Biélorussie – Slovaquie (Mondiaux 2015, groupe B)

Pour son entrée en lice, la Slovaquie a eu peine à faire l'unanimité. Certes, son succès en fusillade contre un modeste adversaire – le Danemark – ne reflète pas sa domination tout au long de la partie et la Double-Croix ne doit ses tourments qu'au phénoménal gardien Patrick Galbraith, parfois aidé des poteaux de sa cage. Pour autant, l'éviction le matin même de Martin Réway n'est pas du goût des suiveurs locaux, et quand bien même le fils prodigue est malade comme un chien, on reproche au coach Vůjtek son manque de discernement.

La star du lot, Marián Gáborík, a plutôt été épargné par les critiques d'après-match, mais le lauréat de la Coupe Stanley 2014 a pourtant faire montre d'une grande timidité offensive, hormis une grosse occasion ratée en début d'acte. À charge de revanche donc contre le Bélarus, adversaire toujours imprévisible. Les deux ailiers de Detroit, Tomáš Tatar et Tomáš Jurčo, arrivés à Ostrava dans la nuit de samedi à dimanche, sont immédiatement alignés pour la rencontre de l'après-midi.

La patinoire de la cité industrielle morave est encore remplie de supporters slovaques, qui n'ont pas grand effort de se déplacer chez leur très proche voisin. L'équipe locale – euh, la Slovaquie ! – doit de suite évoluer en infériorité suite à une crosse haute de Andrej Meszároš dans son coin gauche (00'27). Les Biélorusses ont cependant de grandes difficultés à s'installer en zone offensive à cause d'un bon pressing adverse en zone neutre. Rien à signaler donc sur ce jeu de puissance.

La mise en route est difficile également pour les rouges puisqu'ils évoluent à leur tour à un de moins après que Ivan Usenko a accroché Patrik Lušnák en fond de zone (4'25). Sur l'engagement, le capitaine Tomáš Kopecký casse sa crosse et, alors qu'il file rejoindre son banc, Alexander Kitarov lui fait un croche-patte. La Slovaquie hérite de fait d'un tir de pénalité que Gáborík ne parvient pas à transformer, le palet frappant le haut de la jambière gauche de Kevin Lalande (4'30). 

Kitarov est décidément mal inspiré : il fait trébucher Libor Hudáček dans son coin droit et laisse son équipe à trois pour vingt-deux secondes (6'03). Marko Daňo, promu en première ligne, est démarqué dans le slot mais trouve Lalande sur sa route. Kopecký insiste au corps-à-corps et déclenche la première colère de la défense rouge. Un début de bagarre éclate (6'35). Rebelote lors que Milan Bartovič fait preuve de ténacité après une belle combinaison instiguée par Hudáček (7'58).

La légère domination slovaque s'estompe lorsque Juraj Mikuš accroche Sergei Kostitsyn (8'32). La supériorité replace la Biélorussie dans la partie et sa première ligne n'est pas loin de faire mouche : Dimitri Korobov ne cadre pas sa frappe sur la « bleue » mais l'attention de la défense blanche est déportée vers la trajectoire du palet et Alexei Kalyuzhny se fait oublier devant Laco. Le rebond fuit devant la ligne de but et le capitaine biélorusse croit pouvoir marquer mais Dominik Graňák l'en empêche in extremis d'un revers de bâton (9'09).

Les joueurs des Tatras sont clairement bousculés. Andrei Stepanov slalome du cercle gauche jusqu'à la cage en mettant tout le monde dans le vent mais ne fait mieux que de taper dans le gardien (10'52). Sergei Kostitsyn déborde ensuite à droite, semant aisément le défenseur slovaque, puis centre en retrait pour son frère à son entrée en fond de zone mais Laco repousse l'assaut (14'53). La Slovaque réagit sur une échappée à droite de Mário Bližňák qui tente de surprendre Lalande d'un tir côté rapproché à ras-de-terre (17'19) mais on en reste sur un score vierge lorsque la première sirène retentit.

La deuxième période commence de la même façon que la précédente, à savoir que le Bélarus bénéficie immédiatement d'une supériorité en conséquence d'une crosse haute de Gáborík sur Usenko (20'33). C'est pourtant la Slovaquie qui se montre la plus dangereuse en infériorité sur un nouveau break-away de Bližňák qui file dans l'axe avant de servir Bartovič sur sa gauche ; l'ailier de Slovan Bratislava essaye de faire passer le puck entre les jambes de Lalande qui ferme toutefois l'espace à temps (20'55).

La rencontre est très équilibrée et alterne assez distinctement les phases offensives biélorusses et slovaques. Les ouailles de Dave Lewis sont peut-être plus percutantes dans leurs pénétrations dans le camp adverse. Le slap de Ilya Shinkevich dans le cercle droit est dévié par Laco et Andrei Kostitsyn dispose d'une cage grande ouverte mais manque de synchronisation sur sa reprise et le palet poursuit sa route (27'23). Un contre slovaque lancé par Bartovič à droite, relayé par Daňo au centre puis conclu à gauche par Adam Jánošík est repoussé par Lalande (28'18). 

