La NHL en route vers l'expansion

À l'occasion de l'assemblée des dirigeants de franchise à Las Vegas cette semaine, le commissionnaire Gary Bettman a annoncé l'amorce du processus d'expansion de la ligue.

 

La NHL compte trente franchises depuis les arrivées de Columbus et Minnesota en 2000. Mais le retour des Jets à Winnipeg a entraîné un déséquilibre géographique, avec une conférence Est de seize équipes et une conférence Ouest de quatorze équipes. Depuis 2013, tous les observateurs s'accordaient à penser qu'une expansion était donc en vue.

Un avis qui tend donc à se confirmer avec cette amorce. La NHL ouvre la réception des dossiers de candidature tout au long du mois de juillet, et prendra une décision au mieux en septembre, au pire en décembre, sur des critères officiellement purement économiques.

Pour s'offrir une franchise NHL, les candidats devront débourser au minimum 500 millions de dollars, qui seront répartis uniquement entre les propriétaires des trente autres équipes. Les joueurs ne toucheront pas un centime de ce pactole, mais bénéficieront indirectement d'une expansion puisqu'une bonne trentaine de postes par nouvelle équipe s'ouvriront, un mouvement qui profitera aux joueurs qui font l'ascenseur entre NHL et ligue mineure... Le n°2 de la NHL, Bill Daly, ne semble pas concerné par une dilution du talent, estimant que le niveau des joueurs et la qualité de la formation des jeunes n'ont jamais été aussi bons.

Officiellement, ce processus de réception de dossier ne signifie pas qu'une expansion se fera réellement. Malgré tout, on imagine mal que la ligue décline les offres qui se présenteront à elle cet été...

L'expansion devrait donc prendre place pour la saison 2017-2018. Combien de nouvelles villes seront-elles concernées ? Gary Bettman et Bill Daly ont cité nommément Seattle, Las Vegas et Québec, mais il pourrait y en avoir d'autres. Tour d'horizon des candidats.

Expansion de la NHL

1 - Las Vegas, une formalité

Le candidat numéro 1 à une nouvelle franchise, c'est Las Vegas. La capitale du jeu et des pêchés ne dispose d'aucune franchise dans aucun sport professionnel et la NHL lorgne sur ce marché juteux depuis plusieurs années, y organisant notamment sa remise des trophées. Le dossier y est particulièrement avancé :

  • Las Vegas dispose d'un candidat propriétaire, Bill Foley, qui a suivi scrupuleusement toutes les demandes de la ligue et s'est entouré de personnes influentes.
  • Une arena est en travaux et sera terminée en 2016, financée notamment par le groupe AEG, propriétaire des Kings de Los Angeles.
  • Une campagne d'abonnement a été lancée en début d'année avec la bénédiction de la NHL, à titre de test. Plus de 13.000 personnes ont déjà versé une somme d'argent. Malgré tout, une bonne partie de ces abonnements ne sont pas pour une saison complète, et le coût de ces abonnements apparaît particulièrement bas. Cela suffira-t-il à rentabiliser la franchise ?

À ce stade, il parait inconcevable que la ligue rejette la candidature de Las Vegas. Un propriétaire, une patinoire, du public, un marché attractif... Il ne reste qu'à trouver le nom de la future équipe. Les "Black Knights" semblent favoris, mais il y aura sans doute un vote du public...

2 - Québec, l'espoir

Un retour des Nordiques ? Impensable il y a quelques années, l'idée n'a pour autant jamais cessé d'exister dans le coeur des Québécois. Les supporters entament tous les ans un tour des trente patinoires de la ligue, peuplant les tribunes du maillot bleu fleurdelisé. L'annonce de l'ouverture des dossiers cet été a ravivé les espoirs de tout un peuple, frustré du départ de sa franchise en 1995 pour Colorado.

Québec affiche un certain nombre d'atouts. Tout d'abord, le consortium Québecor et son dirigeant Pierre Dion ont eux aussi suivi avec patience toutes les étapes demandées par Gary Bettman. Québecor est à l'origine de la signature du contrat TV avec TVA sports, là encore un marché juteux. Le millionnaire Pierre Karl Peladeau n'attend qu'un feu vert pour se rendre propriétaire de la nouvelle équipe... Son engagement politique, pro-indépendance, ne semble pas rédhibitoire.

De plus, une nouvelle arène est en travaux et devrait ouvrir en septembre 2015. Ce Videotron Centre apparaît comme un atout par rapport à d'autres candidats.

Québec dispose donc d'un candidat propriétaire, d'une aréna, d'un public passionné... Mais se trouve à l'Est - ce qui n'est pas un obstacle, selon le n°2 de la NHL, Bill Daly - et surtout, apparaît comme un petit marché. La NHL a pris le risque avec un retour à Winnipeg, doublera-t-elle la mise avec Québec ? Les rapports entre dollar canadien et dollar américain constitueront sans doute un élément important dans le processus de décision.

