Bilan NHL (30/30) : Chicago Blackhawks

Hockey Archives vous présente un bilan détaillé de la saison de chaque équipe de la NHL. Fin de ce tour d'horizon avec le vainqueur de la coupe Stanley 2015 : les Blackhawks de Chicago.

Chelsea dagger

Troisième coupe Stanley en six ans : Chicago s’impose comme la place forte du hockey nord-américain des années 2010. Encore une fois, les joueurs de Joel Quenneville ont fait le travail en saison régulière, avant de parvenir à hausser leur niveau de jeu en phases finales. En renversant de nombreux matchs mal engagés, avec une capacité à faire la différence aux moments clés, les Blackhawks soulèvent un nouveau trophée mérité, confirmant l’adage bien connu : « l’attaque gagne des matchs, la défense gagne des titres ».
Curieusement, la meilleure défense de la ligue a terminé dans le dernier tiers du classement en tirs concédés par match. Mais la capacité des Hawks à se créer des chances de marquer a porté le jeu dans le camp adverse, en dépit d’un sérieux manque de réalisme qui les a enfoncé en milieu de tableau au classement des attaques. Pour autant, ce qui compte, ce sont les playoffs. Et à ce petit jeu, les stars de l’équipe ont répondu présent. Le capitaine Jonathan Toews, l’arrière Duncan Keith et le feu follet Patrick Kane font la différence quand il le faut. Chicago affiche un bilan spectaculaire dans les matchs 4 à 7 durant l’ère Quenneville (42 victoires, 14 défaites). L’édition 2015 n’a pas dérogé à la règle, grâce à une discipline sans faille et une domination de sa ligne de centres.

Pts Buts + Buts - Tirs+
/match
Tirs-/match Sup.Num. Inf.Num. Min. Pén. Prol./fusillade (V-D) Mises au jeu Corsi Fenwick
102 229 189 33,9 30,2 17,6% 83,4% 596 9-3 52,0% 53,6% 52,7%
7e 16e 1er 1e 22e 20e 10e 2e 3e 5e 2e 7e


Corsi : Tirs + Tirs hors cadre + Tirs bloqués (pourcentage entre tirs lancés/subis) à 5 contre 5
Fenwick : Tirs + Tirs hors cadre (pourcentage entre tirs lancés/subis) à 5 contre 5

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Après une pré-saison sans relief, Chicago débute plutôt bien la saison avec une fiche de 6-3-1 en octobre, en prenant surtout neuf points sur dix sur les cinq premiers matchs. L’équipe prend feu en novembre, ne connaissant que 2 défaites en 15 matchs entre le 9 novembre et le 11 décembre. Cette série propulse les Blackhawks parmi les meneurs de la ligue. Après ce mois fini à 9-5-0, Chicago confirme en décembre (10-2-1) son statut de super-puissance. L’équipe lève le pied en janvier (6-7-0) et peine à relancer la machine en février (6-4-3), chutant petit à petit au classement. Il faut un solide mois de mars pour confirmer la place dans le trio de tête de sa division (9-3-1). Avril se passe moins bien : après deux victoires, Chicago finit la saison par quatre défaites.
Mais les playoffs arrivant, l’intensité monte d’un cran. Les Hawks débutent mal en prenant trois buts en un tiers et Crawford est chassé par Nashville. Le rookie Scott Darling tient le fort, Chicago remonte et Duncan Keith commence ses playoffs de rêve en donnant la victoire au match 1 en double prolongation (4-3). Nashville reprend le fil au match 2 (6-2), chassant encore Crawford. Darling prend la relève et gagne le match 3 avec 35 arrêts (4-2). La série bascule au match 4 avec un but de Brent Seabrook en troisième prolongation (3-2). Nashville a beau gagner à la maison (5-2), le sixième match tombe dans l’escarcelle de Chicago, avec un Crawford de retour (4-3).
Les Blackhawks sont lancés et ne font qu’une bouchée de Minnesota au deuxième tour, sorti en quatre manches sèches (3-4, 4-1, 1-0, 4-3). La finale de conférence tant attendue contre Anaheim survient. Les Ducks remportent le premier match (4-1) et mènent une partie du match 2, mais Chicago s’accroche et fait plier son adversaire en triple prolongation grâce à Marcus Kruger (3-2). Anaheim reprend les devants au match 3, avant de céder le quatrième sur un but d’Antoine Vermette en double mort subite (5-4). Les Ducks pensent avoir fait le plus dur lors du match 5, mais Toews marque deux fois dans la dernière minute et porte la série en prolongations. Beleskey marque et les Ducks mènent 3-2 dans la série. Mais ce doublé tardif de Toews a donné un avantage psychologique à Chicago : les stars de l’Illinois sont intenables et celles des Ducks disparaissent. Les Hawks remportent la série en mettant la main sur les deux derniers matchs (5-2, 5-3).
Face aux jeunes loups de Tampa Bay, les joueurs de Quenneville vont souffrir. Souvent dominés dans le jeu, les Hawks parviennent à gagner le match 1 (2-1) mais plient ensuite à deux reprises (3-4, 2-3). Tampa Bay ne parvient pas à pousser son avantage. Comme d’habitude, Chicago serre les boulons à partir du match 4 et gagne trois rencontres de suite en fermant la porte défensivement (2-1, 2-1, 2-0).

