Des bleus à l'âme russe

Les Russes sont habillés en bleu ! Le maillot a de quoi surprendre, mais elle est un hommage historique : c'est dans cette couleur bleu marine, d'inspiration fort peu communiste, que l'équipe d'URSS a remporté le premier championnat du monde auquel elle a participé en 1954, avant de se rendre célèbre en rouge.

Pour le public présent, et même pour les journalistes, ce match marque les grands débuts internationaux d'Alexei Murygin, meilleur gardien de la première moitié de la saison de KHL avec plus de 95% d'arrêts et une incroyable moyenne d'à peine 1,16 buts encaissés par match avec le Lokomotiv Yaroslavl. En réalité, Murygin est apparu pour la première fois en avril en Suisse : ce fait ignoré démontre combien les Russes tiennent en peu de considération les rencontres d'Euro Challenge contre les "petites nations".

ANTIPIN Viktor 150516 617Les Tchèques sont tenus en plus haute estime, d'autant qu'ils ont battu les Russes en novembre, mais avec leurs joueurs inconnus d'Extraliga, ils sont quand même censés prendre une leçon de la part d'une Sbornaïa déjà en démonstration la veille contre la Finlande (8-1).

C'est tout le contraire qui se produit. Les stars russes sont dominées à plate couture par des adversaires sans complexe. Une perte de palet de Denis Denisov derrière la cage russe permet à Petr Koukal de passer en retrait à Tomas Vincour, qui ajuste Murygin au-dessus de la jambière. 0-1 après vingt minutes, et une seule occasion pour Vadim Shipachyov, lancé à toute vitesse en entrée de zone par Radulov. Mais c'est le joueur de centre qui finit lui-même sa course dans les filets, pas le palet...

En début de deuxième période, Znarok change sa tactique : il laisse un joueur se promener au niveau de la ligne bleue adverse pour partir en contre-attaque avec des espaces. Gusev lance ainsi le jeune Vladislav Kartaev vers son premier but international, en pleine lucarne. La défense tchèque est alors sous fort pression, et l'arrière Viktor Antipin, en plus d'être plus solide que ses collègues derrière, se place en haut de l'enclave et donne l'avantage 2-1 à la Russie.

Les Tchèques s'ajustent ensuite au nouveau système russe, mais le temps de reprendre pied, ils ont quand même encaissé deux buts. Il leur faut vite réagir. Des espaces, après tout, il y en a tout autant dans la défense locale, où des erreurs en zone neutre ouvrent la voie à des contre-attaques en surnombre. Le capitaine Jan Kovar déclenche ainsi un 2 contre 1. Écarté du Dinamo Riga il y a quelques jours (il retrouvera du travail au Slovan Bratislava, toujours en KHL), le défenseur Tomas Kundratek reçoit la passe de Milan Gulas et ouvre à son tour son compteur international dans une cage ouverte.

ZATOVIC Martin 140509 647Le jeu reste très ouvert et va d'une cage à l'autre. Pendant que Radulov est en prison, celle de Murygin est forcément la plus mitraillée. La barre transversale sauve le lancer de Gulas, mais pas la conclusion de Martin Zatovic. Puis, après un breakaway raté de Zaripov, l'inattendu Richard Jarusek inscrit le 2-4 pour les Tchèques et garde en souvenir le palet de son premier but en sélection : c'est le troisième joueur à déflorer son compteur ce soir !

Kovalchuk et Radulov, étincelants hier pour leur réunion, sont beaucoup moins à la fête aujourd'hui. Au début de la troisième période, Znarok - qui a déjà modifié tous ses blocs - cloue ses deux vedettes sur le banc pendant dix minutes. Entre les deux pénalités stupides de Radulov (la seconde en s'énervant après la sirène) et les passes imprécises de Kovalchuk, la sanction s'explique.

Avant que Znarok ne se lamente de nouveau d'avoir entraîné son équipe en powerplay pour rien, les arbitres lui accordent deux supériorités numériques en fin de match. La Sbornaïa ne marque pas pour autant, et Dominik Furch réalise une belle intervention face à Zaripov, parfaitement décalé en cage ouverte face à Mozyakin. Ce dernier, qui semble manquer de fraîcheur, se mue tout de même en portier de fortune pour sauver son équipe deux fois sur la ligne, vu qu'elle a sorti son gardien.

Le match se termine donc sur une victoire des Tchèques, qui remporteront le tournoi à la surprise générale. Les Russes sont derniers de l'Euro Hockey Tour après deux tournois sur quatre, une position pour le moins inhabituelle depuis qu'ils sont revenus au sommet il y a environ une décennie.

