Bilan NHL (6/30) : New Jersey Devils

Hockey Archives vous présente un bilan détaillé de la saison de chaque équipe de la NHL. Suite de ce tour d'horizon en bas de tableau : les Devils du New Jersey.

La fin d’une époque

Pour la quatrième fois en cinq saisons et la troisième de suite, les Devils du New Jersey manquent les playoffs. La finale de 2012 apparait de plus en plus comme une anomalie, dans ce qui ressemble à la lente agonie d’un club prestigieux des années 1990-2000. New Jersey a disputé sa première saison sans Martin Brodeur, et la dernière avec Lou Lamoriello comme manager général. L’architecte du succès des Devils a laissé son poste à Ray Shero à la conclusion de cette nouvelle saison décevante, véritable soap opera. Jugeons plutôt : départ de Brunner en Suisse « à l’amiable » après deux mois, signature du vétéran Scott Gomez en décembre après deux mois d’attente suite à son essai au camp, Michael Ryder et Martin Havlat plus souvent présents en tribunes que sur la glace, Adam Larsson pris en grippe par Peter DeBoer, un coach limogé remplacé par un trio inédit : Lou Lamoriello lui-même, avec deux assistants, Adam Oates et Scott Stevens, qui avaient quitté le club précédemment pour désaccord avec DeBoer ! Nous passerons sur les commotions de Bryce Salvador et Ryane Clowe, témoins de contrats bien trop élevés pour des vétérans en bout de course.
Avec la moyenne d’âge la plus élevée des trente franchises, New Jersey a traîné sa misère toute la saison, illustrant des qualificatifs tels que « lent », « peu impliqué », « maladroit »... pour ne pas dire « maison de retraite », « finis » ! Le tableau ci-dessous témoigne des difficultés de l’équipe dans presque tous les secteurs : une possession de palet parmi les plus basses de la ligue, une incapacité à lancer au but ou à priver l’adversaire d’occasions, une discipline moyenne et une difficulté à tuer les pénalités, et une faiblesse chronique au poste de centre, avec un pourcentage catastrophique aux mises au jeu. Finalement, l’équipe ne s’en est sortie qu’en supériorité numérique : une phase de jeu arrêtée, où la vitesse prend moins d’importance... L’autre secteur fort est plus traditionnel dans le New Jersey : la défense, pourtant le poste le plus rajeuni de l’équipe, même si le petit nombre de buts encaissés provient en grande partie de l’exceptionnelle saison des deux gardiens.

Pts Buts + Buts - Tirs+
/match
Tirs-/match Sup.Num. Inf.Num. Min. Pén. Fusillade
(V-D)
Mises au jeu Corsi Fenwick
78 181 216 24,5 30,7 19,3% 80,6% 760 5-7 47,3% 45,8% 45,4%
25e 28e 15e 29e 24e 8e 21e 13e 17e 27e 28e 28e


Corsi : Tirs + Tirs hors cadre + Tirs bloqués (pourcentage entre tirs lancés/subis) à 5 contre 5
Fenwick : Tirs + Tirs hors cadre (pourcentage entre tirs lancés/subis) à 5 contre 5

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Après trois victoires en ouverture et treize buts marqués, les Devils rentrent dans le rang mais maintiennent un bilan positif en octobre. Cela se gâte dès novembre, avec une série de quatre défaites de rang dont trois déplacements, plus cinq défaites de suite en fin de mois lors du voyage dans le nord-ouest canadien. Le mois de décembre est du même tonneau, avec une fragilité évidente, l’équipe ne parvenant plus à enchaîner deux victoires de suite. La blessure de Damon Severson en défense parait avoir sérieusement affaibli le groupe. L’éviction de Peter De Boer le 27 décembre ne surprend donc personne. Sous l’impulsion de son « entraîneur à trois têtes », New Jersey réagit bien et propose un bon bilan en janvier (6-3-2) et en février (7-5-1), avec du 19 janvier au 6 février onze points sur douze, puis fin février une série de quatre succès de suite. Le mois de mars débute plutôt correctement, avec une nouvelle série de trois succès mi-mars. La mécanique, usée, se casse alors : les Devils ne remportent qu’une victoire, et encore en fusillade, sur les onze derniers matchs, lorsque le rêve de playoffs est devenu complètement utopique. New Jersey ne signe que le 24e bilan en déplacement (13 victoires, 22 défaites et 6 défaites après le temps réglementaire), ce qui plombe un bilan satisfaisant à domicile (19-14-8).

