Promenade de santé finlandaise

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les enjeux de cette rencontre sont clairement définis. Sortants de deux jours de repos, peu courants en championnats du monde, les Finlandais ont la possibilité de reprendre place dans le trio de tête de ce groupe B.

Après une entrée en matière compliquée (défaite 5-1 face aux États-Unis), les Nordiques ont su prendre les points respectivement face au Danemark (3-0) et la Norvège (5-0). Leur jeu n'est pas encore totalement rodé, mais Pekka Rinne est toutefois le seul gardien de la compétition à s'être offert deux blanchissages, aussi légers furent-ils (16 et 20 arrêts). Cette nouvelle partie peut donc être l'occasion d'afficher pleinement les moyens de leurs ambitions.

Un tout autre combat attend les hommes au maillot frappé du Lynx. La Slovénie n'a pour ainsi dire plus le choix. Regrettant de n'avoir su conserver la victoire lors du dernier match face à la Slovaquie (défaite 3-1), un adversaire contre lequel le Danemark a su prendre le point de la prolongation, les Slovènes ont également vu la Norvège ouvrir leur compteur la veille face à ce même adversaire. En somme, les joueurs du sélectionneur Kopitar sont les seuls à zéro point, et ce n'est pas faute d'avoir montré de belles choses. Mais une défaite ce soir et les choses se compliqueraient particulièrement dans la course au maintien.

FinlandeLa première tentative de la rencontre est au crédit de Joonas Donskoi. Il est imité très rapidement par Salmela qui lance en force sur Kroselj, le gardien slovène reprenant sa place dans la cage après la bonne performance de Kristan face à la Slovaquie. Devant le rythme imprégné par les Finlandais, le portier adverse est ensuite bien peu académique mais efficace pour geler le palet qui traînait dans le trafic.

La réaction slovène est TRÈS timide : Anze Kopitar réalise un bon travail mais son tir ne trouve pas la cadre de Pekka Rinne. Devant les difficultés de ses coéquipiers, l'inévitable se produit bien vite : dans sa défense, Andrej Tavzelj subit la pression de Komarov. Il perd alors le palet dangereusement, et dans la confusion, Pesonen s'en empare. Si Kroselj intervient une première fois, Komarov est allé au bout de son effort et se retrouve encore au rebond pour la finition (1-0, 05'53").

Pas le temps de prendre l'air, le danger revient immédiatement sur la cage de la Slovénie. Du fond de zone, Lepistö lance. Son palet est dévié par Ticar mais dans cette course modifiée, Kontiola est bien placé pour reprendre instantanément le puck au grand désarroi du portier surpris sur l'action (2-0, 06'34").

Les Slovènes sont dans le rouge, et passent à deux doigts de la correctionnelle sur un « 3 contre 1 » avec Barkov aux commandes, mais cette fois-ci le défenseur slovène ne panique pas et intervient. Puis Pesonen se retrouve dans l'axe à l'entrée de la zone, il reprend rapidement obligeant Kroselj à un arrêt réflexe.

Qu'en est-il justement de ces Lynx ? Ils souffrent encore et toujours. Les lignes défensives sont prises de vitesse tandis que l'attaque perd un nombre important de palets dans la construction. Nouveau témoignage sur une faute technique dont hérite Kontiola seul sur le flanc droit ; il a tout le temps d'armer un lancer puissant mais cela passe assez largement à côté de la cage du gardien de l'IK Oskarshamn en Suède. Celui-ci doit par contre intervenir tour à tour sur des essais dangereux d'Esa Lindell et de Tuomo Ruutu.

La fin de période arrive rapidement dans une longue phase de conquête de la rondelle, durant laquelle les tirs se raréfient. On y trouve tout de même la première vraie possibilité slovène, mais Rinne ne relâche pas le boulet de canon de Robar. La première pénalité vient ponctuer une phase de jeu particulièrement décousue : Rodman laisse ses coéquipiers à quatre pour toute la fin du tiers. Les Finlandais ne quittent pas la zone offensive, mais seul Kontiola au buzzer met à l'épreuve le gardien adverse. On en reste donc à ce score de 2-0, et quelques reliquats de power-play pour les Lions au retour des vestiaires.

