Bilan de KHL (II) : un club meurt, un autre renaît

Cette deuxième partie fourmille d'histoires étonnantes : un fils à papa capricieux, un club qui meurt (ou pas ?) dans un dernier sursaut, des équipes qui tombent malades, un sauveur qui revient sans cesse...

 

Atlant Mytishchi (16e) : un club meurt, un autre renaît

NEMEC Ondrej 140509 466L'épée de Damoclès est restée pendue au-dessus de beaucoup de clubs de KHL cette saison, mais elle n'en a frappé qu'un : l'Atlant Mytishchi. Dès l'automne, le club était exsangue. Au centre de l'attention, son actionnaire majoritaire (à 65%) Anton Zingarevich. Ce fils de milliardaire était rarement à court d'idées pour dépenser l'argent de papa. Après avoir épousé une mannequin en lingerie, il avait acquis 51% des parts du club de football anglais de Reading en 2012... avant d'en repartir deux ans plus tard sans jamais avoir acheté le reste en dépit de ses promesses initiales. Entre-temps, il s'était donc mis au hockey, sport absolument pas rentable en Russie, et en étant incapable de financer le club. Pressé de toutes parts, il se contentait de répondre qu'il fera en sorte que l'équipe finisse la saison, en se gardant bien de formuler le moindre engagement au-delà. Et il ne fallait pas attendre sur la Région de Moscou, qui coupe dans les financements sportifs après des années d'excès, pour compenser.

Dans le même temps, le club vendait ses meilleurs joueurs à ceux qui avaient encore de l'argent. Les soldes se faisaient par paire : le meilleur marqueur Andreas Engvist et le capitaine Ondrej Nemec filaient au CSKA, l'attaquant tchèque Petr Vrana et le déclinant ex-capitaine du Bélarus Konstantin Koltsov prenaient la direction de Kazan.

Le sort du club était déjà scellé quand elle a commencé sa dernière longue tournée à l'extérieur fin janvier. Alors que tout était perdu, cette équipe s'est soudain mise à gagner, avec deux buts décisifs (à Bratislava et même à Saint-Pétersbourg) de Vyacheslav Leshchenko, révélation revenue en pleine forme du Mondial junior. Avec 29 points dans ses 13 dernières rencontres, l'Atlant est revenu à la surprise générale dans la course aux play-offs, échouant d'un rien. Est-ce la fin définitive de l'Atlant ? Zingarevich a accepté de "transférer la marque" au dernier club de la Région de Moscou (région qui ne comprend pas la capitale elle-même), le Vityaz, qui aura deux équipes juniors en MHL dont une sous la bannière de l'Atlant. Cela laisse un espoir de résurrection.

En attendant, c'est le Spartak de Moscou qui renaîtra... sur les cendres de l'équipe de Mytishchi. Son parrain ? Le SKA Saint-Pétersbourg qui a d'abord acheté une dizaine de joueurs en provenance de l'Atlant - lui donnant ainsi l'argent nécessaire pour finir le championnat - avant de les céder quelques mois plus tard au Spartak. Il s'agit essentiellement de jeunes comme Leshchenko et deux joueurs de 21 ans, Sergei Shmelyov, meilleur marqueur de l'équipe avec 37 points, ou encore Yaroslav Dyblenko, qui a passé la saison sur la première paire défensive. Ils ont pris des responsabilités inédites dans une équipe décimée... et c'est le Spartak qui pourrait bientôt tirer les marrons du feu.

 

Severstal Cherepovets (17e) : la discrétion n'empêche pas la formation

SeverstalIl y a deux saisons, le Severstal Cherepovets avait eu le meilleur VRP pour dresser les louanges de ses qualités de club formateur : Andrei Nazarov, entraîneur à l'époque, avait décrit sa jeune star Vadim Shipachyov comme "le meilleur n°87 du monde, avec tout le respect dû à Sidney Crosby"... Aujourd'hui, Shipachyov a gagné en galons, même si l'humiliation de l'équipe russe en finale des championnats du monde face au Canada du capitaine Crosby - premier affrontement entre les deux hommes - a rendu encore plus ridicule cette comparaison grandiloquente. Mais depuis deux ans que Shipachyov est parti au SKA Saint-Pétersbourg, le Severstal n'arrive plus à revenir en play-offs.

Le travail de formation se construit dans la durée, pas par un coach qui reste un an dans chaque club et en vante les mérites comme s'il s'identifiait totalement à la région. À l'époque, le volubile Nazarov se répandait ausssi en compliments sur un gamin nommé Pavel Buchnevich, qui en avait déduit qu'il voulait se permettre d'entrer dans le bureau de son coach pour réclamer plus de temps de jeu. Cela avait évidemment eu l'effet inverse...

