Résumé du Mondial de Division 1B (1/2)

La Grande-Bretagne rate la dernière marche

Après la proche Tilburg en 2010, du 13 au 19 avril Eindhoven était le théâtre du championnat du monde de Division 1B, réunissant la Corée du Sud, la Croatie, la Lituanie, la Grande-Bretagne, l’Estonie et les représentants du pays hôte.

L’IJssportcentrum est situé au sud de la ville, Capitale européenne du design en 2006 rendue célèbre par une marque d’électronique ayant donné son nom au club de football. Un véritable écrin de verdure l’entoure, entre haras, terrains de hockey et football, piscine et même un anneau de vitesse qui jouxte la patinoire. Relégués de Division 1A, les Sud-Coréens ne sont toutefois pas venus dans le Nord Brabant pour faire du tourisme et visent une remontée directe aux dépends notamment d’ambitieux Croates et de teigneux Britanniques. La Lituanie cherche quant à elle à confirmer sa médaille de bronze, ambitions trop élevées pour son plus modeste voisin estonien et pour l’équipe locale.

L’an dernier, la Corée du Sud organisait le mondial de D1A à Goyang. Terminé à la dernière place, ce tournoi marqua un coup d’arrêt dans la progression des Asiatiques, passés en cinq ans du 33ème au 23ème rang du classement de l’IIHF. Extirpés de la Division 2 en 2009, ils avaient remporté la D1B trois ans plus tard. Arrivés en Europe début avril, les Sud-Coréens entendent reprendre leur marche en avant. Pour ce faire, ils ont remplacé Byoen Sun-Wook, démissionnaire, par un duo au passé glorieux. Jim Paek, parti à Toronto très jeune et repêché en 1985 par Pittsburgh, a remporté deux coupes Stanley aux côtés de Mario Lemieux. La carrière derrière le banc du défenseur également passé par Los Angeles et Ottawa s’est déroulée en AHL, où il contribua au titre des Grand Rapids Griffins en 2013. Son adjoint Richard Park, repêché par les Penguins neuf ans après son aîné, a beaucoup bourlingué jusqu’à poser ses valises au Minnesota et aux Islanders, finissant sa carrière à Ambri. Tous deux nés en Corée du Sud (à Séoul), ils espèrent avec le jeune assistant coach des Griffins Spiros Anastasiadis guider leurs troupes jusqu’aux jeux olympiques de 2018 à la maison PyeongChang.


Ils composent un groupe rajeuni : à Goyang deux joueurs étaient nés après 1990, à Eindhoven ils sont 8. Parmi eux, plusieurs ont la particularité d’avoir poursuivi leur formation en Finlande : les attaquants Jin Hui Anh et Sang-Hoon Shin à Kiekko-Vantaa, Woo Je Sung ainsi que le défenseur Won-Jun Kim, passé par les juniors d’Ilves et du Jokerit fait ses débuts. Le pays du matin calme compte en outre sur la naturalisation de quatre joueurs : l’attaquant d’origine américaine Mike Testwuide, arrivé dans la péninsule en 2013, a obtenu le passeport coréen après seize mois. Né à Vail (Colorado), il fit partie de l’organisation des Flyers mais n’a évolué qu’avec les Adirondack Phantoms, en AHL. Après ses 34 buts et 39 assistances en 170 parties d’AHL, il a compté 120 points en 94 matchs de ligue asiatique. Brock Radunske (1,96 mètre, 95 kg) fut repêché par Edmonton au 79ème rang en 2002 mais n’a compté que 8 rencontres en AHL avant d’atterrir à Augsbourg et en Asie, où il fut rapidement désigné MVP de la ligue. Il joue son troisième mondial. Michael Swift, un centre de petit gabarit, fut le huitième compteur en OHL avec 100 points pour les Niagara Ice Dogs, fréquentant ensuite l’AHL (Lowell, Albany, Worcester) jusqu’en 2011 et récemment auteur de 80 points en championnat. Son cousin Bryan Young a renoncé au voyage, ce qui constitua une perte pour la défense, au sein de laquelle l’éphémère joueur des Oilers d’Edmonton (17 matchs NHL de 2006 à 2008) avait évolué lors du dernier championnat du monde.


