Les (jeunes) Américains souverains du groupe B

C'est probablement la finale du groupe qui se joue déjà à Ostrava entre la Russie et les États-Unis.

Le début du tournoi a été assez satisfaisant pour les Russes. Assez, car la sélection d'Oleg Znarok a pris la mauvaise habitude de céder à la facilité. Face à la Norvège, ils ont mené 4-0 après un tiers-temps avant que les Scandinaves ne reviennent à deux buts, victoire finalement 6-2. Face à la Slovénie, la Sbornaïa a mené 3-0 et 4-1 mais ne s'est imposée que 5-3.

Ces trois buts encaissés face aux Slovènes, Znarok les juge inadmissible. Sergei Bobrovsky reprend donc place devant les filets et affronte aujourd'hui un espoir. C'était inéluctable en affrontant la jeune troupe entraînée par Todd Richards. Après avoir titularisé Connor Hellebuyck lors des deux parties précédentes, le staff américain donne sa chance à l'autre jeune cerbère : Jack Campbell. Ce dernier est à peine plus âgé (23 ans) que Hellebuyck (bientôt 22) et il a été élu par le passé meilleur gardien aux Mondiaux U18 et U20. Campbell découvre les Championnats du monde senior à l'occasion de ce match au sommet face aux champions du monde en titre. Bonjour le défi...

Jack Campbell aura à charge de préserver l'invincibilité du Team USA qui a survolé les Finlandais (5-1) mais qui a connu davantage de difficulté à se débarrasser de la Norvège (2-1). Devant des spectateurs qui se sont arrachés tous les billets, l'occasion est belle pour les États-Unis de briller face à une équipe de Russie contrariée par les pépins physiques. Le jeune défenseur du Dynamo Moscou, Andrei Mironov, fait d'ailleurs son apparition en remplacement d'Evgeni Biryukov qui a été diagnostiqué avec une double fracture à la mâchoire.

JONES Seth 140510 612Les débats sont vite lancés, c'est le moins que l'on puisse dire. Dès la première mise en jeu, Brock Nelson fait feu. Chudinov et Arcobello en font de même mais le grand espoir Jack Eichel est sûrement le plus dangereux : Kovalchuk perd bêtement le palet en zone offensive, Eichel part seul... ou presque puisque, dans son dos, Evgeni Medvedev l'empêche d'armer correctement.

Alors que Dadonov tente de répliquer avec un lancer capté par la mitaine de Campbell, ce sont les États-Unis qui ouvrent le score. Eichel remporte l'engagement en zone offensive, Seth Jones frappe, Bobrovsky arrête d'une posture peu académique, Trevor Lewis s'empare du rebond et lobe subtilement le gardien russe, le puck passant au-dessus de sa manche gauche (0-1, 06'22").

La Russie se sort d'une mauvaise relance qui aurait pu être fatale mais elle bénéficie d'un 2 contre 1 qui se forme sur cette séquence : à défaut de servir Kovalchuk, Plotnikov opte pour le tir mais Campbell arrête d'extrême justesse, la rondelle rebondissant sur sa jambière droite. C'est ensuite autour de la star de Saint Louis, Vladimir Tarasenko, de s'illustrer côté droit : dribbles et frappe, c'est encore la botte droite de Campbell qui repousse cet essai. Plotnikov (au centre d'un 3 contre 2) et Panarin (en solo) donneront eux aussi quelques frayeurs au jeune portier américain.

À trois minutes de la pause, Yakovlev, trop insistant dans sa couverture sur Ben Smith, écope de la première pénalité. D'entrée, Lewis réalise une bonne incursion vers le poteau gauche et donne à sa droite mais il manque quelques centimètres à Justin Faulk, poteau opposé, pour pousser au fond des filets. Ce sera l'unique danger de ce premier jeu de puissance alors que Shipachyov est tout proche de dévier un lancer de Medvedev durant leur infériorité !

