KHL : la Chine et le marché asiatique en ligne de mire

Avec une situation stable, la KHL entreprend de nouveaux travaux pour poursuivre son expansion, notamment en Asie qui est désormais au cœur du projet.

KHL logo shield.svgIl y a un an, Aleksandr Medvedev cédait le poste de président de la KHL à Dmitri Chernyshenko. La fin d'une ère, la fin du rêve de Medvedev de voir fleurir des clubs en Europe occidentale. L'heure était alors au traditionalisme avec un championnat plus équilibré et davantage orienté vers la Russie. Sauf que Chernyshenko a revu sa position après qu'un événement ait changé la donne : l'obtention des Jeux olympiques d'hiver par Pékin en 2022.

Slava Fetisov convaincu par le potentiel asiatique

Hormis Medvedev lui-même, ils étaient plusieurs à croire au marché asiatique. C'est le cas de la légende Vyacheslav Fetisov, politicien et membre du conseil d'administration de la KHL, et ce dès la création du circuit en 2008 puisqu'il réclamait une division Pacifique. En 2009, Fetisov s'entretenait à ce sujet avec René Fasel, président de la fédération internationale. Fasel était réfractaire. Aujourd'hui, le Suisse moustachu, qui ne cache pas son affection pour la KHL - au détriment de la Champions Hockey League d'ailleurs - pense tout le contraire puisqu'il verrait bien non pas un club chinois mais deux en Ligue Continentale ! 


V.FetisovVyacheslav Fetisov est donc convaincu du potentiel asiatique. Il s'est rendu à plusieurs reprises aux quatre coins de ce continent. En Chine mais également au Japon, où il a déjeuné avec un membre de la famille royale appartenant au comité d'organisation des JO de Tokyo en 2020 et intéressé par la création d'une franchise KHL. Depuis septembre 2014, une académie Fetisov a ouvert ses portes à Vladivostok, ville baignée par la mer du Japon et porte stratégique vers l'Asie. Cette école de glace a d'ailleurs pour vocation de développer le hockey dans cette région où Fetisov est très impliqué politiquement, le Primorié, mais l'académie se veut internationale en accueillant justement de jeunes joueurs chinois, japonais ou coréens.

Le hockey chinois en chantier

Le 31 juillet 2015, Pékin s'est donc vu attribuer les Jeux olympiques d'hiver pour 2022. Après Pyeongchang 2018, une deuxième olympiade hivernale successive se tiendra en Asie. De quoi convaincre les plus sceptiques à s'intéresser à ce marché. Y compris Dmitri Chernyshenko, qui a reconnu que l'expansion en Extrême-Orient était inéluctable. Et le challenge fait saliver. Avec 1,3 milliard d'habitants, le potentiel est énorme en Chine, même si vous ne touchez qu'une minorité de la population. Développer le hockey auprès des enfants et des adultes, façonner une culture, il y a beaucoup à faire. Mais le terreau est fertile.

Logo Beijing 2022Auparavant peu intéressés par ce genre de loisirs, les Chinois s'adonnent de plus en plus aux sports d'hiver. Avec l'organisation des JO, gageons que cet attrait devrait s'intensifier, y compris pour les seuls sports de glace. D'ici 2022, la Chine prévoit de construire 500 patinoires, soit plus qu'en Russie (419). Ces cinq dernières années, le nombre de licenciés en Chine est passé de 200 à 2000. Mais cette progression pourrait devenir bien plus impressionnante. Le hockey sur glace est l'une des priorités de Liu Peng, le président du Comité national olympique chinois. Peng a rapidement fait confiance aux Russes pour parvenir à ses fins. Et quand on sait que le hockey sur glace est le sport d'hiver préféré de l'actuel président Xi Jinping, qui l'avait annoncé sur la chaîne nationale CNTV durant les Jeux de Sotchi, l'engouement de la population pourrait suivre.