Alors que la pénalité slovène prend fin tranquillement, l'équipe désire attaquer ce deuxième tiers-temps en prenant les choses en main. Mais cela se passe mal très rapidement : le palet est perdu dans sa remontée, et Joonas Donskoi remporte son duel face à son garde du corps avant de glisser un lancer astucieux. Le gardien réalise un arrêt réflexe mais Barkov s'est montré plus prompt que la défense, il est au rebond et reprend instantanément (3-0, 21'19").

Les Slovènes tentent bien d'exister dans la partie, ils patinent moins derrière le puck, mais leurs bonnes intentions sont infructueuses, et la Finlande maîtrise l'art du contre. Le constat est d'ailleurs affolant pour les fans slovènes, chaque offensive adverse apporte un danger immédiat. Devant la rapidité de Ruutu, il faut un arrêt de grande classe de Kroselj. Il reste toutefois une limite au jeu des blancs, c'est le nombre assez conséquent malgré tout de lancers hors cadre.

Un peu de répit bienvenu pour les Lynx se présente avec la pénalité appelée contre Atte Ohtamaa. Puisque l'équipe est sans solution offensivement, la lumière peut éventuellement venir d'une supériorité numérique. C'était sans compter sur la défense solidaire de la sélection finlandaise, empêchant les rivaux de s'installer : un gros lancer de Robar dont Rinne s'empare, un essai d'Urbas qui passe à côté, c'est trop peu pour prétendre revenir.

Ne sentant pas le souffle des Slovènes dans leur nuque, les dominants ont tout le loisir de pratiquer un hockey d'école, basé bien plus sur les offensives collectives que sur l'exploit individuel : un bijou de combinaison de la ligne Barkov – Jokinen – Donskoi aurait sans doute offert l'un des buts du tournoi si elle avait pu aboutir.

Dès lors ce n'est guère la pénalité à l'encontre du rapace Golicic qui va arranger les affaires slovènes déjà mal engagées. Si l'unité spéciale mise en place par Kari Jalonen pêche parfois à vouloir « trop en faire » au risque de négliger les lancers à prendre, Lindell ne se pose lui pas de question et trouve le gant de Gasper Kroselj. Une alerte anticipée puisqu'au terme d'une construction en passes rapides, Aaltonen tente un slapshot que le gardien repousse, Tuomo Ruutu est au rebond et a la lucidité de glisser en instantané le palet à Joonas Kemppainen idéalement placé, là où les défenseurs s'attendaient à l'essai en solitaire du Devil de New Jersey (4-0, 35'57").

LEPISTO Sami 130506 545Le deuxi_me tiers-temps s'achève toujours sur la domination des Lions, un arrêt slovène sur un gros shoot de Ruutu et un essai de Sami Lepistö qui atterrit dans la manche d'un défenseur slovène.

Puisque les jeux sont faits, la dernière manche démarre tout doucement, les Finlandais gèrent leur avantage et cèdent pour le moment la rondelle à des Slovènes bien démunis. Ces derniers s'installent mais bien souvent leurs tirs sont contrés, parfois ils sont hors cadre, et les rares tentatives ne répondant pas aux deux scenarii précités constituent des occasions offertes à Rinne de participer un tant soit peu au sort de cette rencontre, comme sur un lancer de Kovacevic. On retrouve enfin un peu d'animation quand Donskoi se la joue « œil de lynx » et glisse un palet longue distance vers Lindell qui s'était placé en conséquence. La déviation du grand défenseur n'aboutit pas en terre promise.

Emballement relatif mais effectif, le plus gros arrêt de la tranquille soirée de Rinne est dû au travail de la « ligne Magnus ». Le Spinalien Ken Ograjensek résiste à la pression du défenseur et lance Bostjan Golicic dans le tempo. Il tente de mettre le palet hors de portée du gardien des Predators de Nashville, mais celui-ci remporte le duel de fort belle manière.

La Finlande demeure pour autant plus incisive quand elle a la possession. En contre-attaque, Aaltonen et Pesonen prennent le rôle des duettistes mais la conclusion est au dessus. Donskoi s'essaye lui au one-timer mais c'est sur le corps du gardien blanc resté immobile. À l'inverse de son arrêt suivant quand sur une perte de palet de sa défense, Pesonen se retrouve absolument seul mais arrêté, il tente alors un tir placé dans la lucarne mais Kroselj s'improvise gardien de handball dans le geste pour dévier la trajectoire. Mursak est envoyé en prison : souvent bien construit, le jeu en supériorité d'Immonen et consorts n'aura été efficace une seule fois dans la rencontre.

