Bilan NHL (17/30) : Ottawa Senators

Hockey Archives vous présente un bilan détaillé de la saison de chaque équipe de la NHL. Suite de ce tour d'horizon avec les battus du premier tour des playoffs : les Ottawa Senators.

Vous reprendrez bien un hamburger ?

Une possession moyenne, un nombre de tirs concédés très élevé, de l’indiscipline, des mises au jeu médiocres, un jeu de puissance inefficace... Tous les ingrédients étaient réunis pour une triste saison à Ottawa. Oui mais voilà : une bande de gamins en a décidé autrement. Portés par deux buteurs rookies et un gardien improbable, les Senators ont réussi la plus belle remontée de l’histoire de la NHL. En finissant les deux derniers mois en feu, gagnant match sur match, renversant des scores... la franchise de la capitale canadienne s’est invitée en playoffs au nez et à la barbe de Boston !
Bien sûr, ce sprint final incroyable a laissé des traces. L’énergie lâchée pendant cette séquence de haut vol a manqué face à Montréal, qui s’est montré très solide défensivement. Qu’importe : l’édition 2014-2015 laissera un souvenir indélébile à tous les supporters des Senators.

Pts Buts + Buts - Tirs+
/match
Tirs-/match Sup.Num. Inf.Num. Min. Pén. Prol./fusillade (V-D) Mises au jeu Corsi Fenwick
99 238 215 31 32,1 16,8% 82,9% 839 6-7 48,2% 50,2% 48,6%
13e 9e 13e 9e 25e 22e 11e 22e 13e 24e 18e 22e


Corsi : Tirs + Tirs hors cadre + Tirs bloqués (pourcentage entre tirs lancés/subis) à 5 contre 5
Fenwick : Tirs + Tirs hors cadre (pourcentage entre tirs lancés/subis) à 5 contre 5

1415 ott ptsmarques

Ottawa commence la saison avec une défaite, puis quatre victoires. Cela lance un mois d’octobre correct (5-2-2). Mais les mois qui suivent ne sont pas très bons. Novembre (5-7-2) et décembre (5-5-3) font dégringoler les Senators au classement : le manager général Bryan Murray décide de limoger l’entraîneur Paul MacLean après 27 matchs – à peine une saison après le titre d’entraîneur de l’année ! –, remplacé par Dave Cameron. L’effet tarde à se faire sentir, car janvier n’est guère meilleur (5-5-2). Ottawa est alors à 14 pts des playoffs et semble se diriger vers les vacances... Tout change début février. Suite aux blessures de Craig Anderson et Robin Lehner, Ottawa rappelle le gardien Andrew Hammond, aux références très ordinaires en universitaire puis ligue mineure (89% d'arrêt en AHL). Hammond prend alors feu et lance Ottawa sur la série de victoires la plus improbable de l’histoire. Il remporte ses cinq premiers matchs (1ère étoile NHL de la semaine), dont les trois matchs en Californie fin février, et reçoit rapidement le surnom de « Hamburglar ». Anderson revient pour deux matchs mais perd contre Boston, qui détient la 8e place, dans un match crucial. Hammond revient en jeu et signe 12 matchs de suite sans encaisser plus de deux buts – une statistique jamais vue depuis 1938 pour un débutant ! –, et ne perd toujours pas. Les fans le vénèrent très vite, lançant même des hamburgers sur la glace ! Fin mars, Ottawa se fait peur en perdant trois fois de suite, mais s’arrache pour réagir et termine par sept victoires en huit matchs, volant la 8e place lors du 82e match face à Philadelphie. Les Senators sont la première équipe de l’histoire à remonter 14 pts pour se qualifier en playoffs. Il aura fallu une fiche de 21-3-3 pour finir la saison !

