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Scandale tchèque à deux semaines du Mondial de Prague

La préparation de la République Tchèque continue cette semaine face aux Suédois mais elle s'est engouffrée dans une tempête.

Vladimir RuzickaCette tempête met en cause Vladimir Ružicka, ancienne gloire sacrée aux Jeux olympiques de Nagano, personnalité perçue comme une vraie icône en Tchéquie et actuel sélectionneur national. Sauf que sa popularité en a pris un coup il y a quelques jours. Miroslav Palašcák, entrepreneur dans le bâtiment, souhaitait le meilleur pour son fils David, formé au Slavia de Prague. Mais le niveau de David, à la sortie du club-école, ne lui permettait pas d'envisager une carrière de hockeyeur professionnel.

Cela dit, papa a les moyens et celui-ci est parvenu à réunir deux enveloppes de 250 000 couronnes tchèques (20 000 € au total). Une somme transmise à Ružicka, entraîneur en chef du Slavia à l'époque, afin que le fiston ait sa place dans l'équipe.

Cependant, "l'investissement" ne fut pas vraiment rentable au goût de Monsieur Palašcák puisque David n'est plus hockeyeur depuis un an. Papa a donc voulu récupérer son argent, ce que Ružicka a refusé. Problème : un entretien a été enregistré en caméra cachée, vidéo divulguée dimanche dernier. Monsieur Palašcák a même accueilli certains journalistes à bras ouverts pour leur relayer cette information. Et voilà donc cette affaire qui éclate en plein jour à quinze jours des Championnats du monde de Prague. Le club du Slavia, dont Ružicka fut l'entraîneur entre 2000 et 2014, s'est d'ores et déjà désolidarisé de cette affaire de corruption, confirmant qu'une telle somme n'était pas enregistrée dans la comptabilité. Néanmoins, Vladimir Ružicka est pour le moment maintenu à son poste de sélectionneur national. Tomáš Král, président de la fédération tchèque, a en effet temporisé en affirmant le respect de présomption d'innocence. 

Que cette affaire soit découverte à deux semaines d'un Mondial à domicile, c'est plutôt surprenant. Mais une affaire de corruption dans le sport tchèque, encore aujourd'hui, cela n'a rien d'insolite. D'ailleurs, la corruption est souvent incriminée comme facteur majeur du déclin du hockey tchèque et de son manque de relève chez les jeunes. Malgré tout, étant donné qu'il s'agit d'un personnage extrêmement populaire au pays, cette histoire a provoqué un tollé et bon nombre de réactions d'indignation. On peut se questionner sur l'accueil de la population tchèque dès l’amorce des Championnats du monde le 1er mai. Surtout que Monsieur Palašcák prétend qu'il n'a pas qu'une seule vidéo en sa possession...

Si les Russes ont rendu hommage jeudi soir au coach de légende Valeri Belousov, les Tchèques en font de même, brassards noirs et minute de silence, pour une autre légende, Jaroslav Holík. Ce monument du hockey tchécoslovaque s'est éteint à 72 ans, sept fois champion national et six médailles aux Championnats du monde comme joueur. Fervent opposant au régime communiste, le père de Robert - alias Bobby et emblématique attaquant des Devils du New Jersey - a été titré derrière le banc de deux entités qui ont depuis sombré dans le déclin : l'équipe nationale junior (2000 et 2001) et le club de l'armée du Dukla Jihlava (1991). L'ironie de l'histoire, c'est que, la même semaine de sa disparition, une interview de Jaroslav Holík était publiée par le quotidien Lidovky en réaction à l'affaire Ružicka et au fléau de la corruption dans le hockey tchèque qu'il trouvait courant.

Autre situation qui s'avère ironique : le prestigieux Slavia de Prague, après 20 ans au sein de l'élite tchèque, a été relégué dans le second échelon cette semaine. Ironique car Vladimir Ružicka en est un cadre historique. Il était l'un des artisans de la promotion en 1994, le joueur le plus prolifique du Slavia lors de ses six dernières années de carrière au cours desquelles il est devenu l'incontestable et incontesté capitaine. Il a ensuite passé quatorze ans derrière le banc, il fut un cadre hors pair et à l'origine de la période faste du club. Un club qu'il mena par deux fois au titre de champion, les deux seuls du Slavia fondé en 1900. La chute du Slavia et la réputation entachée de l'emblème Ružicka, vous aurez compris que c'est la fin d'une époque.

En tout cas, la Suède accueille à Umeå cette sélection tchèque quelque peu secouée. Jusqu'à présent, la Tre Kronor a connu une préparation assez mitigée avec notamment, sur quatre matches, une défaite contre la Slovaquie (1-3) et un court succès aux dépens de la Norvège (2-1). Néanmoins, la République Tchèque, que retrouveront les Suédois lors du Mondial, s'est toujours inclinée face aux Scandinaves cette saison : 3-0, 4-3 et 6-4. 

Vladimir Ružicka est toujours en attente de quelques renforts NHL - Jagr, Hertl, Vorácek, Erat et Hejda - de même que la Suède qui affiche un mélange exclusivement KHL / SHL. On peut donc considérer que la formation présentée par Ružicka sera aux deux tiers celle de Prague dans deux semaines. Celle de Pär Mårts est beaucoup plus expérimentale. En plus de neuf joueurs NHL qui ont obtenu le feu vert, quatre des meilleurs représentants KHL sont toujours engagés en finale de la Coupe Gagarine : Tony Mårtensson et Jimmie Ericsson (SKA Saint-Pétersbourg), Oscar Möller et Anders Nilsson (Ak Bars Kazan). 

