Présentation KHL 2015/16 (I) : division Bobrov

Des dirigeants arrêtés pour détournement de fonds, des règlements changés avant le début de championnat, une crise économique qui affecte même le champion : le moins que l'on puisse dire est que l'actualité KHL est mouvementée. Particulièrement dans cette division Bobrov, la plus "internationale".

 

LINDSTROM Joakim 150501 328Il y a quatre ans, le hockey sur glace était un sport secondaire à Saint-Pétersbourg, et ses fans se plaignaient que certains viennent à la patinoire avec les couleurs bleu-blanc-azur du Zénith, le club de football de la ville. Depuis, les affluences du ballon rond n'ont cessé de diminuer, et le bleu et rouge du SKA Saint-Pétersbourg est incontournable dans le sport local, a fortiori depuis la Coupe Gagarine soulevée au printemps.

L'entraîneur champion Vyacheslav Bykov est néanmoins retourné en Suisse, et son tempétueux successeur Andrei Nazarov a mis moins de semaines à susciter la première polémique : il aurait frappé et blessé au visage le médecin de l'équipe Yegor Kozlov ! Cette information du journal Business Online a été démentie par le club ; ce qui est sûr en revanche, c'est que Nazarov a amené avec lui son staff médical, et qu'il a vite choisi de renvoyer Kozlov, qui avait de son côté travaillé de longue date avec Bykov (au CSKA et en équipe de Suisse).

Le bruit fait autour de la personnalité de Nazarov masque un peu une réalité plus gênante : le champion s'est affaibli offensivement. Le gardien Mikko Koskinen est toujours là, la défense s'est peut-être même améliorée (Yuri Aleksandrov a été remplacé par le jeune défenseur international Yegor Yakovlev), mais l'attaque s'est dépeuplée. Le SKA n'est pas épargné par les difficultés économiques du pays. Panarin et Tikhonov, partis en NHL, n'ont pas été remplacés. Et si on se plaignait souvent à critiquer les joueurs étrangers à Saint-Pétersbourg, on verra bien si ce sera mieux sans eux, avec 2 attaquants étrangers au lieu de 4 (en partie parce que l'Ukrainien Ponikarovsky entre dans le quota avec les nouvelles règles, mais une autre place est tout simplement laissée libre). Quatre joueurs offensifs majeurs en moins, et pour compenser, le retour du gabarit de déménageur Evgeni Artyukhin : le compte n'y est vraiment pas.

Le SKA n'a plus que deux lignes offensives fortes au lieu de trois. D'une part, Ilya Kovalchuk et les deux nouveaux étrangers, le centre finlandais Jarmo Koskiranta et l'ailier suédois Joakim Lindström. D'autre part, Vadim Shipachyov et Evgeni Dadonov, dont la super-ligne avec Artemi Panarin n'aura duré qu'un an : Evgeni Ketov est naturellement promu à sa place (il avait déjà joué avec Shipachyov à Chelyabinsk sous les ordres d'un certain Nazarov), mais cet attaquant défensif n'a pas le talent offensif d'un Panarin.

Qu'on soit bien clair : le SKA a encore un effectif parmi les tout meilleurs de KHL, et il reste au moins co-favori. Mais il n'est plus sans équivalent sur le papier, et cela peut ouvrir bien des ambitions à ses adversaires.

 

OLIMB Mathis 140517 013Et l'ambition est grande en particulier chez les Jokerit Helsinki. Le club finlandais a beau avoir perdu ses meilleurs éléments, lui s'est au moins efforcé de les remplacer. Il n'a plus de complexe d'infériorité à avoir dans les "derbys" face au SKA. Plutôt que de se plaindre que les propriétaires russes ne fassent pas couler les robinets à flot, les supporters des Jokerit peuvent constater que la taïga n'est pas forcément plus verte chez le voisin... Surtout que, non soumis au moindre quota d'étrangers, les Jokerit sont objectivement mieux lotis que les clubs russes.

