Mieux vaut un entraîneur débutant ou un intérimaire ?

Deux pays importants du hockey mondial prennent un nouveau départ inattendu. L'Allemagne avait annoncé vouloir une figure rassembleuse et charismatique à la tête de l'équipe nationale, mais beaucoup pensait que ces vocables cachaient le retour d'Uwe Krupp. Pas du tout : il s'agissait de Marco Sturm ! Il a été nommé entraîneur et manager de l'équipe nationale, sans avoir aucune expérience dans ces deux postes. Il faut dire que le recordman des Allemands en NHL a annoncé sa retraite de joueur il y a un an et demi à peine.

Sturm s'entourera de coachs de DEL (Serge Aubin et Christoph Kreutzer, en attendant Krupp pris pour l'instant par la Ligue des Champions) pour apporter le métier qui lui manque derrière le banc. Sa sélection a révélé peu de surprises. Parmi les forces établies, il a simplement laissé de côté le centre vétéran Christoph Ullmann, qu'il a pris le soin d'appeler pour lui expliquer son choix. Même si l'Allemagne est "protégée" aux prochains Mondiaux, en tant qu'organisatrice principale en 2017, elle a peu de temps pour faire des tests. Elle ne se regroupera plus avant avril prochain. Cette Deutschland Cup est donc importante dans la préparation. Cela explique qu'il n'y a qu'un seul débutant, Brooks Macek, un Canadien à double passeport d'Iserlohn qui est tout juste devenu sélectionnable.

La Suisse, elle, comptait quatre débutants dans la sélection initialement publiée (Jason Fuchs, Killian Mottet, Lukas Stoop, Vincent Praplan), et elle en a finalement six (Phil Baltisberger et Dominic Lammer se sont ajoutés après des blessures). Cela traduit surtout la difficulté de mobiliser pour l'équipe nationale. La preuve est que la fédération suisse n'arrive même plus à trouver un sélectionneur, pour ce qui était un des postes les plus gratifiants (et les plus rémunérateurs...) en Europe.

Le capharnaüm a commencé début octobre par une surprise. Glen Hanlon, pour qui on n'envisgeait guère de prolongation de contrat au-delà de l'échéance de 2016, a demandé une rupture par anticipation pour rejoindre sa famille outre-Atlantique. La quête du successeur vire au sacerdoce : Kevin Schläpfer, pour qui l'équipe de Suisse était un rêve, n'a pas été libéré par le club de Bienne qui avait tout bâti sur lui. Le "sorcier" Arno del Curto, libre en fin de saison, a démenti tout contact. Même l'intérim provisoire n'a pas fonctionné : Felix Hollenstein, annoncé en même temps que le départ de Hanlon, a renoncé à la Deutschland Cup pour raisons personnelles. C'est donc l'entraîneur des U20, John Fust, qui est devenu "intérimaire de l'intérimaire"...

ENDRAS Dennis 130505 443Depuis, la presse suisse bruisse de rumeurs, et cette semaine, le licenciement de Larry Huras par le club suédois de MODO a remis un candidat intéressant sur le marché...

Les Allemands sont parfaitement informés des problèmes suisses et ne peuvent donc ignorer qu'ils sont favoris de fait. Marco Sturm, comme ses joueurs, a indiqué que l'objectif était forcément la victoire dans cette Deutschland Cup, organisée pour la première fois à Augsbourg.

L'équipe locale assume donc son rôle et domine le premier tiers-temps. Le premier jeu de puissance intervient après seulement vingt secondes et s'installe avec une rapidité remarquable : il n'y a pas de temps à perdre. Le gardien suisse Benjamin Conz sauve déjà son camp, comme plus tard devant Yasin Ehliz. La situation se complique quand le capitaine Reto Suri, un des huit cadres suisses avec une expérience en championnat du monde, est renvoyé aux vestiaires pour une crosse haute qui blesse Daschner. La Nati doit jouer les cinq dernières minutes de la période avec un joueur de moins, et en plus, Robin Grossmann est pénalisé à son tour. À 5 contre 3, Conz ne peut faire grand chose, et Philip Gogulla enfile un rebond (1-0).

La deuxième reprend, avec Daschner de retour dans les rangs allemands. Les Suisses sont beaucoup plus disciplinés, et bénéficient à leur tour de supériorités numériques. Dennis Endras doit défendre sa cage à 3 contre 5 pendant vingt-cinq secondes, mais il tient bon. Cependant, alors que ses coéquipiers sont revenus au complet, il finit par s'incliner sur un rebond de Simon Moser (1-1). Dans la foulée, il s'interpose néanmoins face à Lino Martschini arrivé seul face à lui.

