Etats-Unis – Slovaquie (Mondiaux 2015, groupe B à Ostrava)

Ce matin encore, la Slovaquie pouvait espérer. Espérer, comme en 2013, la qualification en quart-de-finale par un succès dans l'ultime match de poule contre des Américains visant la première place du groupe B. Mais à Helsinki, la Double-Croix avait encore son destin dans ses propres mains au moment d'affronter la bannière étoilée.

Cette année à Ostrava, le Bélarus, qui affrontait en ouverture de cette journée la Norvège, a mis tout le monde d'accord en s'emparant du dernier ticket. En s'imposant dans le temps réglementaire, les hommes de Dave Lewis ont donc scié les dernières branches sur lesquelles s'accrochaient Gáborík et compagnie. Le dernier véritable enjeu est du côté des États-Unis, qui chercheront à s'assurer le leadership du groupe (et un quart de finale contre la Suisse).

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Les Américains attaquent donc les premiers. Steve Moses déborde à gauche et repique au centre jusqu'à Ján Laco qui repousse ; Dylan Larkin et le capitaine Matt Hendricks insistent au corps-à-corps, acculant le gardien slovaque dans sa propre cage. Le palet a-t-il franchi la ligne de but dans le recul ? Non, décident les arbitres après la vidéo (02'15). Ce n'est que partie remise pour les Américains qui ouvrent le score sur l'action suivante grâce à un lancer de John Moore Jr. dévié dans le slot par Larkin (1-0, 02'36).

La Slovaquie tente immédiatement de réagir. Tomáš Surový sert Marián Gáborík d'une passe croisée mais le "King" ne cadre pas la reprise au second poteau alors que Connor Hellebuyck oublie de couvrir son flanc droit (2'56). Le même Gáborík se rend coupable d'un cinglage sur Anders Lee. Les joueurs d'Outre-Atlantique sautent sur l'occasion pour doubler la mise : Seth Jones transforme la passe transversale de Jack Eichel en envoyant la rondelle dans la lucarne droite de Laco qui, battu pour la seconde fois en quatre tirs, jette déjà l'éponge et cède sa place à Július Hudáček (2-0, 4'11). 

La Slovaquie est proche du K-O lorsque la tentative de Larkin, dans le rond gauche, ricoche sur le coin droit de la cage (8'20). Elle revient pourtant peu à peu dans la partie en augmentant sa présence en zone américaine. Tomáš Tatar contourne le but et trouve Michal Sersen démarqué dans le rond gauche, lequel reprend derechef mais le puck termine dans la mitaine du gardien (15'28). Richard Pánik, esseulé dans le slot, ne montre pas plus de réussite ; au lieu de lever la rondelle, il bute sur Hellebuyck qui s'est jeté comme un mort de faim sur le caoutchouc (16'47).

Hudáček capitule dès la reprise sur une frappe de Justin Faulk une nouvelle fois déviée par Lee (3-0, 20'27).

Alors que le score n'incite guère à l'espoir, les blancs se lancent dans une remontée fantastique. Pánik sonne d'abord la charge à droite mais le capitaine Tomáš Kopecký fait preuve de maladresse au premier poteau et galvaude l'aubaine (23'40). Un surnombre américain envoie la Slovaquie en power-play et Gáborík réduit la marque en baissant au bon moment sa crosse sur la trajectoire de la frappe de Vladimír Dravecký (3-1, 26'29). 

Libérés peut-être d'une pression du résultat, les hommes des Tatras font montre d'une envie qui leur a fait souvent défaut jusqu'ici. La partie s'équilibre un temps mais le tour de cage de Larkin, conclut par Hendricks dans le plastron de Hudáček après une reprise à bout portant (29'00) est la dernière banderille américaine avant l'orage slovaque.

Gáborík, qui trouve enfin son rythme de croisière en sélection nationale, crée une nouvelle fois le danger en fond de zone et passe en retrait à Adam Jánošík, dont le revers, dérouté par la crosse de Zach Redmond, lobe Hellebuyck (3-2, 30'36).  

Les Américains n'y sont plus du tout et s'en sortent bien lorsque Milan Bartovič fait faute sur un avantage en cours. Le jeu à quatre contre quatre ouvre les espaces mais si l'activité est certaine, peu d'occasions viennent ponctuer cette phase, hormis un solo de Andrej Meszároš qui vient mourir devant le gardien adverse (35'50). Au retour des deux punis, Dravecký égalise en reprenant d'un back-hand le rebond du missile de Marek Daloga (3-3, 36'27). L'Oncle Sam vient de perdre un avantage de trois buts et l'égalisation est méritée.