Le trio offensif qui avait fonctionné au-delà des espérances est-il irremplaçable ? Poste pour poste, les caractéristiques sont très semblables. Brandon Kozun a un profil proche de son prédécesseur Steve Moses : un petit gabarit (1m73) qui pourrait donner sa pleine mesure sur les glaces européennes. La technique de l'international norvégien Mathis Olimb n'a pas grand-chose à envier au spectaculaire Linus Omark. Et le centre danois Peter Regin a comme point commun avec Petr Koukal leur excellence en infériorité numérique. C'est aussi du Danemark que provient le défenseur offensif venu remplacer Gudbranson, à savoir Philip Larsen.

Même si l'alchimie ne se devine pas, ces étrangers assez similaires peuvent suffire. À plus forte raison si les joueurs finlandais élèvent leur niveau et deviennent aussi des leaders. Juhamatti Aaltonen peut mieux faire, et la puissance physique de la recrue Jesse Joensuu donne d'autres atouts offensifs.

Des Jokerit moins dépendants de leurs joueurs-clés et plus équilibrés colleraient finalement mieux au style de l'ex-sélectionneur national Erkka Westerlund. Un style très finlandais qui n'est facile à jouer pour personne.

 

KULAKOV Alexander 120506 426Le Dynamo Minsk aurait dû aborder la saison avec optimisme et ambition. Il a conservé son attaque performante de la saison dernière. Il s'est renforcé de Ryan Gunderson, le défenseur offensif des Jokerit. Et il n'a pas perdu au change dans les cages : le local Dmitri Milchakov fait maintenant équipe avec l'expérimenté Jeff Glass, qui passe déjà sa septième année en KHL et remplace donc l'international norvégien Lars Haugen. L'équipe paraît donc consolidée... et c'est sans compter sur les possibles bouées lancées à des joueurs biélorusses devenus chômeurs du jour au lendemain.

C'est en effet la grande controverse politique qui a perturbé le début de saison : une divergence entre la fédération russe, qui veut que tous les joueurs non-sélectionnables en équipe de Russie soient considérés comme étrangers dans ses clubs, et la KHL, qui souhaite que les représentants des "pays amis" (en premier lieu le Bélarus) restent hors quotas. Une semaine avant le démarrage du championnat, le Ministère des Sports a tranché : les Biélorusses seront considérés étrangers. Le président de la ligue Dmitry Chernyshenko a pourtant continué d'affirmer le contraire, craignant les poursuites judiciaires des hockeyeurs renvoyés à cause de ce changement réglementaire malgré des contrats en cours. Solidaire de ses joueurs, le président de la fédération du Bélarus a même suggéré que le Dynamo Minsk pourrait se retirer de la KHL en protestation ! Il a ensuite tempéré ses propos.

Un tel capharnaüm aurait dû être un sujet de discussion permanent pour les employés du Dynamo Minsk. Pas du tout ! Ils sont taraudés par d'autres soucis. Trois personnes du club ont été arrêtées successivement cet été : le dépisteur russe Leonid Sygyndykov, puis le directeur général Maksim Subbotkin, et enfin le manager Vladimir Berazhkou. Une enquête a été ouverte pour des détournements qui s'élèveraient à 150 millions de roubles, soit 7500 euros, pas un montant énorme par rapport au salaire des dirigeants concernés.

Délit avéré ou complot manipulé ? Toujours est-il que l'atmosphère au sein du club est aujourd'hui paranoïaque : tout le monde a été interrogé par la police, chacun se pense écouté et ne veut plus parler au téléphone de peur de finir derrière les barreaux. Et comme le "Dynamo" est - par définition traditionnelle - une émanation du Ministère de l'Intérieur, ce sont d'anciens fonctionnaires de cette administration, sans rapport avec le hockey, qui ont été envoyés diriger le club dans ce contexte pour le moins particulier.

 

INDRASIS Miks 130208 341Au vu des difficultés financières du Dinamo Riga qui avaient laissé planer le doute sur sa réinscription en KHL, c'est avec soulagement que l'on constate que l'équipe a été renforcée et peut espérer revenir dans la course à la qualification en play-offs. Le challenge paraît réalisable pour l'entraîneur finlandais Kari Heikkilä.

