Épinal - Angers (Ligue Magnus, demi-finale, match 4)

On n'arrête plus les Spinaliens !

La vérité d'une soirée n'étant pas forcément celle du lendemain, il fallait forcément s'attendre à une réaction d'Angevins écrasés (1-9), la veille, par des Spinaliens s'étant senti pousser des ailes. Des Gamyo désormais totalement relancés dans cette série, qui arrive à son premier tournant. L'occasion de vérifier si la confiance a effectivement changé de camp...

Lefebvre Valier Face offMais loin d'aborder cette échéance à reculons, les hommes de Réal Paiement vont imposer un défi physique constant. Il ne fallait de toute façon pas en espérer moins d'un Guillaume Lefebvre pressant très haut dans le seul but d'asséner un maximum de mises en échec. L'ailier de 33 ans aux 39 matchs de NHL (entre 2002 et 2010, avec Philadelphie, Pittsburgh et Boston), réputé pour sa dureté, n'effectue donc aucun passage à vide. Il s'en donne même à cœur joie, chargeant à tout va en ces premiers instants. Une rudesse partagée par bon nombre de ses coéquipiers. Parmi lesquels Cody Campbell, qui ne fait pas dans la dentelle en percutant violemment un Michal Petrák qui venait d'intercepter un mauvais dégagement (02'30").

Il va sans dire que ce jeu pour le moins musclé s'avère pourvoyeur de pénalités. Aussi Campbell, pour avoir chargé Petrák à la tête, écope-t-il d'une méconduite. Un 2+10 engendrant le premier avantage numérique de la soirée, fatal à un Tim Crowder se blessant au poignet (en bloquant le shoot puissant de Beron, 04'04"). Une sortie prématurée qui n'altère aucunement les bonnes dispositions d'Angevins serrant efficacement les rangs, tout en se montrant très agressifs sur le porteur du palet.

LAHESALu Epinal Po 1Jean-Sébastien Aubin, avec une telle garde rapprochée, est peu inquiété durant cette infériorité parfaitement négociée par des Ducs soignant avant tout leurs placements. La trappe, qui se met en place, leur permet de contenir les assauts de Gamyo n'ayant d'autres choix que d'aller s'empêtrer dans les mailles d'un filet ne demandant qu'à se refermer.

Les défenses prennent donc le pas sur les attaques en ce début de partie. Mais à trop se montrer indisciplinés, les Ducs d'Angers vont se tirer une balle dans le pied. Les visiteurs, alors en supériorité (obstruction de Kuralt, 06'11"), concèdent une pénalité stupide. Robin Gaborit, en regagnant son banc, séche sans raison Matthieu Le Blond (07'02") avant que Braden Walls ne se rende à son tour coupable d'une obstruction (07'02").

De quoi permettre aux Spinaliens d'évoluer en double supériorité pendant plus d'une minute. Une opportunité qu'ils ne vont pas laisser passer. Ján Plch, opportuniste, profite d'un gros cafouillage devant la cage (suite à un slap dévié de Beron) pour s'emparer du rebond. Et ainsi faire se lever Poissompré (1-0 à 08'28") !

PLCh Angers PoNe pouvant s'en prendre qu'à eux-mêmes, les protégés du président Juret se retrouvent donc menés. Mais loin de renoncer à leur style de jeu (naturellement rugueux), ils ne baissent pas toujours pas le ton à l'image d'un Guillaume Lefebvre s'en allant successivement secouer Maxime Moisand, Aziz Baazzi et Peter Valier (9e) !

Un engagement méritoire, mais insuffisant. Le Québécois agissant toujours à contre-temps, chargeant le bonhomme sans véritablement se soucier d'un palet circulant vite et bien dans les palettes des joueurs spinaliens. Tant et si bien que l'infatigable Vincent Kara, lancé dans la profondeur par Matthieu Le Blond, parvient à s'échapper, sans pour autant parvenir à s'extraire du marquage serré d'un Johan Skinnars bien replié. L'ex-ailier des Chamois, gêné par l'opposition du Suédois, ne peut adresser qu'un petit lancer "facilement" détourné par la botte du portier (10'41").

S'ingéniant à compliquer la vie des attaquants, les défenseurs (qu'ils soient angevins ou spinaliens) laissent peu de libertés aux avants, qui n'ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Ce n'est pourtant pas faute d'essayer mais le jeu est fermé, agrémenté de quelques contacts appuyés (signés Walls, Lefebvre ou Offret) et d'une poignée d'incursions, comme cette accélération d'un Yannick Tifu mettant toute sa puissance dans un lancer parfaitement bloqué (12'20"). Ján Plch, diablement entreprenant, tente lui aussi de se montrer dangereux, sans plus de succès (12'32").

