Résumé du Mondial de Division 1B (2/2)

Les Néerlandais au plus bas


La Croatie a débarqué au Benelux avec ambition. Le promu avait échoué à la deuxième place en 2014, derrière la Pologne, après avoir largement dominé la Grande-Bretagne et les Pays-Bas et vaincu les hôtes lituaniens plus difficilement, autant de formations qu’elle croise sur la glace hollandaise.

Comptant sur une ossature du Medvescak Zagreb, le Canadien Donald MacLean ne bénéficie toutefois pas cette année du renfort de Borna Rendulic. Le jeune attaquant a écrit une page de l’histoire du sport de son pays en représentant celui-ci sur les glaces de NHL, même si Goran Bezina, né à Split, avait porté à trois reprises le maillot des Coyotes en 2003. Parti à l’Avalanche du Colorado, après deux saisons en Liiga, Rendulic a disputé onze rencontres dans la grande ligue et marqué à une reprise, avant qu’une blessure au pied ne le prive de la fin de saison et du voyage aux Pays-Bas, de toute façon compromis par la saison de Lake Erie en AHL.


Particularité une grande partie de l’effectif est constitué de renforts d’origine croate et dont le parcours les a conduits sur les bords de l’Adriatique. Le portier Mark Dekanich, originaire de North Vancouver, a été repêché par Nashville en 2006 avec qui il a évolué une seule fois, en 2009-2010, saison au cours de laquelle il présenta le meilleur pourcentage d’arrêt de l’American Hockey League. Attendu à Columbus, des pépins physiques ont mis fin à ses espoirs de percer en Ligue Nationale. A Zagreb, il fut l’un des quatre portiers utilisés cette saison en KHL, où l’a rejoint le jeune Mate Tomljenovic, crédité de 94,5% d’arrêts en cinq matchs lors du mondial 2014. Prime toutefois à l’expérience pour le match d‘ouverture, au cours duquel les Britanniques prouvent qu’ils ont bien retenu la leçon de la claque infligée douze mois plus tôt. Le physique ailier Mike Glumac, qui a évolué une quarantaine de matchs sous les couleurs des Blues de Saint-Louis mais a surtout fait des aller-retours avec Peoria en AHL, ouvre la marque en infériorité peu de temps après un face-à-face raté avec Bowns. Nathan Perkovich, attaquant d’origine américaine passé par le club ferme des Devils du New Jersey, célèbre ses débuts en équipe nationale par le but du 2-0. L’équipe au damier ne peut cependant conserver cet avantage de deux buts, concédant l’égalisation à 6 secondes de la sirène, et le but décisif dès le début de la prolongation. Un premier joker est grillé…


Elle se reprenait contre la Lituanie, dominée 4-1 mais assez proche au nombre de lancers. Perkovich se montre encore dominant pour une équipe menée par ses naturalisés : deux points pour Andrew Murray, qui a lui aussi évolué sous les couleurs de Saint-Louis au cours d’une carrière NHL de 221 matchs mais est surtout connu pour avoir longtemps porté les couleurs de Columbus, avant de partir à San José, comme pour le très rugueux Geoff Waugh (1,94 mètre, 98 kg), passé furtivement par la KHL, et Andy Sertich, passé par l’AHL et l’ECHL. Ce redressement est anéanti par une troisième sortie ratée. Face aux Pays-Bas, la Croatie touche en effet le fond. L’ouverture du score rapide de Perkovich ne rassure guère une équipe en quête d’homogénéité. Le deuxième tiers-temps, longtemps joué sur un score de parité, est le théâtre de nombreux signes d’agacement. Les erreurs de passes et de placement de joueurs mis hors de position par des Néerlandais peu en verve jusque-là ont surpris, de même que la nervosité affichée par l’équipe de MacLean. Ivan Jankovic est ainsi pénalisé pour avoir conspué un arbitre, coupable à ses yeux de ne pas avoir sifflé de faute. Nathan Perkovich perd également ses nerfs à dix minutes du terme d’une rencontre qu’il termine en brisant sa crosse sur le banc… En quête de solutions, la Croatie a modifié ses lignes et fut même privée de quatre joueurs pour aborder le week-end : Kanaet, Waugh, Kostovic et Letang. Choisi par Montréal en 1993, ce dernier, capitaine de Medvescak depuis son arrivée en 2009, sortait d’une saison blanche. Dans les buts, Mark Dekanich, perturbé par les blessures cette saison, a semblé hésitant dans ses sorties à la crosse et également nerveux. Son tournoi se termine de manière catastrophique : heurté par Heyok Kim, il est évacué du glaçon, n’assistant pas à la dernière déroute collective des siens (4-9). En y ajoutant les expulsions de Tadija Miric, Igor Jacmenjak et Sasa Martinovic il ne restait plus que quatorze joueurs en fin de tournoi…