À deux très notables exceptions près (Kaspars Daugavins et le gardien Edgars Masalskis), la composition comprend tous les principaux joueurs de l'équipe de Lettonie au dernier champion du monde, celle qui s'était sauvée par la peau des fesses par un match interdit aux cardiaques contre la France. C'est aussi l'interrogation : hormis Lauris Darzins, le capitaine de ce Dinamo, les autres joueurs lettons n'ont pas semblé, lors du Mondial, capables de prendre les responsabilités pour mener l'équipe.

En particulier, ne manque-t-il pas un finisseur aux Baltes ? Les deux nouveaux étrangers n'ont pas ce profil. La recrue finlandaise Ville Leino, depuis ses 53 points en NHL en 2010/11, ne jouit pas d'une haute réputation en la matière. L'autre étranger Tim Sestito (à ne pas confondre avec son frère Tom !) est plutôt un joueur physique, que les Devils de New Jersey ont utilisé chaque saison depuis six ans en NHL, mais à chaque fois de manière minoritaire en l'assignant le plus souvent en AHL.

La défense semble moins problématique avec le retour de Guntis Galvins et l'arrivée de deux étrangers de 25 ans, Steven Seigo et Tomas Kundracek. Même si le héros national Masalskis n'est plus là, les cages sont solidement gardées. Jakub Sedlacek, titulaire l'an passé, reçoit comme concurrent Joakim Eriksson, champion de Suède 2013 qui n'a pas réussi depuis deux ans à se faire une place en NHL.

 

KOROBOV Dmitri 120506 364Le Spartak Moscou commence à être habitué à disparaître momentanément (1953-55, 2006-07 et maintenant 2014-15) puis à renaître ensuite. Mais ces éclipses semblent entamer sa crédibilité, ses fans vieillissent et il doit trouver un nouveau public. Andrei Verevko, l'ancien directeur de l'Arena Mytishchi puis du club de l'Atlant (que le Spartak remplace) a été nommé président pour cela. Il avait créé dans cette nouvelle salle un environnement évènementiel et familial avec des animations pour enfants, des pom-pom-girls, des shows d'avant-match : c'est la stratégie que suivra aussi le Spartak.

Impossible à Sokolniki, antique patinoire de bientôt 60 ans d'âge (42 ans pour le toit rajouté ensuite), inadaptée aux exigences de modernité. Au risque de choquer les habitudes, le Spartak s'est donc installé à Loujniki, le palais des sports historique du Dynamo ! Comme cette salle est parfois occupée par des concerts et autres, il retournera à Sokolniki pour l'occasion.

Si ce déménagement peut déconcerter les fans historiques, c'est surtout les conditions de la résurrection qui sèment le doute. Le Spartak a en effet "reçu" en cadeau de bienvenue 24 joueurs rachetés à l'Atlant par le SKA Saint-Pétersbourg, un club avec lequel les supporters avaient développé une rivalité houleuse ces dernières années. Il s'agit notamment des jeunes qui ont pris du temps de jeu l'an dernier "grâce" aux soucis financiers de l'Atlant, mais pas uniquement : le gardien finlandais Atte Engren fait partie de ce "paquet-cadeau" du SKA. Et sa doublure Evgeni Ivannikov - un fils de Spartakiste - provient aussi de Saint-Pétersbourg. Du coup, malgré les efforts désespérés du manager Aleksei Zhamnov pour casser cette image, le Spartak est maintenant vu partout comme une émanation du SKA, dépendante de la générosité de cet adversaire-chaperon...

L'entraîneur German Titov, qui a quitté Novokuznetsk pour Moscou pour se rapprocher de sa mère (sa famille restant à Calgary), veut quant à lui ressusciter le style offensif du Spartak, déclarant préférer les 6-5 aux 1-0.

Mais il se retrouve avec un problème sérieux en défense : en plus du quota de 5 étrangers (dont les deux défenseurs offensifs nord-américains Matt Gilroy et Chay Genoway), les Spartakistes avaient prévu pour leurs lignes arrières deux représentants du Bélarus - Dmitri Korobov et Andrei Antonov - et un du Kazakhstan - Vitali Novopashin, devenus soudain surnuméraires par l'imbroglio réglementaire ! Comme en plus le seul autre défenseur un peu expérimenté Aleksei Grishin est blessé pour deux mois, le Spartak se retrouve à aligner une défense de 23 ans de moyenne d'âge !