L’optimisme est de mise à l’issue de la compétition domestique : pour la première fois un de leurs joueurs a été nommé MVP de l’Asia League, compétition regroupant également des équipes du Japon, de Chine et de l’île russe de Sakhaline. Et Anyang Halla, club de Séoul où est passé Esa Tikkanen, après avoir mis fin en 2009 à l’hégémonie japonaise en Asia League, vient de remporter la saison régulière, même si le club japonais de Tohoku a raflé la mise finale, aidé par son Danois Kim Staal.

Les Asiatiques débutent par un match prolifique aux dépends de l’Estonie (7-3), au cours duquel Swift et Testwuide soignent leurs statistiques aux côtés de Woosang Park (4 points) mais ils perdent l’attaquant Jin Hui Anh, victime d’une charge de Parras. Ils confirment le lendemain en mettant le pays hôte dans l’embarras (7-1). La montée en puissance est de bon augure avant le premier choc de la semaine. Toutefois, le match face à la Grande-Bretagne fut très contrasté. Menant 2-0 grâce à un tir de son défenseur Don Ku Lee dévié par Woosang Park et une action rapide conclue par Kisung Kim, la Corée du Sud a baissé pavillon, multipliant les fautes (cinq en deuxième période) pour perdre du terrain, se réveillant trop tardivement (2-3).


Avec 5 buteurs différents, les Coréens font souffrir une Lituanie longtemps portée par Armalis et infligent une correction au suppléant Tomljenovic et à des Croates à la dérive (9-4). Ne lui restait plus qu’à espérer un coup de pouce de la Lituanie, qui lui succédait sur la glace face à la Grande-Bretagne… avec succès.


Parmi les principaux acteurs de cette remontée, le spécialiste des mises au jeu (85,71%) Michael Swift termine meilleur pointeur du tournoi. Il devance Ki Sung Kim, capitaine d’Anyang Halla, et MVP de la ligue asiatique. L’arrière Wonjun Kim n’a pas ménagé ses efforts pour ses débuts internationaux, sur le jeu de puissance notamment, où sa mobilité et son lancer constituent un atout. Il termine avec 5 points (trois contre les Croates), soit autant que Ben O’Connor, le meilleur défenseur de la compétition. Aux côtés des Nord-Américains, le grand Woosang Park a apporté son physique devant la cage, au sein d’une escouade très rapide et au jeu intense. La Corée du Sud, certes aidée par la Lituanie, retrouve la D1A confortée par le meilleur jeu de puissance et le meilleur pourcentage d’efficacité sur les lancers (15%), ayant en outre archi-dominé la quasi-totalité de  ses adversaires au nombre de lancers et comptant dans ses rangs les douze meilleurs ratios +/-.
 


En 2013, une victoire 4-1 de la Corée du Sud avait envoyé les Britanniques à l’échelon inférieur. Depuis, ils ont vécu un tournoi 2014 contrasté, terminé à la quatrième place. A leur tête, Peter Russell, auréolé du titre en D2A avec les juniors et habitué aux podiums avec les jeunes, est assisté de Greg Owen, précocement à la retraite. L’Ecossais doit composer pour ses débuts avec plusieurs forfaits : celui du portier écossais Stephen Murphy, du défenseur Steven Lee et de l’attaquant David Clarke. L’une des attractions de la formation insulaire devait être la présence de l’ailier Liam Stewart. Le joueur de Spokane, auteur de 53 points en WHL, n’est autre que le fils du célèbre Rod Stewart. Blessé peu avant le tournoi, son forfait fait l’affaire du buteur de Belfast Craig Peacock, réserviste au départ. Si bien que Jack Prince, joueur de NCAA à Alabama, est un rare élément évoluant outre-Atlantique. Dans les buts, le vétéran Stevie Lyle retrouve le groupe deux ans après les qualifications olympiques, au contraire d’Ashley Tait (quarante ans en août prochain), mais la confiance est renouvelée pour Ben Bowns, de Cardiff (photo de droite).


Vainqueurs de la Pologne à deux reprises en préparation, les Britanniques ont fait preuve de leur enthousiasme habituel avec six lancers d’entrée de jeu en ouverture devant la Croatie. Parmi les artilleurs, Colin Shields est l’auteur de cinq tirs, mais est devancé par le très offensif arrière Ben O’Connor, à l’origine de 7 tentatives. Déjà auteur de 49 points (deuxième parmi les défenseurs) pour son retour au pays, l’ancien de Morzine et du championnat kazakh trouve la faille lors de cette rencontre très serrée. Mais un autre défenseur s’est particulièrement illustré. En championnat du monde, Mark Richardson avait marqué un but en 2005 et un autre en 2007 ; il est le héros de cette victoire inespérée en égalisant à cinq secondes de la fin, en plongeant, puis en rééditant dès le début de la prolongation d’un bon lancer de la droite (3-2).