TIFU Epinal PO 1Adeptes d'un jeu très direct et assez nord-américanisé (et pas franchement débordant de créativité), les Ducs ne partagent pas la même vitesse de patinage et d'exécution que leurs hôtes spinaliens. Mais s'ils n'exploitent pas les espaces comme ils le devraient, les visiteurs peuvent compter sur leur dimension physique, précieuse quand il s'agit d'aller gratter les palets. Une qualité très utile sur jeu placé, et notamment en supériorité, où les défenseurs n'hésitent pas à faire parler leurs lancers. De Busto (16'00") à Bisaillon (16'51") en passant par Lahesalu, dont le tir, dévié par Thillet, mettra Hočevar en grand danger.

Le gardien international slovène, dans l'incapacité de se relever, parvient même à empêcher Tifu d'égaliser (16'29"). Mais que pouvait-il faire sur ce lancer balayé de Lahesalu, dévié (à hauteur de taille) par un Walls redirigeant la rondelle entre ses jambières (1-1 à 17'12") ?

Ce but tombe en tout cas à point nommé pour les Angevins, toujours gênés par l'échec-avant spinalien mais rentrés aux vestiaires sur un score de parité. Un statu quo que ce diable de Campbell passe à deux doigts de briser, d'une incursion mettant toute la défense sans dessus-dessous (23'31").

AUBIN Jean sébastien Epinal POUne pénalité de Julien Albert freine l'élan retrouvé de ses coéquipiers. Le capitaine angevin, en rudoyant Rapenne (23'43"), ramène le danger aux portes d'Aubin, menacé par un "tic tac toe" relayé par Plch sur Kara (qui ne cadre pas, 26'56"). Mais le gardien aux 219 matchs de NHL va se rater sur un tir en angle très fermé de Ján Plch, qu'il ne pourra bloquer. Et pour cause, la rondelle rebondira par-dessus son épaule... pour retomber derrière la ligne fatidique (2-1 à 25'07") !

Costauds ces Gamyo !

Les grands joueurs, c'est bien connu, répondent toujours présent dans les moments importants. Mais qui aurait imaginé revoir Ján Plch, fringant vétéran, être aussi décisif et performant à plus de quarante ans ? Retrouvant une seconde jeunesse, la vétéran n'a en tout cas pas encore terminé de forger sa légende, lui l'actuel meilleur compteur, buteur et passeur de l'histoire du hockey spinalien... qui n'a rien perdu de sa vista, ni de son coup de rein !

Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes, personnifié par la rudesse d'un Guillaume Lefebvre reprenant aussitôt son travail de sape en chargeant durement Grégory Beron (25'55"), puis Alain Goulet dans la foulée (26'03"). Mais l'ailier aux 1 809 minutes de pénalités (depuis sa sortie des rangs juniors en 2001 !) va surtout s'empaler sur le gardien au terme d'une action provoquant l'emprisonnement de Kuralt (26'24"). Une sentence doublée par l'incarcération de Leonelli, puni pour avoir déséquilibré Skinnars (26'59").

L'inquiétudeKLOZ Angers Po gagne alors Poissompré, consciente qu'Angers dispose d'un moment privilégié pour égaliser. Mais c'est sans compter sur la ténacité de Spinaliens déterminés à ne rien lâcher. Les boys du Boz', en double infériorité, font preuve d'un total dévouement devant leur impeccable gardien, qui tient bon en repoussant notamment le slap de Bisaillon (27'19") et la tentative de Campbell (lancé par un Skinnars entré à l'extrême limite du hors-jeu, 27'50"). Aussi sortent-ils renforcés de ce temps faible, sous l'ovation méritée de Poissompré.

Des applaudissements transformés en huées lorsque cela se rapporte au jeu excessivement rugueux d'un Lefebvre faisant décidément beaucoup plus de mal que de bien aux Angevins, à nouveau contraints d'évoluer en infériorité pendant une nouvelle pénalité infligée à leur turbulent ailier (31'50"). Mais les Ducs disposent, en Jean-Sébastien Aubin, d'un sacré gardien. D'un ultime rempart pouvant tout à fait s'ériger en muraille infranchissable devant son filet. Demandez à Plch (qui voit sa tentative parfaitement bloquée, 32'42") ou à Baazzi, auteur d'un one-timer en angle fermé (33'03"). D'une reprise croisée (et rasante) qu'Aubin est allé chercher d'une mitaine aussi ferme que cette frappe sèchement déclenchée par un Ograjenšek arrivé lancé (33'22")...