Joel LassinanttiIl y a fort à parier que Nilsson, recordman cette saison pour le nombre de blanchissages en playoffs, sera en compétition pour le poste de titulaire avec Jhonas Enroth. En leur absence, c'est le jeune Joel Lassinantti (photo ci-contre), élu meilleur gardien du championnat suédois et champion d'Europe avec Luleå, qui effectue un troisième départ cette saison devant les filets suédois.

Le portier de l'Avtomobilist d'Ekaterinbourg, Jakub Kovár, est celui qui a obtenu le plus de jeux blancs en KHL cette année, il est sur la glace face à son jeune homologue suédois.

Les Tchèques démontrent de la ténacité d'entrée et ouvrent même le score par Martin Zatovic. Les deux équipes se maîtrisent tout de même en deuxième période avant un dernier acte soutenu.

Le défenseur Adam Polášek doublera la mise pour la Tchéquie au début de la troisième période mais, trois minutes plus tard, le jeune attaquant de Djurgården Marcus Sörensen permet aux Suédois de rester à un but d'écart. Un but suédois sur une passe de Wallmark, justement né à Umeå, tout comme comme Daniel Rahimi, et qui a donc l'opportunité de s'illustrer devant sa famille qui a fait le déplacement.

Cependant, la République Tchèque fera la différence dans les dix dernières minutes grâce à un doublé de Lukáš Radil qui était déjà passeur sur les deux premières réalisations de son équipe. Le solide ailier de Pardubice a donc participé à tous les buts des Tchèques ! Le score final est donc de 4 à 1.

La préparation des Tchèques est peut-être en pleine tourmente médiatique mais la sélection, qui semble protégée de toutes vagues extérieures à leur bulle, demeure impassible et concentrée sur la prochaine échéance à domicile. Il s'agissait en effet de la cinquième victoire consécutive de la République Tchèque dans sa phase préparatoire, après deux succès face à la Norvège et deux face à la Slovaquie. Ils tenteront la passe de six dimanche à Timrå pour la deuxième rencontre chez la Tre Kronor.

Commentaires d'après-match

Jakub Kovár (gardien de la République Tchèque) : "C'est toujours agréable de gagner en Suède. Ils n'avaient pas leur alignement définitif mais il manquait des joueurs aux deux équipes. Le match a été rapide des deux côtés mais les gars ont produit un énorme effort et ils ont joué avec beaucoup d'enthousiasme, malgré quelques petites erreurs dans notre zone."


Suède - République Tchèque 1-4 (0-1, 0-0, 1-3).
Vendredi 17 avril 2015 à 19h30 au T3 Center d'Umeå. 4520 spectateurs.
Arbitrage d'Aleksi Rantala et Jari-Pekka Pajula (FIN) assistés d'Anders Ahlström et Johannes Käck (SUE).
Pénalités : Suède 6' (0', 2', 4'), République Tchèque 6' (0', 6', 0').
Tirs : Suède 24 (6, 7, 11), République Tchèque 30 (8, 9, 13).

Évolution du score :
0-1 à 07'55" : Zatovic assisté de Radil et Koukal
0-2 à 42'46" : Polášek assisté de Buchtele et Radil
1-2 à 45'25" : Sörensen assisté de Wallmark
1-3 à 50'02" : Radil assisté de Buchtele
1-4 à 58'49" : Radil


Suède

Attaquants :
Martin Johansson (-1) - Anton Bengtsson - Andreas Thuresson (+1)
Marcus Sörensen (+1) - Lucas Wallmark - Daniel Zaar (-1)
Mattias Janmark-Nylén (-2) - Mattias Sjögren (-1, 2') - Nicklas Danielsson (-3)
Calle Ridderwall (-1) - Patrik Carlsson (-2) - Per Åslund (-1).

Défenseurs :
Calle Andersson (-2) - Staffan Kronwall (C, -1)
Jonas Ahnelöv (A, -1) - Daniel Rahimi (A, 2')
Viktor Ekbom (-1) - Johan Motin (-1)
Daniel Gunnarsson (2').

Gardien :
Joel Lassinantti [sorti de 58'21" à 58'49"] .

Remplaçant : Fredrik Pettersson-Wentzel.

République Tchèque (2' pour surnombre)

Attaquants :
Michal Vondrka - Vladimír Sobotka (2') - Michal Birner
Radek Smolenák (C) – Jirí Novotný (A) - Dominik Simon
Martin Zatovic (+1) - Tomáš Filippi - Martin Ružicka (+1)
Jan Buchtele (+2) - Petr Koukal (+3) - Lukáš Radil (+3).

Défenseurs :
Jan Kolár – Jakub Nakládal 
Petr Cáslava (A) – Jakub Krejcík 
Michal Kempný – Michal Jordán (+1)
Adam Polášek (+3) – Vojtech Mozík (+1, 2').

Gardien :
Jakub Kovár.

Remplaçant : Matej Machovský (G).