Bilan de la KHL (fin) : Champions et chocs

Un Français devient champion de Russie presque sans le savoir, Kovalchuk-Zidane répond aux critiques, les Finlandais doutent de l'égalité des chances en KHL... Toutes les histoires et analyses qui permettent de mieux comprendre la ligue russe - y compris l'envers du décor - à travers les huit meilleurs clubs.

 

CSKA Moscou (1er - finaliste Conférence Ouest) : champion sans l'être

DA COSTA Stphane 140509 426Le vrai champion de Russie 2014/15, l'officiel, c'est le CSKA Moscou, titré pour la première fois depuis l'époque soviétique. C'était la volonté de la fédération de pouvoir organiser sa propre cérémonie, et donc de couronner son champion indépendamment des play-offs, à l'issue desquels la KHL remettrait son trophée à elle, la Coupe Gagarine. Cela fonctionnait déjà comme ça en 1994, 1996 et 1998, quand le champion était déjà sacré après la saison régulière et que les play-offs qui suivaient étaient une "coupe" distincte. Mais comment veut-on que le public comprenne que les règles d'attribution du titre ont changé alors que la formule est la même que la saison précédente ?

La réaction des joueurs est parlante : ils n'ont pas fêté le championnat, car juste après, il y avait les play-offs, qui sont le moment important de la saison de hockey partout ailleurs. La Russie ne peut pas fonctionner seule avec un système illisible et contradictoire avec tous les autres pays (moins la Grande-Bretagne, mais son carré final en deux jours n'est pas organisé comme les play-offs du reste du monde). Au regret de Tretiak et de quelques autres, les clubs ont décidé à l'unanimité de revenir au système antérieur l'an prochain et d'attribuer le titre de champion de Russie au vainqueur des play-offs. Si le CSKA n'a pas savouré ce titre attribué "par parenthèse", il ne le mérite pas moins. Sa domination sur la saison régulière a été la plus forte jamais vue depuis neuf ans (ce qui signifie accessoirement que le niveau de concurrence interne en KHL s'est affaibli en revenant à l'époque de la Superliga).

La saison commence avec 16 victoires pour 1 défaite, survenue le jour où l'entraîneur Dmitri Kvartalnov a choisi de reposer son gardien Galimov et de sortir a Costa de la première ligne. Cette période faste du CSKA est en effet celle du trio Igor Grigorenko - Stéphane Da Costa - Aleksandr Radulov, qui enchaîne les buts et domine la ligue, et de Stanislav Galimov, qui justifie pleinement les 100 millions de roubles (alors 2 millions d'euros) de son transfert, un montant raillé à l'intersaison. Cette phase idéale prend fin par une défaite chez le SKA Saint-Pétersbourg, déjà le seul rival pour le titre. Mais une série de 13 victoires en novembre-décembre, dont la revanche sur le SKA le jour de l'annonce du décès de l'entraîneur mythique Viktor Tikhonov, propulseront le CSKA en orbite sans qu'il puisse être rattrapé.

Le CSKA finira avec la meilleure défense du championnat, et pourtant il aura surtout fait paler de lui par ses stars offensives. Radulov (cheville) et Da Costa (hanche) ont chacun manqué le quart de la saison régulière, et pourtant ils ont fini 1er et 4e au classement des marqueurs de la KHL. Lorsque le Français est revenu, il a été placé sur une deuxième ligne "étrangère" avec l'international slovène Jan Mursak et avec le champion du monde 2013 Simon Hjalmarsson, récupéré en octobre après un camp NHL non concluant. C'était peut-être un mal pour un bien pour Da Costa, car il a prouvé qu'il pouvait être performant avec d'autres coéquipiers, pendant que le coach Kvartalnov changeait sans cesse de centre pour ses deux ailiers-vedettes.