Retrouvant (au meilleur des moments) sa panoplie de grand gardien, Jean-Sébastien Aubin aura fait le malheur des Spinaliens, toujours sous la menace d'un retour angevin. Une égalisation pressentie sur ce déboulé de Yannick Tifu servant parfaitement Guillaume Lefebvre dans la zone de vérité. Mais l'ex-NHLer ne pourra dribbler le portier, qui n'aura pas mordu dans sa feinte et parviendra à se coucher pour geler le palet (34'51"). Tifu n'est pas plus en réussite sur sa tentative, détournée du bouclier par un Hočevar des grands soirs (36'08").HOCEVAR Angers PO

Le danger finit néanmoins par s'éloigner. Michael Busto, sous pression, expédie son dégagement par-dessus la baie vitrée (37'14"). Un raté synonyme de retard de jeu pour le solide arrière italo-canadien (toujours d'un précieux soutien pour ses attaquants), qui n'aura toutefois pas à culpabiliser. Le powerplay spinalien s'en remet presqu'exclusivement aux lancers d'Aziz Baazzi et Maxime Moisand, dont les frappes puissantes n'auront pas eu la précision escomptée...

KURALT Angers PoUne chance, pour Épinal, qu'Anže Kuralt ait lui réglé la mire... sans quoi l'intéressé n'aurait pu nettoyer la lucarne droite (du côté bouclier) ! Tout est parti d'un palet ressorti par Sébastien Bisaillon en direction de Robin Gaborit, qui a tenté le diable en cherchant Brian Henderson dans l'axe. Sa transmission mal assurée, en sortie de zone, fait le bonheur d'Ograjenšek, qui libère Kuralt au moyen d'une subtile passe croisée. L'international slovène se décale sur la droite avant de faire parler ses poignets, pour marquer d'un tir aussi précis que puissant dans le haut du filet (3-1 à 40'19").

Le troisième tiers vient à peine de commencer qu'Angers se retrouve doublement mené. Mais les Ducs vont rapidement se remettre en selle. Skinnars chipe la rondelle à Moisand devant la table de marque pour s'engouffrer en zone offensive, prenant au passage le meilleur sur Le Blond. L'ailier suédois déclenche ensuite un premier lancer malgré l'opposition de Kloz avant de prendre son propre rebond, qu'Hočevar repousse devant lui. Cody Campbell, qui a bien suivi, s'empare du palet (au détriment de Moisand) pour marquer du revers, dans une cage grande ouverte (3-2 à 43'58").

L'étau semble se resserrer, alors qu'il reste un gros quart d'heure à jouer. Autant d'instants potentiellement stressants pour les très nombreux spectateurs de Poissompré, surtout qu'une pénalité infligée à Julien Albert (44'29") ne sera pas exploitée. Un frisson va d'ailleurs parcourir les gradins lorsqu'un centre de Tifu manquera d'être dévié par Le Blond au fond de ses propres filets (47'04").

Subissant de plus en plus dangereusement, les Gamyo s'emploient à repousser des assauts devenus incessants. Mais s'il se montrent très solides défensivement, ils ne sont aucunement à l'abri d'un retour angevin. Le poteau vient d'ailleurs au secours d'Hočevar, tout près d'être surpris par la frappe croisée d'Albert (sitôt l'engagement effeALBERT Epinal POctué, 48'06"). Le capitaine des Ducs, lancé dans le dos de la défense par Lahesalu, s'en va ensuite défier le gardien spinalien, feintant à gauche, puis à droite sans arriver à ses fins (48'41").

Ne relâchant pas la pression, les hommes de Réal Paiement se font toujours plus insistants. Mais la troupe à Bozon, en plus d'être dotée d'un excellent portier, a du cran et fait preuve d'une incroyable solidité autour des Kloz, Baazzi, Ouimet et Moisand. Et s'ils peinent à prendre cette défense à défaut, les Ducs resteront menaçants jusqu'au bout.

