Épinal - Strasbourg (Coupe de la Ligue, poule B, 4e journée)

Deux tiers valent mieux qu’un

Rares sont les victoires de l’Étoile noire à Poissompré, surtout dans cette Coupe de la Ligue ne l’ayant vu s’y imposer qu’à deux reprises ces sept dernières années. Une présence plus régulière de Vladimír Hiadlovský aurait-elle été plus salutaire, sachant que Daniel Bourdages a toujours perçu cette compétition de second rang comme une bonne occasion de faire jouer son portier remplaçant ?

IGOETZBaptiste22092015l apparaît en tout cas que le plus Alsacien des entraîneurs canadiens poursuit dans cette voie, préparant la succession de Gilles Beck (parti à Wasquehal cet été) en lançant progressivement Baptiste Goetz dans le grand bain. Le jeune gardien, déjà gratifié de deux titularisations face aux Gothiques d’Amiens, fut toutefois préservé mardi dernier sur l’Ile-Lacroix (où les frères Treille, auteurs de cinq des six buts rouennais ce soir-là, firent feu de tout bois), comme pour mieux le préparer à disputer son premier "grand" derby face au voisin vosgien... très exactement vingt ans après l’ultime apparition de son père (Dominique) à Poissompré en temps que gardien numéro un du club alsacien !

Baptiste Goetz n’avait donc pas dix mois lorsque les "Féfé" Marciano, Christian Bozon et autres Roman Trebaticky s’en donnèrent à cœur joie, remplissant comme rarement les filets strasbourgeois (9-2). Mais le "fiston" est-il pour autant prédestiné à vivre une aussi mauvaise soirée sur cette glace de Poissompré ayant vu Élie Marcos s’y blesser le 18 août dernier ?

C’est donc toujours privée de son capitaine, mais aussi du défenseur Jake Suter (ménagé en vue de la prochaine réception des Ducs d’Angers) que l’Étoile noire aborde cet énième derby (le 43e, en match officiel, depuis 2006). Deux absences relativisées par les soucis d’effectifs actuellement rencontrés par Stéphane Barin, dont la défense est réduite à peau de chagrin.

Aux indisponibilités de Maxime Moisand et Martin Charpentier s’ajoute, en effet, celle d’un Tomáš SUSANjGasper22092015Klouček suspendu après son expulsion à Lyon. L’ex-NHLer s’étant vu exclu à l’issue d’une action fatale à Mitja Šivic, projeté contre la bande (suite à une "poussette" du Tchèque) alors qu’il arrivait lancé. Le capitaine lyonnais, sorti lourdement blessé (il souffre d’un coude cassé et d’un avant-bras fracturé à quatre endroits), n’aura donc pu contribuer au succès de ses nouveaux coéquipiers, auteurs d’une belle remontée.

L’écart creusé en début de partie (3-1) n’ayant finalement pas suffi (4-5), les Gamyo sont eux repartis frustrés samedi. Un sentiment bien différent de celui qui anima le retour des Strasbourgeois, rentrés victorieux (4-3) de leur périple grenoblois. Un exploit qu’il s’agit maintenant de confirmer, sur les terres d’un adversaire si diminué, défensivement, qu’il peut seulement formuler deux paires à l’arrière. Stéphane Barin, désireux de préserver ses trios, préférant ne pas repositionner Steven Cacciotti (comme il avait dû le faire à Charlemagne en cours de partie).

En grand besoin de points (après leurs défaites ramenées de Rouen et Amiens), les Spinaliens savent pertinemment qu’une nouvelle défaite dans cette compétition réduirait quasiment à néant leurs chances de qualification. Mais malgré l’enjeu de la soirée, il n’était pas question de priver Lucas Savoye d’une première titularisation cette saison. C’est d’autant plus vrai qu’Épinal n’aurait franchement pas eu besoin d’un Hočevar des grands soirs pour venir à bout de l’Étoile noire, vite mise en difficulté par l’échec-avant et la vitesse d’attaquants se montrant rapidement menaçants. Goetz essuyant un premier tir cadré d’Hordelalay (02'01") avant qu’un de ses défenseurs (Goldberg ou Hoehe) n’empêche Offret de servir un Vinatier très bien placé dans la zone de vérité (03'00").