La situation s'est encore compliqué dans "l'autre compétition", les play-offs. Le joker Andreas Enqvist, recruté pour pallier le manque de densité au centre dont se plaignait Kvartalnov, s'est blessé dès le premier match. Le jeune Igor Prokhorkin, qui centrait Grigorenko et Radulov l'an passé, était en conflit avec son coach pour des questions de discipline. Da Costa a été commotionné après une charge finlandaise au tour précédent. Lorsque se profilait la finale de Conférence Ouest, le choc ultime face au SKA, c'est donc l'habituel attaquant de quatrième ligne Roman Lyubimov qui était appelé aux côtés des vedettes Radulov et Grigorenko. Non sans réussite d'ailleurs.

Il faut dire qu'Aleksandr Radulov est redevenu ce leader d'exception, ce fauve déchaîné sorti de sa cage, capable de mener son équipe comme personne. Mais il n'aura pas suffi. Dans ce choc des titans, le CSKA a mené 3 victoires à 0... mais il s'est fait remonter à partir du moment où son gardien Galimov a commencé à faiblir. Excellent dans les trois premières rencontres, il a fini par se faire remplacer par Kevin Lalande, qui n'avait jamais été aligné contre le SKA pendant la saison (preuve qu'il n'était vraiment que numéro 2 dans la tête du coach). Le Canado-Biélorusse n'a cependant pas fait mieux, et la série a tourné. C'est ce dénouement frustrant que garderont en mémoire les supporters du CSKA, plus que le titre non célébré.

 

SKA Saint-Pétersbourg (2e - vainqueur Coupe Gagarine) : Bykov, l'homme qui donne confiance

KOVALCHUK Ilya 130504 242Il est venu. Il a vu. Il a vaincu. Le retour de Vyacheslav Bykov et de son adjoint Igor Zakharkin en Russie a viré au triomphe. La parade a commencé dès le début de saison puisque le SKA Saint-Pétersbourg n'a connu la défaite qu'au 13e match. La petite crise automnale doit être relativisée parce que la meilleure paire défensive (Anton Belov - Maksim Chudinov) était alors blessée et que le trio Panarin-Shipachyov-Dadonov ne jouait pas non plus au complet.

Or, ce trio, c'est vraiment la grande découverte de Bykov. Il connaissait ces trois joueurs et il avait senti qu'ils fonctionneraient ensemble et se complèteraient idéalement : l'intelligence de jeu de Vadim Shipachyov pour les passes, le travail d'Evgeni Dadonov pour conclure les actions, et la technique incroyable d'Artemi Panarin qui ajoute l'émotion esthétique. Des joueurs qui prennent toute leur dimension collectivement et pas pris individuellement : ils ont en fait ressuscité les principes qui avaient fait la force du hockey soviétique. Une ligne créée en club, peaufinée toute l'année, et utilisée telle quelle en équipe nationale, y compris en utilisant exactement les mêmes systèmes qu'au SKA. Notamment le jeu de puissance avec deux joueurs derrière la cage, redoutable avec une unité aussi créative. Les trois hommes ont donc laissé une formidable impression, jusqu'aux championnats du monde. Mais on n'est plus à l'époque soviétique, et ce trio tombera-t-il dans l'oubli après le départ d'un des leurs (Panarin) en NHL ?

Malgré la qualité de jeu, le SKA suscitait toujours le doute avant d'aborder les play-offs. Le club le plus riche de KHL avait tellement l'habitude de s'y faire éliminer piteusement alors qu'il était favori... Lorsqu'il a été mené 3 victoires à 0 par le CSKA en finale de Conférence Ouest, les papiers des journalistes russes étaient déjà prêts. L'argumentation pouvait reprendre exactement les thèmes des années précédentes : ces joueurs étrangers qui ne produisent plus quand on a besoin d'eux, ce gardien étranger qui craque au pire moment (Mikko Koskinen ayant remplacé les Tchèques dans le rôle du bouc émissaire). Ajoutez-y un paragraphe majeur sur le cas Ilya Kovalchuk, la star déchue, qui avait perdu son hockey et ses nerfs, comme en témoigne son méchant coup de crosse par derrière dans la jambe de Radulov au début de la série, un geste comparé à un coup de tête d'un certain Zinedine Zidane...