Pour le moment, dans l'optique de ses JO 2018, la Corée du Sud n'a fait "que" de naturaliser des joueurs nord-américains et de confier la sélection à l'ex-NHLer Jim Paek, même si le pays du matin calme est également tenté par un partenariat avec les Russes. Mais la Chine est partie pour s'investir dans un développement à court, moyen et long terme. Et le parrainage avec la KHL s'est accéléré ces derniers mois. En octobre dernier, les dirigeants de la deuxième ligue du monde ont visité quatre sites susceptibles d'accueillir une franchise KHL : Pékin, Harbin, Qiqihar et Shanghai. Avantage néanmoins pour Shanghai qui a déjà les infrastructures nécessaires. Un club chinois en Ligue Continentale pourrait voir le jour dès la rentrée 2016, de quoi rompre l'isolement géographique de l'Admiral Vladivostok et l'Amur Khabarovsk. Parallèlement aux projets des Russes, la fédération internationale a annoncé dernièrement la mise en chantier d'une ligue chinoise à huit équipes.

Et la NHL ? Mis à part quelques initiatives et programmes de Charles Wong, propriétaire d'origine chinoise des Islanders de New York, l’investissement de la Ligue Nationale est pour le moment inexistant sur la zone asiatique. Et on ne sait pas encore au jour d'aujourd'hui si les pros de la NHL prendront part aux deux prochaines olympiades. A contrario de la KHL - et de la MHL, le circuit junior - qui est prête à s'engouffrer dans cette brèche. Chernyshenko a donné son feu vert pour la Chine, il est également prêt à accueillir un club sud-coréen et/ou japonais.

L'Europe occidentale ne sera pas négligée

Ils sont nombreux les projets, en Suisse, en Allemagne, en Norvège, en Pologne, en Italie, à ne pas avoir vu le jour. L'existence sur le circuit du Lev, club slovaque puis tchèque, n'aura duré que trois ans. Cependant, le succès des Jokerit d'Helsinki, succès sportif, populaire et économique, pourrait faire des émules. Dmitri Chernyshenko confiait récemment à R-Sport que la KHL était prête à se développer davantage en Europe de l'ouest, ce qui n'était pas d'actualité il y a un an lorsqu'il a pris ses fonctions à la présidence.

D.ChernyshenkoPlusieurs projets sont en gestation, notamment en Estonie. Plusieurs actionnaires, parmi lesquels l'ancien basketteur champion du monde Heino Enden, se sont alliés pour créer en septembre une entité : Ilves. Ce projet, qui n"a rien à voir avec le club finlandais des Ilves de Tampere, est appuyé par la fédération estonienne et bénéficie d'une arène récente de 6000 places à Tallinn. Le but est avant tout destiné à développer le hockey au sein d'une nation classée 29e au classement IIHF. Hormis la situation géographique intéressante, pour renforcer la concurrence sur une zone où se trouvent les Jokerit, le SKA Saint-Pétersbourg et le Dinamo Riga, les Estoniens auront-ils assez d'arguments ? Car mis à part l'attractivité du marché asiatique, Chernyshenko, moins enthousiaste que son prédécesseur, a rappelé qu'il privilégierait des pays dans lesquels le hockey s'inscrit dans la tradition.

En novembre 2014, Dmitri Chernyshenko succédait à Medvedev alors que la Russie connaissait une situation économique difficile. Pourtant, la ligue n'en a pas réellement souffert. La friabilité de certains clubs a été gérée et Chernyshenko a annoncé samedi dernier que "la saison écoulée fut le meilleur résultat financier" depuis la création de la KHL. La ligue est même parvenue à redistribuer 100 millions de roubles, soit 1,5 million d'euros, aux 28 clubs, une première. Elle a gardé ses partenaires et en a attiré d'autres. D'ailleurs, Chernyshenko promettait l'annonce d'un immense partenaire dans les jours à venir : MasterCard est devenu le partenaire officiel pour la période 2015-2017. La fréquentation des arènes a atteint un niveau record, les droits TV sont en hausse constante et le conseil d'administration espère encore améliorer les bénéfices dans les années à venir.

La KHL prévoit de réaliser un bénéfice de 304 millions de roubles (4 millions €) à l'issue de la saison 2015-2016, soit le double de l'exercice précédent. La KHL semble donc bien se porter avant de négocier un tremplin qu'elle espère juteux.