Les Bleus se sortent les tripes

C'est dans une arène au public clairsemé que l'équipe de France joue le match le plus important du tournoi. Les deux défaites inaugurales ont placé les Bleus dans une situation critique. Perdre contre l'Autriche sonnerait fort probablement le glas des chances de maintien tricolores.

La France a joué l'intox jusqu'au bout. Stéphane Da Costa, touché au genou contre la Suisse, n'était pas dans l'alignement initial, mais figure en treizième attaquant au dernier moment. Il sera utilisé en power-play, dans un rôle limité. Quasiment inespéré compte tenu des circonstances...

L'Autriche a pour sa part procédé à deux changements, avec la titularisation de Mario Altmann (finalement rétabli de sa blessure en préparation) et Daniel Woger, qui remplacent Daniel Mitterdorfer et Manuel Ganahl.

Dans la plus faible affluence du tournoi, il est bien plus facile de repérer les supporters français qui ont fait le déplacement : une quinzaine d'un côté, quelques groupes de trois ou quatre ailleurs... une petite quarantaine, probablement. Les Autrichiens sont un peu plus nombreux, et surtout regroupés derrière un des buts.

Un premier tiers indécis

Une mitaine calme de Huet lance les débats, un peu trop dans le camp français dans ces premiers instants. Les Bleus sortent de leur coquille petit à petit et prennent le jeu à leur compte, et se créent la première vraie chance par Laurent Meunier. Bernhard Starkbaum s'impose de la jambière, mais la vitesse française commence à fonctionner. En face, l'Autriche s'en remet à Michael Raffl, qui efface son défenseur et lance du revers : Huet capte avec maîtrise.

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La France va mieux. Elle reste gênée par l'échec-avant autrichien, mais place quelques banderilles. Roussel centre, Teddy Da Costa dévie juste devant Starkbaum. Puis, en fin de présence, Chakiachvili tire en tête de cercle, sans réussite.

Julien Desrosiers fait trébucher Heinrich monté à l'offensive en zone neutre, mais le jeu de puissance autrichien ne dure pas longtemps puisque Peter sort à son tour en retenant Yorick Treille qui a bien ressorti le palet. Ce quatre contre quatre permet de lancer Stéphane Da Costa, diminué mais volontaire. Cijan obtient la meilleure chance en pivot sur un palet bondissant mal contrôlé par un défenseur français.

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Le premier tiers se joue sur un bon rythme, sans temps mort, avec une légère domination autrichienne. Les Autrichiens privent les Bleus de palet, mais une bonne action de Teddy Da Costa force Starkbaum à un rebond. Mulhstein fait le ménage sur le rebond et les officiels le sanctionnent de deux minutes. Il ne reste que quelques secondes, pour un seul tir excentré sorti par le gardien.

0-0 à la pause : la France s'est attachée à produire un jeu défensif stable, sans prise de risque, avec des présences courtes. Stéphane Da Costa n'est crédité que de 1'14" de temps de jeu sur ce tiers, à quatre contre quatre ou supériorité.

La France prend confiance, mais s'en sort bien

Au retour, le jeu de puissance s'installe bien et les Français lancent plusieurs fois de la bleue, avec Hecquefeuille, Auvitu puis Besch. Yorick Treille et Antoine Roussel jouent en écran et Starkbaum n'a pas la partie facile. Le jeu est rythmé, équilibré et les duels dans les bandes âprement disputés.

La France accélère un peu : Stéphane Da Costa joue un peu plus qu'au premier tiers et trouve quelques relais avec Damien Fleury et Antoine Roussel. Puis, Charles Bertrand provoque un revirement, une bonne action et Michael Raffl est puni.

IMG 2697Le jeu de puissance peine à s'installer et n'obtient deux bons tirs qu'au retour au complet de l'Autriche. Bertrand assène un tir puissant sorti de la plaque, puis Auvitu allume et trouve la jambière de Starkbaum. En face, l'Autriche part en contre et manque d'exploiter un petit flottement défensif. À la mi-tiers, un tir autrichien de l'aile droite percute le poteau de Huet.

Le danger se précise des deux côtés puisque Starkbaum est tout heureux de récupérer dans sa mitaine un palet flottant suite à une action dans l'enclave du duo Guttig-Lampérier.

Nicolas Besch prenant une pénalité pour faire trébucher dans sa zone, la défense française doit s'employer. Huet bloque un tir de Pallestrang dans le brouillard montant... La France défend bien à quatre et s'en sort. Ceci dit, l'Autriche a pris la main sur le match et pousse, manquant encore de précision au tir, fort heureusement.

La défense française est excellente, à l'image d'un retour de Besch sur Rotter qui filait en échappée. Le trio Roussel-Da Costa-Fleury se crée à son tour deux occasions de près.

Toujours 0-0 après quarante minutes : des frayeurs pour la France dans une brume étonnante à ce niveau international.