Au quatrième match, Bykov a alors envoyé en tribune Viktor Tikhonov (peinant à retrouver son niveau de la saison précédente) et mis ses partenaires Patrick Thoresen et Tony Mårtensson avec l'énigmatique Ilya Kovalchuk. Le SKA, qui n'avait jamais remporté une série après avoir été mené, a réussi l'impossible en remportant les quatre victoires suivantes, et le si critiqué Kovalchuk s'est transformé au point d'être élu MVP des play-offs, un choix que l'intéressé a critiqué en expliquant que Dadonov (15 buts en play-offs, nouveau record) méritait mieux ce trophée.

Toujours pendant les festivités autour de la Coupe Gagarine, Kovalchuk a aussi publiquement remercié les dirigeants du SKA pour avoir invité Vyacheslav Bykov. Cet entraîneur au management humain sait donner confiance à ses joueurs comme personne, et c'est peut-être pour ça qu'il sait diriger les équipes de stars réputées ingérables. Après avoir conduit la Russie à un titre de champion du monde qu'elle attendait depuis quinze ans, il a donc fait gagner en seulement un an le SKA qui n'avait jamais connu la moindre finale. C'est pourquoi Saint-Pétersbourg a subi un choc en apprenant fin juin que Bykov rentrerait en Suisse pour raisons familiales...

 

Dynamo Moscou (3e - 2e tour) : amitié et fidélité

DAUGAVINS Kaspars 100508 284Dans une KHL qui s'est résumée à un "duel des étoiles" entre les deux anciens clubs de l'armée (CSKA et SKA) plus que jamais identifiés à leur symbole stellaire avec leurs "stars" qui attirent l'attention (Kovalchuk et Radulov), le Dynamo Moscou n'a pas vraiment pu rivaliser. Il n'a jamais pu se mêler à la lutte pour le titre, et il a aussi été éclipsé médiatiquement par ses rivaux. Ses valeurs collectives sont moins "vendeuses". L'ancien adjoint Harijs Vitolins n'a ni le charisme ni la moustache de son ami Oleg Znarok, même s'il en était le maître à penser tactique et a évidemment gardé un système de jeu aussi performant.

Le Dynamo Moscou, c'était peut-être l'équipe la plus homogène de la KHL, sans véritable star à paillettes (avec tout le respect que l'on doit à son meilleur marqueur, le Letton Kaspars Daugavins), mais avec des joueurs de qualité sur toutes ses lignes. Le meilleur symbole de ces joueurs de l'ombre, c'est sans doute le défenseur formé au club Andrei Mironov, néo-international russe de seulement 21 ans. Il n'est que le septième arrière de l'équipe (et a montré ses limites au Mondial quand les blessures de ses collègues l'ont contraint à un temps de jeu supérieur), mais ses charges à la hanche dans les derbys moscovites (sur Hjalmarsson et sur Radulov) étaient d'une telle beauté que les vidéos ont fait sensation jusqu'en Amérique du Nord.

Cette homogénéité, le Dynamo l'avait aussi dans les cages avec trois gardiens de valeur... tous trois prénommés Alexandre ! Aleksandr Eremenko, qui a retrouvé confiance, semblait devoir être titulaire en play-offs par la force de l'expérience, mais le malheureux s'est blessé avec l'équipe nationale en février. Sa doublure Aleksandr Lazushin l'a suppléé en jouant un rôle décisif pour éliminer le Lokomotiv Yaroslavl (son club formateur), mais il s'est tordu la cheville dans un choc avec son coéquipier Karsums au match 4 de la srie suivante contre le SKA. Le troisième Aleksandr (Sharychenkov) avait réussi de bonnes prestations en saison régulière, mais c'était plus compliqué de rentrer en plein milieu d'une série face au futur champion. Logiquement éliminé en cinq manches, le Dynamo n'a pas à rougir, même si lors de ses titres 2012 et 2013 il s'était fait une spécialité d'éliminer la collection de stars de Saint-Pétersbourg.

