L'élève dépassera-t-il le maître ?

C'est un peu la thématique de cette finale de coupe Stanley 2015, qui oppose l'expérimentée équipe des Chicago Blackhawks aux jeunes loups du Lightning de Tampa Bay.

nhl logoFort de sa troisième finale en six ans et plus de 110 matchs de playoffs depuis 2010, Chicago s'appuie sur des certitudes. Le coach Joel Quenneville est troisième de l'histoire de la ligue en nombre de victoires, à un souffle de la deuxième place. Le quatuor défensif composé de Duncan Keith, Brent Seabrook, Johnny Oduya et Nicklas Hjalmarsson s'est montré très solide et a priori pas vraiment fatigué par un temps de jeu conséquent, la faute à une profondeur de banc limitée. Même contesté, le gardien Corey Crawford a su sortir les bonnes performances au bon moment. Devant, "Captain Serious", Jonathan Toews, se montre toujours aussi décisif et meneur d'hommes dans les moments-clés. Patrick Kane, bien remis d'une fracture, compte déjà vingt points en playoffs.

L'attaque, variée, a même pu compter sur les troisième et quatrième ligne pour remporter des matchs à rallonge : Antoine Vermette et Macus Kruger ont marqué après prolongations, le jeune Teuvo Teravainen a contribué de temps à autre, les vétérans Brad Richards, Marian Hossa et Patrick Sharp restent efficaces, et les jeunes Andrew Shaw et Brandon Saad commencent à changer de stature. Bref, toute l'équipe s'est montrée digne d'éloges en échappant aux pièges tendus par Nashville, Minnesota puis par Anaheim, n°1 à l'Ouest en saison régulière, et qui a laissé échapper la série en sept manches à domicile.

En face, Tampa Bay, c'est l'équipe qui monte. Depuis la prise en mains de l'équipe par Steve Yzerman, la reconstruction du champion 2004 a parfaitement fonctionné. Yzerman s'est appuyé sur la draft, avec des choix élevés comme Steven Stamkos et Victor Hedman, mais aussi sur des jolis coups plus lointains en tentant sa chance sur des Russes (Nikita Kucherov, Vladislav Namestinov, Nikita Nesterov) ou des petits gabarits. Ondrej Palat a été déniché au septième tour de la draft, alors que le meilleur marqueur des playoffs, Tyler Johnson (12 buts, 21 pts), n'a pas été drafté du tout.

Après l'ère Guy Boucher, qui avait instauré un style très offensif, Yzerman a fait confiance à Jon Cooper. Le coach au parcours atypique a ré-équilibré le travail défensif. Ancien juriste, lancé dans le coaching un peu par hasard, il a gravi tous les échelons et à peu près tout gagné dans les catégories de jeunes, puis en AHL, où il a dirigé la moitié de l'équipe actuelle de Tampa Bay. Yzerman a aussi acquis un gardien n°1, Ben Bishop, grand gabarit qui a eu ses hauts et ses bas dans ces playoffs, mais qui a brillamment sorti des blanchissages sur la glace des Rangers de New York aux matchs 5 et 7 en finale de conférence Est ! Les arrivées d'Anton Stralman et Brian Boyle, finalistes l'an dernier avec New York, ont apporté la pièce manquante à cet effectif.

tampa bay lightning away logoAujourd'hui, le Lightning, bâti un peu sur le même modèle que Chicago, va tenter de dépasser son modèle, après avoir sorti trois "Original Six" (Detroit, Montréal, les Rangers), toutes trois dirigées par des entraîneurs extrêmement expérimentés. Pas de complexe en Floride ! Devant son public de l'Amalie Arena, Tampa Bay aligne douze joueurs de moins de 25 ans : le potentiel de cette équipe est donc très impressionnant. Malgré tout, le respect affiché envers les joueurs de Chicago lors des interviews la veille du match frisait l'encensement : il ne faudra pas débuter le match les yeux ébahis.

Chicago débute sans Bryan Bickell, blessé, remplacé par Kris Versteeg, tout juste papa - de même que Brian Boyle en face. Les Hawks se retrouvent acculés sur leur but dès le premier shift. Filppula, Stralman de près et Killorn, qui rate le cadre à bout portant, testent Crawford après une poignée de secondes. Les Bleus mettent beaucoup de pression sur le porteur de palet, prenant le contrôle du jeu. Chicago évolue en contre et Patrick Kane fait parler sa technique. Un contrôle de puck brillant, qui lui permet d'effacer Palat, puis Stralman, puis Garrison : Bishop ferme la porte.