La délivrance

Et cela chauffe d'entrée sur le but de Huet : Michael Raffl slalome et Huet, à genoux, peine à s'en sortir. Le disque échoue au pied du poteau avant d'être dégagé. La France tient donc le coup et bénéficie d'un surnombre après trois minutes de jeu. Julien Desrosiers lance Sacha Treille et Starkbaum ferme les jambières. Le deuxième bloc français s'installe bien également et Nicolas Besch allume de la bleue. Le jeu de puissance ne marque pas, mais reçoit une nouvelle opportunité peu après pour une crosse haute de Michael Raffl sur Chakiachvili.

Cette fois-ci, le jeu fonctionne. Après deux premières banderilles, le slap monstrueux de Stéphane Da Costa échappe à Starkbaum, dévié par Fleury (0-1, photos).

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Les Bleus gèrent, travaillent fort défensivement mais concèdent deux occasions à huit minutes du terme. Un tour de cage se transforme en passe qui échappe dans le slot, puis un tir de la bleue percute le poteau. Sur l'action Roussel prend deux minutes. La défense bleue connaît quelques moment de frayeur, mais s'en sort.

Les dernières minutes sont tendues : les Bleus défendent bec et ongles, se bagarrent dans tous les duels. Starkbaum sort à 1'30" de la fin. Yorick Treille et Meunier bataillent et sortent de la zone. Champ libre pour le capitaine (0-2). C'est le premier blanchissage de Cristobal Huet aux Championnats du monde, pour sa onzième participation à ce tournoi.

La France gagne le match qu'il ne fallait pas perdre et double son adversaire du soir au classement. Un bon bol d'air, mais la route est encore longue : trois cols hors catégorie se profilent, avant de finir contre la Lettonie, dans ce qui sera peut-être un nouveau match couperet.

Désignés joueurs du match : Yorick Treille (France) et Manuel Geier (Autriche)

Commentaires d'après-match :

Daniel Ratushny (entraîneur de l'Autriche) : "Un gros match pour les deux équipes, bravo à la France. Mes joueurs ont bien joué, ont contrôlé le palet, passé du temps en attaque. Mais il n'y a pas eu assez de pénétration dans l'enclave, de tirs. La France était en surnombre dans ces zones, nous poussant à l'extérieur et leur gardien a été bon. Nous avons aussi manqué de vitesse, ce qui nous a empêché d'obtenir des situations lancées, des échappées. Pas un vilain match, mais pas de point."

Kévin Hecquefeuille (défenseur de la France) : "Difficile, un gros sacrifice collectif. C'était serré, avec de la tension des deux côtés et ça s'est observé tout de suite. Comme prévu, le match s'est débloqué en power-play et penalty-kill. Ce soir, nous n'avions pas les jambes et c'était difficile pour tout le monde. Mais quand l'équipe de France travaille ensemble, même sans jambes, cela fonctionne mieux et il faudra se servir de cela. Contre les trois favoris, il faudra un exploit, mais on l'a déjà fait. On jouera sans pression, avec de la confiance, pour se faire plaisir. Bien jouer défensivement, pour ne pas laisser nos gardiens tout seuls."

IMG 2886 ButYorick Treille (attaquant de la France) : "Ce n'était pas beau, mais cela fait trois points et tous les points sont bons à prendre. Cela va nous donner de la confiance avant les grosses équipes."

Laurent Meunier (attaquant de la France, photo) : "On prend les trois points. C'était dur, ils étaient meilleurs. On n'a pas été bons, Cristo a été énorme. Ce qui est positif, c'est que nous avons bataillé en équipe et que personne n'a lâché. On a tout donné, avec le peu d'énergie qu'on avait. En plus, il fait très chaud dans cette patinoire, il faudra bien récupérer, beaucoup boire. On a retrouvé le chemin. Stéphane Da Costa ? Il a montré son caractère, son envie de jouer pour l'équipe de France. Il a le talent, mais ce qu'il a fait ce soir, c'est encore plus appréciable pour le groupe."

Antoine Roussel (attaquant de l'équipe de France) : "Nous avions les jambes lourdes direct, c'était dur de se mettre dedans, avec trois matchs en quatre jours. Il y a eu des bonnes choses, d'autres moins bonnes. On a bien tenu, et le power-play a fini par produire, après quoi, douze ou treize occasions dans le tournoi. On sort la tête du sable. Maintenant, il va falloir se reposer, là on est fatigués. La chance a tourné, il était temps."

Stéphane Da Costa (attaquant de l'équipe de France) : "Je ne me sentais pas au top à l'échauffement, mais je devais jouer, pour l'équipe. Je me sentais obligé de jouer, même à un niveau inférieur. Pour aider les gars. Mais je n'avais qu'une vitesse, je ne pouvais pas accélérer. On était vraiment dans le pétrin... Sur le but, Yohann [Auvitu] me regarde et je suis prêt ; c'est une action que je fais en club. Je tire côté mitaine et c'est dévié, je ne sais pas par qui [Fleury]. C'est une délivrance, car on avait vraiment besoin de ce match. J'avais mal vécu les deux premiers matchs, car on s'était battus en attaque comme en défense, on a raté des deux-contre-un, on a eu du mal à marquer... Contre la Suisse, avec la blessure, j'en étais fou, et les gars ont eu un caractère incroyable, en patinant, en frappant tout, contrairement à ce qu'on avait fait contre l'Allemagne. Mais il ne faut pas attendre que les cadres se blessent ou sortent pour patiner. L'an dernier, les quatre blocs tournaient, il faut faire pareil cette année. On ne s'est qu'en partie sauvés. Je ne sais pas si je pourrais jouer contre les Tchèques et les Canadiens, on verra."

Dave Henderson (entraîneur de l'équipe de France) : "Je suis très content. Dès le début, nous avons manqué de vitesse, de contrôle du palet. L'Autriche avait plus d'énergie. Nous avons bataillé, mieux joué en défense, bloqué des tirs, bataillé dans les bandes. À l'image de Damien Fleury, qui n'a pas l'habitude de bloquer des tirs mais qui, après le but, en a bloqué cinq ou six. Les joueurs voulaient cette victoire. Ils ont fait les petites choses nécessaires pour cela. L'Autriche nous a vraiment mis sur le reculoir.
Ils avaient plus de vivacité au début, plus de jambes et plus de possession de palet. Il a fallu beaucoup de sacrifices individuels. Maintenant, nous allons chercher des points, même contre les gros. Ce n'est pas notre style de laisser filer et de rentrer déjà perdants sur la glace. On sait que ça sera difficile, que les trois premiers matchs étaient à couteaux tirés, mais nous n'avons que trois points et je ne pense pas que ça sera suffisant. Nous avons toujours un plan de match pour chercher des points partout, sinon ça ne serait même pas la peine de jouer. Les scores fleuves du week-end, ça arrive à tout le monde.
Sur ce match, nous avons été plus groupés derrière ; les zones offensives sont plus grandes qu'en Magnus et pour certains joueurs, cela demande un ajustement. On demande aux ailiers de monter bloquer les tirs, mais selon les actions, ça peut aussi être le rôle des centres ou des défenseurs. Cristo a fait le boulot.
Les équipes spéciales ?
Nous avons eu de la réussite ce soir, il en fallait. Des lancers vers la cage et sur le but, du trafic, une déviation. Nous le travaillons depuis le début, et nous l'avons beaucoup travaillé lundi. C'est bien d'avoir la réussite ce soir, la chance fait partie du jeu.
Stéphane Da Costa ?
Il a commencé à quatre contre quatre, puis en supériorité, et une fois chaud, il se sentait mieux pour jouer. On l'a testé à l'échauffement, il n'était pas loin mais avait besoin d'être en confiance. On ne voulait pas qu'il joue s'il ne se sentait pas prêt. Les kinés et les médecins vont s'occuper de lui, et on verra au jour le jour."

 

Autriche - France 0-2 (0-0, 0-0, 0-2)
Mardi 5 mai 2015, 20h15. O2 Arena de Prague. 5847 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Wehrli (SUI) et Vladimir Sindler (TCH) assistés de Henrik Pihlblad (SUE) et Fraser McIntyre (USA).
Tirs : Autriche 23 (6, 7, 10), France 29 (5, 12, 12)
Pénalités : Autriche 10' (4', 2', 4'), France 6' (2', 2', 2')

Récapitulatif du score
0-1 à 46'13" : Fleury assisté de S. Da Costa et Auvitu (sup. num.)
0-2 à 59'02" : Meunier assisté de Y. Treille et Hecquefeuille

 

Autriche

Attaquants
Brian Lebler (A, -1) - Michael Raffl (4', -1) - Raphael Herburger (-1)
Manuel Latusa - Thomas Raffl (C, -1) - Konstantin Komárek
Manuel Geier - Thomas Hundertpfund - Rafael Rotter
Nikolas Petrik (A) - Mario Fischer - Daniel Woger
Alexander Cijan

Défenseurs
Florian Iberer - Martin Schumnig (-1)
Dominique Heinrich - Alexander Pallestrang
Florian Mühlstein (2') - Mario Altmann
Patrick Peter (2')

Gardien : Bernhard Starkbaum (sorti de sa cage de 58'45" à 59'02" et de 59'20" à 60'00")

Remplaçant : René Swette (G). En tribunes : David Medlene (G), Daniel Mitterdorfer (D), Manuel Ganahl (A)

France

Attaquants
Antoine Roussel (2') - Teddy Da Costa [puis S. Da Costa] - Damien Fleury (+1)
Yorick Treille (A, +1) - Laurent Meunier (C, +1) - Julien Desrosiers (2')
Sacha Treille - Damien Raux - Charles Bertrand
Anthony Guttig - Loïc Lampérier - Valentin Claireaux
Stéphane Da Costa

Défenseurs
Yoann Auvitu - Antonin Manavian
Kévin Hecquefeuille (A, +1) – Nicolas Besch (2', +1)
Jonathan Janil - Florian Chakiachvili
Benjamin Dieudé-Fauvel

Gardien : Cristobal Huet

Remplaçant : Florian Hardy (G). En réserve : Ronan Quemener (G), Teddy Trabichet (D), Anthony Rech (A).

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