Il suffira toutefois d’une montée de Vojtěch Kloz (accroché par Stríž en tentant de passer par le côté, 04'02") pour que la situation se débloque, sous l’impulsion d’un bloc "tchéquo-slovaquo-slovène" ayant fait ce qu’il fallait pour installer KURALTAnze22092015le powerplay. Un jeu de puissance tout près de faire mouche sur un palet mal dégagé repris par Ograjenšek (dont la frappe croisée tutoya la base du montant droit, 04'11"). Mais c’est bel et bien Kuralt, en tête de cercle (et sur un bon décalage de Kloz), qui fera une première fois se lever Poissompré, d’un tir sur réception filant côté fermé, au ras du montant (1-0 à 04'24").

Mis sur de bons rails, les joueurs d’Épinal poursuivent sur leur lancée, non sans faire une petite frayeur sur une tentative non cadrée (signée de Concilys) que Burgert, en embuscade derrière la cage, aurait exploité sans la vigilance de Farina (parvenu in-extremis à le contrer, 04'46"). Un soutien de poids pour Savoye, qui est loin d’avoir à s’employer pour garder sa cage inviolée, contrairement à Goetz, sollicité sur de lointains lancers. Une frappe excentrée en entrée de zone de Vinatier, sur laquelle l’Alsacien laisse un premier rebond (06'30"). Le second étant lâché, dans la foulée, sur un gros slap de Gašper Sušanj (06'35"). Baptiste Goetz sortira néanmoins l’arrêt parfait. Kuralt, ligne de fond, avait pourtant trouvé Ograjenšek, parvenu à se faire oublier devant le filet (07'41")...

Peinant à se montrer dangereux, les Strasbourgeois éprouvent les pires difficultés à déclencher des lancers, qui sont le plus souvent non cadrés. Les hommes de Stéphane Barin, très présents défensivement, contenant plutôt bien les assauts alsaciens. Mais si les Trudeau, Chipaux et autres Saint-André ont fort à faire pour se dépêtrer d’un marquage serré, les défenseurs, en appuyant leurs montées, laissent des brèches dans lesquelles les Spinaliens tentent de s’engouffrer. L’abatage d’attaquants oeuvrant au service du collectif (à l’image d’un Le Blond omniprésent au côté d’Hordelalay et d’un Králík apportant sa touche physique) faLEBLONDMatthieu22092015vorisant les récupérations, comme celle débouchant sur ce joli but de Florian Sabatier. Tout étant parti d’une longue ouverture de Farina, bien relayée par un Cacciotti remisant parfaitement derrière lui. L’ex-Rémois, qui a bien suivi, fixant Bruneteau avant d’armer son lancer, qui va s’enfiler sous la barre, côté mitaine du portier (2-0 à 12'56").

Laissant venir pour mieux contre-attaquer, les Vosgiens bénéficient d’un trop plein d’espaces plaçant Goetz dans une grande vulnérabilité. Matthieu Le Blond, en récupérant un centre tendu que le jeune gardien alsacien n’aura pu poke-checker, passe même tout près d’inscrire le troisième but de la soirée (13'35"). Dominik Fujerik, lancé plein gaz, ira lui déshabiller Joey de Concilys en un-contre-un, sans pour autant parvenir à se débarrasser du Canadien. De Concilys, pris de vitesse, se rattrapant en accrochant le Slovaque, concédant au passage une nouvelle pénalité (14'55") sur laquelle Kloz met à nouveau Goetz en difficulté. "L'héritier" de Gilles Beck stoppant en deux temps la lointaine tentative du solide blueliner (qui fait toujours aussi forte impression, 15'27"). Les Gamyo, toujours en supériorité (suite à un retenir de Belov, 17'31"), passant ensuite à un poteau (ou plutôt une barre transversale) du 3-0. Ken Ograjenšek, descendu très bas rechercher le palet, ayant vu sa longue relance déviée (par Sullivan) dans la course d’un Matthieu Le Blond parvenu ainsi à s’échapper (18'45")...

Arrive ensuite la mauvaise nouvelle de la soirée côté strasbourgeois. Comprenez la sortie prématurée d’un Valentin Michel touché, en pleine mâchoire, par un palet de relance dévié sous son nez (19'04"). Un pépin dont Bourdages sPETRAKMichal22092015e serait bien passé, à l’aube d’un deuxième tiers marqué par l’entrée d’Hiadlovský. Rien d’étonnant là-dedans : l’entraîneur québécois laissant Goetz emmagasiner progressivement de l’expérience en prônant le partage de la cage avec son aîné... qui ne mettra d’ailleurs pas longtemps à sortir un palet de ses propres filets ! Le Blond, ligne de fond, transmettant un puck récupéré (et remonté) par Hordelalay sur Králík, bien placé au premier poteau. L’ailier tchèque marquant dans un trou de souris (3-0 à 22'21").

