Nouvelle descente aux enfers pour le hockey à Reims

Treize ans après le Hockey Club de Reims, le Reims Champagne Hockey a été forcé à son tour de mettre la clef sous la porte. Retour sur les dernières années agitées des Phénix.

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On n'osait y croire mais le cauchemar s'est répété à Reims. En 2002, les Flammes Bleues de l'emblématique président Charles Marcelle, à peine auréolées d'un deuxième titre de champion de France, furent poussées à la liquidation par le Tribunal de Grande Instance après avoir contracté une dette s'élevant à près de 1,4 millions d'euros. En 2015, le chirurgien Benoit Vrielynck, successeur du défunt président Marcelle (décédé en 2007), aura finalement connu la même infortune après le refus du CNSCG, arbitre financier de la fédération, de valider la présence de Reims en Division 1 pour l'exercice à venir.

Un événement a clairement précipité les Phénix du RCH vers la faillite : l'absence d'une enceinte rémoise ouverte au public. Mais avant cela, le club affichait déjà une certaine fragilité et marchait sur des œufs. A l'amorce de la saison 2013-2014, le soulagement était de mise après une validation tardive du CNSCG. Alors que le budget des Champenois avoisinait les 700.000 euros deux ans avant, l'ambition à la rentrée 2013 devenait plus modeste. On ne parle ni de finale D1, ni de Ligue Magnus mais avant tout d'une participation aux play-offs. 

La vitrine s'est quelque peu fragilisée mais le calvaire ne fait que commencer. Les hockeyeurs de la cité des sacres se voient priver de glace fin octobre 2013 : une charpente usée menace le toit de la patinoire Bocquaine de s'effondrer. Jusqu'à nouvel ordre, le complexe auquel est accolée  la piscine du Nautilud est fermé. Mais est-ce vraiment une surprise ? L'édifice, vétuste, date des années 60. La patinoire avait montré de nombreux signes de faiblesse ces dernières années, notamment avec un compresseur en fin de vie. Benoit Vrielynck a déjà pris le micro devant la foule pour annuler une rencontre, vaincu par une arène devenue capricieuse. Même en leur temps, les Flammes Bleues ont été contraintes à l'exil. Il a donc fallu attendre qu'un toit menace de s'écrouler pour que la municipalité s'intéresse au dossier...

Dans le même temps, le club doit se réorganiser. Un plan social est adopté par le président Vrielynck : suppression d'un poste administratif, baisse de salaires des joueurs et deux renforts arrivés plus tôt, le Letton Edmunds Kniksts et le Finlandais Jimi Palanto, sont priés de plier bagage. Après la fermeture de Bocquaine, l'organisation rémoise n'a pas vraiment le choix. La patinoire Barot de Reims ne possède pas de gradins et n'est pas aux normes pour accueillir du public. Châlons-en-Champagne est à 50 kilomètres, c'est une solution coûteuse. Mais ce sont les deux seules options pour le Phénix alors que Benoit Vrielynck émet déjà le souhait d'une patinoire provisoire.

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En 2014, les Phénix terminent l'exercice tôt, le 8 février, sans gloire, exclus de la course aux play-offs mais assurés du maintien, un moindre mal. Mais le groupe, affecté par ses soucis de glace, n'avait plus forcément la tête au hockey. Un groupe qui attend toujours une solution alors que "les difficultés commencent à peser lourdement sur les épaules" dixit le président Vrielynck à l'issue du dernier match de saison régulière face à Anglet, n'hésitant pas à parler d'un "danger pour le club privé de son outil de travail." A Reims, ce sont 800 sportifs des sports de glace qui sont pénalisés dont environ 300 licenciés au hockey.

Plus tôt dans l'année, sur fond de campagnes municipales, le maire Adeline Hazan avait pourtant sa solution : la rénovation complète du complexe Bocquaine / Nautilud pour un montant de 30 millions d'euros, un chantier qui ne devait débuter qu'en 2015 pour une durée de trois ans. Elle préconisait la création d'une patinoire provisoire pour septembre 2014 mais non ouverte au public, ce qui ne réglait pour autant le problème d'absence de recettes du RCH. Le pavillon de la ville de Reims change en avril, passant du rose PS au bleu UMP. A sa tête, le nouveau maire Arnaud Robinet change totalement d'orientation : la patinoire Bocquaine ne sera pas rénovée mais détruite, un nouveau complexe flambant neuf est finalement en projet et il promet, en attendant, une patinoire provisoire, cette fois-ci ouverte au public.

