Un match, trois pays au bord de l'épuisement nerveux

Voilà donc la France réduite à jouer son avenir à quitte ou double face à la Lettonie, pays balte qu'elle n'a jamais battu aux championnats du monde depuis qu'il a recouvré son indépendance.

IMG 8116Les Lettons ont la particularité de n'avoir jamais connu la relégation, ils sont membres ininterrompus de l'élite mondiale depuis 19 années de suite, contre 8 pour la France.

Ce match rappelle forcément le frustrant match de qualification olympique à Riga. Comme là-bas, un score nul dans le temps réglementaire suffirait à faire le bonheur de la Lettonie. Mais cette fois, si le scénario de l'époque se répète (victoire en prolongation de la France), les Bleus aussi repartiraient avec le sourire... et pas les Autrichiens, qui seraient les dindons de la farce. Ceux-ci sont donc au moins aussi anxieux que les deux équipes avant ce match.

Stéphane Da Costa, avec son genou dans une attelle, fait son retour pour ce dernier match capital, bien qu'il n'ait pas encore signé de contrat pour la saison prochaine. Il est placé au centre de la première ligne entre Antoine Roussel et l'homme en forme Damien Fleury. Son frère Teddy descend du coup en quatrième ligne, où Anthony Rech est titularisé.

IMG 8120La France a un jour de repos de moins et a effectué un gros match hier soir contre la Suède. Elle a donc plutôt intérêt à partir fort avant de ressentir que les jambes deviennent lourdes.

Dès la deuxième minute, un lancer de Jonathan Janil fait résonner la barre transversale d'Edgars Masalskis, qui s'interpose aussi sur de bons lancers de Charles Bertrand ou de Damien Fleury.

Les Bleus gagnent les duels, remportent les engagements, ont la possession du palet, et mènent largement aux tirs (9 à 1). Mais après une tentative en tour de cage, Valentin Claireaux donne un coup de poing à un défenseur venu protéger son gardien. Une pénalité qui remet le doigt sur l'indiscipline tricolore, qui a déjà coûté cher... et qui coûte encore très cher. Janil est contré par Darzins en tentant de dégager le slot, et le palet revient sur Kaspars Daugavins qui l'envoie aussitôt au fond (1-0, 11'25").

IMG 8215Valentin Claireaux essaie de se rattraper tout de suite en débordant sur la droite avant de centrer pour Anthony Rech qui tire à bout portant dans les bottes de Masalskis.

Au moins, les Bleus savent donc pouvoir compter sur leurs quatre lignes, ce qui est important pour garder des forces, alors que les "lignes inférieures" de la Lettonie sont plus en difficulté en patinage et en vitesse.

Un lancer de Sacha Treille ouvre une séquence installée d'une minute en zone offensive, sans jamais cependant arriver à quitter le périmètre.

Les Français arrivent souvent à prendre de la vitesse en zone neutre. Dans les dernières secondes du premier tiers-temps, Damien Fleury passe en force sur l'aile droite et la reprise au second poteau d'Antoine Roussel, gêné par Dzerins, n'atteint que l'extérieur du cadre. Nettement dominée, la Lettonie conserve donc leur avantage jusqu'à la pause.

 MG 0296La deuxième période débute par une nouvelle pénalité française, une charge les deux pieds décollés de Damien Fleury sur Sprukts alors que Masalskis a gelé le palet. Le slap puissant de la ligne bleue de Lauris Darzins frôle l'épaule gauche de Huet (2-0, 22'48"). Deuxième avantage numérique, deuxième but pour la Lettonie... en trois tirs !

La France continue de travailler avec de longues séquences de cycling en zone offensive. Sur une mise au jeu, Maksims Sirokovs fait trébucher Yorick Treille. En infériorité numérique, les Lettons montent bien dans l'axe sur Hecquefeuille et compagnie et ne laissent que des tirs en angle. C'est ensuite le capitaine letton Kaspars Daugavins qui accroche son homologue français Laurent Meunier, mais les Bleus n'arrivent à rien, faute d'une qualité suffisante de leurs passes. Les unités spéciales font donc toute la différence dans ce match.

Charles Bertrand reprend face au but un centre d'Antoine Roussel, mais Masalskis pare ce tir d'un lever de bottes. Sirokovs a accroché toutefois l'ailier français pour la troisième pénalité balte de suite. Le gardien letton bloque le lancer de Hecquefeuille sans rebond, et les Bleus ont ensuite de plus en plus en déchet dans leur jeu.