Une attaque constante

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Il y a nettement un avant et un après Hammond. Ottawa a concédé un but ou moins à 18 reprises, dont 12 après l’arrivée d’Hammond en février. A l’inverse, la défense a encaissé plus de quatre buts à 22 reprises, dont 14 avant février. Le sprint final apparait bien sur le graphique.
Au final, 25 matchs se sont joués après le temps réglementaire : 6 victoires en overtime (trois en avril !), pour 6 défaites ; 6 victoires en fusillade (3 en mars) pour 7 défaites.

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Ottawa est la seule équipe de la saison 2014-2015 à n’avoir jamais été blanchi – à l’exception du 5e et dernier match du tour 1. L’attaque a donc parfaitement fait son travail. Elle a été limitée à deux buts ou moins à 37 reprises (14 matchs à un seul but marqué) et a dépassé les quatre buts à 25 reprises, dont deux cartons : 7-2 face à Arizona le 31 janvier et 7-2 contre Edmonton le 14 février. Douze de ces 25 matchs ont eu lieu à partir de février. On notera que 46 des 82 matchs n’ont eu qu’un but d’écart.


Gardiens

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Le héros de la saison s’appelle donc Andrew Hammond – The Hamburglar –, qui signe l’incroyable performance de ne perdre qu’un seul match sur 24 dans le temps réglementaire. Avec 20 victoires, un pourcentage d’arrêts extraterrestre et une minuscule moyenne de buts encaissés, le portier de 27 ans a porté Ottawa dans le sprint final. Ceci dit, Craig Anderson a lui aussi signé une bonne saison globalement et s'est montré excellent en playoffs. Malheureusement pour les Senators, Hammond n’a pas réussi à faire aussi bien phases finales. Battu 4-3 au premier match, il cède 3-2 en prolongations au match 2. Anderson revient dans les cages et s’incline 2-1 en overtime. Montréal mène la série 3-0 et il faut un Anderson de gala pour tenir le score (victoire 5-1 en fin de match). Le vétéran résiste bien au match 5 mais, pour la première fois de la saison, l’attaque reste muette : défaite 2-0.
L’émergence d’Hammond devrait coûter sa place à Robin Lehner, qui n’a pas vraiment brillé cette saison.


Défense

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Erik Karlsson signe une nouvelle saison spectaculaire en franchissant le plateau des 20 buts et des 60 points. Il reçoit un deuxième trophée Norris de défenseur de l’année. Ses détracteurs mettront en avant une certaine fragilité en défense pure pour ce "quatrième attaquant", mais son impact sur l’équipe est considérable. Karlsson détient le 3e temps de jeu de la ligue et dirige le jeu de puissance presque tout seul. Cody Ceci, 21 ans, est désormais bien installé, avec une prestation encourageante, même s’il a parfois eu du mal à assumer 19 minutes par match. Patrik Wiercioch a débuté la saison en troisième paire, voire en tribunes, mais a profité des blessures pour s’imposer dans le top-4 dans le dernier quart. Son impact dans le sprint final est indéniable, et, à 24 ans, il a poursuivi avec une médaille d’or à Prague. Le jeu défensif pur est revenu à Eric Gryba et Marc Methot : ce dernier est le complément idéal de Karlsson en première ligne, le couvrant dans ses débordements en attaque. Le côté rugueux du jeu était dévolu à Matt Borowiecki, qui mène l’équipe en mises en échec et termine 5e de la NHL en... bagarres (13). Tout cela a réduit le temps de jeu de Jared Cowen, 24 ans. Le 9e choix 2009 a eu bien du mal cette saison et n’a même joué que 5 des 25 derniers matchs. A 37 ans, Chris Phillips a joué les utilités. Blessé au dos, il a mis un terme à sa saison le 5 février. Ce n’est pas vraiment un hasard si Ottawa a bien mieux joué sans lui, dans un style rapide et explosif qui ne convient plus vraiment au vétéran de 1179 matchs sous les couleurs des Senators.


