Présentation de Rouen 2015-2016

Chassez le naturel, il revient au galop !

Après avoir échoué en play-offs, Les Dragons de Rouen vont tenter de se reconstruire après deux saisons non abouties et décevantes.

Dans la mesure où le tandem Salo-Fournier n’était qu’intérimaire, un nouvel entraîneur s’imposait. Déjà approché par Thierry Chaix lorsque le président du RHE76 avait pris la décision d’écarter Rodolphe Garnier en cour de saison, Fabrice Lhenry a cette fois accepté la proposition aussi inattendue pour les fans que pour lui, car « c’est un honneur d’entraîner Rouen». L’ancien gardien prendra donc les rênes techniques du groupe pro pour un an, mais dans l’optique d’un début de cycle forcément plus long, de quatre à cinq ans.

A 42 ans, l’ancien international met fin à une longue et riche carrière de joueur. Comme « Fabulous Fab » le souhaitait, il sera secondé pendant les séances de glaces par Ari Salo, qui lui apportera, entre autre, son expérience à ce poste. Le Finlandais récupère la gestion des U22 (Elite) comme il s’était mis d’accord avec la direction du club avant les play-offs et obtient la responsabilité de l’équipe 2 : Rouen II (D2).

Fabrice Lhenry a fait part de ses vœux de jouer avec quatre trios offensifs composés de joueurs aux rôles spécifiques (offensifs ou défensifs) mais commutables sur la base de la concurrence. Des joueurs au jeu intensif avant tout pour exercer un forecheck soutenu. De son côté Thierry Chaix a évoqué d’autres axes de recherches. Les joueurs recherchés devront avoir des qualités de vitesse, de sacrifice et de caractère. Un effectif en reconstruction pour « remettre la main sur la ligue Magnus » dans les trois ans. Les cadres des dernières années et les joueurs à gris-gris ne sont plus des priorités dixit Thierry Chaix au moment de négocier les nouveaux contrats.

Quatre mois plus tard, où en est le contingent rouennais ? Il y avait beaucoup de doutes, de perplexité, voire de défiance mais force est de constater que quatre lignes offensives concurrentielles sont bien présentes malgré le départ de six attaquants, dont le très prolifique duo Desrosiers-Charland et du capitaine des champions de France U22, Alexandre Lubin. Derrière, le départ (vers Bordeaux) d’un autre cadre de l’équipe, à Rouen depuis 5 ans, Jonathan Janil (3 titres de champion, un titre européen), néo-papa qui n’a pas souhaité, à 27 ans, patienter (risquer) jusqu’à la fin des mondiaux de Prague pour recevoir (ou non ?) une (mauvaise) offre du RHE76, créait un trou béant dans la défensive Noire-Et-Jaune.

Le départ (vers le promu Bordeaux) de Julien Desrosiers (34 ans), la saison où le numéro 42 rafle le trophée Charles Ramsey, a jeté un froid et laissera un énorme vide après dix saisons, une génération (!), de présence sur les bords de Seine. Avec 433 points (179 buts) en 244 matches, six coupes Magnus et un titre européen remportés sous le maillot des Dragons, Julien Desrosiers restera un monument du hockey Rouennais dans la lignée des Verret, Fournier, Pajonkowski, Doucet et Mallette pour n’en nommer que quelques-uns des attaquants.

La question des autres cadres offensifs a été assez vite résolue. Un mois après la nomination de Fabrice Lhenry, les Canadiens François-Pierre Guénette (31 ans) et Marc-André Thinel (34 ans) avaient re-signé. Avec la présence de Loïc Lampérier (25ans) engagé pour deux ans à l’intersaison dernière, la première ligne était conservée signe que la reconstruction se ferait par petites touches. Entre temps, des recrues tricolores qu’on ne présente plus, Yorick Treille (34 ans / 153 sélections, arrive de Grenoble) et Damien Raux (30 ans / 147 sélections, arrive de Briançon) avaient paraphé leurs contrats dans la foulée du champion de France Nicolas Arrossamena (25ans qui arrive de Gap) ce qui assurait ainsi une deuxième ligne et la présence de JFL. Dan Koudys (25ans) et Fabien Colotti (18ans) conservés, il y a eu quatre renforts dont trois étrangers qui arrivèrent en ordre dispersés.