Ce mondial d’Eindhoven est donc à oublier pour une Croatie en permanence à la recherche d’alchimie. L’attaquant néerlandais Levi Houkes a évoqué un groupe d’individualités, son entraîneur enfonçant le clou en parlant d’une équipe ne se donnant pas à 100% sur chaque présence. Quelle orientation prendra le pays à l’avenir ? Les belles dispositions entrevues à Vilnius paraissent très loin aujourd’hui…


 

L’Estonie est arrivée aux Pays-Bas avec l’ambition de bloquer l’ascenseur auquel elle est habituée depuis plusieurs saisons. Le contexte national n’augure cependant rien de très réjouissant. Le championnat, dominé ces dernières saisons par le HK Viiking Sport, a donné lieu à un scénario dont le petit Etat balte se serait bien passé. Le club de la capitale, empêtré dans les soucis financiers, était en début de saison devenu le HC Viking Tallinn, recueillant l’aval de la Fédération en septembre, sous réserve de l’obligation d’honorer ses dettes. Tâche que le club n’a pas pu assumer à l’aube de playoffs dont il fut exclu. Alors que ces derniers battaient leur plein, menés par le rival Kalev-Välk, le banni obtenait devant la justice l’annulation de sa sentence. Décision non prise en considération par les instances fédérales. Dans quel état d’esprit les joueurs du Viking, paire de gardiens Koitmaa – Shumikhin en tête, allaient-ils aborder la compétition, les deux clubs majeurs fournissant un contingent d’internationaux?


Sous les ordres du nouveau coach finlandais Jussi Tupamäki, successeur de son  compatriote Sakari Pietilä, et passé en Mestis après une expérience en juniors, compte avant tout sur deux cadres et un espoir. A 36 ans, Lauri Lahesalu (photo de gauche), habitué de la Ligue Magnus et international depuis 1998, est le patron d’une défense où ne figure plus l’ancien Castor d’Asnières Mark Samorukov. Andrei Makrov, l’autre vétéran, est revenu en 2014 après deux ans sans porter le maillot blanc et bleu. Désormais au Kazakhstan, l’ancien attaquant de Perm, Minsk ou Jesenice n’a rien perdu de son talent et engrange trois points dans la défaite initiale face à la Corée du Sud. De quoi approcher ses sept points de 2007 et 2014, mais loin des 14 buts et 14 assistances de 2010, il est vrai en Division 2… Il est à l’origine du seul but inscrit dans la courte défaite face aux Britanniques. A ses côtés sur la première ligne évolue le jeune Robert Rooba. Membre des Blues d’Espoo, avec qui il a compté 8 points cette année, le joueur de 21 ans avait participé, avec 6 buts et 8 passes, à la remontée en 2014.


S’ils avaient vaincu la Croatie 3-2 en 2012, les hommes de Tupamäki savent qu’une grande partie de leur objectif de maintien se joue contre le voisin lituanien, vainqueur 5-2 en 2011 et surtout 12-3 deux ans plus tard. Souvenir amer d’une partie où le dernier tiers-temps catastrophique (8 buts encaissés) n’avait eu d’égal que le comportement de certains éléments lors du mondial de 2013, où des sanctions disciplinaires furent prises à l’encontre de Maksim Ivanov, Sergei Ivanov, Sergei Novikov, Artjom Runjantsev, Anatoli Jakovlev et Filip Svaropin. Requinqués par leur parcours en D2A, ponctué de 5 victoires et seulement 8 buts encaissés, les Estoniens peuvent en outre se souvenir d’un match amical remporté 7-5 l’an passé. Par son placement et son calme, Lahesalu sécurise une escouade parfois dépassée par le voisin lituanien. Comme Urushev, passé deux saisons à Montpellier entrecoupées d’un passage outre-Atlantique, et dont deux fautes sur Kumeliauskas occasionnent autant de buts. En manque d’imagination et incapable de se montrer dangereuse en supériorité numérique, l’Estonie a peu à peu perdu du terrain, rendant la fin de semaine très indécise, alors que son principal rival néerlandais parvenait à se donner de l’air contre la Croatie.
Après avoir dilapidé un avantage de deux buts face à la Croatie, le pays balte aborde le dernier match avec un compteur désespérément bloqué à zéro, trois points derrière le dernier adversaire. Elle s’en remet comme souvent à son premier bloc, Lahesalu comptant deux passes, soit une de plus que Rooba, et surtout Sergei Makrov marquant à trois reprises devant une poignée de fans conquis. Même si Embrich, intégré en équipe nationale aux côtés des deux meilleurs attaquants, et Titarenko, marqueur régulier du championnat national de retour sur des glaces néerlandaises fréquentées avec Heerenveen par le passé, ont été en retrait, pour la première fois depuis 2007, les Baltes repartent d’un championnat du monde de Division 1 avec le maintien en poche.