Néanmoins, peut-il se contenter d'être valeureux et cohérent quand son rival de toujours, le CSKA, le dépasse et attire toute l'attention ? La légitimité du compétent mais discret Vitolins a été remise en cause. Et si Oleg Znarok s'est empressé de dire qu'il ne voulait pas cumuler son poste d'entraîneur national avec un poste de club - alors que personne ne lui avait rien demandé - il se dit que c'est pour protéger son fidèle collègue Vitolins. Certains nostalgiques pourraient être tentés de vouloir rappeler Znarok, qui avait conduit le Dynamo à deux coupes Gagarine, et il ne voulait pas être indirectement responsable du licenciement de son ami. Si les dirigeants dynamistes pensent vraiment qu'un autre entraîneur ferait mieux, ils devront assumer.

 

Ak Bars Kazan (4e - vainqueur Conférence Est) : l'ennui ne gagne pas toujours

MOLLER Oscar 140515 324L'ancien sélectionneur Zinetula Bilyaletdinov a bénéficié d'une certaine réhabilitation après avoir été le bouc émissaire de l'échec olympique. Revenu dans "son" club Kazan (depuis dix ans, puisqu'il avait passé toute sa carrière antérieure au Dynamo Moscou), il a appliqué son système de toujours. Pour les observateurs et journalistes, un seul sentiment lorsqu'ils couvrent Ak Bars : l'ennui. L'ennui sur la glace à attendre un but, mais aussi l'ennui en conférence de presse, où Bilyaletdinov a poussé à l'extrême le principe de la phrase bateau lapidaire répétée à chaque fois. En même temps, on comprend qu'il n'ait aucune envie de concéder la moindre phrase intéressante à une presse qui ne l'a pas épargné...

Même si elle ne suscitait guère de passion, beaucoup pensaient que l'Ak Bars Kazan pourrait gagner la finale de la Coupe Gagarine. Elle s'était qualifiée sans vraiment trembler à l'Est, disposant de cinq lignes complètes et d'une profondeur de banc à faire pâlir ses adversaires. C'était bien sûr différent face au SKA Saint-Pétersbourg, mais beaucoup se raccrochaient au vieux dicton selon lequel c'est la défense qui mène à la victoire dans des play-offs. Or, l'Ak Bars, qualifié après une série caricaturale face au Sibir (2-1 comme score le plus "élevé" et deux victoires 1-0 en prolongation pour finir), était le symbole du hockey défensif. En face, Bykov est considéré comme un apôtre du hockey offensif depuis ses débuts (l'intéressé attribue cependant aujourd'hui ses déclarations de l'époque à sa jeunesse). Les deux derniers sélectionneurs de la Russie incarnaient donc, malgré eux, deux philosophies opposées.

La finale a cependant tourné court. Kazan, ayant l'avantage de glace parce qu'il avait fini premier de sa Conférence en saison régulière contrairement au SKA, a été battu deux fois d'entrée à domicile. Le gardien suédois Anders Nilsson, qui a battu un record avec six blanchissages en play-offs, n'en a obtenu aucun en finale. On ne peut pas toujours gagner en visant le 0-0... Kazan était-il été capable de d'utiliser tous ses atouts offensifs ? Bilyaletdinov se permettait de laisser en tribune Sergei Kostsitsyn (payé près de 3 millions d'euros) et Fyodor Malikhin (dont le transfert en avait coûté deux à l'intersaison)... Laissait-il toute la liberté à la première ligne Möller-Azevedo-Mirnov, capable de beaux jeux à une touche de palet ? Telle est la question. En tout cas, le tir du poignet d'Oscar Möller, précis, puissant et sans préparationn, a souvent été décisif avec six buts gagnants en play-offs.

