Enfin du renouvellement dans le Mondial élite

13 000 spectateurs pour un match de championnat du monde en division inférieure, c'est un record. Il faut dire qu'un événement a lieu ce soir. Depuis cinq ans, les quatre mêmes pays n'arrêtent pas de faire un chassé-croisé entre l'élite et son antichambre : l'Autriche, la Slovénie, le Kazakhstan et l'Italie.

Sur ces quatre larrons, l'un n'est jamais compétitif quand il accède au plus haut niveau et n'est capable que de défendre : l'Italie. Sa moyenne sur les trois dernières éditions du Mondial élite est de 20 buts marqués en 20 rencontres, soit 1 par match ! Plus que de faire l'ascenseur sans rien y gagner et ni rien apprendre, les Transalpins ont donc pris un entraîneur "local" (Stefan Mair) et l'ont chargé de développer les jeunes au lieu de laisser des Italo-Canadiens occuper les meilleures places. Il ne reste que trois de ces "oriundi". La moitié de l'équipe a moins de 25 ans.

La montée était secondaire, mais les Italiens ont souffert un peu plus que prévu. Toujours inefficaces offensivement, ils ont fini avant-derniers. Il faut espérer qu'on ne le reprochera pas trop aux jeunes qui mouillent le maillot national (l'Italie ne verse même plus de primes aux joueurs cette année), d'autant que des erreurs défensives fatales ont été commises par des vétérans (Egger et Sullivan). Il faut leur laisser le temps de mûrir... si l'Italie peut - enfin - se tenir à un projet à long terme.

L'Ukraine, en crise pour des raisons compréhensibles, n'a pu éviter la relégation promise. Ce pays en guerre civile a d'autres priorités, et il faut rappeler que son entraîneur Andrei Nazarov est parti l'an passé après le retrait du Donbass Donetsk. Il est parti au Kazakhstan, qui l'a recruté pareillement pour son club de KHL (Barys Astana) et son équipe nationale. Favoris du tournoi, les Kazakhs l'ont clairement dominé.

Derrière eux, avec la nouvelle stratégie italienne, une place dans l'élite mondiale s'est ouverte. La Hongrie, qui n'a fait qu'un bref passage chez les grands (2009) était le candidat le plus naturel, d'autant qu'elle bénéficie cette année de trois Nord-Américains naturalisés (Metcalfe, Sarauer et Banham). En revanche, la Pologne, promue du niveau inférieur, ne visait que le maintien. Avec une équipe expérimentée, elle s'est offert cette "finale", le match le plus important pour le hockey polonais depuis plus d'une décennie. Avant la chute du communisme, ce pays faisait partie du top-10 mondial (alors que la Hongrie n'était presque rien), mais depuis, les Polonais sont montés une seule fois au plus niveau, en 2001 à Grenoble, en profitant alors des faux-pas de la France contre des mal-classés.

L'Arena de Cracovie

Le contexte est différent ce soir : les 15000 places de la nouvelle Arena de Cracovie sont correctement remplies, et un pays peut redécouvrir le hockey sur glace. Néanmoins, les 3000 supporters hongrois ont fait beaucoup plus de bruit toute la semaine que le public polonais. Saura-t-il s'enflammer ce soir ? L'ambiance est meilleure, mais la tribune magyare reste la plus coordonnée et la plus vibrante.

La Pologne est immédiatement dominée. Quand elle tente une rare incursion en zone offensive, Marton Vas, l'ex-Briançonnais reconverti défenseur (et qui a succédé à Szélig comme capitaine), fait voler le casque d'Urbanowicz d'une mise en échec parfaite. Le gardien hongrois Miklos Rajna a quelques arrêts à faire sur des tirs puissants mais excentrés : il repousse du casque celui de Radoslav Galant, et du gant celui d'Adam Chmielewski. Son vis-à-vis Przemyslaw Odrobny, lui, est sollicité plus souvent et de bien plus près, surtout par la ligne Koger-Sarauer-Sofron qui se crée les occasions les plus dangereuses. Il est clair qu'Odrobny a hérité du rôle principal de la pièce de ce soir. Mais il n'est pas le seul. Ses coéquipiers donnent le sentiment d'être prêts à se sacrifier devant tous les lancers.

Si le premier tiers-temps s'est déroulé sans pénalité, un cinglage est sifflé contre Zapala dès le début de la deuxième période. Prise à défaut d'entrée par un 2 contre 1, la Hongrie temporise beaucoup et ne prend pas de tirs. Ce style patient est à deux doigts de fonctionner : la belle action collective née de Janos Hari transmet le palet jusqu'à Csaba Kovacs, dos au but mais laissé absolument seul. Sa tentative en pivot ne trompe néanmoins pas un Odrobny bien en place. Kalinowski est ensuite sanctionné pour une obstruction sur le gardien, et on assiste enfin à un slap de Frank Banham. C'est quand même pour ça - sa puissance de lancer - que la Hongrie l'a naturalisé à... 40 ans ! Odrobny a une bonne vue du missile.