3 - Seattle, une envie frustrante

La NHL n'a jamais caché son envie de tester le marché de Seattle, l'une des plus grosses aires urbaines américaines et foyer de nombreuses multinationales, ainsi que d'une équipe de junior majeur, les Thunderbirds. Les audiences des matchs y sont excellentes, la rivalité avec Vancouver serait attractive... Problème : quid de la patinoire ?

C'est bien là que le bât blesse pour la candidature de Seattle. La vieille KeyArena qui accueillait les matchs de basket des Supersonics est complètement vétuste et pas du tout prévue pour accueillir du hockey dans de bonnes conditions. Et le projet de construction d'une nouvelle enceinte avance à pas de fourmi...

En cause ? L'accord entre l'investisseur Chris Hansen et la ville de Seattle, qui conditionne le déblocage des fonds public, stipule en effet que la présence d'une franchise NBA est un préalable. Or, la ligue de basket n'a pas vraiment l'intention de s'étendre... Le projet est donc plus ou moins coincé, mais avance tout de même. Il semble que ce préalable NBA ne soit plus complètement bloquant, et des études ont avancé. L'étude d'impact environnementale est terminée, un permis de construire pourrait être débloqué, bien que le conseil municipal soit très réticent à participer, malgré la volonté du maire.

Cependant, ce projet de SoDo Arena a un peu avancé car un projet concurrent a vu le jour. La holding menée par Ray Bartoszek mène un projet en banlieue, à Tukwila, entièrement avec des fonds privés. La NHL pourrait donc bien recevoir deux projets parallèles, sans aucune certitude de patinoire...

Enfin, dernier aspect : le paysage des sports professionnels à Seattle est déjà surchargé, avec trois franchises en NFL, MLS et MLB.

Après avoir gagné la coupe Stanley 1917 (les Metropolitans), puis aligné une franchise WHA dans les années soixante-dix (les Totems), la ville est-elle prête à franchir le cap ?

4 - Toronto, la concurrence ?

Les Maple Leafs auront-ils de la concurrence ? C'est bien possible, bien qu'aucun projet sérieux ne soit réellement avancé. La grande ville canadienne et capitale autoproclamée du hockey est assurément un marché porteur. La ligue ne sera pas opposée à une deuxième franchise dans ce marché rentable, même si les Maple Leafs - voire les Sabres tout proches - traînaient des pieds.

Le souci, c'est qu'aucun projet concret n'a été présenté. Hamilton, au sud de l'Ontario, a déjà candidaté, sous l'impulsion du magnat de Blackberry, Jim Balsillie. Mais toutes ses tentatives de rachat de franchises ont échoué et ses rapports conflictuels avec Gary Bettman compliquent ses espoirs. Du coup, l’aréna d'Hamilton, le FirstOntario Centre, est désormais bien vétuste.

La banlieue de Toronto accueille plusieurs projets plus ou moins avancés. Un consortium mené par Andrew Lopez et Herbert Carnegie a proposé un dossier en 2009 pour une équipe appelée "Toronto Legacy", avec un projet de patinoire de 30 000 places. Au nord-est de Toronto, la cité de Markham a également connu un début de projet, lancé par l'ex-dirigeant de Bauer, Graeme Roustan, avant ses soucis judiciaires.

À ce jour, aucun dossier crédible n’apparaît donc dans ce secteur.

5 - Kansas City, le retour

Les Scouts reviendront-ils ? La franchise a joué en NHL entre 1974 et 1976, avant de rejoindre le Colorado puis le New Jersey. Depuis, la ville a accueilli une équipe d'ECHL (les Missouri Mavericks) et des matchs de pré-saison. La Sprint Arena date de 2007, gérée par le groupe Anschutz (AEG), propriétaire des Kings de Los Angeles.

En 2011, le dernier match de présaison entre Pittsburgh et Los Angeles a fait le plein (plus de 17 000 spectateurs). AEG ne peut cependant pas être propriétaire de deux franchises : il faudrait donc un candidat dirigeant pour débloquer ce projet.

6 - Houston, la tête dans les étoiles

Les Aeros ont longtemps évolué dans la ligue professionnelle concurrente de la NHL, la WHA, avant de rejoindre l'AHL pendant de longues années, récemment en tant que filiale du Wild de Minnesota. Aujourd'hui, la quatrième aire urbaine américaine n'accueille plus aucune équipe depuis 2013, à l'exception de sa franchise de basket.