D’abord, le Québécois Olivier Labelle. A 30 ans, l’ailier revient en Europe après une expérience de deux saisons en Autriche à Graz (EBL) où il a joué la seconde année avec Patrick Coulombe, durant laquelle il fut souvent blessé et vit sa bonne première fiche affaiblie. Il a recouvré ses qualités en retournant dans le club ferme de Philadelphie en ECHL, des Reading Royals, l’an passé. Formé en QMJHL avec Mathieu Brunelle (Rouen 2010-2011). Sous les ordres de l’ex-Rouennais (1998-2000) Benoit Groulx, il remporta deux titres de champion de la ligue québécoise en 2003 et 2004. Olivier Labelle aura surtout œuvré en ECHL en faisant quelques piges en AHL. A 27 ans, après sa meilleure saison pro en Amérique du Nord, il franchi l’Atlantique en direction de l’Autriche. Joueur physique et d’intensité, il marque souvent ses buts de près. Un parfait complément semble-t-il a une autre recrue signée tardivement: Jason Krog.

Le canadien de Colombie-Britanique est très chevronné. A 27 ans, il a même joué (et perdu) la finale de la coupe Stanley avec les Mighty Ducks d’Anaheim en 2003 ! Bon aux mises en jeu, il a surtout été un pointeur prolifique en AHL. Agé, 39 ans aujourd’hui, il serait en bonne forme et il a un fort caractère. C’est un leader, un grand joueur offensif qui devrait seconder (enfin) François-Pierre Guénette, un peu seul au centre ces deux dernières années. Krog dispose d’un CV impressionnant en ligue Magnus. Il a succédé à Chris Drury et Paul Kariya au titre de meilleur joueur de NCAA. Souvent blessé à ses débuts en NHL, il a fait le yoyo entre NHL et AHL. En NHL au centre de la 3ème ou 4 ème ligne, il avait des tâches défensives alors qu’il a été un playmaker en Autriche (2004-2005 et 2014-2015) et lors ses 2 premières saisons complètes en Suède (2011-2014).

Jason Krog a signé son premier contrat professionnel en 1999-2000 avec les Islanders de New York (NHL), il était un joueur non repêché! Au long de sa carrière, il a joué avec Islanders de New York, les Ducks d'Anaheim, les Thrashers d'Atlanta, les Rangers de New York et les Canucks de Vancouver en NHL, Lock Monsters de Lowell, Bruins de Providence, Springfield Falcons, Sound Tigers de Bridgeport, Wolves de Chicago, Mighty Ducks de Cincinnati, et le Moose du Manitoba en AHL, et pour les équipes européennes Villach (EBEL), Genève-Servette (LNA), Frölunda (SHL) avec Richard Demèn-Willaume (Rouen 2011-2012), HV71 (SHL) et Medvescak Zagreb (KHL). Dans la saison 2007-2008 (sa meilleure en carrière) avec les Wolves de Chicago, Jason Krog a gagné la coupe Calder (AHL). Avec plus de 200 matches en NHL, l’ancien coéquipier de Yorick Treille et Philippe Bozon à Genève-Servette est souvent présenté comme un cador et sera donc très attendu.

Un autre Canadien de Colombie Britannique sera à découvrir sur l’île Lacroix, il s’agit de Dustin Whitecotton riche d’une longue expérience en hockey européen. Après une formation acquise en NCAA, en parallèle d’une carrière pro dans la défunte UHL et en ECHL, le rapide Whitecotton a fait quelques apparitions en AHL avant de poser ses valises en Allemagne à 24 ans. D’abord au 2ème échelon pendant cinq saisons où il fut créateur, avant de monter d’un échelon et jouer en DEL à 29 ans pour Straubing durant cinq années. Coéquipier de Laurent Meunier (de 2010 à 2013), il joua un rôle moins offensif durant sa dernière année, avant de noircir de nouveau une fiche intéressante à Belfast en EIHL et y remporter un titre de champion de Grande-Bretagne en 2014. A 36 ans, il débarque à Rouen après une saison très offensive au troisième échelon Allemand.