Tampa Bay reprend le fil et ouvre le score après cinq minutes sur une action étonnante. Filppula gagne un duel avec Keith, remise en retrait pour Stamkos qui lance au but. Killorn, presque ligne de fond et dos au but, parvient à dévier le palet de manière acrobatique et à piéger Crawford, qui ne pensait vraiment pas que l'ancien de Harvard parviendrait à rediriger le disque vers le but (1-0).

Cela ne s'arrange pas deux minutes après lorsque Andrew Shaw prolonge trop sa mise en échec sur Palat le long du banc et sort pour faire trébucher. Le jeu en infériorité n'a pas trop brillé à Chicago (75,5% de réussite), alors que Tampa compte 22,2% de réussite à un de plus. Les "Triplets" (Kucherov-Johnson-Palat) mènent le jeu et s'installent, avec Stamkos à leurs côtés et le seul Stralman à la pointe. La circulation est bonne, quelques tirs manquent de précision et Shaw revient au jeu, après un bel arrêt de Crawford de l'épaule sur un tir de Johnson. La quatrième ligne floridienne enchaîne et force Chicago à courir après le palet dans sa propre zone : aucun tir en plus de six minutes, avant que Brandon Saad ne trouve Bishop après avoir fait tout le tour de la défense.

Crawford reste le plus occupé. Il repousse un tir de Paquette sur une mise au jeu, puis une volée de Coburn à la bleue, et encore un tir d'Hedman après une montée de Palat. Copieusement dominé, Chicago réagit en fin de tiers avec quelques tirs d'Oduya et Kane. Puis, Garrison concède une faute dans la neutre lors d'un duel le long de la bande, pour une charge dans le dos de Kruger totalement inutile. Les Hawks parviennent à dénicher des intervalles et Kane, bien placé au cercle, manque une belle chance. Tampa résiste et le puni revient au jeu. Une minute plus tard, la sirène retentit sur un dernier tir de Kane. Le Lightning mène 1-0 après vingt minutes plutôt maîtrisées.

La bonne séquence de Chicago pour finir le tiers reçoit l'occasion de se prolonger en début de deuxième tiers, Alex Killorn concédant une crosse haute sur Saad après une demi-minute. Le jeu défensif est parfait, privant les visiteurs de la moindre occasion.

La partie s'est équilibrée, les Blackhawks conservant mieux le palet. Malgré tout, les deux gardiens se montrent peu sollicités dans ce match de plus en plus tactique. Le palet bondit beaucoup et les balustrades offrent des déviations imprévisibles, ce qui complique la tâche des deux équipes. Tampa Bay tente bien de repartir vers l'avant, mais concède un surnombre à la mi-match. Les joueurs de Joel Quenneville manquent de précision à la passe comme au tir et gaspillent leur chance. L'élan se pousuit par une action de Vesteeg, sorti du banc, qui vole le palet à Stralman et attaque la cage. Poussé dans le dos par Hedman, il percute le gardien et écope de deux minutes pour obstruction sur Bishop. Crawford tient son équipe sur un slap monstre d'Hedman, Killorn ne parvenant à reprendre le rebond devant une cage ouverte. Les autres tirs sont bloqués, avec un sens du sacrifice incroyable de Hjalmarsson.

La pénalité est tuée et les visiteurs poussent. Kane et Versteeg combinent bien mais Palat prive Kane du but, puis Richards lance au cercle et Bishop sauve devant l'ancienne star locale. Crawford réplique en bloquant un tir de Stralman, alors que la partie s'anime en fin de tiers. Stamkos, lancé par une belle diagonale sur l'aile droite, expédie ainsi un missile repoussé par la botte de Crawford. Le capitaine du Lightning est immédiatement servi en retrait sur la mise au jeu suivante et échoue encore sur le portier. Dans les dernières secondes, le trio Callahan-Boyle-Morrow réalise une bonne séquence sans parvenir à tirer au but.