L'entraîneur arrivé à Cherepovets l'été dernier, Nikolaï Solovyov, était d'un naturel moins expansif et plus prudent dans ses déclarations. Il ne cessait de rappeler que le talent ne fait pas tout, mais admettait que Buchnevich avait "passé l'examen de la vie" et beaucoup mûri. Pour sa dernière année junior, celui-ci a mérité la confiance de son coach, et démontre que le Severstal est toujours un club formateur. Mais les examens de la vie sont parfois plus rudes encore pour les entraîneurs : Solovyov a été viré au bout de six semaines de championnat, parce que la qualification en play-offs paraissait fragile. Son adjoint Igor Petrov est donc redevenu le chef, sans faire mieux.

Il était logique en un sens de retrouver un coach né à Cherepovets pour encadrer une équipe aussi locale. Trois des quatre meilleurs marqueurs sont en effet des natifs de la ville : c'est aussi le cas du massif (195 cm, 100 kilos) Evgeni Mons, qui a enfin percé à 25 ans après trois saisons à moitié gâchées par des blessures, et bien sûr du meilleur marqueur Dmitri Kagarlitsky, rentré à la maison l'an passé après en être parti à 17 ans. Dans une KHL où les temps deviennent durs, le pôle formateur qu'est Cherepovets pourrait tirer son épingle du jeu car ces enfants du pays se montrent fidèles. On leur propose aussi moins de ponts d'or ailleurs.

 

Avtomobilist Ekaterinbourg (18e - éliminé au 1er tour) : maillot géant pour joueur de petite taille

PETRUZALEK Jakub 140509 603La perte de Fyodor Malikhin, l'enfant du pays "noyé" dans l'anonymat en partant dans un grand club (Kazan), n'a pas empêché l'Avtomobilist de retourner en play-offs. On comptait sur la recrue tchèque Jakub Petruzalek pour lui succéder comme meilleur marqueur, et il était bien parti pour, mi-novembre, avant de devoir rentrer au pays dans des circonstances tragiques, le décès brutal de sa petite amie. L'ailier américain Aaron Palushaj a été engagé pour le remplacer, mais sa contribution offensive a été bien plus limitée (9 points).

C'est encore un "local" qui a mené l'offensive. Le meneur de jeu Aleksei Simakov est en effet plus que jamais une idole dans sa ville natale. Lorsqu'un centre commercial d'Ekaterinbourg est entré au livre russe des records en accrochant dans sa galerie le plus grand maillot de hockey le plus grand, évidemment aux couleurs du club local, ce sont le numéro (14) et le nom de Simakov qui ont été choisis. Il s'agit d'un maillot "authentique", au sens qu'il est fait exactement des mêmes matériaux que l'original, avec des dimensions simplement agrandies à 7,2 mètres sur 3,8 mètres, mais évidemment pas d'un maillot porté en match. Le plus amusant dans cette histoire de maillot géant est que Simakov est justement connu pour sa petite taille puisqu'il fait 1m67 à peine !

Les autres attaquants majeurs viennent aussi de la région de l'Oural. Venu de Perm sur l'autre versant (occidental) de cette chaîne de montagnes qui marque la frontière entre Europe et Asie, Anatoli Golyshev a été la révélation du début de saison, même s'il est malheureusement rentré blessé du Mondial junior. C'est pour ça que le club s'est encore plus accroché à Anton Lazarev, essayant de résister - en vain - à sa sélection en équipe russe. Une première sélection, évidemment importante pour le joueur, mais un peu au rabais, puisque la Russie avait envoyé une équipe "bis" pour la circonstance, ce qui ne se reproduira plus (la KHL respectera de nouveau les trêves internationales après le capharnaüm de cette saison). Lazarev est originaire pour sa part de Chelyabinsk, qu'il avait quitté dans un scandale à 16 ans parce qu'il ne voulait pas signer pour 5 ans avec l'équipe première, comme c'était la règle pour les produits de l'école locale. Il avait filé à Mytishchi, dans la banlieue moscovite. Il y est resté... 5 ans, sans jamais percer. Mauvais choix ? Peu importe maintenant. Révélé sur le tard, Lazarev a connu une seconde vie à Ekaterinbourg où il a resigné pour deux ans... avant d'être échangé deux jours plus tard à Ufa.

Tout en assurant que le club continuerait à jouer, le gouverneur a en effet rappelé qu'il voulait un club moins dépendant du budget régional, et il faut donc se séparer régulièrement de joueurs-clés. Mais l'élément le plus important sera toujours là : Jakub Kovar, le troisième gardien de l'équipe nationale tchèque, à qui l'on doit, plus qu'à tout autre, la qualification de l'Avtomobilist en play-offs deux ans de suite. Une qualification due aussi à la faiblesse de la Conférence Est, car il y avait dix équipes bien meilleures à l'Ouest.