Attaque

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Début décembre, Daniel Alfredsson signait à Ottawa un contrat d’un jour, pour prendre sa retraite sous le maillot des Sen’s : la légende suédoise tirait sa révérence sous les applaudissements durant l’échauffement. Ses successeurs ont connu une très bonne saison – surtout une grosse fin de saison. Kyle Turris continue à progresser et bat son record de carrière (64 pts), évoluant dans toutes les situations. Il n’a manqué aucun match depuis trois ans et, avec 6 buts gagnants, sait se montrer décisif. Mark Stone mène l’équipe avec 64 pts également, mais 26 buts, 2e total du club. Stone a été récompensé par une 3e place au trophée Calder, grâce à ses 48 pts lors des 47 derniers matchs ! Le tout grâce à un pourcentage de tirs très élevé (16,6%) qui lui a permis de concurrencer Johnny Gaudreau et Filip Forsberg parmi les meilleurs marqueurs rookies. Pas mal pour un 6e tour de draft... L’autre rookie, 5e au vote, c’est Mike Hoffman. Formé en ligue du Québec, il a patiemment attendu son heure en AHL et termine meilleur buteur avec 27 réalisations. Plus spectaculaire, il a inscrit 45 pts à cinq contre cinq (plus que Joe Thornton et Evgeni Malkin). Ces deux débutants ont porté l’équipe dans le sprint, relayant des vétérans moins efficaces. Bobby Ryan, signé à prix d’or, a ainsi fini la saison sur les rotules, avec 4 buts dans ses 33 derniers matchs – seulement 3 pts dans les 16 derniers matchs... Clarke MacArthur a pour sa part subi une commotion dans la deuxième moitié de saison, mais a bien complété Turris et Stone en première ligne et réussi de bons playoffs. Milan Michalek reste très fragile et manque souvent un bon quart de la saison. Malgré tout, il a très bien fini 2015 avec 18 pts sur ses 20 derniers matchs. Pour donner de l’expérience, David Legwand avait signé à l’intersaison. Le centre a tenu son rôle défensivement, mais n’a marqué que trois fois dans les 51 derniers matchs. On mettra en avant la saison remarquable du jeune Curtis Lazar, 19 ans. Le rookie a gagné une place de titulaire, faisant parler sa vitesse et son énergie, même s’il n’a marqué son premier but qu’en décembre – avant d’aller chercher l’or en tant que capitaine du Canada U20. Mika Zibanejad a lui aussi beaucoup progressé. Le 6e choix 2011 commence à imposer sa taille et sa technique. On attendait mieux d’Alex Chiasson, acquis dans l’échange Spezza au cours de l’été. Efficace à Dallas, il ne l’a pas été à Ottawa et a fini avec un temps de jeu famélique. Jean-Gabriel Pageau, héros des playoffs 2013, peine depuis à garder une place en NHL, mais il a très bien fini la saison pendant le sprint mémorable des Senators. Il reste une solution rapide et solide défensivement sur les lignes d’échec. L’aspect physique des choses était dévolu au vétéran Chris Neil. Souvent blessé, il n’a finalement joué que 38 matchs et 2 de playoffs, sans avoir vraiment d’impact : son temps est probablement passé. Zack Smith fut l’une des grandes victimes du changement d’entraîneur. Son rôle a fondu sous Cameron et son avenir ne semble plus guère à Ottawa. Colin Greening avait prolongé à l’intersaison, mais n’a quasiment pas été utilisé : il a surtout joué en AHL, et apparait comme un contrat boulet, au même titre qu’Erik Condra, bien cher payé pour un joueur principalement utilisé pour tuer les pénalités.


Bilan

Ottawa a surpris tout le monde avec ce sprint improbable. Une épopée mémorable et sympathique, avec un effectif très jeune et prometteur. Toutefois, le poste de gardien n’a-t-il pas joué au-dessus de son vrai niveau ? Les jeunes snipers auront-ils la même précision l’a prochain ? L’intensité et l’émotion affichées durant le sprint final devront être reconduites sur une saison entière. La marge de progression est réelle, mais il faudra développer patiemment toutes ces jeunes pousses.