Destination Prague : 2- l'équipe de France en pleine révolution

Les lendemains de fête sont parfois difficiles. Mais du côté de l'équipe de France, on jure n'en être qu'aux amuse-gueules.

Les Bleus ont peut-être fait souffler un vent d'enthousiasme après leur Championnat du monde 2014 réussi mais certaines échéances, très proches et décisives quant à l'avenir du hockey et sa place dans l'hexagone, laissent à penser que cette sélection n'est qu'au début de son repas.


Louis MagnusPourtant, l'histoire de l'équipe de France de hockey est très ancienne. La France est un pays précurseur au niveau de la pratique de cette discipline en Europe et un pays fondateur de la Ligue Internationale de Hockey sur Glace (LIHG) - l'ancêtre de l'actuelle fédération internationale (IIHF) - dont le président était un certain Louis Magnus, personnalité qui donna son nom à la coupe du champion hexagonal. La France, représentée par le Club des Patineurs de Paris - avec dans ses rangs un certain... Louis Magnus - participe même au premier match clairement étiqueté international en 1905 face à la Belgique.


La formation tricolore fait sa première apparition au lendemain de la Première Guerre Mondiale en participant aux Jeux olympiques d'Anvers en 1920. Mais elle s'illustre particulièrement à l'occasion de son premier Championnat d'Europe au cours duquel elle finit médaillée d'argent en 1923 derrière la Suède mais devant la Tchécoslovaquie. Les Bleus, alors uniquement constitués de Parisiens ou de Chamoniards, obtiennent leur revanche l'année suivante à Milan et deviennent champions d'Europe en battant en finale les Suédois (2-1). La récompense pour toute une génération de joueurs, principalement menée par Alfred De Rauch mais aussi Albert Hassler dont les sollicitations sont nombreuses jusqu'à... New York. Malgré son refus de jouer pour les Rangers, Hassler demeure l'un des plus grands joueurs ayant porté les couleurs de l'équipe de France.


Mais après le passage de la Seconde Guerre Mondiale, l’intérêt pour le hockey diminue, surtout en région parisienne. Les participations des tricolores aux grandes compétitions sont alors intermittentes et l'équipe nationale glisse vers les abysses du hockey mondial. Elle figure toutefois aux Jeux olympiques de Grenoble en 1968. La France retrouve les JO pour la première fois depuis l'après-guerre et elle finit dernière du tournoi. La performance sportive de cette équipe, avec Philippe Lacarrière - fils de l'ex-international Jacques - mais privé d'Alain Bozon, n'est pas forcément l'essentiel à retenir. La diffusion de la plupart des matches sur la seule chaîne de télévision et l'effervescence olympique favoriseront la construction de nombreuses patinoires en France. Sport autrefois cloîtré dans les Alpes après l'extinction de la ferveur parisienne, il s'exporte désormais en plaine. C'est la première révolution du hockey français.


PeloffyDevenu un habituel pensionnaire du groupe C, la France parvient à se qualifier pour le second échelon en 1971. Les joueurs et le staff refusent néanmoins de participer au Mondial B la saison suivante : ils protestent contre le refus du gouvernement d'envoyer une équipe de hockey aux Jeux de Sapporo en 1972 pour raison économique. Il faudra attendre 1985 pour voir enfin l'équipe de France quitter pour de bon les affres du groupe C, une réussite menée par le duo d'entraîneurs Paul Lang / Patrick Francheterre, et sans le capitaine André Péloffy, blessé lors du premier match face à l'Espagne.


FRABUL 85 banc bleuSous la houlette du sélectionneur suédois Kjell Larsson, la France solidifie sa place dans le groupe B. Et après vingt ans d'absence - depuis les Jeux de Grenoble - les Bleus apparaissent de nouveau aux JO, ceux de Calgary en 1988. A cette époque, l'armada tricolore est soutenue par un important contingent à double nationalité, les fameux "Francos". Néanmoins, de plus de plus de joueurs formés localement percent dont Christophe Ville, Christian Pouget, Stéphane Barin, Pierre Pousse, Antoine Richer, Arnaud Briand, Jean-Philippe Lemoine ou Denis Perez. Et bien sûr Philippe Bozon, surdoué fils d'Alain, premier joueur né et formé en France à jouer en NHL. Cette génération profitera alors de l'élargissement de l'élite mondiale de huit à douze équipes en validant leur ticket pour le groupe A en 1991. Les Bleus se hissent parmi les meilleurs pour la première fois en quatre décennies. Le moment est plutôt bien choisi puisque se profilent les Jeux olympiques d'Albertville.


FRA USA 92Un parcours brillant, un quart de finale mythique face aux États-Unis regardé par 5 millions de téléspectateurs, les Français ont tapé dans l’œil. Surtout que, dans les années 90, ils renforcent leur place dans le groupe A. Et puis il y eut le Mondial suédois en 1995. Durant cette année marquée par l'absence de joueurs NHL - la reprise de la saison est tardive pour cause de grève - la sélection tricolore réalise un parcours presque parfait avec pour summum sa première victoire en match officiel face au Canada (4-1). Pour son premier quart de finale aux Championnats du monde, la sélection bleue, alors entraînée par l'extravagant Finlandais Juhani Tamminen, ne pourra rien face... aux Finlandais (0-5), futurs champions du monde et portés par leur ligne de feu Ville Peltonen - Saku Koivu - Jere Lehtinen.