 MG 0286Les événements s'enchaînent en fin de deuxième tiers-temps, Sprukts sert Bukarts à 2 contre 1, mais Huet détourne de la mitaine. Stéphane Da Costa réplique mais prend une pénalité en zone offensive pour un coup de coude. Antoine Roussel, qui s'est tordu la cheville dans un contact et est rentré sur le banc en rampant, revient au jeu pour cette infériorité numérique, la première à laquelle les Français survivent.

Les Bleus, menés 0-2 alors qu'ils ont tiré 22 fois contre 7, semblent rattrapés par la fatigue en troisième période. Ils sont dominés et n'arrivent pas à sortir de leur zone. Gunars Skvorcovs reçoit le palet près de la cage, mais son revers est happé par la mitaine de Huet. En huit minutes, la France ne tire qu'une fois...

Il suffit juste d'un but pour reprendre espoir. Stéphane Da Costa décale Damien Fleury pour un tir en angle, puis prend lui-même le rebond dans l'axe (2-1, 48'21").

IMG 8360 But France 1La France coupe son banc pour jouer à trois blocs (Teddy Da Costa remplaçant Raux sur le troisième). Sa première ligne joue pleinement son rôle et amène du danger à chaque présence. De derrière la cage, Antoine Roussel cherche encore Fleury dans le slot. Les Lettons, eux, ont leurs "trois D" : la passe levée de Daugavins envoie Dzerins seul face au but, mais le palet échappe ensuite au joueur de centre.

La Lettonie ne fait plus que défendre et dégager le palet au loin, si possible avec des flips, ne concédant qu'un seul dégagement interdit. La persévérance de la France finit par payer sur une entrée de zone de Kevin Hecquefeuille qui contourne la cage et donne en retrait à Sacha Treille pour un lancer axial de la ligne bleue (2-2, 55'20").

Les Baltes doivent tenir le score nul dans les dernières minutes pour survivre. Dans les quinze dernières secondes, Julien Desrosiers contre un tir à la ligne bleue de Sotnieks et s'échappe en solitaire alors que les cœurs de tous les Lettons dans la patinoire (et sans doute au pats) s'arrêtent en même temps. Edgars Masalskis fait l'arrêt décisif qui maintient la Lettonie dans l'élite, et pousse une gueulante contre ce lancer de Sotnieks qui était la dernière chose à faire. Son coach est au bord de défaillir. Les supporters baltes, hagards, se prennent dans les bras. Leur équipe est sauvée. La France, pas encore...

 MG 0270Les moments dingues continuent pendant les cinq minutes de prolongation. Kristaps Sotnieks fait le tour de la cage sur son revers, et son tir dévié par la crosse tombée de Huet touche le poteau ! La France passe à l'attaque, Kevin Hecquefeuille fait un grande rotation en zone offensive pour se mettre en position de lancer favorable : poteau là encore ! Masalskis repousse un lancer puissant de Damien Fleury, et le rebond de Stéphane Da Costa frappe la... transversale !

L'avenir de la France (et de l'Autriche) se joue donc aux tirs au but. La baraka de Masalskis, qui n'est pas un roi de cet exercice, est terminée. Damien Fleury trouve une lucarne parfaite. Lauris Darzins embarque le gardien dans une feinte magnifique, mais Kaspars Daugavins, en feintant le tir, ne dupe pas un Huet plus calme et plus patient que lui. Julien Desrosiers et Stéphane Da Costa (photo), en revanche, font tous deux se coucher le gardien et tirent dans l'angle ouvert.

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Ce n'est que justice pour l'équipe de France qui ne méritait assurément pas de descendre. Elle a été compétitive contre toutes les équipes. Peut-être pas la Lettonie, qui doit une fière chandelle à Masalskis. Pas non plus l'Autriche, qui redescend encore même si elle a sans doute fait son meilleur championnat du monde depuis très longtemps...

Désignés joueurs du match : Stéphane Da Costa pour la France et Edgars Masalskis pour la Lettonie.

Désignés meilleurs joueurs de la Lettonie dans la compétition : Edgars Masalskis, Lauris Darzins et Kaspars Daugavins.

Désignés meilleurs joueurs de la France dans la compétition : Cristobal Huet, Damien Fleury et Yohann Auvitu.