Et les mois passent. Le Reims Champagne Hockey, qui avait un trou financier de 150.000 € à combler en trois ans, est de nouveau dans le rouge, le président Vrielynck tire alors la sonnette d'alarme au 15 octobre 2014. Malgré le soutien de la mairie et du groupe médical Courlancy, cela reste insuffisant. L'équipe champenoise est sous perfusion. Face à la faible exposition qu'offre l'exil forcé du RCH,  les sponsors sont trop frileux ou se désistent malgré l'imminence de la fameuse arène temporaire prévue alors pour décembre 2014, voire début janvier au pire. Il y a urgence, le docteur Vrielynck alerte une nouvelle fois sur une éventuelle disparition des Phénix et du hockey de haut niveau à Reims à défaut d'être entendu.

IMG 3171Malgré les soucis qui ne cessent de ronger le staff, les joueurs réalisent une saison éblouissante en terminant à la 5e place. En Division 1 depuis 2007, les Phénix ont accédé en 2015 pour la cinquième fois ces six dernières années aux demi-finales de D1, résistant brillamment (1-2, 3-5) aux futurs promus en Ligue Magnus, les Dogues de Bordeaux.

Et les mois passent. La patinoire provisoire Albert Ier est inaugurée le 29 mai 2015 pour un coût de 2,8 millions d'euros et dont la capacité est de 600 à 700 places. Si le maire Arnaud Robinet a chaussé ses plus beaux patins pour l'occasion, les Phénix du RCH n'auront jamais l'occasion de fouler cette glace. Cette solution, réclamée dès le début par le président Vrielynck, aura mis une vingtaine de mois pour prendre forme. C'en était trop. Quand on sait que ce genre de structure met trois mois tout au plus pour être mise en service...

L'entraîneur Miika Rousu et plusieurs cadres quittent la cité des sacres mais aucune nouvelle n'est annoncée concernant la suite. Finalement, l'information est dévoilée au grand jour au début de l'été : les dettes se sont accumulées pour atteindre 400.000 €, un tel déficit ne pouvant permettre un renouvellement du bail en Division 1. La mairie se désolidarise, ne souhaitant pas éponger la perte pour éviter une subvention qu'elle jugerait abusive. Les Phénix ferment boutique, la section sports-études est supprimée et le Reims Champagne Hockey dépose le bilan le 6 juillet 2015 pour une liquidation judiciaire.

C'est toute l'ironie de l'histoire : une patinoire provisoire à Reims ouverte au public était prête à recevoir les Phénix à la rentrée. Et un ambitieux complexe eau-glace, dont la livraison est prévue pour fin 2018 pour un coût de 75 millions d'euros, est en chantier sur l'ancien site de la Sernam, à proximité du centre-ville. Rageant. Un hockey mineur reconnu comme l'un des meilleurs de l'hexagone, des équipes U18 et U22 dans le top 8 national, une équipe première flirtant ces dernières années avec la montée en Ligue Magnus, le gâchis est monumental, tant pour la génération du capitaine Valère Vrielynck - fils du président - qui a porté le club phare, que pour les plus jeunes.

Le hockey à Reims, un des bastions du hockey français, est donc dans l'attente d'un repreneur. Le 9 juillet, la Mairie a accueilli les licenciés pour débattre sur la question. Tous souhaitent voir de nouveau les crosses se lever en septembre mais toute une structure est à recréer, des partenaires sont à trouver et un dossier est à monter pour prétendre à un alignement des seniors en Division 3. Mais une nouvelle équipe administratrice s'est déjà fait connaître pour la poursuite du hockey à Reims. 

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Vaincu par la liquidation de son équipe, l'ex-président Vrielynck a émis un dernier souhait à l'attention de ses successeurs : une orientation vers la formation, bâtir avec les jeunes pour performer sur le long terme. Ce fut son leitmotiv durant les années Phénix. Ce fut également celui de l'inoubliable Charles Marcelle durant les années Flammes Bleues. 

Reverra-t-on à la baguette Vladimir Kovine ? Ce champion olympique à Sarajevo en 1984 avec l'URSS a épaulé les plus jeunes ces 25 dernières années en Champagne. Rarement un technicien n'aura eu une telle influence sur toute une organisation. S'il n'est pas lassé d'une deuxième faillite du hockey rémois, il sera le pilier d'une nouvelle entité. Le hockey à Reims est encore en ruines, il aura besoin de toutes bonnes initiatives pour se relever. Et rejoindre son jardin tant espéré.