Une attaque portée disparue

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Livré à lui-même, Cory Schneider a assuré le spectacle et 34 matchs se sont joués à un seul but d’écart, dans un sens ou l’autre, et 29 à deux buts. Autrement dit, les Devils sont restés relativement dans le coup à chaque fois, mais ont encaissé 86 de leurs 209 buts dans le troisième tiers.

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53 des 82 matchs de New Jersey n’ont pas dépassé les deux buts marqués, et les Devils auront été blanchis à sept reprises. Le graphique parle de lui-même et témoigne des gros soucis de finition de toute l’équipe.

Gardiens

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Dans une équipe de meilleure qualité, Cory Schneider aurait probablement reçu un grand nombre de votes pour le trophée Vézina ! L’ancien Canuck a connu sa première saison en tant que gardien n°1 et il n’a pas déçu. Il termine parmi les meilleurs en pourcentage d’arrêts, brillant particulièrement à 5 contre 5 (94% !)... Malgré un bombardement en règle, Schneider a tenu l’équipe à bout de bras, compensant les erreurs de sa jeune défense. Le rookie Keith Kinkaid s’est pour sa part installé en tant que remplaçant au bout de quelques semaines. Après que Schneider ait débuté les vingt premiers matchs et que le vétéran Scott Clemmensen n’ait pas vraiment convaincu en backup, Kinkaid a été rappelé définitivement d’AHL et a réalisé de très bonnes prestations, souvent contre les meilleures équipes de la ligue. L’ancien gardien universitaire, qui idolâtrait Martin Brodeur dans sa jeunesse, apparaît comme un remplaçant de bonne qualité dans cette équipe. Clemmensen, pour sa part, prend sa retraite et servira d’entraîneur/consultant pour les jeunes gardiens espoirs de l’organisation.

Défense

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Le principal motif d’espoir pour la franchise se situe en défense. Le capitaine Bryce Salvador n’a disputé que 15 matchs, victime d’une commotion, et son absence, couplée au départ de l’offensif Marek Zidlicky à la deadline, a finalement permis d’installer un quatuor de jeunes arrières de moins de 24 ans particulièrement prometteurs. Damon Severson, 20 ans, a conquis le public dès ses premiers matchs professionnels, affichant une maturité rare, avec un patinage fluide, une vision du jeu hors pair et une qualité de tir intéressante. Malheureusement, le rookie s’est fracturé la cheville et n’est revenu que pour les six dernières semaines, sans retrouver son niveau. Eric Gelinas et Jon Merrill disputaient pour leur part leur deuxième saison, et ont connu quelques difficultés. Le slap ravageur de Gelinas, accompagné d’un bon tir du poignet, en font une arme décisive en supériorité numérique. Mais, en dépit de progrès notables, il reste un peu friable défensivement et son temps de jeu a été plutôt protégé. Merrill, très en vue l’an dernier, n’a pas confirmé pour sa deuxième saison et a connu d’énormes difficultés, acculé sur son but. Enfin, dernier membre du quatuor, Adam Larsson a connu une saison en deux temps. Plus ou moins pris en grippe par Peter De Boer au début de saison, Larsson a gagné du temps de jeu en remplaçant Bryce Salvador en infériorité numérique. Installé dans ce secteur, Larsson a permis de stopper une hémorragie incroyable : les Devils débutaient avec moins de 65% de pénalités tuées avec Salvador, remontant en fin de saison dans les 80%. Le limogeage de Peter DeBoer à mi-saison libérait complètement Adam Larsson. Le jeune Suédois de 21 ans, 4e choix de la draft 2011, terminait la saison en feu au point de terminer meilleur marqueur parmi les arrières et d’offrir un aperçu de son vaste potentiel.
Le succès de Merrill l’an dernier, de Severson puis Larsson cette saison, s’explique en grande partie par Andy Greene, l’un des défenseurs les plus sous-estimés de la ligue. A 30 ans, le défenseur de l’ombre protège très bien ses partenaires, gagne les duels, relance proprement, bref, est l’homme à tout faire de cette équipe et incontestablement le meilleur défenseur du club. En troisième paire, New Jersey s’est appuyé en alternance sur les bons soldats, Peter Harrold puis Mark Fraser, deux défenseurs limités, utiles en septième arrière mais qui n’apportent pas une réelle solution à long terme. Le grand gabarit de Seth Helgeson a fait ses débuts NHL avec 22 apparitions dans un rôle strictement physique et défensif. Le Biélorusse Raman Hrabarenka a également débuté en fin de saison après de bonnes prestations en AHL. Helgeson comme Hrabarenka devraient lutter pour une place dans l’effectif l’an prochain.