Une défense de fer

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La meilleure défense de la NHL (à égalité avec Montréal) a réussi cinq blanchissages et 23 matchs à un seul but encaissé. A l’inverse, les gardiens ont concédé quatre buts ou plus à 17 occasions. On notera surtout le souci défensif de janvier-février, correspondant à la période creuse de l’équipe.

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Chicago a connu en revanche nombre de soucis offensifs, restant muet à huit reprises et ne dépassant pas un seul but marqué à 10 autres occasions. On notera d’ailleurs que, sur ces 18 matchs, la moitié ont eu lieu après la blessure de Patrick Kane le 25 février. A l’inverse, on compte 29 matchs avec 4 buts ou plus, dont 16 avant le 1er janvier.


Gardiens

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Corey Crawford est toujours aussi critiqué en dehors de Chicago, mais il signe pourtant une nouvelle saison convaincante à plus de 92% d’arrêts. En dépit d’un premier tour difficile contre Nashville, il a su rebondir et se montrer décisif par la suite, avec 92,4% d’arrêts en playoffs (2,31 buts encaissés). Antti Raanta a débuté en tant que remplaçant, mais a finalement perdu sa place suite à une blessure au profit de Scott Darling. Le rookie natif de l’Ilinois a vécu un véritable conte de fée : tombé dans l’alcoolisme, il avait été exclu de son équipe NCAA et jouait dans les profondeurs des ligues semi-pro. Après un gros travail sur lui-même, il a su remonter patiemment la pente, briller en AHL l’an dernier et s’offrir cette saison des moments de gloire en saison régulière comme en playoffs (fiche de 3-1, 2,21 buts encaissés, 93,6% d’arrêts).


Défense

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6e de la ligue en « Corsi », Duncan Keith a dominé le jeu cette saison, signant 45 pts, évoluant dans toutes les situations. Mais il fut encore plus exceptionnel en playoffs, dépassant les 30 minutes de jeu, signant 21 pts en 23 matchs (et un ratio de +16 !), avec des passes décisives aux moments-clés. Keith a logiquement reçu le trophée Conn Smythe de meilleur joueur des phases finales – pour compléter une armoire de trophées qui comprenait déjà deux Norris, trois coupes Stanley et deux médailles d’or olympique... Keith fut souvent aligné avec le plus défensif Nicklas Hjalmarsson, travailleur de l’ombre ô combien précieux dans l’alignement des Hawks. Le Suédois affronte les meilleurs trios adverses et s’impose comme le pilier en infériorité numérique. La deuxième paire a connu plus de difficultés. Brent Seabrook a peiné en saison régulière, mais explosé en playoffs avec pas moins de 7 buts. Il fut bien protégé par Johnny Oduya, mais le vétéran Suédois est désormais en fin de contrat. Ce quatuor hors norme, solide et quasi intact depuis six ans, a joué l’essentiel du temps en playoffs. Le troisième duo n’a quasiment pas été utilisé en phases finales. Il faut dire que Joel Quenneville a eu du mal à trouver la bonne combinaison. Le rookie Trevor van Riemsdyk avait bien débuté la saison, mais s’est blessé au deuxième mois de compétition et n’est revenu que pour la finale. Le vétéran Michal Rozsival a pour sa part manqué toute la fin de saison sur blessure, forçant le staff à signer un Kimmo Timonen de retour au jeu après un an d’absence. Le Finlandais fut aligné avec parcimonie, sans trop briller – mais soulève enfin la coupe, immédiatement donnée par le gentleman Toews. Les plus jeunes se sont partagés les miettes : David Rundblad en a pris l’essentiel, signant une saison régulière prometteuse, avant de paniquer en phases finales. Aura-t-il plus de responsabilités l’an prochain ? Après les échanges de Clendening et Dahlbeck, Chicago a aussi testé le rookie Paliotta, l’ancien espoir-bourlingueur Erixon et le vétéran Cumiskey, qui fut même aligné en playoffs dans un rôle limité.