Les Blancs poursuivent leurs raids. Kopecký ne parvient pas à cadrer son revers alors que tout le flanc gauche du gardien biélorusse d'origine canadienne était à découvert (29'21). Michal Sersen, dans le slot, ne fait pas preuve de plus de dextérité quelques secondes plus tard (30'11). La pression slovaque s'intensifie. Meszároš, en position d'ailier droit, oblige Lalande à dévier de la mitaine côté rapproché (30'49). Pourtant, ce dynamisme offensif est stoppé lorsque Bližňák est envoyé en prison après avoir réagi au vilain geste (non sanctionné celui-ci) de Sergei Kostitsyn sur Richard Pánik (31'23).

La nouvelle séquence biélorusse fait mal aux arrières slovaques. Stepanov trouve Kulakov au centre et sa frappe entre les deux cercles est repoussée par Laco (31'50). S'ensuit une rafale de tirs qui met le portier d'Astana à rude épreuve, mais celui-ci tient la baraque. Vladimír Dravecký part en contre à droite et reçoit le soutien de Bližňák qui fait précisément son retour sur la glace ; le récent finaliste de l'Extraliga tchèque préfère y aller seul en repiquant au centre et touche le casque de Lalande sur sa tentative entre les deux cercles (33'22). 

La fin du tiers-temps est à l'actif de la Slovaquie. Derrière le but, Gáborík sert Kopecký dans le slot et le centre des Florida Panthers travaille au corps Lalande sans parvenir à poser le stick sur la rondelle, il est vrai sous la pression de la défense rouge. Daňo se porte en renfort mais n'est pas plus adroit avec le rebond alors que gardien, à bout de force, est battu (37'42). La Biélorussie encaisse même une pénalité dans les ultimes secondes puisque Artyom Volkov fait trébucher dans son coin droit Marek Viedenský, qui en fait un peu trop pour persuader les arbitres (39'42). 

La Double-Croix profite donc d'un jeu de puissance dès le retour des vestiaires. Gáborík monte en puissance dans cette partie et ses attaques deviennent plus incisives. Il slalome dans la défense jusqu'à atteindre l'enclave et il faut un bel arrêt de la mitaine de Lalande pour contenir l'abordage (40'20). L'infériorité tuée, le Bélarus reprend ses quartiers dans la zone slovaque et Laco a du pain sur la planche. Jusqu'à ce qu'une pénalité, bien entendu, vienne freiner ses ardeurs ; l'échappée de Pánik est mal négociée mais la toute petite pression dans le dos exercée par Yevgeni Lisovets est quant à elle bien exploitée par le joueur de Toronto qui récolte donc une supériorité (48'45). 

Les Blancs sont mauvais gestionnaires de leur surnombre. Hormis un tir non cadré de Sersen revenu dans la crosse de Bartovič (50'13), ils ne montrent qu'une faible agressivité devant la cage de Lalande. De retour à forces égales, la Biélorusse lance une contre-offensive. Laco, tout comme sa défense, se concentre sur l'incursion à gauche de Kaluyzhny et Sergei Kostitsyn transforme sans mal au second poteau le centre de son capitaine (1-0, 51'27). Heureusement pour la Slovaquie, Meszároš, isolé dans le cercle gauche, égalise immédiatement après une passe transversale de Hudáček (1-1, 52'31).  

Pánik, dans la même position que son défenseur quelques instants plus tôt, envoie sa tentative dans le plastron de Lalande (53'32). Graňák retient Andrei Stas sur la ligne bleue et occasionne de fait une fin de tiers-temps difficile pour les siens (56'34). Pourtant, le tourniquet biélorusse s'avère peu efficace, seuls deux tirs sont à signaler : le premier est hors cadre, le second facilement bloqué par Laco. On en est quitte pour une prolongation, la seconde en deux matches pour les vice-champions du monde 2012.  

D'entrée, la Slovaquie sonne la charge dans le camp biélorusse. Meszároš, déchainé, remontre dans l'axe, laisse le palet à Gáborík qui frappe puissamment. Le tir est dévié de l'épaule droite par Lalande mais le rebond est repris au vol par Meszároš qui oblige le gardien à un nouvel arrêt réflexe (60'18). Le défenseur de Buffalo, en pleine euphorie, hérite du palet sur la « bleue », se replace dans le cercle droit et enfile magistralement l'aiguille pour offrir la victoire à la Slovaquie (61'55).

La Slovaquie s'en sort plutôt bien sur ses deux premiers matches. Menée au score contre le Danemark la veille puis contre la Biélorussie aujourd'hui, elle est toujours parvenue à revenir de suite. Seule ombre au tableau, ses attaquants ne marquent pas et ce sont les défenseurs qui se chargent du travail. Parmi eux, Andrej Meszároš, héros de l'après-midi, a inscrit ses deux premiers buts en équipe nationale. Pour la petite histoire, il avait fait ses débuts en championnat du Monde ici même, à Ostrava, lors de l'édition 2004. 