 

Admiral Vladivostok (19e) : ces terribles températures positives !

KOLAR Jan 140509 522Le centre Ilya Zubov, dont la carrière stagnait au CSKA, est revenu en équipe nationale depuis son arrivée à Vladivostok quinze mois, même s'il n'a toujours pas connu de championnat du monde. Il a reçu une médaille... au Kremlin, parce qu'il a participé à la visite au Président après avoir été réserviste de l'équipe titrée à Minsk l'an passé. Cette année, il a été coupé encore plus tôt pendant la préparation aux Mondiaux, mais il a quand même pris du volume en devenant le capitaine exemplaire de l'Admiral.

Les trois autres joueurs-clés de l'équipe portuaire sont étrangers : les attaquants suédois Niclas Bergfors et Richard Gynge, ainsi que le solide défenseur international tchèque Jan Kolar. Solide, il fallait l'être pour affronter le climat de l'Extrême-Orient. Deux matches ont dû être reportés fin décembre parce que la moitié de l'équipe est tombée malade d'un adénovirus. Le médecin du club a expliqué que ses patients avaient sans doute mal supporté les brusques variations de température entre un jour à -25°C et le suivant à +2°C avec du fort vent. Voilà qui n'arriverait pas dans des villes sibériennes situées plus loin de la côte (et oui, là-bas, les températures ne redeviennent pas positives l'hiver). Kolar migrera à Khabarovsk l'an prochain, et il ne sera pas le seul.

Une grande transhumance s'annonce en effet dans l'Extrême-Orient russe cet été. Beaucoup de joueurs suivent le curieux mouvement de leurs dirigeants mais aussi de l'entraîneur Sergei Shepelev, recruté en novembre à la place du Slovaque Dusan Gregor. On ne peut pas dire que ce changement de coach ait changé le destin de l'équipe : lorsque Shepelev l'a prise en mains, elle était un point derrière les play-offs, et trois mois plus tard, elle a fini... avec le même point de retard sur la qualification !

 

Vityaz Podolsk (20e) : des étrangers qui amènent des points et pas des poings

VityazL'accompagnement musical à Podolsk est le plus original de la KHL, puisque ce sont des choristes qui y déclament des chants de hockey tout comme des chants patriotiques. Ils ont pu déclamer à pleins poumons, puisque le Vityaz a obtenu sa meilleure place en huit années de KHL.

Malgré ces vieilles rengaines patriotiques, le "chevalier" (Vityaz) avait un accent plus étranger que d'habitude. Jusqu'alors, pourtant, le meilleur marqueur du club avait toujours été un Russe. Il faut dire aussi que le club de la région de Moscou s'était spécialisé dans l'embauche de "goons" nord-américains qui remplissait surtout la colonne des pénalités. À l'exception de Chris Simon qui s'en approchait, aucun d'eux ne risquait de concourir pour la place de meilleur compteur. Cette année, ce sont deux étrangers qui ont le plus pointé, des novices en KHL qui plus est : l'ailier suédois Mario Kempe devant le centre tchèque Roman Horák. Ils ont tous deux prolongé.

En moyenne de points, un homme les a toutefois devancés, c'est Aleksandr Kucheryavenko, qui est arrivé au bout d'un mois. Celui qui était considéré comme le plus grand bourreau de travail du SKA Saint-Pétersbourg y aura passé sept ans, dont deux saisons dans la lumière à 23 et 22 points avec Jukka Jalonen comme entraîneur, mais ne jouait presque plus sous Bykov dans un effectif clinquant. Au bout d'un mois, Kucheryavenko a donc quitté la capitale des Tsars avec un autre joueur frustré de temps de jeu, Aleksei Semenov. Ce colosse de 1m98 et 116 kilos, qui a passé ses jeunes années en NHL, est tout de suite devenu le patron de la défense dans son nouveau club. Contrairement aux trois meneurs offensifs précédemment cités, Semenov ne restera pas à Podolsk car il a signé à Sotchi. Le Vityaz devra donc s'appliquer à reprendre du muscle. On n'aurait jamais imaginé il y a quelques années écrire un jour une phrase pareille...

 

Dinamo Riga (21e) : viré puis héros cinq mois plus tard

MASALSKIS Edgars 130505 653Pour la deuxième fois en sept années de KHL, le Dinamo Riga a raté les playoffs. Il n'a jamais vraiment été dans la course, et la sanction est venue fin décembre, aux deux tiers du championnat avec le renvoi simultané de quatre joueurs. L'attaquant slovaque Marcel Hossa et le défenseur Grigorijs Pujacs ont été ainsi mis à la porte parce qu'ils avaient les pires fiches (-15). Le gardien Edgars Masalskis, avec seulement 87% d'arrêts, n'avait jamais concurrencé un Jakub Sedlacek devenu clairement numéro 1 dans les cages (l'autre portier concurrent Jeff Deslauriers sera lui aussi libéré début février). Quant à l'ex-international russe Piotr Schastlivy, son départ fut salué en ces termes : "Il n'était pas moins bon qu'une large part de ceux qui restent, mais même s'il est le mari de [l'athlète lettone] Ineta Radevica, il est et reste un renfort étranger. Pour un centre de première ou de deuxième ligne, il était trop faible."