L’aréna de 17 800 places, le Toyota Center, serait idéale pour une franchise NHL, mais ce n'est pas gagné. Le propriétaire des Rockets, Les Alexander, a constamment mis des bâtons dans les roues de toute équipe sportive souhaitant évoluer dans l’aréna, ce qui explique le départ des Aeros pour Des Moines. L'accord entre le Toyota Center et les Rockets stipule que toute franchise NHL souhaitant évoluer dans cette enceinte devra être propriété de Les Alexander. Ce dernier a bien tenté de racheter les Oilers d'Edmonton en 1998, mais personne ne sait vraiment s'il vise une nouvelle candidature.

En somme, Houston dispose d'une aréna - et même d'une deuxième, l'Astrodome - et d'un marché considérable, avec une rivalité possible avec les Stars de Dallas... Mais il n'y a pas vraiment de candidat propriétaire, et l'incertitude demeure sur le public, même si le Texas ne classe treizième parmi les cinquante états américains en nombre de licenciés, un nombre en constante hausse.

7 - Portland, l'outsider

Plus intéressant, Portland, dans l'Oregon, pourrait aussi jouer les troubles fêtes. Après tout, Portland fut l'une des premières équipes américaines à disputer la coupe de lord Stanley... Les Winterhawks, équipe de junior majeur qui a formé de très bons joueurs récemment (tels Ryan Johansen) comptent en moyenne 7 500 spectateurs et font salle comble une bonne partie de la saison (10 000 places).

La grande ville de la côte Ouest dispose d'une arena, le Moda Center. Le propriétaire ? Paul Allen, co-fondateur de Microsoft et déjà à la tête des Trail Blazers, la franchise NBA, des Seattle Seahawks en NFL et des Seattle Sounders en MLS, rien que ça ! Portland ne compte aucune équipe NFL ou MLB, ce qui éviterait une certaine concurrence.

En 2013, un déménagement des Coyotes vers l'Orégon avait semble-t-il été envisagé. Paul Allen ne semble pas opposé à la venue d'une franchise NHL, mais uniquement en tant que partenaire d'un autre investisseur, et pas en tant que dirigeant seul. Il pourrait être plutôt intéressé par une relocalisation d'une franchise en perdition que par l'achat cash d'une nouvelle équipe... À ce titre, les dirigeants des Trail Blazers surveillent de près la situation dans l'Arizona.

8 - San Antonio, le Texas en vue ?

San Antonio apparaît aussi comme un candidat intéressant. Le petit AT&T Center (16.000 places) reste modeste, mais c'est un marché en pleine expansion et il n'y aurait aucune concurrence en NFL et MLB. Une franchise AHL, les Rampage, existe déjà, avec une affluence modeste.

9 - D'autres surprises ?

Le Canada ne perd pas espoir et dispose d'un autre candidat avec Saskatoon, déjà candidat en 1983 pour une relocalisation des Blues de St. Louis. La ville accueille des matchs de présaison au Credit Union Center, 15.195 places, ce qui serait la plus petite aréna de la ligue. L'aire urbaine reste très modeste cependant : le public répondrait présent, mais cela reste un petit marché.

On imagine mal un troisième essai de la NHL à Atlanta, même si la ville est un gros marché et qu'une patinoire aux normes NHL y existe. Pas mieux pour Hartford, qui a perdu les Whalers au profit de Carolina en 1997.

San Diego est par ailleurs parfois cité. La ville va accueillir les "Gulls" l'an prochain en ligue Américaine, l'AHL inaugurant sa nouvelle conférence Pacifique. La huitième aire urbaine américaine proposerait une nouvelle franchise en Californie, état en pleine expansion dans le monde du hockey. Reste à trouver un propriétaire et une arena... 

Parmi les autres villes disposant de patinoires potentielles, citons Cleveland - sans doute trop proche de Columbus -, Baltimore et Salt Lake City.

10 - Une relocalisation ?

Les soucis récurrents des Arizona Coyotes n'en finissent pas. Le bail avec la Glendale Arena a pris du plomb dans l'aile en juin, ce qui pourrait pousser les Coyotes à devoir encore bouger dans la banlieue. Un nouveau propriétaire, Andrew Barroway, a pris récemment le relais de la NHL, qui contrôlait l'équipe durant la transition. Bref, la franchise est toujours autant dans l'incertitude.

En revanche, le départ des Panthers de Floride n’apparaît aujourd'hui plus du tout d'actualité. Le discours de Gary Bettman lors de la récente draft NHL à Miami a fait taire définitivement toutes les spéculations. Le nouveau propriétaire arrivé en 2015 semble bien décidé à rendre la franchise rentable en modifiant son modèle économique. La jeune garde, portée par Ekblad, Huberdeau, Barkov et Bjugstad, pourrait rapidement porter l'équipe vers le haut du classement et raviver l'intérêt du public. Ce dernier n'a jamais vraiment rempli l'arena, mais avec trois qualifications en playoffs depuis 1992, est-ce vraiment surprenant ?