La Hongrie essaie de faire le jeu, mais le joueur polonais qui parvient à récupérer le palet fonce systématiquement droit devant en contre-attaque. Daniel Kiss finit ainsi par accrocher Krystian Dziubinski. L'avantage numérique local manque lui aussi de spontanéité dans ses intentions et dans ses transmissions. Le score reste donc toujours de 0-0 après deux périodes.

PZHLLe temps qui file semble favoriser la Pologne, mais la troisième période commence par un coup de massue sur Cracovie. Le lancer balayé de Frank Banham, également puissant, oblige Odrobny à concéder un rebond dans l'axe, que convertit Janos Hari (1-0).

Les Polonais, une fois qu'ils ont tué une pénalité supplémentaire de Baginski, sont donc contraints à changer de tactique. Ils pressent maintenant la défense au lieu de reculer. Alors qu'on entre dans les dix dernières minutes, ils obtiennent une supériorité numérique. Marcin Kolusz arrive étrangement à s'infiltrer jusqu'à la cage, sans succès, et Grzegorz Pasiut, parfaitement servi dans le slot par une passe en retrait, manque le cadre. Kowalowski tire ensuite dans le bouclier de Rajna.

Les Polonais jettent toutes leurs forces dans la bataille et s'installent régulièrement en zone offensive. Jacek Plachta sort son gardien à plus de quatre minutes de la fin. Marcin Kolusz bouche complètement la vue de Rahnaa et l'empêche de voir partir la reprise instantanée de Mateusz Bryk à la ligne bleue (1-1).

Les spectateurs des deux camps sont désormais déchaînés, mais il faut encore un but à la Pologne, obligée de gagner dans le temps réglementaire pour passer devant les Hongrois. L'ultime tentative de passer la ligne bleue échoue à dix secondes de la fin, et le dégagement de Bence Sziranyi file tout doucement vers la cage vide (2-1). Rich Chernomaz, manager de Francfort (club de DEL2 où joue Marton Vas) et entraîneur national, peut donc lever les poings : la mission est accomplie !

Il ne faut néanmoins pas trop rêver. La Hongrie ne semble pas plus avoir les moyens que l'Italie de rivaliser dans l'élite mondiale. Il lui faudra tenir tant bien que mal au rythme du haut niveau international, plus élevé que celui vu ce soir.

La Pologne a perdu une chance d'accession qui ne se représentera pas de sitôt, mais peut être fière de son championnat et saluer dignement le vétéran Leszek Laszkiewicz, qui a annoncé sa retraite internationale après 18 participations consécutives aux Mondiaux. Il reçoit le prix de joueur du match, surtout pour saluer sa grande carrière.

Désignés joueurs du match : Janos Hari pour la Hongrie et Leszek Laszkiewicz pour la Pologne.

Tous les championnats du monde, toutes divisions.

 

Hongrie - Pologne 2-1 (0-0, 0-0, 2-1)
Samedi 25 avril 2015 à 20h00 à l'Arena de Cracovie. 12632 spectateurs.
Arbitrage de Daniel Konc (SVK) et Marc Wiegand (SUI) assistés de Matjaz Hribar (SLO) et Alexander Waldejer (NOR).
Pénalités : Hongrie 4' (0', 2', 2'), Pologne 6' (0', 4', 2').
Tirs : Hongrie 36 (14, 9, 13), Pologne 29 (8, 6, 14).

Évolution du score :
1-0 à 41'30" : Hari assisté de Banham et Sebők
1-1 à 56'52" : Bryk assisté de Pasiut et Rompkowski
2-1 à 59'54" : Sziranyi (cage vide)


Hongrie

Attaquants
Daniel Kóger - Andrew Sarauer (+1) - Istvan Sofron
Balasz Sebők (2') - János Vas (A) - Csanad Erdely (-1)
Csaba Kovács - János Hári (+2) - Frank Banham (+1)
Andras Benk - Krisztian Nagy - Balint Magosi

Défenseurs :
Tyler Metcalfe - Bence Szirányi (+1)
Márton Vas (C, +1) - Daniel Kiss (+1, 2')
Attila Orbán (-1) - Tamas Pozsgai

Gardien :
Miklos Rajna

Remplaçants : Bence Balisz (G), Balasz Gőz, Peter Vincze.

Pologne

Attaquants :
Marcin Kolusz (C) - Krzysztof Zapała (2') - Tomasz Malasiński (-1)
Aron Chmielewski - Grzegorz Pasiut - Sebastian Kowalówka
Leszek Laszkiewicz (-1) - Krystian Dziubiński (-1) - Radoslaw Galant (-1)
Maciej Urbanowicz - Kamil Kalinowski (2') - Adam Bagiński (+1, 2')

Défenseurs :
Mateusz Rompkowski - Mateusz Bryk
Bartlomiej Pociecha - Rafal Dutka
Michal Kotlorz (-1) - Patryk Wajda (-1)
Jakub Wanacki - Maciej Kruczek

Gardien :
Przemyslaw Odrobny

Remplaçant : Rafal Radziszewski (G).