Attaque

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Jonathan Toews a démontré lors de ces phases finales toute l’étendue de son talent. Solide aux mises au jeu, impérial défensivement, Toews a surtout la capacité de hausser son niveau aux moments importants, assumant un costume de capitaine digne des Yzerman ou Messier. Toews termine meilleur marqueur de la saison régulière et brille encore en playoffs avec 10 buts et 21 pts... Patrick Kane, plus fantasque et spectaculaire, semblait se diriger vers le premier trophée de meilleur marqueur de la NHL pour un joueur américain depuis des lustres. Mais le lutin s’est fracturé la clavicule fin février alors qu’il caracolait en tête du classement. A la surprise générale, il s’est rétabli à temps pour les playoffs où il a continué son travail de démolition, signant la bagatelle de 11 buts et 23 pts. Toews-Kane, le duo gagnant pour Chicago depuis six ans, sans qu’ils ne soient forcément alignés ensemble... C’est bien la force des Hawks de pouvoir compter sur deux meneurs d’hommes qui ne tremblent pas dans les matchs importants. A leurs côtés, les vétérans Marian Hossa et Patrick Sharp furent moins en vue que d’habitude. Hossa signe encore une saison très solide, surtout défensivement, mais Sharp a vu son temps de jeu chuter et il a manqué la barre des 20 buts, qu’il avait déjà atteint sept fois. Les deux hommes se sont créés beaucoup de tirs, sans parvenir à élever leur pourcentage de réussite. Autre vétéran, Brad Richards avait signé pour un an à un prix modique. Il a remporté sa deuxième coupe Stanley en remplissant son rôle de centre de deuxième ligne. Sur les ailes, Brandon Saad a clairement franchi un palier, avec 23 buts et 52 pts, s’imposant comme un joueur d’impact sur la ligne Toews-Hossa. Kane a lui reçu l’aide de Kris Versteeg, autre joueur d’expérience qui peut fournir un appoint offensif. Sur la troisième ligne, Andrew Shaw a joué le rôle de l’agitateur et de joueur important comme écran en jeu de puissance. Bryan Bickell a plutôt bien joué en saison régulière avec un record de carrière (14 buts, 28 pts) mais a disparu en playoffs, ne marquant pas le moindre but, au point de ne jouer qu’un seul match de la finale.
Le jeu des blessures a contraint le staff à compléter l’effectif à la date limite des transactions. L’arrivée d’Antoine Vermette a répondu aux attentes en playoffs. Muet en saison régulière, l’ancien Coyotes est sorti de sa boite au meilleur moment, marquant trois buts gagnants en playoffs, dont deux en prolongations. Andrew Desjardins a remplacé poste pour poste Ben Smith dans le rôle de l’ailier énergique et s’est bien fondu dans le moule. Enfin, Marcus Kruger s’est installé comme spécialiste défensif, solide aux mises au jeu. Chicago a enfin lancé dans le grand bain plusieurs jeunes. Si Philipp Danault et Ryan Hartman ont pu goûter à la grande ligue, le grand espoir Teuvo Teravainen a fini par y creuser sa place, gagnant de plus en plus de temps de jeu au fil des phases finales. Il y inscrit 10 pts en 18 matchs, contribuant à plusieurs reprises à renverser des matchs.


Bilan

Trois coupes et une finale de conférence sur les cinq dernières éditions : Chicago est l’équipe n°1 des années 2010. Pourtant, le staff doit régulièrement jongler avec sa masse salariale, nantie des contrats de 10,5 millions de Toews et Kane. L’ossature phare de l’équipe (Kane, Toews, Hossa, Keith, Seabrook, Crawford) est sous contrat pour un moment, mais des choix seront à faire pour les entourer. Le manager général Stan Bowman a déjà démontré par le passé qu’il n’hésitait pas à prendre des décisions radicales et de nombreux échanges sont attendus. Fort heureusement, le travail des scouts est remarquable. Avec les signatures dès la fin de saison des Russes Artemi Panarin et Viktor Tikhonov, l’émergence de Teravainen et les progrès affichés par Hartman, Danault et Mark McNeill, le réservoir offensif reste bien pourvu. Il faudra cependant voir si la profondeur de banc en défense peut compenser, car il n’est pas certain que Chicago puisse reproduire l’épopée de 2015, jouée quasiment à quatre défenseurs seulement...