Il n'empêche que ces décisions n'étaient pas uniquement sportives mais avaient une motivation économique. Sinon, ces joueurs auraient tous été remplacés. Une recrue a certes embauchée au même moment, le Canadien Brock Trotter (0,81 point par match en AHL) qui avait déjà joué à Riga en 2010/11, mais après deux saisons de convalescence, il est aujourd'hui loin de son niveau d'antan (2 petits points en 16 journées).

Ce sont donc essentiellement l'attaquant suédois Linus Videll, meilleur marqueur, et le petit défenseur offensif Chay Genoway qui ont complété la colonne vertébrale des internationaux lettons, où Lauris Darzins augurait déjà de son bon championnat du monde.

Un championnat du monde où la Lettonie s'est maintenue in extremis, grâce à un Masalskis redevenu le héros de tout un peuple... cinq mois après avoir été renvoyé comme un malpropre.

 

Neftekhimik Nijnekamsk (22e) : le costume de sauveur n'est toujours pas délavé

STAPLETON Tim 140515 225Impossible de tomber plus bas : une dernière place et surtout une série de 22 matchs sans la moindre victoire dans le temps réglementaire. La solution du manager Rafik Yakubov - licencier le coach finlandais Kari Heikkilä et prendre lui-même sa place - n'avait pas permis d'arrêter la chute. Il a participé à la recherche d'un successeur, négociant avec Golubovich, mais a été doublé (puis remercié).

L'oligarque qui a fait monter le club de hockey à haut niveau après la chute de l'URSS, Vladimir Bulgakov, le directeur du combinat pétrochimique de Nijnekamsk, a en effet pris son téléphone et appelé - comme toujours - Vladimir Krikunov. Il sait que celui-ci ne refusera pas, et à 64 ans, le vieil entraîneur est donc re-re-revenu (!) dans "son" club d'adoption. Il y avait un petit détail : il venait de signer depuis deux mois pour redevenir le sélectionneur du Bélarus. Pas gênant pour Krikunov, qui était prêt à cumuler les deux postes, comme il le faisait déjà quand il avait atteint les demi-finales des JO 2002 de Salt Lake City. Sauf que la fédération biélorusse ne partageait pas ce point de vue et préférait annuler le contrat. Krikunov a immédiatement endossé son costume de sauveur : dès son premier match, il a ramené le club à la victoire et mis fin à la série noire.

Néanmoins, le Neftekhimik s'est séparé de plusieurs bons éléments. Le joueur formé au club Piotr Khokhryakov, fort patineur et gros travailleur, a été envoyé à Saint-Pétersbourg où, de la quatrième ligne, il a soulevé la Coupe Gagarine. Le pilier Nikolai Belov, au club depuis 5 ans, a été lui aussi échangé au SKA contre un autre défenseur international de 27 ans, Evgeni Ryasensky (ancien de la dernière période faste 2008-2011 avec déjà Krikunov aux commandes), qui était mentalement dans le doute. L'international américain Tim Stapleton a aussi été envoyé à Magnitogorsk en décembre... mais il restait par contre l'autre petit gabarit rapide Dan Sexton, qui a clairement été le meilleur joueur de Nijnekamsk et a d'ailleurs "remplacé" Stapleton dans l'équipe des États-Unis.

Il était donc difficile de rattraper le début de saison raté. Krikunov a forcément fustigé la condition physique défaillante, puisque la préparation estivale n'avait pas été aussi soutenue qu'avec ses méthodes de fer. Il a aussi dû surmonter l'épidémie de rhinopharyngite qui a frappé 11 joueurs et 3 entraîneurs fin décembre, contraignant à reporter deux rencontres. Et enfin, il a dû aborder la dernière ligne droite avec quatre arrières blessés, dont Ryasensky qui avait vite retrouvé son rôle de leader défensif, mais qui s'est cassé la cheville. Malgré ce sort contraire, le Neftekhimik n'a rendu les armes qu'à son avant-dernier match, en perdant avec cette défense diminuée (4-5) contre son adversaire direct pour l'accès aux play-offs, l'Avtomobilist. Le résultat est donc honorable, et l'étoile de Krikunov reste au firmament du ciel (pollué) de Nijnekamsk.