Outre Bilyaletdinov, un autre homme a été réhabilité après une saison olympique difficile : Ilya Nikulin, privé de son capitanat à l'intersaison. Il a repris le leadership de la défense, et a même eu droit à reprendre son "C" pendant la blessure de Svitov. Sa résurrection a coïncidé avec le relatif déclin de celui qui l'avait supplanté l'an passé, son collègue de la défense, Evgeni Medvedev, également né en 1982. Gêné toute la saison par des soucis d'épaule, Medvedev a tout de même décroché un contrat de 3 millions de dollars avec les Flyers de Philadelphie. Ce départ inattendu à un âge avancé est la conséquence de la dévaluation du rouble et le signe que les figures supposées éternelles de la KHL ne sont plus épargnées par la tentation de la NHL.

 

Jokerit Helsinki (5e - 2e tour) : ils croient ne pas avoir le "droit" de gagner

KAPANEN Niko 120506 231Pour leur intégration à la KHL, les Jokerit Helsinki ont réussi une très bonne saison juste derrière les cadors de Moscou et de Saint-Pétersbourg. Leurs bons résultats ont permis de neutraliser les critiques virulentes, le public finlandais oscillant entre curiosité et neutralité sceptique vis-à-vis de la KHL. Le club a quasiment atteint l'objectif ambitieux de 11000 spectateurs qu'il s'était fixé, puisqu'ils étaient en moyenne 10932. Un beau chiffre, sans battre toutefois le record de la première saison à la Hartwall Arena qui présentait elle aussi un "effet nouveauté" (12232 en 1997/98).

En plus, le résultat financier a été presque équilibré avec un budget de 20 millions d'euros (dont la moitié pour la masse salariale). La structure reste donc bien plus saine que celle des clubs russes. Et paradoxalement, c'est un peu ce qu'on reproche aux nouveaux investisseurs russes... En octobre, le milliardaire Boris Rotenberg, proche de Poutine frappé par les sanctions occidentales à la suite de la crise ukrainienne, a vendu ses parts majoritaires dans les Jokerit (et dans leur Arena) à son fils Roman Rotenberg. Peu à peu celui-ci s'exprime plus que l'autre copropriétaire Harkimo sur les Jokerit, et devient donc le nouveau visage du club. Mais le problème, c'est que ce visage est aussi celui du vice-président du SKA Saint-Pétersbourg, un conflit d'intérêt secondaire pour l'intéressé, mais qui fait tiquer les Finlandais, surtout quand Rotenberg apparaît en tribune pendant la finale KHL.

Même si le SKA est financé par Gazprom et pas par les derniers personnels de Rotenberg, les supporters des Jokerit ont l'impression qu'"on" ne les laissera pas gagner la Coupe Gagarine. Certains préfèreraient être gérés "à la russe" - avec un généreux mécène dispendieux - pour avoir une chance de rivaliser avec les mastodontes de la KHL. Ils n'ont en particulier pas digéré que le sulfureux défenseur Jere Karalahti n'ait jamais été remplacé après avoir été viré à l'automne.

C'est maintenant que les rêves des supporters risquent d'être confrontés de manière plus dure à la réalité. En effet, les Jokerit ont dû leurs bons résultats à quatre joueurs, tous étrangers, le défenseur offensif américain Ryan Gunderson et le trio Omark-Koukal-Moses, qui a supplanté la première ligne officielle (et finlandaise) Hagman–Kapanen–Aaltonen. Il est donc surprenant qu'à l'issue de l'élimination au deuxième tour contre le CSKA Moscou, le manager Jari Kurri ait expliqué qu'il attendait mieux du trio Omark-Koukal-Moses : "il n'a pas montré son meilleur hockey, contrairement à Radulov et Grigorenko qui ont décidé du résultat des rencontres." Or, les trois hommes ont quand même mené tant bien que mal l'équipe en play-offs. Il faut dire qu'il n'y avait plus d'alternative avec la blessure au genou du capitaine Niko Kapanen au premier tour.