Ce succès confirmé dans la douleur face à l’Estonie, grâce à un troisième défenseur (David Phillips), fut suivi du choc face à la Corée du Sud. Prudente, la troupe de Russell craint la vitesse de son adversaire, qu’elle commence à presser une fois la première pénalité tuée. Deux contrôles difficiles privent en outre le très remuant Robert Lachowicz d’une possibilité d’échappée. Toutefois, un lancer dévié concédé vingt secondes avant la pause et une action prenant à défaut une défense prise de vitesse trente secondes après augurent de mauvais présages. La ligne Myers-Farmer-Boxill entre à ce moment en scène pour acculer les Asiatiques, permettant à Robert Farmer, auteur du but de la victoire contre l’Estonie, de riposter à peine seize secondes plus tard, le troisième larron, peu avare de charges, étant désigné homme du match. La défense coréenne concède ensuite une faute à ce trop hyperactif, et une deuxième sur la même action. Les « Britain » s’enchaînent dans les travées, que les quelques tambourins ne peuvent couvrir…

Aux velléités d’O’Connor s’ajoutent les efforts de l’expérimenté Jonathan Weaver, qui joue quinzième championnat du monde… Présente sur la glace pendant les deux minutes de double avantage, la paire ne permet toutefois pas aux lions d’égaliser, un autre cadre, Colin Shields, manquant le palet puis la cage. Une autre opportunité s’ouvre au milieu de la période, deux Sud-Coréens étant envoyés en prison à 43 secondes d’intervalle. Ben O’Connor ne laisse pas passer l’occasion d’égaliser, contrôlant le disque pour le catapulter dans la cage défendue par Sungje Park. Supérieure physiquement, la Grande-Bretagne allie rythme et vitesse pour acculer une défense dont le dernier rempart concède plusieurs rebonds. Derrière, le travail de sape rend difficile l’accès à la cage de Bowns. Omniprésent, Ben O’Connor se montre particulièrement habile sur le tir de pénalité consécutif à une échappée de Cowley, le polyvalent natif d’Edmonton récent vainqueur des playoffs avec Coventry. Sur ce qui constitue peut-être le geste technique de la semaine, O’Connor faisant passer sa crosse entre les jambes sur un mouvement aussi spectaculaire qu’empli de sang-froid à ce moment du match. A voir sa joie partagée avec le banc et des rangées de supporters très bruyantes, on comprend que la Grande-Bretagne a fait un grand pas vers la montée, une fois tuée la pénalité concédée par son « quatrième attaquant » en toute fin de rencontre, dix minutes plus tard.


La Barmy Army, très présente dans les travées d’Eindhoven pour contribuer à animer les rencontres de l’après-midi, où le public est plus clairsemé, peut exploser de joie. Ballons, rubans et de nombreux drapeaux accompagnent les chants incessants jusqu’au « God Save The Queen » final. Les bleus et rouges ont frappé un grand coup en cette fin d’après-midi. Restaient deux écueils à éviter lors du week-end. Tout d’abord, ne pas se déconcentrer face au pays hôte, auteur d’un sursaut d’orgueil face à la Croatie deux jours plus tôt. La victoire fut une fois de plus acquise avec une faible marge (3-2), l’essentiel étant cependant de n’être plus qu’à un point de la promotion à la veille de la dernière rencontre. Dernier adversaire, la Lituanie n’avait plus qu’un objectif : glaner une médaille de bronze. Avec 37 tirs contre 15 aux rouges et blancs, les équipiers de Cowley, auteur de l’égalisation au début du troisième tiers, n’ont pas ménagé leurs peines. Mais les Baltes ont réussi à marquer deux fois sur six tentatives dans la période intermédiaire, leur gardien Armalis faisant le reste (2-3). Après quatre victoires par la plus petite des marges, le vent a tourné au mauvais moment ; l’issue du tournoi est difficile à avaler pour des Britanniques sonnés…

 