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Commentaires d'après-match

Stéphane Da Costa (attaquant de la France) : "C'était très dur de jouer, surtout en troisième période, où je ne pouvais pas patiner normalement. Mais je ne m'inquiète pas, il est temps de se relaxer. Ce maintien est très important pour le hockey français avant les championnats du monde 2017 à domicile. Les Autrichiens ne peuvent rien reprocher à qui que ce soit. Nous avons joué pour gagner, pour sauver notre peau. Les Autrichiens ont très bien joué dans ce tournoi et peuvent être fiers de leur équipe. En ce concerne mon avenir, il n'est en aucun cas assuré. Je dois maintenant me vider la tête et soigner toutes mes blessures."

Kevin Hecquefeuille (défenseur de la France) : "C'est un scénario fou, on était mal parti dans cette rencontre. Encore une fois, l'équipe de France a su rebondir avec ses valeurs. Cela a été un tournoi compliqué, on s'en est sorti miraculeusement au dernier match. Ce sera une leçon pour le futur."

Aleksandrs Beljavskis (entraîneur de la Lettonie) : "Nous savions que ce serait un match très important. Nous avions demandé d'être disciplinés et d'utiliser nos forces. Nous avons une équipe très jeune, beaucoup de débutants, et je suis satisfait du résultat obtenu, le maintien dans l'élite. Je veux remercier notre premier ligne et le gardien Edgars Masalskis, qui a été le meilleur dans ce tournoi."

Lauris Darzins (attaquant de la Lettonie) : "Il y avait beaucoup d'enjeu, les deux équipes étaient prudentes. À la fin, les Français n'avaient rien à perdre. Le principal était de rester dans l'élite, et nous l'avons fait. Nous n'avons rien à faire des on-dit. Si vous regardez le match, vous pouvez voir que notre équipe s'est battue honnêtement. Les Français ont bien joué hier contre les Suédois, alors qu'ils auraient pu laisser filer le match."

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Lettonie - France 2-3 t.a.b. (1-0, 1-0, 0-2, 0-0, 0-1)
Mardi 12 mai 2015 à 16h15 à la O2 Arena de Prague. 15167 spectateurs.
Arbitrage de Timothy Mayer (USA) et Jyri Rönn (FIN) assistés de Sakari Suominen (FIN) et Miroslav Lhotsky (TCH).
Pénalités : Lettonie 6' (0', 6', 0', 0'), France 6' (2', 4', 0', 0').
Tirs : Lettonie 13 (2, 5, 4, 2), France 34 (12, 10, 7, 5).

Évolution du score :
1-0 à 11'25" : Daugavins assisté de Darzins et Galvins (sup. num.)
2-0 à 22'48" : Galvins assisté de Darzins et Daugavins (sup. num.)
2-1 à 48'21" : S. Da Costa assisté de Fleury
2-2 à 55'20" : S. Treille assisté de Hecquefeuille et Huet

Tirs au but :
France : Fleury (réussi), Desrosiers (réussi), Da Costa (réussi).
Lettonie : Darzins (réussi), Daugavins (arrêté).


Lettonie

Attaquants :
Lauris Darzinš (A) – Andris Džerinš – Kaspars Daugavinš (C, 2')
Roberts Bukarts – Janis Sprukts (A) – Mikelis Redlihs
Miks Indrasis (-1) – Armands Berzinš (-2) – Martinš Cipulis (-2)
Kaspars Saulietis (-1) – Rodrigo Abols – Gunars Skvorcovs
Koba Jass

Défenseurs :
Kristaps Sotnieks (-1) – Guntis Galvinš
Maris Jass – Krišjanis Redlihs (-1)
Oskars Cibulskis – Maksims Širokovs (-2, 4')
Janis Andersons (-1)

Gardien :
Edgars Masalskis

Remplaçant : Ervins Muštukovs (G). En tribune : Janis Kalnins (G), Aleksandrs Jerofejevs (D, suspendu), Lauris Bajaruns (A).

France

Attaquants :
Julien Desrosiers – Laurent Meunier (C, +1) – Yorick Treille (A)
Antoine Roussel – Stéphane Da Costa (+1, 2') – Damien Fleury (+1, 2')
Sacha Treille (+2) – Damien Raux – Charles Bertrand (+1)
Anthony Rech – Teddy Da Costa – Valentin Claireaux (2')

Défenseurs :
Yohann Auvitu (+1) – Antonin Manavian (+1)
Kévin Hecquefeuille (A, +1) – Nicolas Besch
Florian Chakiachvili (+1) – Jonathan Janil puis à 48' Benjamin Dieudé-Fauvel

Gardien :
Cristobal Huet

Remplaçants : Florian Hardy (G), Anthony Guttig. En tribunes : Ronan Quemener (G), Teddy Trabichet (D), Loïc Lampérier (A, tête).

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