', 4') ; Bordeaux 26' (2', 6', 8'+10').
Tirs : Neuilly-sur-Marne 23 (8, 10, 5) ; Bordeaux 25 (5, 9, 11).

Évolution du score :
1-0 à 22'50" : Tomasek assisté de Sadoun et Dana
1-1 à 34'51" : Zeliska assisté de Hampl et Cadren
1-2 à 35'49" : Gillet assisté de Kulha et Zeliska (sup. num.)
1-3 à 45'55" : Decock assisté de Gillet
2-3 à 49'56" : L. Pek assisté de Sinkovic et Dubuc
2-4 à 52'10" : Horrut assisté de Zemva et Paquin
2-5 à 59'16" : Kulha assisté de Gillet (inf. num., cage vide)


Neuilly-sur-Marne

Gardien : Tomas Pek [sorti de 59'08" à 59'16"].

Défenseurs : Maxime Dubuc (C) - Joonas Karvonen ; Jozef Wagenhoffer - Alan Dana ; Rémi Colotti - Jérémy Fritsche.

Attaquants : Arttu Niskakangas - Zachary Vit - Martin Tomasek ; Julius Sinkovic - Hugo Vinatier - Lukas Pek ; Arthur Cuzin - Loïc Sadoun - Luka Basic ; Marc Slupski - [tournant] - Kévin Guimbard.

Remplaçants : Rémi Husson (G), Benjamin Turlure.

Bordeaux

Gardien : Sébastian Ylönen.

Défenseurs : Andrei Esipov - Martin Obuch ; Jan Majercak - Aymeric Gillet ; François Paquin - Cyril Boubé.

Attaquants : Francis Desrosiers - Karl Fournier - Thomas Decock ; Zbynek Hampl - Lukas Zeliska - Vincent Cadren ; Romain Horrut - Dejan Zemva - Martin Kulha ; Aina Rambelo - Nicolas Mariage - Gautier Lafrancesca.

Remplaçants : Mickaël Gasnier (G), Antoine Picot, Thomas Paradis.