MEDVEDEV Yevgeni 130505 314La Russie est menée 1-0 après vingt minutes de jeu, et toujours au début de la deuxième période malgré une pénalité contre Faulk. L'égalisation se produira à forces égales. Evgeni Dadonov travaille fort derrière le but américain, il transmet à Artemi Panarin devant le slot qui a l'intelligence de faire coucher Campbell puis de donner derrière lui à Anton Belov en pointe, l'angle est alors complètement ouvert après cette action 100% SKA Saint-Pétersbourg (1-1, 23'40").

Malgré cette égalisation, l'affaire se corse ensuite pour la Russie lorsque Chudinov (faire trébucher) et Medvedev (dégagement hors de l'aire de jeu) prennent le chemin de la prison : les États-Unis ont un double avantage numérique pendant 1'28", Todd Richards demande d'ailleurs un temps-mort. Dans un premier temps, les Russes résistent, avec de bonnes interventions de Belov et Anisimov, mais le but est inévitable. La Russie se dégage mais pas suffisamment puisque Seth Jones empêche in-extremis la sortie du puck, il renvoie devant lui à Torey Krug, le défenseur de Boston s'approche et vise la lucarne, le puck passe au-dessus de l'épaule gauche de Bobrovsky (1-2, 26'22").

Les USA reprennent la main, mais pour combien de temps ? Jack Campbell couvre bien l'angle face à Shipachyov mais semble ensuite s'incliner devant Plotnikov... Enfin, non, puisque ce dernier ramone trop brutalement, coup de sifflet et but refusé. Il manque plus tard encore quelques centimètres à Shipachyov puis à Antipin alors que la Russie joue à 5 contre 4. À une minute de la deuxième pause, Bobrovsky réalise une dernière parade devant Nelson, les Américains mènent toujours d'un but.

Au retour des vestiaires, on s'essaie au tour de la cage. C'est ce que tentent chacun de leur côté Sergei Mozyakin et Jack Eichel, sans réussite. Comme souvent, le trio SKA Panarin - Shipachyov - Dadonov se met en évidence, le Team USA résiste mais concède une pénalité (offensive) de Matt Hendricks.

Aucune incidence cependant et les États-Unis peuvent repartir à l'offensive. À l'image de Steve Moses, à la 51e minute, qui s'offre un rush en profitant d'une mauvaise transition russe en zone neutre, Bobrovsky s'interpose face au rapide attaquant des Jokerit. Mais le gardien de Columbus s'inclinera quelques secondes plus tard. Aux portes du camp russe, les USA remportent l'engagement, Mark Arcobello déborde le long de la bande, s'approche et marque d'un tir du poignet (1-3, 51'52").

Cela s'annonce mal pour la Russie mais elle parvient à revenir à un but rapidement. Côté gauche, Sergei Plotnikov tente de passer poteau opposé, Seth Jones fait écran avec la crosse... mais l'arrière surdoué de Nashville détourne dans son propre but (2-3, 56'19").

À 1'31" de la fin de la rencontre, on passe peut-être près d'un tournant. En zone neutre, Yakovlev voit son patin accroché par Nelson, il chute et se paye la palette de Lewis en plein visage. Pénalité(s) ? Non ! Décision forcément critiquée dans le camp russe. Evgeni Malkin sera le plus en vue dans les derniers instants, bien placé par deux fois pour dévier devant l'enclave et sauveur devant les filets déserts en bloquant du pied un revers de Trevor Lewis. Malkin ne pourra s'interposer une deuxième fois, c'est Brock Nelson qui marque en cage vide.

Sérieuse et efficace, très engagée et propre défensivement, la jeune troupe américaine s'offre les champions du monde et se dirige tout droit vers la première place du groupe. Avec en plus un jeune gardien qui a probablement pris une option pour le poste de titulaire. De quoi envisager une deuxième participation en demi-finale en trois ans. À condition de ne pas céder à la facilité ! La Russie a montré elle encore quelques lacunes avec une dépendance encore trop affichée à son trio pétersbourgeois. En tout cas, invaincue à Minsk, il s'agit de sa première défaite sous l'ère Znarok. Une passation de pouvoir ?