On a eu l'impression que le staff préparait l'opinion à ce qui allait suivre, le départ inévitable des meilleurs joueurs. L'entraîneur Erkka Westerlund déclarait quant à lui : "nous savons maintenant quels joueurs nous voulons, des joueurs qui vont à la cage dans un style plus direct. Une équipe plus dans le style des play-offs." Cette déclaration pourrait viser en creux un Linus Omark, mais le Suédois avait une option de prolongation de contrat activable par le joueur. C'est donc lui qui a décidé de quitter les Jokerit - et non l'inverse - parce qu'il pouvait obtenir un plus gros contrat au sein de la KHL, de même que Gudbranson. Quant au petit Steve Moses, dont la vitesse a excellé sur les grandes patinoires russes, il s'est mué de joueur anonyme en Liiga finlandaise à meilleur buteur de la KHL, et compte tenter sa chance en NHL avec ce nouveau statut. Le recrutement contredit un peu l'assertion de Westerlund, puisque le plus connu des futurs arrivants, Mathis Olimb, a justement la réputation en Suède de ne pas être un joueur de play-offs. Comme les Jokerit n'ont pas les moyens de se payer un Radulov, la compétition s'annonce encore plus dure, et le staff essaie de faire passer la pilule pour le masquer...

 

Metallurg Magnitogorsk (6e - 2e tour) : le cru 2015 était bouchonné

MOZYAKIN Sergei 130505 451Vainqueur de la KHL avec une ligne dominante (Zaripov-Kovar-Mozyakin), le Metallurg Magnitogorsk n'a pas tardé à montrer ses limites à la reprise. Sergei Mozyakin a subi une commotion cérébrale en septembre, et comme c'est un joueur qui a peu eu l'habitude de se blesser durant sa carrière, il a un peu tardé à retrouver son niveau et a semblé accuser le coup psychologiquement. Il faut cependant relativiser ce qu'on appelle la "méforme" du trio magique : même dans une saison supposément moins bonne, les trois hommes tournaient tous à plus d'un point par match, ce à quoi parviennent seulement dix joueurs dans toute la KHL.

Si le moindre match sans marquer de la première ligne est observé à la loupe, c'est surtout parce le Metallurg n'a toujours pas trouvé un deuxième trio offensif digne de ce nom. Le vétéran Maksim Yakutsenia a été recruté pour ça, mais il a énormément déçu, surtout par son zéro pointé en play-offs. Et les jeunes attaquants locaux ne se sont malheureusement pas engouffrés dans la brèche. Vladislav Kamenev a certes encore battu un record de précocité de Malkin, en étant sélectionné à 18 ans et 2 mois, mais ce record est une illusion : Kamenev a été sélectionné en novembre parce que la KHL ne s'arrêtait pas pendant l'Euro Hockey Tour et que les joueurs majeurs de l'équipe de Russie avaient été laissés à leur disposition de leur club ; Malkin, lui, a été testé en avril après une saison à 32 points et a enchaîné avec les championnats du monde. Kamenev est très loin de soutenir la comparaison...

Les lignes à vocation défensive ont cependant fait leur boulot. Mike Keenan s'est ainsi félicité que son équipe soit la meilleure de KHL en infériorité numérique. Mais cela n'a duré que le temps de la saison régulière.

Les play-offs s'annonçaient sous de moins bons auspices pour le public ouralien. La KHL a en effet décidé que, pour favoriser la télévision, les rencontres jouées dans l'Oural et en Sibérie commenceraient à 16h30 heure de Moscou les jours de semaine. Cela fait 18h30 en heure locale à Magnitogorsk. Or, à cette heure, chaque soir, un gigantesque embouteillage s'est formé sur le point qui relie le combinat métallurgique, sur la rive gauche du fleuve Oural, aux quartiers d'habitation situés sur la rive droite. Et c'est justement au pied de ce pont que se situe l'Arena Metallurg... Les supporters de hockey devaient donc à cette décision imposée par la capitale d'arriver généralement en retard. C'est pourquoi les tribunes se remplissaient si lentement, et n'étaient pleines qu'en deuxième période...