C'est le point culminant des Petri Ylönen, Denis Perez, Philippe Bozon, Christian Pouget et compagnie. Mais c'est aussi l'arbre qui cache la forêt. Tout comme les cinq participations aux Jeux olympiques (1988-2002), une performance rare de la France dans les sports collectifs. Alors que l'équipe est toujours dépendante de ses "Francos", la discipline est toujours très mal encadrée, à l'époque par la Fédération Française des Sports de Glace. La grogne des joueurs aux JO de 1992, qui portent à bout de bras leur discipline, n'a servi à rien. Et inéluctablement, après neuf années de suite dans le groupe A, la France est reléguée dans le second échelon à l'issue du Mondial de Saint-Pétersbourg en 2000.


MeunierLaurentFort heureusement, le hockey obtient - enfin - son autonomie en 2006 avec pour président l'ancienne gloire de Chamonix et Rouen Luc Tardif. C'est la deuxième révolution du hockey français. Après six ans dans le deuxième niveau mondial entre 2001 et 2007, la France va retrouver durablement l'élite mondiale en 2008 à l'occasion du Mondial de Québec et Halifax. 2008 constitue d'ailleurs le centenaire de la fédération internationale. Tout un symbole pour le retour sur le devant de la scène d'une nation pionnière. Après un manque de stabilité récurrent derrière le banc, le duo Dave Henderson / Pierre Pousse peut envisager un travail sur le long terme. Mieux préparés et mieux encadrés par la toute nouvelle FFHG, ils s'appellent désormais Fabrice Lhenry, Cristobal Huet, Baptiste Amar, Vincent Bachet, Jonathan Zwickel, ils ont pour capitaine Laurent Meunier. Une nouvelle génération qui s'expatrie très tôt émerge, dont Stéphane Da Costa, son frère Teddy, Antoine Roussel, Pierre-Édouard Bellemare, Charles Bertrand et Yohann Auvitu. L'ère des "Francos" et d'une discipline sous exploitée se dissipe, les Bleus commencent à avoir de l'appétit.


Salut aux supporters IMG 4593Devenus de solides habitués de l'élite mondiale, les Français rêvent désormais davantage des quarts de finale. Ils échouent à leurs portes aux Championnats du monde 2012 dans le groupe organisé à Helsinki. Les Bleus y auront vaincu successivement le Kazakhstan (6-3), la Suisse (4-2) et le Bélarus (2-1) avant de livrer une dernière prestation épique face à la Slovaquie (4-5). L'année suivante, toujours à Helsinki, la France réalise l'une des plus grandes performances de son histoire. Grâce à un Florian Hardy en état de grâce et deux buts signés Damien Fleury et Antoine Roussel, elle bat la Russie d'Ilya Kovalchuk et Aleksandr Radulov (2-1), championne du monde en titre et alors invaincue depuis treize rencontres aux Mondiaux. Le succès est peut-être mal digéré par les coqs tricolores, qui s'inclineront ensuite face à la Lettonie et l'Allemagne. Mais il change totalement l'orientation et la mentalité du groupe France. Ce déclic chasse tout complexe d‘infériorité, les Bleus se rêvent à battre n‘importe qui.


140522 484 BaptisteAmarMême le Canada. Des exploits de Cristobal Huet devant les filets, un doublé de l'artiste Stéphane Da Costa et un tir au but décisif de "PiEd" Bellemare : pour la première fois depuis 1995, la France bat les hommes à la feuille d'érable aux Championnats du monde, à Minsk en 2014. On croit à un signe. Certains doutent de ces Français battus quarante-huit heures plus tard par l'Italie (1-2), par la suite menés 0-2 puis 1-3 par la Slovaquie. C'est mal connaître cette force de caractère qui nourrit cette équipe de France. Elle renverse la situation face aux Slovaques (5-3). Elle est à deux doigts d'égaliser contre la Suède dans les ultimes secondes (1-2). Elle bat ensuite la Norvège (5-4) et le Danemark (6-2) avant de pousser la République Tchèque en prolongation (4-5). L'équipe de France se qualifie pour les quarts de finale des Championnats du monde, une première depuis... 1995. Et comme en 1995, les Bleus déposeront les armes face aux futurs champions du monde, la Russie d'Aleksandr Ovechkin, Evgeni Malkin et Sergei Bobrovski (0-3). Aligné sur une ligne magique avec Bellemare et S.Da Costa, Antoine Roussel est nommé par les médias sur l'équipe-type du Mondial.

Même si l'objectif premier demeure le maintien dans l'élite d'un hockey mondial toujours très concurrentiel, les quarts de finale ne semblent plus inatteignables comme ils l'étaient auparavant. Avec un groupe qui semble plus difficile qu'en 2014, l'équipe de France, alléchante au vu de sa composition sur le papier et de ses dernières performances en préparation, tentera toutefois de briller de nouveau. Et de gagner aussi en sérénité avant deux autres rendez-vous très importants pour l'avenir de cette discipline dans l'hexagone.


2017 IIHF World Championship logo.svgEn fonction du classement international après ce Championnat du monde 2015, la France pourrait prétendre à l'organisation du Tournoi de qualification olympique - prévu début septembre 2016 - alors que les Bleus sont apparus aux JO pour la dernière fois à Salt Lake City en 2002. Pour un sport, les Jeux olympiques demeurent un immense coup de publicité. Et en 2017, l'autre grand rendez-vous sera le Mondial organisé conjointement par Cologne et Paris. La dernière fois que la France avait organisé un Mondial Élite, c'était en 1951... sans que l'équipe nationale ne se frotte aux meilleurs puisqu'elle n'a participé qu'au critérium européen, l'équivalent du groupe B mondial à l'époque. Mais les temps changent. Ces échéances mènent tout droit à un virage. Le virage de la troisième révolution du hockey français.