La Russie ne récupère que des éclopés

À une époque, le CSKA Moscou, club de l'armée rouge, formait la base de l'équipe nationale d'URSS et livrait une moitié d'équipe "prête à l'emploi", entraînée onze mois durant pour ramener des médailles d'or dans les compétitions internationales.

Ce temps est bien révolu et le staff de la Russie a pu s'en rendre compte : le CSKA, aujourd'hui à capitaux privés, avait comme objectif majeur la Coupe Gagarine de la KHL, et l'élimination en demi-finale contre le SKA Saint-Pétersbourg, après avoir mené 3 victoires à 0, n'a pas laissé que de straces psychologiques. Les médecins nationaux ont découvert que leurs collègues de club en décrivant des joueurs blessés et usés jusqu'à la corde, inaptes à ce jour à aider la sélection de quelque manière que ce soit.

Des observateurs ont eu beau jeu de faire remarquer que le discours "capitaliste", selon lequel l'employeur paye le joueur et n'a pas de compte à rendre, est hypocrite dans le modèle de la KHL. Les sponsors qui financent les clubs russes sont tous plus ou moins liés à l'Etat et aux instances publiques, et leur "mécénat" correspond essentiellement à des consignes politiques. Or, le premier objectif de la "politique patriotique" en vigueur en Russie devrait être l'équipe nationale... qui récupère pourtant des éclopés et non des joueurs valides !

BARULIN Konstantin 120520 364Pour les deux défenseurs du CSKA Denis Denisov et Nikita Zaitsev, le cas est réglé : il est impossible qu'ils soient rétablis pour les champions du monde. Pour leurs coéquipiers de club, les ailiers Aleksandr Radulov et Igor Grigorenko, il reste un mince espoir que leur convalescence s'achève à temps. Même si Radulov est la grande star, la perte des arrières est peut-être plus préoccupante car la Russie ne regorge pas de candidats.

Ce n'est pas tout : il avait été annoncé que Naïl Yakupov devait arriver pour jouer ce match en Finlande, et enfin être testé pour évaluer son apport potentiel pour l'équipe nationale, au moins pour l'avenir sinon pour le Mondial de Prague. Or, l'examen pratiqué par les Edmonton Oilers a révélé une déchirure musculaire. Son avion a été annulé au dernier moment, et il faudra donc attendre encore les débuts internationaux de cet ancien n°1 de draft NHL aussi réputé pour son talent que pour ses carences défensives.

Malgré le forfait de Joensuu, la Finlande s'est renforcée bien plus vite que sa voisine. Si les attaquants de NHL seront incorporés dans un second temps, deux défenseurs de gros gabarit sont déjà alignés pour cette première confrontation : le purement défensif Jyrki Jokipakka - qui fait ses débuts en équipe nationale - et surtout le plus mobile Rasmus Ristolainen, grand talent de 20 ans qui fut le héros du Mondial junior 2014.

Jokipakka se montre discret, ce qui n'est pas forcément au vu de son style de jeu. Ristolainen est bien plus en vue, et après une première période où il s'est parfois empressé par nervosité, il a joué intelligemment et a démontré sa maturité. On ne l'a cependant pas vu en avantage numérique, domaine où il évolue en NHL puisque les Sabres l'utilisent à toutes les sauces. L'apport de ces grands défenseurs aide en tout cas la Finlande à prendre très rapidement le dessus sur les Russes sur le plan physique.

Si les Finlandais dominent dans les duels, leur emprise peine à se concrétiser vraiment. Ils ont beau être très fort dans les bandes, cela ne suffit pas à quitter le périmètre et se montrer dangereux dans le slot. Seule la deuxième ligne arrive à se créer des occasions : maintenant qu'il a son éternel complice Aaltonen à ses côtés, Petri Kontiola retrouve son potentiel offensif qu'on craignait perdu.

Tout cela ne suffit cependant pas à perturber le gardien Konstantin Barulin, qui tient ses cages inviolées pendant plus de 25 minutes. Les Russes, qui portent un brassard noir en hommage à Valeri Belousov, légendaire entraîneur de Chelyabinsk qui avait officié jusqu'à 73 ans, tiennent à résister dans ce coeur historique du hockey finlandais (Tampere) qui vibre au rythme des 7000 spectateurs. C'est Tommi Huhtala qui arrive à s'imposer dans le slot face à son vis-à-vis Galuzin, sur une passe de derrière la cage du besogneux Hartikainen, pour ouvrir enfin le score.