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Un but d'avance et vingt minutes à tenir pour Tampa Bay, qui joue de manière très sérieuse, concentrée et appliquée. La défense est bien placée, contre beaucoup de tirs ou coupe les passes. De quoi limiter Chicago à seulement treize tirs en quarante minutes... Le favori prend le jeu à son compte pour revenir à la marque. Le Lightning défend, se dégage proprement autant que possible, mais n'est plus vraiment en position d'attaque. Après huit minutes, on ne compte que deux tirs au but par Chicago et aucun par Tampa Bay... Cela ne s'arrange pas dans les minutes qui suivent, très fermées. Bishop reste concentré malgré cette inactivité, et sauve un tir d'Oduya de l'aile. Le Lightning défend, et obtient un contre à huit minutes du terme. Callahan récupère un palet dans la neutre et file au but : Crawford gagne son duel. Les Blackhawks dominent, dominent... Une entrée en zone sur la gauche par Shaw, relayé par Keith, permet de trouver Teravainen en tête de cercle. Le jeune Finlandais tire sur réception et profite d'un bel écran de Kruger pour tromper Bishop, masqué (1-1). Un but plutôt logique, le Lightning s'étant plus ou moins arrêté de jouer vers l'avant depuis le deuxième tiers... Défendre un 1-0 restait plutôt audacieux face à une telle armada offensive !

Le jeu s'ouvre alors. Sharp et Kane partent en contre mais le lutin américain manque le cadre sur ce deux-contre-un. Jon Cooper sent le danger et pose son temps mort, pour éviter que ses troupes ne partent trop à l'abordage, au risque de se découvrir. Aucun effet : la défense vient perdre bêtement un palet bondissant. Hedman tente de trouver Brown, qui voit le palet lui échapper sous la pression de Teravainen. Vermette surgit et son tir du poignet nettoie la lucarne (1-2) ! Deux buts en deux minutes et Chicago, sans trembler, passe devant. Le public, sonné, assiste au renversement du match à moins de cinq minutes du terme. Les Bleus parviennent à reprendre le jeu vers l'avant, sous l'impulsion d'un Hedman très offensif. Stamkos tente aussi sa chance avant que Bishop ne quitte sa cage à 1'30" du terme, sans réussite.

Chicago remporte donc le match 1 et prend l'avantage de la glace. Complètement dominés au premier tiers, ils ont su se montrer patients pour dominer petit à petit la partie avant de renverser le score en fin de match. Le Lightning aura pêché par manque d'ambition. Ce premier tiers brillant n'a pas permis de creuser l'écart. La tactique est devenue défensive, crispée sur ce 1-0. Faute de réussir à faire le break, à l'image de cette échappée de Callahan en troisième tiers, les locaux se sont exposés à la moindre petite erreur. Face à une formation expérimentée avec autant de certitudes et de confiance, ce n'était qu'une question de temps...


Tampa Bay Lighting - Chicago Blackhawks 1-2 (1-0, 0-0, 0-2).
Mercredi 3 juin 2015 à l'Amalie Arena de Tampa. 19204 spectateurs.
Arbitrage de Wes McCauley et Kevin Pollock assistés de Derek Amell et Brian Murphy.
Pénalités : Tampa Bay 6' (2', 4', 0'), Chicago 4' (2', 2', 0').
Tirs : Tampa Bay 23 (10, 8, 5), Chicago 21 (7, 6, 8).

Évolution du score :
1-0 à 04'31" : Killorn assisté de Stralman et Filppula
1-1 à 53'28" : Teräväinen assisté de Keith et Shaw
1-2 à 55'26" : Vermette assisté de Teräväinen


Tampa Bay Lighting (2' pour surnombre)

Attaquants :
Alex Killorn (2') - Valtteri Filppula - Steven Stamkos (C)
Ondřej Palát - Tyler Johnson (-1) - Nikita Kucherov (-1)
J.T Brown (-1) - Cedric Paquette - Ryan Callahan (A)
Brenden Morrow - Brian Boyle (A)

Défenseurs :
Victor Hedman (-1) - Anton Stralman
Jason Garrison (2') - Braydon Coburn (-1)
Matt Carle (-1) -  Andrej Šustr
Nikita Nesterov (+1)

Gardien :
Ben Bishop [ sorti à 58'38" ]

Chicago Blackhawks

Attaquants :
Brandon Saad - Jonathan Toews (C) - Patrick Kane
Kris Versteeg - Brad Richards - Marian Hossa
Patrick Sharp (A) - Antoine Vermette (+1) - Teuvo Teräväinen (+1)
Andrew Desjardins - Marcus Krüger - Andrew Shaw (+1, 2')

Défenseurs :
Duncan Keith (A, +1) - Niklas Hjalmarsson
Kyle Cumiskey - Brent Seabrook
Johnny Oduya - David Rundblad (+1)

Gardien :
Corey Crawford