Commentaires d'après-match

Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : "Il s'est passé ce que je craignais : quand nous jouons un deuxième match en deux jours, nous perdons, comme en Finlande. C'est dur physiquement, nous avons un calendrier très serré en KHL, nos cadres jouent 20 à 25 minutes par match et arrivent deux jours avant le tournoi. J'espère qu'aux championnats du monde, avec un mois pour les amener au niveau, nous réussirons. Les leaders [Kovalchuk et Radulov] ont commencé la troisième période sur le banc pour des raisons disciplinaires, mais il vaut mieux que ça arrive maintenant et pas aux Mondiaux. Toute l'équipe a mal joué. Pourquoi vous focalisez-vous sur Denisov ? C'est incorrect de s'en prendre aux individualités. Si vous voulez blâmer quelqu'un, insultez-moi."

Vladimir Vujtek (entraîneur de la République Tchèque) : "Nous avons continué ce que nous avons commencé hier. Nous avons joué le même style de hockey, en poussant devant le but et en concrétisant nos occasions, contrairement à ce qui se passait avant. Nous avons gagné grâce au dévouement de nos joueurs dans notre zone. Nous avons bloqué beaucoup de tirs et déclenché des contre-attaques rapides. Nous sommes satisfaits de nos gardiens, c'est le clé de voûte de toute équipe. Mais ce sera dur pour eux parce que nous avons Salak [forfait sur blessure juste avant le tournoi]. Il a les meilleurs résultats de tous nos gardiens en KHL, et nous devons compter sur lui. Certains joueurs m'ont un peu surpris, notamment Jarůšek qui n'avait jamais joué en équipe nationale. Les jeunes joueurs ont montré qu'ils méritaient leur sélection. La concurrence s'élève. Bien sûr, nous attendons aussi des joueurs de NHL, à un pourcentage de 40% à 50%."

 

Russie - République Tchèque 2-4 (0-1, 2-3, 0-0)
Dimanche 20 décembre 2015 à 14h00 au Palais de glace VTB de Moscou. 12095 spectateurs.
Arbitrage d'Aleksi Rantala et Stefan Fonselius (SUE) assistés de Dmitry Sivov et Sergey Shelyanin (RUS).
Pénalités : Russie 6' (2', 2', 2'), République Tchèque 4' (0', 0', 4').
Tirs : Russie 19 (3, 12, 4), République Tchèque 26 (10, 12, 4).

Évolution du score :
0-1 à 05'26" : Vincour assisté de Koukal
1-1 à 22'28" : Kartaev assisté de Dadonov et Gusev
2-1 à 25'09" : Antipin assisté de Radulov et Kovalchuk
2-2 à 27'29" : Kundratek assisté de Gulas
2-3 à 34'20" : Zatovic assisté de Kovar (sup. num.)
2-4 à 39'09" : Jarusek


Russie

Attaquants :
Ilya Kovalchuk (C, -1) - Vadim Shipachyov (-1) [puis Prokhorkin] - Aleksandr Radulov (-1, 4')
Sergei Mozyakin - Nikolai Prokhorkin [puis Apalkov] - Danis Zaripov
Daniil Apalkov [puis Shirokov] - Vladislav Kartaev - Denis Kokarev
Sergei Shirokov puis Nikita Gusev - Sergei Andronov (2') [puis Shipachyov] - Evgeni Dadonov

Défenseurs :
Yegor Yakovlev (+1) - Anton Belov (+1)
Viktor Antipin (+1) - Maksim Chudinov
Denis Denisov (-2) - Nikita Zaitsev (-2)
Bogdan Kiselevich (-1) - Dmitri Vishnevsky

Gardien :
Aleksei Murygin [sorti de 52'50" à 53'02" et de 57'31" à 60'00"]

Remplaçant : Ilya Sorokin (G). En réserve : Vasily Koshechkin (G), Andrei Zubarev, Yegor Averin, Igor Grigorenko.

République Tchèque

Attaquants :
Martin Zatovic (-2) - Jan Kovar (C, -1, 2') - Milan Gulas (-1, 2')
Tomas Vincour (+3) - Petr Koukal (A, +2) - Lukas Radil (+1)
Tomas Zohorna - Tomas Filippi - Jakub Valsky
Jan Buchtele - Tomas Urban - Richard Jarusek (+1)

Défenseurs :
Michal Kempny (-1) - Tomas Kundratek (-1)
Jan Kolar (A, +1) - Jan Rutta (+1)
Milan Doudera - Jakub Jerabek
Tomas Voracek (+1) - Radim Simek (+1)

Gardien :
Dominik Furch

Remplaçant : Pavel Francouz (G).