Le résultat de 1-0 tient presque toute la soirée, malgré une pénalité idiote de Wirtanen au troisième tiers-temps, aisément tuée. Dans les deux dernières minutes, Lepistö et Kontiola, ce dernier en cage vide, portent la marque à un 3-0 sans appel. Une pure victoire à la finlandaise, tout en solidité défensive pour mater comme bien souvent les Russes.

Désignés joueurs du match : Rasmus Ristolainen pour la Finlande et Danis Zaripov pour la Russie.

Commentaires d'après-match

Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : "Pendant toute la semaine, nous avons mis de l'intensité dans la préparation. Le public connaisseur l'aura remarqué, nos adversaires paraissaient plus frais. Et, bien sûr, nous devons nous améliorer en supériorité numérique, où nous avons mal joué. [...] Ce matin, j'ai été choqué par la nouvelle [de la mot de Belousov]. Malheureusement, il arrive trop souvent qu'une personnalité aussi extraordinaire nous quitte de cette façon, si soudainement et rapidement. Nous étions familiers, nous communiquions souvent et nous nous étions même affrontés en finale de la Coupe Gagarine. Il a fait beaucoup pour notre hockey, et selon moi, avec son départ c'est une époque toute entière qui prend fin. Mes condoléances sincères à sa famille et à ses amis."

 

Finlande - Russie 3-0 (0-0, 1-0, 2-0)
Jeudi 16 avril 2015 à 18h30 au Hakametsä de Tampere. 7131 spectateurs.
Arbitrage de Mikael Sjöqvist et Linus Öhlund (SUE) assistés de Masi Puolakka et Sakari Suominen (FIN).
Pénalités : Finlande 6' (2', 2', 2'), Russie 4' (0', 4', 0').
Tirs : Finlande 28 (7, 15, 6), Russie 16 (4, 4, 8).

Évolution du score :
1-0 à 25'42" : Huhtala assisté de Hartikainen et Immonen
2-0 à 58'15" : Lepistö assisté d'Immonen
3-0 à 59'45" : Kontiola assisté d'Osala et Salminen (cage vide)


Finlande

Attaquants :
Antti Pihlström (+1) - Jarkko Immonen (A, +2) - Teemu Hartikainen (+2)
Sakari Salminen - Petri Kontiola (+1) - Juhamatti Aaltonen (+2)
Oskar Osala (+1) - Juha-Pekka Hytönen (A) - Ossi Louhivaara
Tommi Huhtala (+1, 2') - Petteri Wirtanen (2') - Harri Pesonen

Défenseurs :
Sami Lepistö (C, +2) - Juuso Hietanen (+2)
Anssi Salmela (+1) - Ville Lajunen
Topi Jaakola - Rasmus Ristolainen (+1)
Jyrki Jokipakka (2') - Tuukka Mäntylä

Gardien :
Atte Engren

Remplaçants : Juuse Saros (G), Lennart Petrell. En tribunes : Atte Ohtamaa.

Russie

Attaquants :
Anton Slepyshev (2') - Andrei Loktionov (-1) - Sergei Plotnikov (-1, 2')
Sergei Shirokov (A, -2) - Vladimir Galuzin (-1) - Danis Zaripov (C, -2)
Sergei Mozyakin (-1) - Aleksandr Popov (-1) - Egor Averin (-1)
Maksim Karpov (-1) - Ilya Zubov - Denis Kokarev
Nikita Soshnikov

Défenseurs :
Egor Yakovlev (A, -1) - Andrei Zubarev (-2)
Mikhaïl Grigoriev - Pavel Koledov
Evgeni Biryukov - Viktor Antipin (-1)
Albert Yarullin - Andrei Mironov (-1)

Gardien :
Konstantin Barulin [sorti de 58'43" à 59'45"]

Remplaçant : Aleksandr Sharychenkov (G). En tribunes : Aleksei Murygin (G), Artyom Blazhievskiy, Daniil Apalkov.