La dernière recrue offensive est française. Il s’agit de Sacha Treille. Le frère cadet de sept ans de Yorick arrivé de Grenoble quelques semaines avant lui. A 27ans, exilé depuis 2008 (Suède, République Tchèque et Allemagne), Sacha reviens jouer en ligne Magnus en partie parce que c’est (peut-être) la dernière saison qu’il pourra rejouer aux côtés de son frère, après l’avoir fait au Sparta de Prague. International A à 19 ans (pendant les CM D1 de 2007), il reste sur deux belles saisons où il s’est révélé à chaque fois être un des deux meilleurs buteurs de son équipe. A Kladno (Extraliga) en 2014, à Straubing (DEL) en 2015. Travailleur, grand et puissant, il s’est laissé le temps jusqu’au 30 juin pour accepter ou non une offre intéressante d’un club étranger. Elle n’est pas arrivée et pour les Dragons c’est une aubaine, un coup de maître ?

Les absences éventuelles de ces douze attaquants seront sans doute palliés par des jeunes internationaux du CHAR, Justin Addamo (17 ans), Jérémy Delbaere (19 ans), Vincent Nesa (19 ans) voire Julien Msumbu (18 ans), Antoine Mony*(20 ans) ou Valentin Jacques* (19 ans) dont Ari Salo a la charge, à long terme, de parfaire pour que le(s) meilleur(s) de leur génération (tous) s’imposent à Rouen en équipe première et, non pas, à l’instar, de Peter Valier, dans une équipe qui élimine Rouen en play-offs.

Le cas du gardien de but a rapidement été réglé. Conseillé par ses amis Patrick Coulombe et Alexandre Rouleau, Dany Sabourin, qui sort de deux saisons à Graz (EBEL) en Autriche, a contacté la direction de Rouen et a signé très rapidement. Pendant 3 à 4 ans, au sommet de sa forme, Dany Sabourin a fait une carrière de n°2 en NHL, notamment derrière Luongo à Vancouver et Fleury à Pittsburgh. En 2007-2008, il est même un très sérieux concurrent à Fleury pour le poste de n°1 chez les Pingouins. L’ex-coéquipier de Maxime Lacroix (Rouen 2014-2015) et Yannick Riendeau (2013-2014) jouera ensuite quatre saisons en AHL. Soumis à la concurrence aux Hersey Bears de Brian Holtby (devenu gardien n°1 depuis à Washington), Dany Sabourin s’envolera vers l’Autriche. A 32ans il démarre une carrière Européenne, qui se prolonge deux ans après en Normandie où il retrouve deux anciens coéquipiers Patrick Coulombe (Manitoba Moose & Graz) et Olivier Labelle (Providence Bruins & Graz). Pour suppléer Dany Sabourin, Fabrice Lhenry partagera le poste de back-up entre Quentin Papillon (18ans, international U20 cet été) et Julien Gaubert (18ans, international U16) qui arrive d’Angers. Précédemment, il a été formé à Niort (2000-2011) où son père (Eric) est responsable du hockey mineur puis il est passé par Reims (Sport-études). C’est un gardien mobile et agile, travailleur et persévérant, repéré par Fabrice Lhenry, il se développera en parallèle d’une formation à un brevet d’état, alors qu’il a obtenu son BAC ES.

Pour protéger ces trois gardiens, les puissants Léo Guillemain (23 ans / 10 sélections) et Antonin Manavian (28 ans / 131 sélections) qui avait signé lui un contrat long, seront encore présent en défense. Arrivé l’été dernier, le canadien Patrick Coulombe (30 ans) était une priorité pour Guy Fournier. Son patinage au-dessus de la moyenne, son éthique de travail et son apport offensif vu à sa première saison de ligue Magnus a définitivement conquis le manager rouennais.