 

MANTYLA Tuukka 140518 181Le Medvescak Zagreb a la masse salariale d'un gros club de DEL, et des sources de recrutement habituellement similaires (sans les Allemands bien sûr) : en gros, une équipe d'AHL "importée" sur le Vieux Continent, y compris le coach. Ce dernier est cependant moins expérimenté cette fois : Gordie Dwyer, 37 ans, n'a entraîné qu'en Ligue Junior Majeur du Québec. Or, il doit imposer son style nord-américains à des joueurs venus de tous horizons.

La nouvelle politique du Medvescak est en effet l'internationalisation de l'effectif. L'adaptation ne devrait pas poser de problème pour des professionnels reconnus en Europe qui ont eu du vécu dans plein de championnats dont la KHL : le défenseur finlandais expérimenté Tuukka Mäntylä et les Tchèques, le technique Marek Kvapil et le physique Radek Smolenak, en attaque. On se posait en revanche beaucoup sur ces mystérieux Russes censés incarner le rajeunissement.

La réponse est vite arrivée : toutes les recrues étaient "à l'essai", mais ce sont les Russes qui ont vite été écartés dès la fin juillet. Il n'en reste plus que trois, et ils ne jouent même pas. On va gentiment oublier cette fable selon lequel de jeunes Russes qui n'ont pas percé ailleurs en KHL vont le faire au Medvescak dans un environnement "nord-américain".

Le club de Zagreb a donc abandonné les gamins slaves et s'est "musclé" dans le courant du mois d'août : deux lourds arrières internationaux, le Slovaque Milan Jurcina (194 cm et 110 kg) et l'Italien Thomas Larkin (196 cm et 100 kg), et le célèbre "agitateur" et recordman de pénalités en carrière du championnat suédois Andreas Jämtin. Ce n'est donc parce que le Medvescak s'européanise qu'il sera moins physique, au contraire. Mais pour l'internationalisation, le compte y est : cela fait du coup 11 nationalités !

 

NAGY Ladislav 140512 047Le Tchèque Milos Riha a déjà entraîné deux fois le Slovan Bratislava, en 2001/02 et en 2004/05 : à chaque fois, il a fini champion de Slovaquie, avant de repartir aussi sec. Mais cette troisième mission sera autrement plus difficile : il récupère le dernier de la Conférence Ouest, et on comment il pourrait améliorer significativement la situation.

Outre la perte de repères du coaching, la saison passée avait peut-être pâti de gardiens ne dépassant pas les 90% d'arrêts. Riha aime disposer de deux gardiens équivalents en concurrence, et il est exaucé avec Michael Garnett et Barry Brust, deux gardiens canadiens expérimentés et éprouvés en KHL. Et on peut dire que le Slovan a investi dans ce poste puisqu'il a engagé Tom Barrasso - le vainqueur des Coupes Stanley 1991 et 1992 avec le Pittsburgh de Lemieux et Jagr - comme entraîneur des gardiens.

Il paraît certes que le gardien fait 50% d'une équipe. Mais on peut se demander si l'investissement à ce poste n'est pas un luxe au vu de la faiblesse du reste de l'effectif. Il n'y a pas que vis-à-vis de la concurrence de la KHL que Slovan peine à être compétitif, et même les meilleurs Slovaques partent : le pilier défensif Ivan Baranka et l'ailier Libor Hudacek ont tous deux choisi la Suède.

Au total, ce sont quatre des huit meilleurs attaquants ont quitté Bratislava, et Lukas Kaspar, le champion du monde 2010, ne les remplacera pas à lui seul. Heuresusement que le duo slovène Ticar-Jeglic est toujours là. Les vieillissants Ladislav Nagy (36 ans), Milan Bartovic (ex-capitaine, 34 ans) et Tomáš Surový (néo-capitaine, 33 ans) attendent la relève, exactement comme en équipe de Slovaque. Que vaudront les jeunes Patrik Lusnak et Radovan Pulis, qui restent sur une saison à un point par match dans les championnats du Bélarus et de Slovaquie, à ce tout autre niveau ?