Difficile, vu la tournure des événements, de croire au retour de l’Étoile noire, régulièrement dépassée quand le jeu tend à s’accélérer. Mais il suffira d’une rapide remontée de Saint-André pour tout bouleverser. L’ex-Rouennais s’étant projeté vers l’avant suite à une mise au jeu remportée, flanqué d’un Pardavý ne manquant pas de le relayer. Un deux-contre-un que Klimíček, seul au repli, ne pourra qu’illicitement avorter. Le défenseur offensif tchèque concédant une pénalité (25'29") rapidement exploitée : Ján Pardavý, décalé par Jake Goldberg sur jeu placé, décochant un lointain lancer que Julien Burgert se le plus prompt à répercuter (3-1 à 26'02")...

La tendance s’inverse lentement, mais sûrement, sans que cela soit flagrant. La maîtrise technique des Kuralt, Ograjenšek et Fujerik étant totalement partagée par un Plch ne manquant pas de démontrer qu’il reste un formidable manieur de palet. Mais "tricoter" ne suffit pas toujours pour marquer. Une vérité confirmée par des visiteurs faisant preuve d’un grand réalisme en supériorité, surtout que la pénalité (en zone offensive) d’Hordelalay (28'52") sera doublée : Kloz étant puni d’un retard de jeu pour un puck maladroitement dégagé TRUDEAUSébastien22092015par-dessus la baie vitrée (29'53"). Une prison offrant près d’une minute de double avantage numérique aux Alsaciens, qui arriveront rapidement à leurs fins. Petrák raflant l’engagement, qu’il remise derrière lui sur Pardavý. Le vétéran décalant aussitôt Goldberg, libre de tout marquage en haut de l’enclave, qui va faire trembler les filets d’un imparable tir à mi-hauteur (3-2 à 30'02").

Un petit coup de barre...

Revenus à portée de fusil, les Bas-Rhinois se font de plus en plus dangereux. Une reprise ratée de Pardavý va pourtant générer un deux-contre-un rondement mené, mais bien mal terminé par Hordelalay (qui rate sa passe en retrait, 32e). Il serait toutefois malvenu de blâmer l’ex-Rémois, qui se démène aux quatre coins du glaçon, imité par un Klimíček se montrant aussi présent derrière que devant. Le défenseur offensif tchèque sera d’ailleurs bien malchanceux de voir un palet dégagé par Stríž frapper de plein fouet son casque (32'46"). Un choc laissant groggy l’ancien joueur de Karlovy Vary. Un défenseur de plus en moins pour Stéphane Barin, qui n’avait vraiment pas besoin de cela (ses arrières n’étant plus qu’au nombre de trois)...

Précipitant le replacement de Cacciotti, cette sortie sera suivie d’une reprise à bout portant de Trudeau (3-3 à 35'54"), puis d’une frappe lointaine de Bruneteau que Burgert se fera un plaisir de dévier (3-4 à 37'00"). Deux buts coup sur coup semant le doute dans les travées, où l’on redoute de voir le scénario de Lyon se répéter. Des craintes rapidement dissipées : Dominik Fujerik finissant par égaliser. Le Slovaque, trop bien servi par Ograjenšek pour ne pas en profiter, marquant d’un tir croisé surprenant PLCHJan22092015Hiadlovský, qui s’employait à garder la porte fermée (4-4 à 43'05").

Revenus plus conquérants, les Spinaliens (qui ont récupéré Klimíček) reprennent alors l’ascendant. Une domination devenant outrageuse sous l’effet des pénalités frappant des Alsaciens devant une fière chandelle à leur gardien. Vladimír Hiadlovský allant, en très peu de temps, enchaîner les arrêts de haute volée. Le Slovaque, droit comme un i, repoussant de la botte une frappe de Steven Cacciotti (46'59"), puis parant du bouclier la tentative de Gašper Sušanj (47'31") avant de s’ériger en muraille infranchissable devant le filet, au grand dam d’un Ján Plch s’y étant pourtant repris à plusieurs fois (47'45"). L’orage continuant à faire rage devant la cage jusqu’au retour d’un Goldberg excellant dans l’art de proprement remonter les palets.

... et ça repart !