Une pénalité de David Wolf permet à la Suisse de prendre l'avantage à la mi-match grâce à la déviation de Grégory Hoffmann, servi par le débutant Vincent Praplan (1-2). Néanmoins, ce même Hoffmann, accroché par Daschner, ne convertit pas le tir de pénalité qui aurait pu donner une avance décisive aux siens. Hoffmann passe ses nerfs un peu plus tard dans une échauffourée avec Pietta.

La Suisse n'a pas converti ses occasions, et l'Allemagne, maintenant dominée, réussit néanmoins à égaliser à 2-2 par un slap de Daryl Boyle, l'autre naturalisé avec le nouveau venu Brooks Macek. Ce dernier s'échappe dans la minute suivante pendant une infériorité et décale Patrick Reimer qui manque depeu la cible. L'ambiance est à son comble dans les tribunes d'Augsbourg, mais elle est refroidie par le but gagnant de Lino Martschini (2-3). Le match se termine dans la tension à cause de Mike Künzle qui charge Torsten Ankert contre la bande. Patrick Hager y récolte une méconduite, et en mettant la pression devant la cage pendant la pénalité du Suisse, c'est au tour de David Wolf d'être renvoyé aux vestiaires. C'est donc la jeune Nati qui remporte ce derby très physique.

Désignés joueurs du match : Yasin Ehliz pour l'Allemagne et Benjamin Conz pour la Suisse.

Commentaires d'après-match

Marco Sturm (entraîneur de l'Allemagne) : "Je suis fier de mon équipe, car nous n'avons eu que trois entraînements en commun. Nous avons très bien commencé au premier tiers, mais nous n'avons pas réussi à enchaîner au deuxième tiers. Les Suisses en ont profité. Les unités spéciales ont fait la différence."

 

Allemagne - Suisse 2-3 (1-0, 0-2, 1-1)
Vendredi 6 novembre 2015 au Curt-Frenzel-Stadion d'Augsbourg. 4258 spectateurs.
Arbitrage de Stefan Bauer (ALL) et Vladimir Pesina (TCH) assistés de Markku Büse et Nikolas Neutzer (ALL).
Pénalités : Allemagne 36' (0', 10', 6'+10'+10') ; Suisse 41' (8'+5'+20', 4', 4').
Tirs : Allemagne 26 (11, 6, 9) ; Suisse 23 (5, 12, 6).

Évolution du score :
1-0 à 17'58" : Gogulla assisté de Schütz et Hager (double sup. num.)
1-1 à 24'52" : Moser assisté de Walker
1-2 à 30'00" : Hofmann assisté de Praplan et Martschini (sup. num.)
2-2 à 48'19" : Boyle assisté de Schütz
2-3 à 51'50" : Martschini assisté de Frick et Helbling


Allemagne

Attaquants
Patrick Reimer (C, +1) - Felix Schütz (+1) - Yasin Ehliz (+1)
Brooks Macek (-1) - Patrick Hager (10') - Philip Gogulla
Nicolas Krämmer (-1, 4') - Daniel Pietta (2') - Marcel Müller
David Wolf (-1, 4'+10') - Dominik Kahun - Jerome Flaake

Défenseurs
Torsten Ankert (+1) - Sinan Akdag
Stephan Daschner - Moritz Müller (-1, 4')
Daryl Boyle (+1) - Nikolai Goc
Bernhard Ebner (-1, 2')

Gardien
Dennis Endras

Remplaçant : Felix Brückmann (G).

Suisse

Attaquants
Reto Suri (C, 2'+5'+20') - Vincent Praplan - Lino Martschini
Killian Mottet - Julian Walker (+1) - Simon Moser (+1)
Gregory Hofmann (2') - Etienne Froidevaux (4') - Inti Pestoni (+1)
Dominic Lammer (-1) - Jason Fuchs (-1) - Mike Künzle (-1, 2')

Défenseurs
Larri Leeger - Romain Loeffel (+1)
Alessandro Chiesa (-1) - Robin Grossmann (4')
Lukas Frick - Timo Helbling (2')
Phil Baltisberger - Lukas Stoop

Gardien
Benjamin Conz

Remplaçant : Sandro Zurkirchen (G).