Les Pays-Bas cherchent à redorer un blason mis à mal ces derniers temps. La Jack’s Casino Eredivisie, dans lequel sont conviés les Belges d’Herentals, bat de l’aile et certains clubs tels celui du Limbourg ont connu de sérieuses difficultés financières. Les deux gros, Tilburg et Heerenveen, lorgneraient désormais, faute de concurrence, vers l’Oberliga… Quant au club local, les Eindhoven Kemphanen, il se bat dans l’ombre devant des affluences modestes… A l’heure où les fonds du comité olympique néerlandais deviennent rares, le manque de moyens se répercute jusque dans la préparation des ‘Oranje’, limités à deux matchs de préparation face au voisin belge, laminé 7-0 et 14-0. L’équipe nationale n’a remporté qu’une victoire, certes large (9-1 face à la Roumanie) pour sauver sa peau l’an dernier. C’est dans ce contexte morose que le coach Chris Eimers là depuis trois ans a composé son groupe, aidé en cela de Mike Pellegrims, occupé par ses fonctions d’assistant-coach de Wolfsburg demi-finaliste malheureux de DEL, et Bohuslav Subr.


Ian Meierdres semble poursuivi par la malchance : alors que son mondial 2014 avait pris fin dès le premier match, il encaisse un but dès la onzième seconde de jeu face à la Lituanie. S’il garde ensuite sa cage inviolée, ses partenaires ne sont pas plus habiles que ses assaillants, à qui ils concèdent une embarrassante défaite, malgré 35 lancers et un but refusé à l’Amiénois Kevin Bruijsten, entré dans la cage avec le palet. Corrigée par la Corée du Sud, la troupe d’Eimers tente ensuite de résister à un autre favori, la Croatie, qui l’avait laminée (0-4) douze mois plus tôt.

Jamais deux sans trois… Si Ian Meierdres laisse sa place à Martijn Oosterwijk, les Néerlandais entament leur troisième rencontre de façon catastrophique, laissant Perkovich profiter de leur apathie pour ouvrir la marque au bout de douze secondes. Echaudés par Kinasewich, à qui le nouveau venu oppose une mitaine ferme, les hommes de Chris Eimers se lâchent et bousculent la Croatie, sous la houlette du local Julian van Lijden. De retour sur une glace foulée en 2011-2012, Kevin Bruijsten (photo de droite) a compris le message et récupère le palet de l’égalisation derrière le but pour le transmettre à Demelinne, se chargeant de donner l’avantage aux siens en reprenant le tir de Wurm. Repris en fin de tiers-temps, les Néerlandais ripostent à 24 secondes de la deuxième sirène sur une accélération de Hagemeijer, auteur du but du titre pour Tilburg. Contré par le portier adverse, le capitaine dont la photo est affichée sur les étendards à proximité de l’Ijssportcentrum, passe derrière le but et sert van den Heuvel. Une déviation de Brekelmans et un but en cage vide du capitaine redonnent le sourire au public d’Eindhoven (5-2).


La patinoire est pleine pour l’affrontement face au leader britannique. Le suspense y est présent car les oranges prennent le meilleur départ grâce à Mason, mais l’homme du match précédent, Oosterwijk, doit laisser sa place après trois buts encaissés… Son remplaçant du soir Meierdres est confirmé dans le match décisif pour le maintien face à l’Estonie. Les trois points d’avance affichés au coup d’envoi ne pèsent pas lourd lorsque Makrov, en double supériorité, initie un triplé poursuivi après le retour du premier joueur banni et terminé en cage vide. Menés d’un but à l’abord de la dernière période, les équipiers de Tummers, seul buteur, n’ont lancé qu’à deux reprises dans la très amère dernière période, où ils auront avant tout du lutter en infériorité…
Le manque de buteurs (seul Kevin Bruijsten a marqué plus d’une fois), l’alternance de gardiens en manque de confiance et de mauvais débuts de rencontre ont eu raison du pays hôte, déjà présent en Division 1 au tournant du siècle. Le tout dans un climat de résignation. Eindhoven est à la traîne de Tilburg en termes d’affluences, certaines rencontres du pays hôte se sont même disputées devant de nombreux sièges vides.  A l’issue de la belle victoire face à la Croatie, le coach Eimers appelait les fans à venir soutenir leurs troupes, regardant jalousement vers l’appui remarquable dont bénéficient les sujets de Sa Majesté. L’entraîneur se disait dimanche soir peu surpris par ce triste sort et souhaitait voir ses joueurs évoluer dans un championnat plus huppé. La crise est latente pour le hockey néerlandais.