Au match 4 du premier tour contre Ufa, le Metallurg a bien cru assister au réveil de son attaque endormie lorsque son capitaine Sergei Mozyakin a signé un triplé pour renverser le score de 1-3 à 6-4. Le trio était donc parti pour rappeler sa domination du printemps 2014... mais au tour suivant, il a été complètement étouffé par le Sibir. La série a encore basculé au match 4, mais cette fois, c'est sur une douteuse passe aveugle de Mozyakin, au tout début de la prolongation, qui a offert la victoire à l'adversaire. Les années ne suivent et ne se ressemblent pas...

 

Sibir Novosibirsk (7e - finaliste Conférence Est) : ici, on rase gratis

SALAK Alexander 140509 474On ne donnait pas cher de la peau du Sibir Novosibirsk en début de saison. Le club avait reçu la visite des inspecteurs régionaux du travail, venus rappeler les dirigeants et à la loi car les salaires impayés se montaient déjà à plus de 8 millions de roubles alors que la saison n'avait commencé que depuis deux mois. Et avec la crise économique qui frappait la Russie victime des sanctions internationales à l'automne, le rouble valait de moins en moins et les joueurs étrangers ont commencé à râler.

Le gardien finlandais Mikko Koskinen avait vite fait ses calculs : son salaire annuel de 40 millions de roubles ne valait désormais plus 800 000 euros mais seulement 600 000. Si en plus il n'est pas sûr de les recevoir après les retards déjà constatés... Mécontent, il a alors lui-même appelé le SKA Saint-Pétersbourg, le club le plus riche de KHL, pour proposer ses services ! L'audace a outragé le public sibérien. Les clubs, eux, se sont entendus : Koskinen partait à proximité de son pays, et en retour, le gardien tchèque Alexander Salak est arrivé... Accueilli par une banderole de bienvenue dans sa langue natale, il a fini sa saison à Novosibirsk avec 94,4% d'arrêts ! Tout le monde a finalement gagné à cet échange de bons procédés (y compris Koskinen qui a soulevé la Coupe Gagarine).

Tout en maintenant la discipline défensive de son prédécesseur Kvartalnov, le nouvel entraîneur Andrei Skabelka a donné un plus de liberté d'improvisation en zone offensive et autorisé les défenseurs à se connecter à l'attaque (ce qui convenait parfaitement à la recrue suédoise Patrik Hersley). Alors même qu'il avait perdu son meneur offensif Jori Lehterä parti en NHL, le Sibir est carrément devenu la meilleure attaque de la Conférence Est, avec beaucoup plus de profondeur offensive : les autres joueurs ont tous pris plus de responsabilités offensives. La transformation la plus flagrante est celle du nouveau meilleur marqueur Dmitri Kugryshev, 24 ans : cet attaquant autrefois défensif a gagné en agressivité et est plus incisif dans ses assauts à la cage, même s'il lui manque toujours un lancer de qualité supérieure.

Sans jamais venir se produire une seule fois sur les deux patinoires de Moscou, du fait du nouveau calendrier de la KHL qui favorise les derbys, le Sibir Novosibirsk a remporté sa division Chernyshev, certes la plus faible de la ligue. Il avait donc l'avantage de la glace au deuxième tour contre le Metallurg Magnitogorsk, champion en titre et toujours favori.