Le franco-canadien de Dijon, Olivier Dame-Malka, a lui-aussi convaincu le staff rouennais de le débaucher de l’arrière garde Dijonnaise. A 25 ans, l’arrière devrait apporter du caractère et des dommages collatéraux (quasi 2’30 de pénalité en moyenne par match depuis qu’il joue professionnel) mais aussi des points (presque 0,50 pts x match sur la même période). Si il a porté plus son jeu vers l’attaque depuis sa dernière saison en QMJHL (Lewiston MAINEiacs en 2010-2011), il aime surtout bloquer l’adversaire, lui faire mal. Au Québec, lors d’un test concluant avec Montréal, on l’a comparé à Francis Bouillon. Moins bon défensivement mais doté d’un meilleur tir !

Pour les deux autres postes, le staff a d’abord signé un finlandais, Tero Konttinen. A 30 ans, il jouera à Rouen pour la quatrième fois en dehors des frontières finlandaises. Formé aux Jokerit d’Helsinki. International U16 puis U18, il n’a pas percé aux plans internationaux supérieurs (ni été drafté). Cependant, il fait une carrière professionnelle au contraire de beaucoup de ses très jeunes coéquipiers des sélections de l’époque. Il a acquis une belle expérience en SM-liiga d’arrière défensif ou de septième défenseur. Le rôle qu’il tenait l’an dernier à KalPa. Cela reste le championnat où il a disputé le plus grand nombre de matches. Conservé sur le fil lors d’un test de pré-saison , en concurrence avec 6 autres joueurs, il a quasiment été en tenue pendant les deux tiers des matches de Kalpa l’an dernier. En 2011-2012, Oskarshamn l’avait rappelé après une bonne saison lorsqu’il fallut au club d’Allsvenskan engager un bon arrière en urgence. C’est en Mestis (2ème division finlandaise) et Allsvenskan (2ème division suédoise) qu’il a montré des qualités de passes et de vision du jeu. Le staff du RHE76 compte sans doute sur toutes les qualités de cet arrière originaire de Viikingit.

Le dernier poste en défense sera pourvu par Florian Chakiachvili. Le jeune joueur s’est véritablement imposé en sélection (51) au cours du mondial de Prague. Le Briançonnais aurait compté sur ses bonnes prestations en bleues pour obtenir un contrat à l’étranger qui ne semble pas s’être proposé à l’agile et athlétique arrière (1,86m – 87 kg). En arrivant à Rouen où il rejoint son coéquipier des Hautes-Alpes, Damien Raux, Florian Chakiachvili ne met pas les patins dans l’inconnu car il a passé deux années de son hockey mineur sur l’île Lacroix avec Loïc Lampérier et Léo Guillemain (2008-2010). Convaincu par Fabrice Lhenry qui veut donner des responsabilités aux joueurs les plus louables, « Chak » se positionne en apprenti capable et ambitieux. Entre ses partenaires en bleus, les frères Treille et Antonin Manavian, il aura une carte à jouer. Décidé et serein, il quitte Briançon où, à seulement 23 ans, il faisait partie des meubles, après cinq saisons humbles et formatrices menant jusqu’à l’incroyable titre des Diables-Rouges gagné en 2014 pour « rester dans le top 4 » !

On l’a vu Rouen a connu sa révolution sur le banc et sur la glace (les deux tiers de l’effectif a été renouvelé). Elle devrait se poursuivre dans le jeu. Sous la houlette de Rodolphe Garnier les Dragons étaient devenus une référence, au moins une machine à gagner. Fin de cycle et nouvelle dynamique seront l’âme de la saison. Le néophyte qu’est Fabrice Lhenry doit trouver l’amalgame entre les nouveaux et les anciens. Son style ? De l’intensité à quatre lignes pour détruire l’adversaire. Des hommes d’unités spéciales focalisés sur un seul rôle. De la concurrence au mérite. Doté d’un effectif, qui ne semble pas avoir perdu en rapidité, plus expérimenté et plus physique que son prédécesseur, l’ambition du RHE76 du printemps est dépassée, surclassée. Quand on dispose d’une dizaine de trentenaires, de trois autres titulaires de l’équipe de France (Manavian, Treille S. et Chakiachvili), de deux Magnussiens confirmés (Lampérier et Arrossaména) et d’un finaliste de Stanley Cup (Krog)… L’ambition de la reconstruction est désuète. Naturellement l’objectif du titre rattrape le RHE76.