Gap - Épinal (Ligue Magnus, finale, match 5)

Ils ne se pincent plus : ils y croient ! Les Gamyo d'Épinal, huitièmes de la saison régulière, ne sont plus qu'à une victoire du titre national le plus inattendu de l'histoire du hockey français. Les supporters des visiteurs remplissent une tribune orange pour vivre ce moment potentiellement historique du sport vosgien.

Même mené 3 victoires à 1, Gap n'a cependant pas dit son dernier mot et a convié les champions de France de 1977 et 1978 à la cérémonie d'avant-match pour ranimer la flamme des succès d'antan et s'inscrire dans la continuité de ces glorieux vainqueurs.

Gap commence très fort avec deux tirs de Nicolas Ritz et imprime un très bon tempo. La troisième ligne gapençaise se crée les meilleures occasions dans ces conditions de jeu rapides. Nicholas Pard passe à toute vitesse derrière le but et sert en retrait Kevin Da Costa seul entre les cercles, mais la cage est bouchée par un joueur de chaque camp. À la onzième minute, Da Costa tire depuis le cercle droit, Hocevar laisse un rebond à l'opposé vers Pard, mais capte dans sa mitaine la tentative du Canadien.

VALIERpeter20140916302Malgré le pressing intense à deux joueurs des Rapaces, Épinal arrive à conserver la rondelle et à obtenir des contre-attaques. Après une chevauchée à pleine vitesse de Peter Valier dans l'axe, Maxime Moisand monte à la conquête du palet dans la balustrade à droite et Dominik Kramar le fait trébucher. Le jeu de puissance spinalien reste cependant peu influent pendant cette finale, surtout dans ce match à haute vitesse où ce type de jeu placé devient secondaire. La sirène met fin à un premier tiers-temps rythmé et sans temps morts.

Gap ne retrouve pas la même intensité à la reprise. Les Spinaliens ont le dessus et une dangereuse déviation axiale de Pierre-Charles Hordelalay est détournée par la jambière gauche de Clément Fouquerel. Hordelalay doit partir en prison à la fin de sa présence à cause d'un surnombre. Pendant la supériorité numérique, Mickaël Perez râtisse le palet pour éviter un défenseur qui a plongé mais tire à plus d'un mètre de la cible. Ce n'est qu'une passade car la domination a clairement changé de camp. Techniquement étincelant, Grégory Béron efface Kramar d'un freinage et trouve une lucarne parfaite (0-1, 28'43").

Une énorme occasion d'égaliser arrive immédiatement : Paul Schmitt bénéficie d'un contre favorable sur Baazi couché et se retrouve tout seul face au but, il déclenche alors un beau tir du poignet... happé par la mitaine brûlante d'Andrej Hocevar. Le gardien slovène dévie un tir de Ritz dans la foulée. Il s'interpose encore face au revers de Nicolas Arrossamena qui s'est infiltré dans la défense. Bostjan Golicic met le feu dans la zone spinalienne, mais quand il rabat la rondelle de sa main en tournant autour de la cage, il n'arrive pas à la maîtriser au moment où elle atteint la glace.

Les Gapençais restent sous la menace de la vitesse spinalienne. Brett Bartman est laissé sur place en quelques mètres par la fusée Peter Valier, qui remet en retrait pour Mathieu Le Blond dans le slot : le tir de l'Isérois reste dans les patins de Nicolas Ritz, qui s'est mieux replié que ses arrières.

BARBEZnicolas20141116161La deuxième période est presque finie et les Spinaliens croient pouvoir faire défiler les dernières secondes. Mal leur en prend ! Le buteur Grégory Béron subit le pressing gapençais et perd la rondelle derrière sa zone sur le pressing de Golicic. Il ressort le palet vers Sébastien Rohat qui prend un dernier tir à la cage, et Mathieu Frecon transforme le rebond (1-1, 39'59") ! Un vrai coup de massue sur la tête des hommes de Philippe Bozon, prostré sur son banc.

Au début de la troisième période, Anze Kuralt, au pressing et en déséquilibre, fait trébucher Brett Bartman derrière la cage gapençaise. M. Barbez retient son sifflet... mais pas son collègue M. Bergamelli, qui est à l'opposé mais prend la responsabilité d'infliger la troisième pénalité de la soirée. Gap installe son powerplay, mais la seule victime de l'infériorité est Maxime Moisand, qui a pris dans la lèvre un tir dévié de Wahl et va se faire recoudre au vestiaire.

Il reste neuf minutes à jouer quand une bonne circulation de palet entre les joueurs de Gap libère l'espace dans le slot. Le géant Kloz a quitté son poste de prédilection, Karel Richter est seul devant le but et il frappe la glace de la crosse pour réclamer le palet. De la ligne bleue, Nicolas Ritz l'envoie à la cage et offre au Tchèque le rebond gagnant (2-1, 51'05").

Il s'agit maintenant de défendre cette avance. Clément Fouquerel se détend pour attraper de la mitaine, dans un duel aérien, un palet en cloche que visait aussi le gant de Béron. Gap continue l'effort offensif. Mickaël Perez dévie hors cadre une passe d'Arrossamena. Karel Richter attaque la cage par la gauche, et Alain Goulet - pour se faire pardonner son erreur de marquage ? - le frappe par derrière. Une pénalité idiote, à cinq minutes de la fin, et très lourde de conséquences : Teddy Trabichet dévie - de la main ? - un tir de la bleue de Brett Bartman (3-1, 55'37").