Complètement désinhibés, les blancs ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Pánik mène une contre-offensive à trois contre un puis centre pour Dravecký dont la reprise dans l'enclave est contenue de justesse par Hellebuyck (37'05). Dominik Graňák envoie Bartovič en break-away d'une longue passe en profondeur et l'ailier de Slovan Bratislava trouve enfin le chemin des filets en trompant le portier d'un revers de palette au poteau droit (3-4, 38'22).

BARTOVIC Milan 120515 287Le retour de nulle part des Slovaques électrise la patinoire mais Charlie Coyle refroidit l'ambiance en bifurquant victorieusement le lancer de Redmond (4-4, 39'08). Pfff ! Six buts en vingt minutes, n'en jetez plus !

Le troisième acte est le moins spectaculaire de tous. Enfin, dans le jeu. Autrement, les deux équipes assurent le show avec plusieurs bagarres : Libor Hudáček colle son poing dans la figure de Torey Krug en réponse de sa provocation, puis John Moore vient chercher des noises à Marek Viedenský et les deux gaillards improvisent eux aussi un pugilat (43'37). La supériorité américaine qui découle de ces échauffourées n'aboutit sur rien de concret. Les États-Unis recouvrent l'autorité en attaque, certes, mais la partie perd de son rythme. 

Une crosse haute de Brock Nelson sur le visage de Pánik est logiquement sanctionnée mais, alors qu'il est à terre, le Slovaque bondit sur son "agresseur" et le frappe au visage parce que l'Américain, au coup de sifflet, a relancé le palet en direction du joueur de Toronto. La réaction à chaud de Pánik annule le power-play slovaque qui s'annonçait, et les deux équipes évoluent de nouveau à quatre contre quatre (48'25). Là encore, l'inspiration fait défaut en dépit des mouvements offensifs. 

À l'amorce des dix dernières minutes du temps réglementaire, les USA haussent le ton. La Slovaquie perd le palet en zone neutre et trois Américains prennent la poudre d'escampette avec le seul Jánošík comme dernier rempart slovaque : Lee relaie pour Steve Moses qui bombarde illico mais Július Hudáček se replace dans le bon timing et écarte superbement le danger (54'52). Le gardien s'impose ensuite dans son face-à-face avec le même Moses, échappé après avoir intercepté la rondelle en milieu de terrain (56'02). Les répliques slovaques – Graňák, par deux fois à distance, puis Patrik Lušňák aux abords de la cage – se font moins corrosives.

On en est quitte pour la prolongation. Une fois de plus, les Yankees se montrent les plus actifs. Krug est proche de reprendre le palet au poteau droit après une tentative de Larkin mais Hudáček croise les jambes au bon moment (62'51). Le jeune Jack Eichel (19 ans), à la lutte sur la bande gauche avec Jánošík, conserve bien le palet et réussit à se défaire de son garde du corps pour repiquer dans le rond d'engagement ; c'est d'ici qu'il loge sa frappe sous la transversale et donne par conséquent la victoire aux États-Unis (5-4, 64'32), garantissant par la même occasion la première place finale dans le groupe B. 

Quand à la Slovaquie, elle aura offert un visage combatif qu'elle aurait bien évidemment dû se découvrir plus tôt dans la compétition. Elle échoue encore dans sa quête du Top 8 (neuvième) alors qu'elle bénéficiait d'un calendrier favorable, d'un effectif qui avait plutôt belle gueule et surtout d'un public venu nombreux la soutenir. Vladimír Vůjtek, son coach depuis quatre ans, tire sa révérence sur cet énième échec : la médaille d'argent obtenue à la surprise générale en 2012 sous ses ordres pèse de moins en moins lourd dans un bilan plutôt médiocre.

Désignés joueurs du match : Anders Lee (États-Unis) et Vladimír Dravecký (Slovaquie). 

Meilleurs joueurs slovaques du championnat : Ján Laco, Andrej Meszároš, Marián Gáborík. 

Réactions d'après-match

Todd Richards (entraîneur des États-Unis) : « On a eu un excellent début de match et on a obtenu une avance de deux buts. Dans le deuxième tiers-temps, on a inscrit un troisième but mais notre adversaire est parvenu à affoler le cours de la partie grâce à un jeu actif. Les Slovaques ont montré qu'ils avaient dans leur effectif des joueurs très compétents techniquement et talentueux, et en même temps ils ont été poussés par un public extraordinaire. »

Vladimír Vůjtek (entraîneur de la Slovaquie) : « On a su peu de temps avant le début de la rencontre que nous n'avions plus aucune chance de nous qualifier. Dans ce cas, c'est difficile pour les joueurs de se préparer. On a commencé la partie avec un sentiment d'échec, dans la mesure où l'on n'est pas en quart-de-finale. On est enfin entrés dedans dans le deuxième tiers-temps et le suspens était présent jusqu'à la fin. Le public a dû vraiment apprécier ce match. Je pense que l'on perd avec un peu de malchance, la frappe est hasardeuse. »