Attaque

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L’attaque anémique des Devils transparait bien, avec un seul joueur au-delà des vingt buts, le pur finisseur Mike Cammalleri, en dépit de quelques pépins physiques. Le petit attaquant s’est beaucoup impliqué dans l’équipe (8 buts gagnants) et apparait comme une bonne recrue. Malheureusement, il n’a pas été très bien entouré. « Papy » Jagr a longtemps mené l’équipe en points, couvé par DeBoer. Le changement de coach a diminué son temps de jeu et il a plus ou moins demandé à partir à la deadline. Adam Henrique termine donc meilleur marqueur, avec une certaine inconstance. L’un des deux attaquants réguliers de moins de trente ans, Henrique est utilisé dans toutes les situations et offre des solutions intéressantes. Le reste de l’effectif ? Vieillissant, le mot est faible. La légende Patrik Elias, 38 ans, apporte toujours, mais a connu sa plus mauvaise saison depuis des lustres. Scott Gomez, 36 ans, signé au salaire minimum en décembre, a constitué une bonne surprise, avec 34 pts en 58 matchs. Le centre fut l’un des rares joueurs à apporter de la vitesse, même si sa prise de risque se révèle parfois dangereuse. Sa vision du jeu, notamment en supériorité, a fait du bien. Steve Bernier a débuté la saison en quatrième ligne mais termine avec un record de carrière et un petit rôle en supériorité. Idem pour Jordin Tootoo, dont l’entente étonnante avec Cammalleri a propulsé l’Inuit dans un rôle bien au-delà de ce qu’il avait jusque-là montré en NHL. Le reste de l’effectif n’a eu qu’un rôle de « bon petit soldat », à l’image de Dainius Zubrus, clairement en fin de carrière (10 pts malgré plus de 1000 minutes de jeu), du petit Stephen Gionta aux capacités très limitées malgré sa combativité, ou encore de Tuomo Ruutu, au rôle physique mais souvent mis en tribune. Le cas de Jacob Josefson, 24 ans, intéresse. Le jeune Suédois, ancien premier choix de draft, a fini par creuser sa place en tant que centre de la troisième ligne, avec un rôle décisif de spécialiste, en infériorité (3 buts) comme en fusillade (5/8). Il signe un record de carrière et apparaît comme l’un des rares joueurs d’avenir de l’équipe, terminant sa saison par une très bonne prestation au Mondial de Prague. Clôturons avec l’énigme Travis Zajac. Le centre au salaire conséquent (5,5 millions) déçoit saison après saison : solide défensivement, il n’apporte plus grand-chose en attaque et dépite les supporters avec son manque de réalisme devant la cage. Parmi les jeunes, citons Reid Boucher et Steffan Matteau, qui ont reçu une audition en fin de saison et postuleront sans aucun doute à une place de titulaire l’an prochain. Ray Shero a en effet annoncé quelques semaines après sa prise de poste qu’aucun agent libre ne serait conservé : exit donc Gomez, Bernier, Ryder, Havlat et Sestito.

Bilan

Il n’y a pas eu beaucoup de moments forts de la saison. On retiendra à peine la victoire contre Winnipeg en fusillade fin octobre, qui a mis fin à une série de 18 défaites consécutives dans cet exercice ! New Jersey connait un lent déclin depuis le dernier lockout et Lou Lamoriello paraissait avoir perdu sa magie. Lui qui a toujours placé l’équipe avant les individualités en a tiré les leçons et a choisi la solution la plus logique pour l’avenir de la franchise : son retrait. Lamoriello reste président du club mais a confié les rênes à Ray Shero, qui a commencé à mettre sa patte sur l’équipe. L’ancien architecte de Pittsburgh veut construire une équipe rapide, dynamique, tout en gardant l’âme défensive traditionnelle. L’effectif 2015-2016 devrait donc être radicalement différent. Mais avec Schneider dans les cages et de jeunes défenseurs en pleine progression, il dispose déjà d’une bonne base.