RITZnicolas20141202386Un retard de jeu coûte cher aux hommes de Philippe Bozon, car Gap, une fois la pénalité passée, n'a ensuite plus qu'une grosse minute à tenir. Hordelalay charge Kramar et le maintient au sol, mais quand il repart vers le jeu, le défenseur tchèque le retient... et se fait pénaliser. Une aubaine pour des Spinaliens qui peuvent engager à 6 contre 4, mais il est trop tard.

Une échauffourée éclate à la sirène entre Chad Langlais, auteur d'un piquage, et Anze Kuralt, qui prennent tous les deux une méconduite pour le match. Pour trancher sur une éventuelle suspension, la commission de discipline se réunit vendredi, juste avant la sixième manche...

Cette finale se prolonge donc encore, pour le plus grand plaisir des amateurs. Cette finale entre deux équipes inattendues n'est en effet pas du tout au rabais, et elle marque plutôt un pas en avant qu'un pas en arrière pour le hockey français. Ce n'est pas que les grands clubs ont régressé, c'est qu'ils se sont fait dépasser en stagnant.

Pendant des années, le modèle dominant a été Rouen, avec ses vedettes canadiennes gourmandes en temps de glace et une quatrième ligne qui cirait le banc en play-offs. Luciano Basile en a imposé un autre l'an passé avec Briançon, en amenant au bout un effectif bâti à quatre lignes. Et si elles ne sont plus complètes à Gap depuis la blessure de Vondracek, c'est bien le même concept qui s'est appliqué. Et comme par hasard, ce sont les hommes de quatrième ligne (Rohat et Frecon), amenés avec lui par Basile à Gap, qui ont inscrit le but décisif ce soir.

Le champion fait souvent école, et Épinal, équipe historiquement au banc limité, a su construire son nouveau projet selon cette même ligne directrice. Le fait d'avoir deux formations avec une rotation complète a certainement contribué au rythme élevé malgré l'enchaînement des matches. Les trois lignes suffisent évidemment dans une saison régulière de 26 journées, d'où la domination de Grenoble et de Rouen qui disposaient des plus gros marqueurs de la Ligue Magnus.

Mais en play-offs, les rencontres se succèdent à un tempo international, et les clubs qui ont su rompre avec les habitudes archaïques en osant les 4 lignes ont logiquement su tirer leur épingle du jeu. C'est une étape importante de la professionnalisation et de la modernisation du hockey français.

 

Gap - Épinal 3-1 (0-0, 1-1, 2-0)
Mardi 31 mars 2015 à 20h15 à l'Alp Aréna de Gap. 2919 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez et Jimmy Bergamelli assistés de Gwilherm Margry et Pierre Dehaen.
Pénalités : Gap 29' (2', 0', 2'+5'+20') ; Épinal 33' (0', 2', 6'+5'+20').
Tirs : Gap 42 (14, 12, 16) ; Épinal 22 (6, 9, 7).

Évolution du score :
0-1 à 28'43" : Beron assisté de Kloz et Moisand
1-1 à 39'59" : Frecon assisté de Golicic
2-1 à 51'05" : Richter assisté de Ritz et Langlais
3-1 à 55'37" : Bartman assisté de Valchar et Trabichet (sup. num.)


Gap

Attaquants :
Radim Valchar (-1) - Mickaël Perez (-1) - Nicolas Arrossamena (-1)
Bostjan Golicic (+2) - Nicolas Ritz (+1) - Karel Richter (+1)
Paul Schmitt - Kevin Da Costa - Nicholas Pard
[poste tournant] - Sébastien Rohat (+1) - Matthieu Frecon (+1)

Défenseurs :
Brett Bartman (+1) - Chad Langlais (+1, 5'+20')
Dominik Kramar (4') - Matt Wahl
Jérémy Baridon - Teddy Trabichet (C)

Gardien :
Clément Fouquerel

Remplaçants : Aurélien Bertrand (G), Ryan Ruikka, Loïc Chapelier, Alexandre Cornaire.

Absents : Roman Vondrácek (clavicule), Chad Lavigne (arrachement du tendon commun du long adducteur droit), Matt Carter (suspendu pour contrôle positif à l'éphédrine).

Épinal (4' de banc mineur)

Attaquants :
Vincent Kara - Matthieu Le Blond - Peter Valier
Anže Kuralt (-1, 2'+5'+20') - Grégory Beron (-1) - Ken Ograjenšek (-1)
Nicolas Leonelli - Michal Petrák - Ján Plch
Pierre-Charles Hordelalay - Yannick Offret - Martin Charpentier

Défenseurs :
Vojtech Kloz (-1) - Maxime Moisand
Maxime Ouimet (-1) - Alain Goulet (2')
Aziz Baazzi - Gašper Sušanj

Gardien :
Andrej Hocevar [sorti à 59'15"]

Remplaçants : Pierre Mauffrey (G), Peter Slovak, Anthony Rapenne.