Non content d’avoir tué à lui-seul cette pénalité, Hiadlovský sortira un nouvel arrêt déterminant dans la foulée. Un long palet de dégagement étant revenu sur Hordelalay, qui aura pourtant parfaitement remisé sur Ograjenšek (49'25"). Mais à force d’insister, les Gamyo finiroHIADLOVSKYVladimir22092015nt par y arriver. La faute de Baeumlin sur Hordelalay (52'52"), farouchement contestée par un Bourdages commençant à s’énerver sur son banc, débouchant sur un slap de Sušanj dévié par Cacciotti dans le haut du filet (5-4 à 53'27").

Une réalisation faisant non seulement sortir Daniel Bourdages de ses gonds, mais précipitant également son expulsion, assortie d’une nouvelle pénalité mineure amenant assurément le plus but de la soirée. Ograjenšek et Kuralt combinant parfaitement pour trouver Le Blond, bien inspiré de servir un Fujerik n’ayant plus qu’à la mettre au fond (6-4 à 54'37").

Le plus dur est alors fait pour les Lorrains, qui se voient néanmoins infliger une dernière pénalité. L’occasion d’assister aux ultimes soubresauts des Petrák, Pardavý et autres Trudeau, repartis à l’assaut d’une cage bien gardée par Savoye. Tout est donc bien qui finit bien pour les Spinaliens, vainqueurs dans la douleur d’un adversaire qu’ils retrouveront mardi prochain...

Réactions d'après match (dans Vosges Matin) :

Steven Cacciotti (attaquant d'Épinal) : "Jusque-là, nous n'avions pas trop bien démarré nos matchs. Cela n'a pas été le cas ce soir. Les pénalités ont coûté cher dans le deuxième tiers-temps. On s'est parlé dans le vestiaire et on s'est dit les choses. Il fallait travailler fort pour revenir et gagner ce match."

Épinal - Strasbourg 6-4 (2-0, 1-4, 3-0)
Mardi 22 septembre à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1 000 spectateurs.
Arbitrage de Savice Fabre, assisté de Jérémy Metais et Anne-Sophie Boniface.
Pénalités : Épinal 8’ (0’, 6’, 2’) ; Strasbourg 34’ (6’, 0’, 8’ + 20’)
Tirs : Épinal 34 (9, 10, 15) ; Strasbourg 19 (3, 11, 5)

Évolution du score :
1-0 à 04'24" : Kuralt assisté de Kloz et Fujerik
2-0 à 12'56" : Sabatier assisté de Cacciotti et Farina
3-0 à 22'21" : Králík assisté de Le Blond et Hordelalay
3-1 à 26'02" : Burgert assisté de Pardavý et Goldberg (sup. num.)
3-2 à 30'02" : Goldberg assisté de Pardavý et Petrák (double sup. num.)
3-3 à 35'54" : Trudeau assisté de Baeumlin
3-4 à 37'00" : Burgert assisté de Bruneteau et Petrák
4-4 à 43'05" : Fujerik assisté d'Ograjenšek et Kuralt
5-4 à 53'27" : Cacciotti assisté de Sušanj et Sabatier (sup. num.)
6-4 à 54'37" : Fujerik assisté de Le Blond et Ograjenšek (sup. num.)

Épinal

Attaquants :
Anže Kuralt - Dominik Fujerik - Ken Ograjenšek
Steven Cacciotti [Rapenne de 32'46" à 40'00"] - Florian Sabatier - Ján Plch (C)
Pierre-Charles Hordelalay - Matthieu Le Blond - Lukáš Králík.
Yannick Offret (A) - Hugo Vinatier - Anthony Rapenne [Maxime Martin de 32'46" à 40'00"]

Défenseurs :
Vojtěch Kloz - Jiří Klimíček [Cacciotti de 32'46" à 40'00"].
Thibaut Farina - Gašper Sušanj

Gardien :
Lucas Savoye.

Remplaçants : Andrej Hočevar (G), Damien Bégel, Thomas Léonard. Absents : Martin Charpentier et Maxime Moisand (convalescents), Tomáš Klouček (suspendu).

Strasbourg

Attaquants :
Ján Pardavý (C) - Michal Petrák - Johan Saint-André
Sébastien Trudeau - Valentin Michel [puis Baeumlin à 20’] - Kevin Sullivan
Anthony Gonçalves - Tarik Chipaux - Julien Burgert
Julien Baeumlin - Nathan Grabherr - Thomas Mathieu

Défenseurs :
Pierrick Hoehe - Jake Goldberg
Matt Bruneteau (A) - Joey de Concilys
Maxim Belov - David Stríž
Colin Morillon

Gardiens :
Baptiste Goetz, puis Vladimír Hiadlovský à 20'01".

Absents : Élie Marcos (cheville), Jake Suter (ménagé).