La guerre des étoiles slovaques

Le hockey slovaque est comme paralysé après la réélection d'Igor Nemeček à la présidence de la fédération. Retour sur un été brûlant qui ne finit pas de s'embraser.

Logo SlovaquieC'était le 25 juin dernier, nous en parlions sur Hockey Archives. À 58 voix contre 45, Igor Nemeček avait été réélu à la tête de la fédération slovaque de hockey (SZĽH). Une immense surprise. Car beaucoup réclamaient du changement et une nouvelle culture du hockey après les échecs répétés aux Mondiaux.

L'ex-géant des glaces Richard Lintner, qui a joué une cinquantaine de matches sous le maillot de la double croix, partait favori. Après avoir raccroché les patins en février, Lintner avait fait de cette élection une affaire sentimentale, conscient comme beaucoup du déclin du hockey slovaque. Il voulait justement renforcer la formation dès le plus jeune âge et entamer une révolution avec un programme qui remportait l'adhésion. Mais de cette élection, Lintner en est ressorti sonné, peinant à retenir son émotion.

Treize voix d'écart, c'est peu quand on sait, comme nous le disions précédemment, que le mode de scrutin est controversé : en plus de voter comme les autres membres de la fédération, Nemeček a rallié à sa cause des fonctionnaires dont certains n'ont pas grand chose à voir avec le hockey. Le système de vote de la SZĽH est fait de telle manière qu'il est donc jugé injuste. La petite famille historique est sauve : Nemeček est devenu secrétaire général de la fédération en 1999 et il est assuré de conserver une présidence s'étalant de 2011 à 2019. Pour l'instant. Car évidemment, ce petit copinage a fait déborder le vase.   

Lintner avait l'appui des fans et de toutes les grandes stars du hockey slovaque. Rapidement, des initiatives de boycott ont été proposées. Boycott de matches d'Extraliga de la part des supporteurs. Boycott de l'équipe de Slovaquie qui ne signifie plus rien pour les Zdeno Chára, Marián Hossa, Marián Gáborík, Jozef Stümpel, Michal Handzuš et j'en passe. Le bras de fer a alors commencé. L'humeur n'est pas à la fête. D'ailleurs, le traditionnel gala pour désigner le meilleur joueur slovaque a tourné court. Pas de cérémonie ni de petits-fours, la fédération a annoncé en toute discrétion que Marián Hossa était le grand vainqueur de l'année. Le triple champion de la Coupe Stanley s'est dit honoré mais l'ironie de la situation l'a fait sourire, s'attendant à ce que "le trophée arrive probablement par la poste."

Grand perdant de l'élection fédérale, Richard Lintner a finalement accepté l'offre des clubs de l'élite qui l'ont accueilli à bras ouverts. Il est devenu président de Pro-Hokej, organe gestionnaire de la Ligue et indépendant à la fédération, lui qui militait justement pour un rapprochement des deux entités. Cette nomination est assez cocasse quand on sait que, à l'origine, sa candidature ne convenait pas à la majorité des clubs de l'élite... qui ont finalement pensé pour la plupart qu'une révolution serait la bienvenue ! Sa motivation intacte, Lintner souhaite améliorer l'image et l'identité de la Ligue.

NemecekPrivée de joueurs, l'équipe nationale était pendant longtemps restée sans entraîneur après le départ de Vladimír Vůjtek au printemps dernier, qui n'avait pas caché son pessimisme quant à l'avenir de la sélection.

Des noms ont circulé pour sa succession, dont Zdeno Cíger. Tout portait à croire que cette ancienne star de la NHL allait décliner l'offre : il était pro-Lintner avant les élections et il répétait aux médias qu'il préférait se consacrer à la formation des plus jeunes. Et pourtant, d'abord opposé, Cíger a finalement accepté. Une autre bonne connaissance des glaces nord-américaines a lui été nommé directeur général de la sélection : Róbert Švehla. Deux anciens grands joueurs de la Slovaquie aux manettes, Igor Nemeček (photo) a tenté une manœuvre pour réconcilier tout le monde et faire oublier son élection douteuse.

Ravis les mécontents ? Non ! Car pour eux, ce tour de passe-passe ne fait pas oublier l'essentiel : rien n'a changé et rien ne changera. Pour eux, un changement de fond est primordial. Michal Handzuš a rédigé une pétition en réclamant la démission de Nemeček, des élections cette fois-ci démocratiques, une réforme des statuts et une nouvelle orientation pour le hockey slovaque. Ce texte a été signé par plus d'une cinquantaine de grands noms du pays dont toutes les grandes stars de la NHL, KHL et des autres grands championnats européens. 

140520 329La Slovaquie a été championne du monde en 2002. Malgré une autre finale dix ans plus tard, le pays n'a cessé de régresser, exclu des quarts de finale cinq fois ces sept dernières années aux Championnats du monde - sans parler des Jeux olympiques de Sotchi - malmené par une concurrence toujours plus féroce.

Un échec d'autant plus retentissant que l'on estime à 47 millions d'euros les fonds publics alloués à la fédération slovaque de hockey entre 2011 et 2015. Beaucoup de contribuables se questionnent justement sur la véritable utilisation de ces fonds. Y compris la journaliste Eva Babitzová qui a appelé le Minsitère de l'Education, de la Science, de la Recherche et des Sports à rendre des explications. Surtout que Juraj Široký, le prédécesseur de Nemeček avant 2011, était visé par de sérieux soupçons d'enrichissement personnel.

La saison a repris et le prochain regroupement de la sélection nationale est prévu en novembre. Avec ses meilleurs joueurs disponibles, si une entente est trouvée d'ici-là. Si le conflit devait perdurer, le pire serait à craindre à l'horizon du Championnat du monde 2016 disputé en Russie.

Mais ce mercredi, une première étape vers l'apaisement a été franchi. Igor Nemeček et le comité exécutif de la fédération ont confirmé un projet de modification des statuts, du mode de scrutin fédéral et donc d'un nouveau président après une réunion extraordinaire. Le chemin vers cette fameuse révolution tant attendue est peut-être dégagé.