Désignés joueurs du match : Kevin Lalande (Biélorussie) et Andrej Meszároš (Slovaquie). 

Réactions d'après-match 

Dave Lewis (entraîneur de la Biélorussie) : « Ce fut un match très intéressant qui a été conclu par un tir parfait en prolongation. Je félicite l'entraîneur adverse pour ce succès. Notre jeu dur est la seule voie pour jouer des parties équilibrées avec les autres adversaires dans ce tournoi. »

Vladimír Vůjtek (entraîneur de la Slovaquie) : « Cela a été une âpre lutte de la première à la dernière minute. Il n'y avait pas la place pour de superbes combinaisons, les deux équipes ont très bien joué en infériorité. Notre adversaire a joué efficacement en défense. Nous savions que leur force était dans leur première formation et cela s'est confirmé. Le hockey a été d'un excellent niveau international. »

Peter Oremus (entraîneur-adjoint de la Slovaquie) : « Ce fut vraiment un match difficile et exigeant. On a tiré plus souvent au but que notre adversaire, on a tenu bon et on prend deux points. La victoire contre le Bélarus a également une grande importance dans la perspective de l'évolution de la poule. Il n'y a rien à reprocher aux gars, ils voulaient gagner dans le temps réglementaire. Les victoires en prolongation sont importantes d'un point de vue psychique, la fatigue passe plus facilement. Marián Gáborík est un joueur de gros calibre et de grande qualité, c'est pour cela qu'il s'est chargé du tir de pénalité. Il voulait le transformer. Ça ne veut pas sourire pour le moment aux attaquants, ils s'efforcent de tout faire pour. Ce sont les défenseurs qui les ont remplacés, mais le plus important c'est la victoire de toute l'équipe. »

Andrej Meszároš (défenseur de la Slovaquie) : « Mes deux premiers buts en équipe nationale ont un goût exceptionnel, surtout quand il y a la victoire au bout. Je suis content des deux points, on a bien joué. On ne s'est pas décomposés quand on a encaissé le but, on a persisté et ça nous a sourit. On a eu des occasions, on a tiré au but le plus souvent possible mais leur gardien a été grandiose. On a de nouveau manqué de réussite dans le geste final. »

 

Biélorussie – Slovaquie 1-2 a.p. (0-0, 0-0, 1-1, 0-1)

Dimanche 3 mai 2015 à 16h15 à la ČEZ Aréna d'Ostrava. 8812 spectateurs. 

Arbitrage de Timothy Mayer (USA) et Vladimír Šindler (TCH) assistés de Paul Carnathan (USA) et Jimmy Dahmen (SUE). 

Pénalités : Biélorussie 8' (4', 2', 2', 0') ; Slovaquie 10' (4', 4', 2', 0')

Tirs : Biélorussie 18 (7, 7, 4, 0) ; Slovaquie 34 (10, 10, 10, 4)

 

Evolution du score : 

1-0 à 51'27" : S. Kostitsyn assisté de Kalyuzhny et A. Kostitsyn 

1-1 à 52'31": Meszároš assisté de Hudáček et Dravecký

1-2 à 61'55" : Meszároš assisté de Jurčo et Tatar  

 

 

Biélorussie

 

Attaquants :

Alexei Kalyuzhny (C, +1) – Andrei Kostitsyn (A, +1) – Sergei Kostitsyn (+1)

Sergei Drozd (-2) – Andrei Stas (-1) – Artur Gavrus (-1)

Alexander Kulakov – Andrei Stepanov – Yevgeni Kovyrshin (-1)

Artyom Demkov – Alexander Kitarov (2') – Artyom Volkov (2')  

 

Défenseurs :

Ivan Usenko (2') – Dimitri Korobov (A, -2)

Nikolai Stasenko – Oleg Yevenko (-1)

Ilya Shinkevich (+1) – Yevgeni Lisovets (2') 

Nikita Ustinenko 

 

Gardien : 

Kevin Lalande 

 

Remplaçant : Vitali Koval (G), Sergei Demagin (A). Non-utilisé : Igor Brikun (G). 

 

Slovaquie

 

Attaquants :

Marián Gáborík (2') – Tomáš Kopecký (C) – Marko Daňo

Richard Pánik – Mário Bližňák (2') – Milan Bartovič (A)

Tomáš Jurčo – Marek Viedenský (-1) – Tomáš Tatar 

Libor Hudáček (+1) – Patrik Lušňák (+1) – Vladimír Dravecký (+1) 

 

Défenseurs :

Andrej Meszároš (2', +2) – Dominik Graňák (A, 2', +2)

Michal Sersen – Milan Jurčina 

Juraj Mikuš (2') – Marek Ďaloga (-1)

Adam Jánošík (-1)

 

Gardien : Ján Laco.

 

Remplaçant : Július Hudáček (G), Tomáš Surový (A). Non-utilisés : Branislav Konrád (G), Ivan Baranka (D), Michel Miklík (A).