On enchaîne à la table de marque par le cinglage de Ruutu. Les Slovènes ont sans doute conscience qu'ils n'auront pas d'autres possibilités de sauver l'honneur. Une fois de plus, les efforts seront vains face à la bonne défense d'infériorité qui contre un lancer de Robar, et face à un Rinne qui accomplit correctement le peu qu'il a à faire, comme son intervention sur Mursak.

La rencontre touche à sa fin quand Sabolic pourtant en bonne position envoie sa reprise loin de la ligne de but. Le discret Teemu Hartikainen place sur orbite Pihlström, mais le cerbère slovène dévie la rondelle au-dessus de sa cage. Pekka Rinne s'offre un dernier arrêt dans les secondes ultimes.

Victoire convaincante des Finlandais qui poursuivent leur chemin dans les hauteurs du classement. Si l'adversaire ne fut à la hauteur ce soir, soulignons que la sélection se montre tout de même plus solide défensivement que leurs concurrents directs. Rinne s'octroie son troisième blanchissage consécutif et s'approche fortement du record des championnats du monde détenu visiblement par le Slovaque Jan Lasak (autre éphémère gardien de Nashville), avec 206 minutes de cage inviolée en 2004. Il doit donc encore tenir 11 minutes et 44 secondes face à la Slovaquie pour entrer dans les tablettes de l'IIHF.

Pour les Slovènes d'Anze Kopitar en revanche, les rencontres face à la Norvège et au Danemark ne leur laissent plus d'autres choix que des victoires impératives s'ils veulent conserver leur place en Élite.

Désignés joueurs du match : Joonas Donskoi pour la Finlande, Gasper Kroselj pour la Slovénie.



Finlande – Slovénie 4-0 (2-0, 2-0, 0-0)
Jeudi 7 mai 2015 à 20h15 à la CEZ Arena d'Ostrava. 6450 spectateurs.
Arbitrage de Jozef Kubus (SVK) et de Daniel Piechaczek (POL) assistés de Nicolas Fluri (SUI) et de Paul Carnathan (USA)
Pénalités : Finlande 4' (0', 2', 2') ; Slovénie 6' (2', 2', 2')
Tirs : Finlande 33 (14, 10, 9) ; Slovénie 13 (3, 4, 6)

Évolution du score :
1-0 à 05'53" : Komarov assisté de Pesonen et Kemppainen
2-0 à 06'34" : Kontiola
3-0 à 21'19" : Barkov assisté de Donskoi et Jokinen
4-0 à 35'57" : Kemppainen assisté de Ruutu et Aaltonen (sup. num.)


Finlande

Attaquants :
Tuomo Ruutu (A, 2', +1) - Petri Kontiola (+1) - Juhamatti Aaltonen (+1)
Jussi Jokinen (C, +1) - Aleksander Barkov (+1) - Joonas Donskoi (+1)
Antti Pihlström - Jarkko Immonen - Teemu Hartikainen
Janne Pesonen (+1) - Joonas Kemppainen (+1) - Leo Komarov (+1)

Défenseurs :
Sami Lepistö (A, +1) - Juuso Hietanen (+1)
Anssi Salmela (+1) - Esa Lindell (+1)
Atte Ohtamaa (2') - Topi Jaakola
Tuukka Mäntylä (+1) - Jyrki Jokipakka (+1)

Gardien :
Pekka Rinne

Remplaçant : Juuse Saros (G). En réserve : Atte Engren (G), Juha-Pekka Hytönen, Ossi Louhivaara

Slovénie

Attaquants :
Anže Kopitar (A, -1) - Jan Urbas (-1) - Tomaž Razingar (C, -1)
Robert Sabolič (-2) - Rok Tičar (-2) - Žiga Jeglič (-2)
Žiga Pance - Aleš Mušič - Jan Muršak (2')
Boštjan Goličič (2') - Marcel Rodman (A, 2') - Ken Ograjenšek

Défenseurs :
Aleš Kranjc (-1) - Klemen Pretnar (-1)
Blaž Gregorc (-2) - Mitja Robar (-1)
Luka Vidmar (-1) - Sabahudin Kovačevič
Miha Štebih - Andrej Tavželj

Gardien :
Gasper Krošelj

Remplaçant : Robert Kristan (G). En réserve : Luka Gračnar (G), Žiga Pavlin, Miha Verlič