2014 marqua un surcroît d’enthousiasme pour la Lituanie. Le Mondial organisé à la Siemens Arena de Vilnius fut un succès populaire et sportif (médaille de bronze) pour une formation renforcée pour l’occasion par Dainius Zubrus, de retour neuf ans après pour signer une fiche de 9 points. L’équipe coachée par l’Allemand Bernd Haake (ex-Bolzano en 2000), assisté du célèbre Letton Aigars Cipruss, doit cette année se passer de son attaquant, dont la saison avec New Jersey s’est terminée deux jours avant le coup d’envoi du Mondial. Les nouvelles couleurs rouges et blanches, choisies en remplacement de la tenue jaune-vert-rouge arborée en référence au drapeau national, accompagnent depuis plusieurs mois un renouvellement de l’effectif. Amputée des anciens Tomas Vysniauskas, Sarunas Kulesius ou du gardien Nerijus Dauksevicius, la troupe balte ne compte que trois attaquants trentenaires, dont le revenant Egidijus Bauba (photo de droite), revenu au jeu au deuxième échelon norvégien (53 points avec Bergen) après deux saisons quasi blanches à Bristol. L’ailier a fêté ses 38 ans le mois dernier, lui qui avait connu l’exotisme des débuts internationaux de son pays peu après l’indépendance. A ses côtés, Kulevicius et Pliskauskas ont également largement dépassé la décennie en équipe nationale.


L’an passé, les Baltes avaient mis fin à une série de trois défaites devant les Pays-Bas, dépassés. Au cours de la soirée inaugurale face au pays organisateur, Arnoldas Bosas, auteur de six points à la maison, ouvre la marque après onze secondes, en trébuchant devant la cage. Court avantage maintenu pendant près de soixante minutes. Avec 35 arrêts, Mantas Armalis est le grand artisan de la victoire. Le portier de Djurgården, doublure de Mikael Tellqvist, a disputé vingt rencontres de SHL cette saison et 5 de Ligue des Champions, un an après une année à 40 matchs d’Allsvenskan avec Mora. Quatre ans après ses débuts à Kiev face à la Pologne, cette compétition se présente comme celle de la confirmation pour celui qui est aussi mannequin à ses heures et est arrivé très jeune en Suède avec ses parents épris de course d’orientation. Meilleur gardien des championnats du monde U18 de Division 1 en 2009 et U20 de Division 2A en 2012, Armalis ne peut toutefois préserver à lui tout seul le court avantage enregistré face à des Croates en meilleure forme le deuxième jour. Il sait qu’une grande partie du maintien se joue dans le duel balte.


Devant une vingtaine de leurs supporters et les encouragements de jeunes néerlandais scandant des « Lietuva », Bendzius est à l’affût d’un palet mal dégagé pour lancer la rencontre dès la cinquième minute. En supériorité, le trentenaire Pliskauskas venge son partenaire du troisième trio Kumeliauskas, victime d’un coup de genou. Privée de Roman Aliapkin (junior en Russie), la défense enfonce le clou dans le troisième acte sur un tir de Alisauskas repris par Bendzius et un lancer sans contrôle de Mindaugas Kieras. Ce dernier, prolifique au deuxième échelon biélorusse avec l’Energija Elektrénai, ville natale de nombreux joueurs comme Darius Kasparaitis (qui avait en son temps choisi le maillot rouge de la Sbornaya), aidé de son jeune partenaire Alisauskas a particulièrement bien résisté aux mouvements de la ligne portée par Makrov et Rooba (6-1). Quant à Bauba, il a compensé son déficit de vitesse par son placement et quelques charges appuyées dont les Estoniens peuvent témoigner.


Giflés par la Corée du Sud, c’est face aux Britanniques, vaincus 2-1 l’an dernier, que les équipiers de Donatas Kumeliauskas, plus discret cette fois et exclu à moins de quatre minutes de la fin, réalisent leur meilleure performance. Ils font preuve de beaucoup de réalisme et écœurent un adversaire désespérément bloqué à un point d’une montée semblant prédestinée. Leur gardien a sorti le grand jeu, justifiant son statut de meilleur joueur du tournoi à son poste (93,82% d’arrêt). Loin de ses bases, accompagnée de quelques partisans très bruyants et colorés, la Lituanie confirme sa médaille de bronze, naviguant entre deux eaux, suffisamment forte pour faire souffrir son voisin estonien mais encore tendre devant le haut du tableau, comme l’a constaté un coach dont l’avenir est incertain.