Commentaires d'après-match

Jack Campbell (gardien des États-Unis) : "Cela a été bien plus amusant que je n'aurais imaginé. J'ai participé à un match NHL, mais c'est un autre niveau. En particulier, entendre cette foule crier Rossiya durant tout le match, cela vous pousse à les battre d'autant plus. C'était un match rapide, avec beaucoup de grands joueurs, cela a été un honneur d'être présent et de remporter cette partie."

Torey Krug (défenseur des États-Unis) : "Il ne faisait aucun doute que ces joueurs allaient se créer des opportunités. Nous ne pouvions tous les stopper mais nous avons fait un excellent travail en limitant leurs chances de but. Nous nous sommes bien comportés en jouant sereinement, quand il fallait sortir le puck de notre zone. Tous les gars se sont engagés dans notre jeu défensif."

Viktor Tikhonov (attaquant de la Russie) : "Je pense que les unités spéciales ont fait la différence. Nous n'avons pas marqué en supériorité numérique. Eux ont profité de leur 5 contre 3, ce qui fut le tournant du match. C'est là-dessus que nous devons travailler."

 

Russie - États-Unis : 2-4 (0-1, 1-1, 1-2).
Lundi 4 mai 2015 à 16h15 à la CEZ Arena d'Ostrava. 8812 spectateurs. 
Arbitrage de Marcus Vinnerborg (SUE) et Daniel Piechaczek (ALL) assistés de Rudolf Tosenovjan (TCH) et Bevan Mills (CAN).
Pénalités : Russie 6' (2', 4', 0'), États-Unis 6' (2', 2', 2').
Tirs : Russie 17 (7, 6, 4), États-Unis 20 (5, 8, 7).

Évolution du score :
0-1 à 06'22" : Lewis assisté de Jones et Eichel
1-1 à 23'40" : Belov assisté de Panarin et Belov
1-2 à 26'22" : Krug assisté de Jones et Faulk (sup. num.)
1-3 à 51'52" : Arcobello assisté de Vesey
2-3 à 56'19" : Plotnikov assisté de Kulikov et Anisimov
2-4 à 59'51" : Nelson assisté de Lee


Russie

Attaquants :
Sergei Mozyakin (-2) - Evgeni Malkin (A, -1) - Nikolaï Kulyomin (-2)
Ilya Kovalchuk (C) - Artyom Anisimov (+1) - Sergei Plotnikov 
Artemi Panarin (+1) - Vadim Shipachyov (-1) - Evgeni Dadonov (+1)
Sergei Shirokov (-1) - Viktor Tikhonov (-1) - Vladimir Tarasenko (-1)

Défenseurs :
Anton Belov (+1) - Maxim Chudinov (2')
Yegor Yakovlev (-1, 2') - Evgeni Medvedev (A, -1, 2')
Dmitri Kulikov (+1) - Viktor Antipin (+1)
Andrei Mironov (-1)

Gardien :
Sergei Bobrovsky [sorti de 58'50" à 59'51"].

Remplaçant : Konstantin Barulin (G). En réserve : Anton Khudobin (G). Blessés : Evgeni Biryukov (D, fracture de la mâchoire), Danis Zaripov (A, épaule).

États-Unis

Attaquants :
Steve Moses (-1) – Nick Bonino  Anders Lee
Jimmy Vesey (+1) – Mark Arcobello (+2) – Jeremy Morin (+1) 
Brock Nelson (+2) – Jack Eichel (+1) – Trevor Lewis (A, +1) 
Matt Hendricks (C, 2') – Dylan Larkin (-2) – Dan Sexton (-1)
Ben Smith

Défenseurs :
Torey Krug (+1) – Justin Faulk (A, 2')
Mike Reilly – Seth Jones
John Moore – Connor Murphy (-1)
Zach Redmond (+1, 2')

Gardien :
Jack Campbell

Remplaçant : Connor Hellebuyck (G). En réserve : Jake Gardiner (D), Stefan Matteau (A).