Dans la vénérable patinoire à la charpente en bois, 7400 spectateurs euphoriques (ils étaient quatre fois de plus à vouloir des billets) voyaient leur équipe neutraliser le super-trio offensif du Magnitka dans une démonstration tactique. Dans l'Oural, l'équipe a d'abord donné l'impression de péter les plombs, avec l'exclusion de Salak pour une bagarre peu digne d'un gardien. Suspendu pour seulement 1 match (remporté grâce au "match de sa vie" de sa doublure Bespalov), le Tchèque est revenu qualifier son équipe dès le cinquième match. Laissons le mot à l'entraîneur battu Mike Keenan : "La clé de la série est l'excellente défense du Sibir. C'est très difficile de jouer contre eux à 5 contre 5, nbous n'avons marqué que trois buts contre eux à compositions égales". Le manager Kirill Fastovsky a tenu sa promesse de se raser la tête, une promesse exécutée en direct à la télévision locale : son équipe a en effet atteint la finale de Conférence Est et connu la meilleure saison de son histoire.

 

Avangard Omsk (8e - 2e tour) : le terrible accident

BARULIN Konstantin 120520 364Après une année catastrophique terminée hors des play-offs, l'Avangard Omsk a livré des prestations plus dignes d'un club oligarque, qui ne peut pas se plaindre de son propriétaire (Gazpromneft) qui compense les baisses de subventions publiques. Le début de saison a été prometteur. Les performances du nouveau premier trio, guidé par la recrue-vedette de l'intersaison Vladimir Sobotka, ont néanmoins fléchi lors de la blessure du champion du monde Sergei Shirokov, pourtant auteur de 22 buts dans une saison régulière presque raccourcie de moitié (c'est donc le seul à avoir dépassé la moyenne de buts de Stéphane Da Costa dans cette saison de KHL).

En janvier/février, l'Avangard a aussi traversé une mini-crise de 5 défaites consécutives à domicile, coïncidant avec la non-reconduction devenue presque officielle de l'entraîneur Raimo Summanen, qui a choqué la presse finlandaise. Ses dirigeants voyaient un niveau de jeu et une condition physique en berne, et leur coach qui, tenant à son autonomie de décision, s'en tenait à son plan. Certains joueurs étaient mécontents. Le gardien Konstantin Barulin digérait mal de voir sa place de titulaire remise en cause à chaque match par le junior Denis Kostyn, le coach finlandais tenant à rester imprévisible dans ses choix...

Summanen a minimisé cette question contractuelle et affirmé que cela avait peu d'importance. Il a rempli sa mission jusqu'au bout, et a même révisé certains de ses jugements. Il a ainsi avoué sa surprise d'apprendre que son joueur Ivan Fishchenko, qu'il utilisait moins de 4 minutes par match, était sélectionné dans l'équipe de Russie des moins de 20 ans. En le voyant se dévouer en infériorité numérique sous le maillot national, il a appris à apprécier son état d'esprit et son sang-froid.

Les play-offs ont cependant viré au drame pour l'Avangard. La qualification en sept manches contre le Barys Astana a été chèrement payée avec la perte de deux joueurs de première ligne (Sobotka et le meilleur compteur de l'équipe Denis Parshin), et surtout du capitaine Dmitri Kalinin, qui a perdu son casque juste avant de retromber lourdement après une mise en échec de Savchenko, coude trop levé. Sitôt au sol, le joueur s'est mis à convulser, l'adversaire le plus proche s'est mis à son chevet en appelant les médecins en urgence, et toute la Russie a tremblé pour et avec lui. Au match suivant, le staff de l'Avangard a vérifié que les jugulaires des casques de chaque joueur étaient correctement attachées pour qu'un incident aussi terrible ne se reproduise plus.

Au tour suivant, Omsk a encore perdu sur blessures son défenseur le plus sûr, le Tchèque Miroslav Blatak, le capitaine de remplacement Anton Kuryanov et enfin le troisième capitaine en dix jours, Vadim Khomitsky, prolongeant la malédiction à ce poste ! Ne marquant qu'un but lors des quatre dernières rencontres, l'Avangard avait peut-être la tête ailleurs... Sur le lit d'hôpital de Kalinin, qui en est heureusement ressorti peu après. En tout cas, l'objectif du club, la finale de Conférence Est, n'a pas été atteint, et Summanen n'a donc pas été reconduit, comme annoncé.

 

Voir aussi la page de résultats du championnat de Russie.