Rouen - Grenoble (Ligue Magnus, 22e journée)

Dans le dur, vraiment 

Battu, lourdement humilié dans la manière, sur l’île Lacroix par Grenoble privé de deux titulaires et de ses deux premiers gardiens (!), Rouen semble au fond du trou, extérieurement sans fondation sur lesquelles rebâtir.

ILLUS20160122201Les play-offs, si le RHE76 s’y qualifie (un seul faux-pas de Bordeaux suffirait), approchent à grands pas et presque tous les voyants sont au rouge ! Certes, les Dragons maîtrisent encore leur destin, mais pas en jouant de la sorte. Il y a urgence. Même la quatrième place s’éloigne car Épinal, Amiens et Gap se profilent sur le chemin des Normands et on voit mal comment les tout neuf champions de la Coupe continentale, avec leur niveau indigne de jeu d’aujourd’hui, peuvent espérer glaner le point qui leur manque contre ces équipes du top-8 actuel.

Les Dragons ont été surclassés par Grenoble dans les fondamentaux, la combativité, la conquête des palets libres, la solidarité, la vitesse, la spontanéité, le sang-froid, l’unité et les jeux spéciaux. Les triomphateurs de Bercy ne sont pas intouchables. Cela s’est confirmé ce soir après les revers accidentels, pensait-on, contre Dijon voire Bordeaux...

Mal en point lors de la réception de Chamonix, mardi soir, Grenoble a fourni une prestation digne de la ligue Magnus, pas le RHE76.

Les Brûleurs de Loups n’ont pas enflammé le début de match, sans doute pour préserver et d’abord protéger Corentin Noré, le très jeune troisième gardien de l’armada des Isérois qui remplaçait Mustukovs, l’habituel titulaire, et son suppléant Goy, tous deux blessés. Le premier arrêt du gamin, propre de la botte, sur un tir de Guillemain, le met en confiance (1’40).

ILLUS20160122217Rouen attaque mollement et ne cadre pas ses tirs. Grenoble jauge son adversaire pendant les six premières minutes mais se crée tout de même déjà un contre surnuméraire qu’Éric Chouinard vendange (4’14). Bisaillon et Perret se gênent, s’entrechoquent tel Laurel et Hardy, alors qu’ils se jettent sur la même bonne position de tir dans l’enclave sans se voir (5’53). Patrick Coulombe doit se sacrifier sur un shoot (6’29).

Rouen bafouille en sortie de zone et dans la neutre, mais se reprend et avance enfin. Oh, pas très longtemps. Après l’occasion de François-Pierre Guénette, dont le tir passe un peu trop à droite à mi-hauteur (7’33), et un rebond manqué par Lampérier après un frappé de Chakiachvili (8’02), les Normands, approximatifs et hors du coup, disparaissent de la circulation. À tel point que l’arrière Ryan Barlock peut aller tranquillement provoquer Sabourin en duel. Le gardien vétéran détourne la tentative de l’ex-Caennais (9’33). Quelques secondes plus tard, c’est Danick Bouchard qui s’engouffre dans une défense inorganisée. Heureusement, le Canadien est maladroit au moment de conclure seul face à Sabourin (9’53).

On s’ennuiera ensuite, jusqu’à un mini sursaut des joueurs locaux où François-Pierre Guénette, encore, trouve une situation favorable avant d’être accroché par Chouinard (15’06). Mais la supériorité rouennaise sera moyennement jouée (17’06).

Puis, après une mauvaise passe de Krog, et un parfait petit relais de Kalus, Jordann Perret, dans une défensive qui a mal couvert une montée de Matheson aux avants-postes, s’échappe dans le rond central au prix d’une accélération foudroyante. L’espoir du hockey français chanceux, d’un rapide lancer, sans fioriture, trouve le poteau à gauche de la plaque du gardien. Le palet rebondit dans le dos de Sabourin et rentre dans les filets, juste avant la pause (0-1 à 19’10). Les cinquante secondes suivantes seront jouées après le retour au vestiaire à cause d’une protection de rambarde amochée.

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Dans la période médiane, le RHE76 n’y est toujours pas, encore moins ! Constamment en retard, même Patrick Coulombe (!), les Normands commettent des fautes et se retrouvent en prison. S’ils annihilent 42 secondes à trois (Koudys - Matheson - Colotti) contre cinq, ils s’inclinent, dans la continuité, à un seul homme de moins, lorsque Chouinard, un œil sur son territoire, reprend sur la gauche un trop court dégagement, venu du trafic devant la cage (0-2 à 23’23). Le capitaine grenoblois, qui a manqué de précision moins d’une minute avant, ne manque pas cette deuxième aubaine ! Les coéquipiers de Patrick Coulombe sont à la rue et Sabourin doit encore éviter le pire aux joueurs locaux lorsque Perret re-déboule devant lui en breakaway (24’17).

Frustrés, énervés par leur faillite générale et collective, les Dragons sont indisciplinés. Même si Andrej Hebar n’est pas tout blanc et en rajoute sous les yeux d’un arbitre influençable, parce que c’est tellement bon, la riposte stéréotypée, punie de cachot, de Dame-Malka met de nouveau dans l’embarras les Seinomarins (24’27). Il ne faudra que trente secondes d’attaque à cinq grenobloise pour trouver une nouvelle fois la faille dans le carré rouennais. De derrière la cage, Danick Bouchard, trouvait une passe parfaite pour Sébastien Thinel à la droite des buts. Le frère de MAT décèle le haut des filets (0-3 à 25'57).

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Comme si Rouen leur faisait pitié, les Grenoblois lui donnent un avantage numérique pour un retard de jeu qui semblait évitable. La meilleure action du jeu spécial st bien sûr... pour Grenoble. Mais Jordann Perret manque sa cible (26’37). La pénalité tuée. Les Brûleurs de Loups débarquent à trois-contre-un. Dany Sabourin, face à Gervais, sauve encore son équipe, pas de la défaite mais du naufrage (31’43). Le gardien vétéran s’oppose encore et aussi magistralement des jambières devant Jordann Perret (31’55). Plus tard, à quatre contre deux, