La France résiste 45 minutes

Le début des cols hors catégorie commence pour la petite troupe française. Après avoir bien galéré contre trois adversaires accessibles, voila les Bleus en face du pays organisateur, puis du Canada et de la Suède.

Après trois matchs en quatre jours, Cristobal Huet est laissé au repos, et Florian Hardy aura la lourde tâche de tenter un exploit face à la légende Jágr et comparses. Stéphane Da Costa, touché au genou, est également ménagé. Anthony Rech fait ses débuts dans le tournoi.

IMG 3723Les Tchèques ne sont pas au mieux et une victoire aujourd'hui est indispensable dans la course aux quarts de finale... Ils ont l'avantage psychologique d'avoir toujours au moins marqué cinq buts contre la France aux Championnats du monde, à commencer par le match de l'an dernier. Être mené 3-0 au premier tiers à Minsk leur sert d'avertissement...

Le public donne immédiatement de la voix et les Tchèques partent à l'assaut du but de Florian Hardy.

Hardy et la défense solides

Après une première timide incursion française de Sacha Treille sur laquelle Damien Raux est trop court, les locaux attaquent en ligne et Jiří Novotný, en bout de ligne, reçoit une passe de Martin Erat et échoue sur Hardy.

Les Bleus s'attachent à sortir proprement le palet et bénéficient même de quelques espaces dans la neutre, pour des incursions encore modestes en zone offensives. Les Tchèques font l'essentiel du jeu et décochent quelques tirs sur Hardy, cantonnés à la périphérie.

À l'image d'Antoine Roussel qui doit faire une grosse roulade sur une charge à la hanche d'Ondřej Němec, les Bleus subissent beaucoup. Acculés dans leur camp, ils encaissent les shoots adverses en cherchant à en bloquer le plus possible. Pour l'instant, les Tchèques manquent un peu de précision et cadrent relativement peu.

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Les contres français, sporadiques, ne sont pas dénués d'intérêt. Une bonne montée de Sacha Treille et Damien Raux aboutit à un tir sorti difficilement par Pavelec.

IMG 3750Les occasions restent évidemment tchèques à l'instar de ce tir violent à la bleue de Michal Jordán. Hardy s'est bien avancé pour boucher l'angle et bloque le palet.

À force de subir, les Bleus concèdent finalement la première pénalité du jour à 2'30" de la fin du tiers, quand Jonathan Janil accroche Koukal derrière sa cage. Attentifs, les Bleus jouent bien de la crosse pour dévier des passes. Ils n'ont pas trop de difficultés à maîtriser ce jeu de puissance, et rentrent au vestiaire sur une ultime parade de Hardy sur Novotný.

0-0, un score flatteur pour une équipe dominée, mais qui a très bien défendu dans ce tiers. Active de la crosse, bien placée, attentive et disciplinée, elle a plutôt bien protégé Hardy, auteur de 15 arrêts mais assez peu sur des tirs près de la cage. Un premier tiers durant lequel Nicolas Besch n'a quasiment pas joué, ayant reçu un coup à la mâchoire sur une charge.

IMG 3800Besch de retour avec une grille de protection, la défense bleue revient au complet.

Après un premier tir de Florian Chakiachvili, les Tchèques ouvrent la marque sur leur première occasion de la deuxième période, grâce à un tir du point d'appui d'Ondřej Němec à travers la foule (1-0).

Une minute plus tard, Anthony Guttig sert deux minutes de pénalité pour surnombre. Hardy est vite en action en sortant de la plaque un tir de Jaromír Jágr. Les Tchèques tirent de tous les côtés mais cadrent rarement. Hardy tient le fort, malgré un bon essai de Vladimír Sobotka.

Roman Červenka intercepte une relance imprécise de Janil et son tir percute la barre transversale. Ce n'est que partie remise pour les Tchèques, qui doublent la mise d'un tir précis de Sobotka, bien aidé par l'écran de Tomáš Hertl planté devant Hardy (2-0 - photo).

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Le but de l'espoir

Abattus les Bleus ? Non ! Anthony Guttig gagne un palet dans le coin, sert Loïc Lampérier derrière le but, qui trouve Kevin Hecquefeuille entre les cercles. Le défenseur ajuste Pavelec avec l'aide de l'écran de Guttig (2-1). C'est le premier point de Lampérier aux Championnats du monde.

IMG 9428Hardy est vite au travail et sauve devant Novotný. Les Bleus ont tout de même pris confiance et tentent quelques tirs, tous bloqués, sur une mise au jeu offensive. Malheureusement, Teddy Da Costa commet une crosse haute. Les Tchèques ne trouvent pas la clé, même si Jan Kovář trouve l'angle du but en fin d'avantage, sur un tir dévié par Hardy.

Sur une incursion française, une lourde charge laisse Němec sonné, mais aucune faute n'est appelée. Sur la mise au jeu qui suit, Červenka déboule en contre, efface Chakiachvili et rate le cadre. Ensuite, Auvitu gêne une chance de Jágr.

Dominik Simon chassant trop un rebond près d'Hardy, Roussel et la défense viennent le protéger et les pénalités tombent. Roussel d'un côté, Jágr de l'autre, prennent deux minutes. Martin Zaťovič sort du fond et teste Hardy, sans réussite.

À quatre contre quatre, les Bleus profitent de l'espace et une montée d'Hecquefeuille se termine par un bon tir de Fleury. Pavelec sauve, le disque file à l'opposée et Hardy sauve de l'épaule.

Une faute de Zaťovič en attaque place les Bleus en supériorité pour finir le tiers. Le jeu de puissance met du temps à s'installer, et ne parvient pas à dépasser le premier rideau, qui bloque les tirs bleus. 2-1 après quarante minutes, rien n'est perdu.

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Si près, si loin...

Les Bleus se montrent entreprenants d'entrée au troisième tiers-temps et la ligne de Damien Fleury se crée un bon shift. Sauf que Jágr démarre en contre et il faut un retour de Besch pour le gêner. La légende parvient à tirer en pivot et le puck file le long de la botte de Hardy, touchant peut-être même le poteau. Les Bleus ont quand pris confiance et bataillent dans l'enclave sur un rebond laissé par Pavelec. Dans la confusion et l'empilement des joueurs, le palet file hors cadre. Vladimír Ruzicka sent que ses joueurs doutent et demande un temps mort.

La France est plutôt bien dans ce match, mais perd Yohann Auvitu, qui a pris un palet au visage et saigne. Cela ne les empêche pas de porter le danger dans le camp adverse, notamment par le duo Teddy Da Costa - Damien Fleury.

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Ce temps fort français ne paie malheureusement pas et Jágr s'empare à bout portant du rebond de Kovář (3-1). Un coup dur pour les Bleus, qui dominaient plutôt les débats dans ce début de troisième tiers-temps.

Les choses de n'arrangent pas. Les Bleus se font coincer le long de la bande et une passe risquée dans la neutre est interceptée. Voráček lance Hertl en échappée. Hardy gagne le duel mais Hertl contourne la cage et trouve Němec lancé pour un tir ras glace (4-1).

IMG 9535Les  Tchèques ont repris confiance et dominent la zone offensive désormais. Hertl, en pivot, n'est pas loin du cinquième but. À sept minutes du terme, Hecquefeuille étend trop sa crosse en zone neutre et fait trébucher un joueur, ce qui n'échappe pas aux officiels. Les Rouges campent dans la zone française.

Sur une bonne remontée de palet, Hardy sauve un premier tir, Sobotka touche le disque qui revient ligne de fond sur Červenka. Le vétéran ne rate pas l'occasion (5-1).

Les Français tentent jusqu'au bout. Charles Bertrand de l'aile, Sacha Treille au rebond, le disque file à côté. Les Bleus ne se démobilisent pas et continuent à jouer vers l'avant dans les dernières minutes. Les Tchèques font de même et un slalom de Kovář n'est pas loin de finir au fond.

Victoire tchèque 5-1, après quarante-cinq minutes françaises défensivement solides. Les Bleus ont subi un gros orage, mais ont réussi à cantonner le jeu sur les extérieurs, avant de craquer dans le dernier quart d'heure. Dommage, car Florian Hardy avait longtemps repoussé l'échéance.

Désignés joueurs du match : Yohann Auvitu (France) et Ondřej Němec (République Tchèque).

Commentaires d'après-match :

Yohann Auvitu (défenseur de la France) : "On s'attendait à défendre beaucoup, et on a défendu beaucoup. Nous avons tenu deux tiers, le troisième a été plus difficile, ils ont accéléré fort. On paie aussi nos pénalités, il faudra corriger cela. Florian Hardy a fait un gros match, mais il y a deux ou trois buts que nous aurions dû éviter, parce qu'il ne peut pas tout faire seul face à cinq joueurs. Il faut être meilleur défensivement contre les gros. Il y a quand même beaucoup de positif, malgré ce score lourd. On sait qu'on peut embêter ce genre d'équipe, on l'a fait pendant 45 minutes. Physiquement, ils étaient plus forts et on perd beaucoup d'énergie dans le premier quart d'heure, qui nous manque logiquement dans le dernier quart d'heure. Il reste trois matchs, et nous savons très bien que trois points ne suffiront pas et que le dernier sera très important."

Florian Hardy (gardien de l'équipe de France) : "J'ai su le matin que je serai titulaire, mais je me prépare de toute façon pour tous les matchs. J'aurais voulu éviter le quatrième et le cinquième but, qui font décrocher l'équipe, mais c'est une réaction à chaud. Je vais analyser tout cela à froid. Ils ont beaucoup poussé au troisième tiers et on a eu du mal à suivre. Prendre un but de Jágr ? Non, ça ne me fait pas plus plaisir, que ça soit lui ou un autre, ça ne fait jamais plaisir... Je suis surtout déçu d'avoir perdu. On était venus avec des intentions, il y avait sans doute moyen de faire un peu mieux. On s'est bien aidés pendant deux tiers et ça a été plus compliqué au troisième. Le troisième but ne fait pas du bien, il arrive au moment où on s'accroche mentalement et physiquement. Un 2-2 nous aurait donné de l'énergie pour finir. Le nombre de tirs, je m'y attendais, je suis venu pour ça et je préfère les matchs avec beaucoup de lancers, c'est plus évident qu'à douze ou quinze tirs. La suite de Cristobal ? S'il arrête un jour ! Il faut être prêt de toute façon, ça ne sera pas facile et je sais que je serai jugé dans tous les cas. Mon expérience à l'étranger me rend un peu légitime, mais je vais faire de mon mieux. Sur les deux premiers tirs, je suis masqué, ils ont mis plus de monde devant la cage par rapport au premier tiers."

Dave Henderson (entraineur de l'équipe de France) : "Nous devions rester disciplinés et bien jouer en défense, car nous savions que les Tchèques auraient la possession. Il fallait les contenir sur les extérieurs. Nous l'avons bien fait aux premier et deuxième tiers. Malheureusement, deux grosses erreurs dans notre zone coûtent le match. Ce sont des erreurs que l'on n'avait pas fait au début du match : une relance dans l'axe et un peu de nonchalance. Sur le troisième but, on ne sort pas le palet sur le côté comme on l'avait demandé, mais c'est ramené vers la cage et on ne peut temporiser, donc ça fait dégagement interdit, donc ça fait des joueurs fatigués... Sur le quatrième, on a une chance de sortir le palet et on le ramène deux fois, on finit par tenter une relance par le milieu, c'est intercepté et ça finit par un but.
Les joueurs ont suivi le plan de jeu pendant deux tiers et cinq minutes, avec deux ou trois bonnes occasions. Ces deux erreurs de jugement, ce sont des choses qu'on ne peut pas se permettre contre une équipe comme la République Tchèque, ou contre le Canada et la Suède. On doit maintenir notre jeu. Les Tchèques avaient de la vitesse et on a réussi à augmenter la nôtre, mais leur troisième but nous fait mal. On doit se montrer plus disciplinés. Le compteur de tirs est à sens unique, mais nous avons quand même quelques occasions nettes. Ce soir, c'est le style que nous avions planifié contre les Tchèques, on l'a bien tenu deux tiers et cinq minutes, mais une fois mené 3-1, nous avons cherché à recoller et ça devenait impossible.
Le choix de lancer Hardy ?
Cristobal a joué trois matchs en quatre jours à 39 ans, il faut le reposer. On sait que Florian est capable de jouer à ce niveau, c'est le gardien du futur et il a quoi, quarante arrêts.
Est-il prêt à assurer la relève de Cristobal Huet ?
C'est en cours, Hardy et Quemener doivent se préparer. Il y a eu le départ de Lhenry, un jour il y aura celui de Cristo et il faudra être prêt à l'assumer.
Quemener va-t-il démarrer un des deux prochains matchs ?
On ne le dira pas, c'est à décider. Le plan ne sera pas dévoilé.
Comment tenir soixante minutes à ce rythme ?
C'est l'expérience de ce niveau-là. Il faut continuer à jouer des équipes de ce calibre pour en engranger. Malheureusement, on ne les joue pas en cours de saison. L'Allemagne, la Norvège et le Danemark, c'est déjà du haut niveau, cela permet de voir la vitesse de transmission, à laquelle nous ne sommes pas habitués, mais là c'est encore un autre calibre. Nos réactions doivent être plus rapides, c'est encore une étape au-dessus.
Les blessures en défense ont-elles joué ?
Cela a un peu perturbé le roulement, mais heureusement Nicolas Besch est revenu au deuxième tiers et pour Auvitu, ce n'était qu'un petit saignement. Il est obligé de sortir à ce moment-là. De toute façon, nous avons fait un roulement à sept défenseurs et ils sont tous prêts à jouer.
Cela fait-il plus d'expérience pour les jeunes ?
Ils étaient déjà dans le grand bain. Ils sont prévenus que tout le monde doit hausser son niveau de jeu, là ils ont eu un peu plus de temps de jeu que d'habitude.
Fallait-il cibler des joueurs en particulier ?
Non, pas spécialement des joueurs. Notre style est basé sur l'agressivité et la défense, de façon à limiter l'espace, mais de tous les joueurs, pas spécialement de très bons joueurs comme Hertl, Jágr ou Voráček. On joue dur sur tous les joueurs. Contre des joueurs comme cela, c'est difficile car ils ont de grandes qualités, mais on doit jouer solide contre tous.
On connait les qualités des Tchèques, ce n'est jamais simple aux Championnats du monde contre eux, comme toutes les équipes du top-6. Ces équipes-là sont capables de se ressaisir. On l'a vu hier avec le Canada contre la Suède, mené 3-0 et qui revient. Les Tchèques l'on fait aujourd'hui, ils sont capables d'augmenter la vitesse d'un tiers à l'autre, ou d'une présence à l'autre. Nous avons un travail féroce à faire sur notre plan défensif pour suivre.

Roman Červenka (attaquant de la République Tchèque) : "La victoire fait du bien mentalement, maintenant nous allons nous concentrer sur le prochain match. Leur gardien a fait un bon match car nous avons eu beaucoup d'occasions. Nous sommes restés patients. Le but de Jágr a été très important."

Jakub Voráček (attaquant de la République Tchèque) : "Quand vous lancez plus de quarante fois à la cage, vous savez que ça finira bien par passer."

Vladimír Ruzicka (entraîneur de la République Tchèque) : "Nous avons été un peu lents au premier tiers, en attaquant assez peu la cage malgré une grande possession de palet. Nous n'étions pas assez dangereux et la France a eu quelques contres dangereux. Heureusement, ils n'ont pas marqué. Le tournant du troisième tiers c'est le but du 3-1, après ça allait beaucoup mieux."

 

République Tchèque - France 5-1 (0-0, 2-1, 3-0)
Jeudi 7 mai 2015, 16h15. O2 Arena de Prague, République Tchèque. 17110 spectateurs.
Arbitrage de Mikael Nord (SUE) et Aleksi Rantala (FIN) assistés de Henrik Pihlblad (SUE) et Sakari Suominen (FIN)
Tirs : République Tchèque 46 (15, 18, 14), France 20 (3, 9, 8)
Pénalités : République Tchèque 4' (0', 4', 0'), France 10' (2', 6', 2')

Récapitulatif du score
1-0 à 21'10" : Němec assisté de Novotný
2-0 à 26'58" : Sobotka assisté de Krejcik
2-1 à 28'41" : Hecquefeuille assisté de Lampérier et Guttig
3-1 à 44'25" : Jágr assisté de Kovář et Simon
4-1 à 48'28" : Němec assisté de Hertl et Voráček
5-1 à 54'49" : Červenka assisté de Němec et Krejcik

 

République Tchèque

Attaquants :
Tomáš Hertl (+2) - Vladimír Sobotka (+2) - Jakub Voráček (C, +2)
Dominik Simon (+1) - Jan Kovář (+1) - Jaromír Jágr (A, 2', +1)
Martin Erat (+1) - Jiří Novotný (+1) - Roman Červenka (+1)
Radek Smoleňák (-1) - Petr Koukal (-1) - Martin Zaťovič (2', -1)

Défenseurs :
Jan Hejda (A, +1) - Michal Jordán (-1)
Jan Kolář - Jakub Nakládal
Petr Čáslava (+2) - Ondřej Němec (+3)
Jakub Krejčík (+1)

Gardien : Ondřej Pavelec

Remplaçant : Alexander Salák (G). Blessé : Jakub Klepiš (A). En tribunes : Jakub Kovář (G)

France

Attaquants :
Antoine Roussel (2', -1) - Teddy Da Costa (2', -2) - Damien Fleury (-1)
Julien Desrosiers (-1) - Laurent Meunier (C, -1) - Yorick Treille (A, -1)
Sacha Treille (-2) - Damien Raux (-1) - Charles Bertrand (-2)
Anthony Guttig (+1) - Valentin Claireaux (+1) - Loïc Lampérier (+1)
Anthony Rech

Défenseurs :
Yohann Auvitu - Antonin Manavian
Nicolas Besch - Kevin Hecquefeuille (2')
Benjamin Dieudé-Fauvel (-2) - Jonathan Janil (2', -3)
Florian Chakiachvili (-1)

Gardien : Florian Hardy

Remplaçant : Ronan Quemener (G). En tribunes : Cristobal Huet (G), Teddy Trabichet (D), Stéphane Da Costa (A, genou).