Marián Gáborík (attaquant de la Slovaquie) : « On s'est dit avant le match qu'il fallait s'employer et jouer pour notre public. La première période n'a pas été idéale mais, après, on a joué solidement. Dommage, ce but américain en prolongation… Le tournoi ne nous a pas souri. Les gens, surtout ceux qui sont venus ici à Ostrava, méritaient mieux. (…) Notre performance est allée crescendo durant le championnat, mais c'était trop tard. Il nous a manqué des buts. Bon, c'est derrière nous, il faut relever la tête et continuer ! »

Tomáš Kopecký (attaquant et capitaine de la Slovaquie) : « On voulait vraiment l'emporter pour le coach et les supporters. Malheureusement, on n'y est pas parvenus. On n'a pas à avoir honte, on a inversé le score de 0-3 à 4-3, on a eu un incroyable momentum, mais on n'a pas réussi à le conserver jusqu'au bout. Après le premier tiers-temps, on s'est tous dits dans le vestiaire qu'il fallait commencer à jouer et tenter quelque chose. En deuxième période, on a offert notre meilleur hockey sur ce championnat. Évidemment, c'est une grosse déception qui domine maintenant car notre but était le quart-de-finale. En hockey, c'est comme ça : un coup vous êtes en haut, l'autre en bas. Chacun de nous s'est battu, mais il nous a manqué un peu de chance. Si on ne marque pas de buts, on ne peut pas gagner. »

 

États-Unis – Slovaquie 5-4 a.p. (2-0, 2-4, 0-0, 1-0)

Mardi 12 mai 2015 à 16h15 à la ČEZ Aréna d'Ostrava. 8812 spectateurs. 

Arbitrage de Tobias Wehrli (SUI) et Daniel Piechaczek (ALL) assistés de Jimmy Dahmen (SUE) et Nicolas Fluri (SUI). 

Pénalités : États-Unis 10' (0', 4', 6') ; Slovaquie 12' (2', 2', 8')

Tirs : États-Unis 34 (12, 9, 9, 4) ; Slovaquie 25 (8, 15, 2, 0)

 

Évolution du score : 

1-0 à 02'36: Smith assisté de Moore Jr. et Arcobello 

2-0 à 04'11" : Jones assisté de Eichel et Lewis (sup. num.)

3-0 à 20'27" : Lee assisté de Faulk et Bonino 

3-1 à 26'29" : Gáborík assisté de Dravecký et Meszároš (sup. num.)

3-2 à 30'36" : Jánošík assisté de Gáborík et Sersen 

3-3 à 36'27" : Dravecký assisté de Ďaloga et Kopecký

3-4 à 38'22" : Bartovič assisté de Graňák

4-4 à 39'08" : Coyle assisté de Redmond et Lee

5-4 à 64'32" : Eichel 

 

 

États-Unis [2' pour surnombre]

 

Attaquants :

Charlie Coyle (+1) – Nick Bonino (+1) – Anders Lee (+1)

Jimmy Vesey (+1) – Mark Arcobello – Ben Smith (+2) 

Brock Nelson (2', -1) – Jack Eichel (-1) – Trevor Lewis (A)

Matt Hendricks (C) – Dylan Larkin – Jeremy Morin (-1)

Steve Moses (-1)  

 

Défenseurs :

Torey Krug (2', +1) – Justin Faulk (A, 2', +2)  

Mike Reilly (-1) – Seth Jones (-2) 

John Moore Jr. (2', +1) – Connor Murphy 

Zach Redmond (+1) 

 

Gardien : 

Connor Hellebuyck 

 

Remplaçant : Jack Campbell (G). Non-utilisés : Alex Lyon (G), Jake Gardiner (D), Dan Sexton (A).

 

Slovaquie

 

Attaquants :

Marián Gáborík (2', -1) – Tomáš Surový – Libor Hudáček (2'+2')

Tomáš Tatar (-1) – Marek Viedenský (2', -1) – Michel Miklík 

Patrik Lušňák (-1) – Mário Bližňák (+1) – Milan Bartovič (A, 2', +2)

Vladimír Dravecký – Tomáš Kopecký (C) – Richard Pánik (2', -1)

 

Défenseurs :

Andrej Meszároš – Dominik Graňák (A)

Juraj Mikuš (-1) – Marek Ďaloga

Michal Sersen – Milan Jurčina

Adam Jánošík (-1) – Ivan Baranka 

 

Gardien : 

Ján Laco puis Július Hudáček à 04'11"

 

Non-utiliśes : Branislav Konrád (G), Marko Daňo (A, genou), Tomáš Jurčo (A).