Les Spinaliens, forcés de plus défendre qu'attaquer, ratant le but du K-O sur un deux-contre-un voyant Kara trouver Valier, d'une parfaite passe en retrait. L'ex-Rouennais, totalement démarqué, expédie la rondelle directement dans la mitaine d'un Aubin (56'52") finissant par déserter ses filets. Une cage vide que loupera par deux fois Vincent Kara, sans que cela ne remette en cause ce précieux succès assurant la tenue d'une sixième manche à Poissompré. Un rendez-vous à ne pas manquer... surtout que l'équipe qui l'emportera mardi, au Haras, n'aura plus besoin que d'une victoire pour atteindre la finale du championnat !

Le droit d'y croire

Cet objectif, qui paraissait inconcevable il y a encore une semaine, apparaît désormais envisageable pour les Gamyo. Des Spinaliens ayant non seulement prouvé qu'ils étaient à la hauteur de l'événement, mais aussi qu'ils n'avaient rien à envier aux Ducs d'Angers... qui devront franchement batailler pour se qualifier !

Réactions d'après-match (dans Vosges Matin) :

Philippe Bozon (entraîneur d'Épinal) : "Il y avait une grosse intensité ce soir. On savait qu'Angers allait venir très très fort sur ce match. Ils ont vraiment mis une très grosse intensité tout au long des soixante minutes. Cela a été un gros duel et un vrai match de play-offs avec tout ce que cela comporte comme le jeu physique. Bien évidemment, les supériorités numériques ont été très importantes. Les gars ont fait preuve de beaucoup de courage et d'abnégation pour tenir le score à la fin du match. Je suis encore une fois très fier d'eux. C'est une très bonne chose d'être revenu à 2-2."

Réal Paiement (entraîneur d'Angers) : "C'est toujours très dur de venir jouer à Épinal. Je trouve que les deux gardiens ont été bons. Dans les vingt dernières minutes après le troisième but que l'on a pris tout de suite, il a fallu pousser. On a eu les occasions mais le gardien d'Épinal a fait les bons arrêts. La différence, c'est qu'il y avait un but d'avance pour Épinal. Même si on avait gagné les deux matchs à Angers, cela avait été serré."

 

Épinal - Angers 3-2 (1-1, 1-0, 1-1)
Samedi 14 mars à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 500 spectateurs (offciellement déclarés, mais plus de 2 000 en réalité).
Arbitrage de Nicolas Barbez et Geoffrey Barcelo, assistés de Pierre Dehaen et Frédéric Peurière.
Pénalités : Épinal 8' (4', 4', 0') ; Angers 24' (6' + 10', 6', 2')
Tirs : Épinal 23 (8, 6, 9) ; Angers 34 (8, 14, 12)

Évolution du score :
1-0 à 08'28" : Plch assisté de Kuralt et Beron (double sup. num.)
1-1 à 17'12" : Walls assisté de Lahesalu et Tifu (sup. num.)
2-1 à 25'07" : Plch assisté de Petrák et Kloz (sup. num.)
3-1 à 40'19" : Kuralt assisté d'Ograjenšek
3-2 à 43'58" : Campbell assisté de Skinnars et Walls

Épinal

Attaquants :
Anže Kuralt - Grégory Beron - Ken Ograjenšek
Vincent Kara - Matthieu Le Blond - Peter Valier
Nicolas Leonelli - Michal Petrák - Ján Plch (A)
Anthony Rapenne - Yannick Offret (A) - Martin Charpentier
Maxime Martin

Défenseurs :
Gašper Sušanj - Aziz Baazzi
Maxime Ouimet (C) - Alain Goulet
Vojtěch Kloz - Maxime Moisand

Gardien :
Andrej Hočevar

Remplaçants : Pierre Mauffrey (G), Peter Slovák. Absents : Pierre-Charles Hordelalay (mâchoire), Nathan Ganz (choix de l'entraîneur).

Angers

Attaquants :
Julien Albert (C) - Brian Henderson (A) - Robin Gaborit
Braden Walls [puis Lefebvre] - Yannick Tifu - Guillaume Lefebvre [puis Thillet]
Johan Skinnars - Cody Campbell - Tim Crowder [puis Walls]
Maxime Griet - Dimitri Thillet - Alexis Crosnier

Défenseurs (paires tournantes) :
Lauri Lahesalu - Sébastien Bisaillon
Andrej Mrena - Gary Lévèque
Michael Busto (A) - Paul Bahain

Gardien :
Jean-Sébastien Aubin (sorti de sa cage à 58'28")

Remplaçants : Alexis Neau (G), Florent Aubé, Damien Sanchez.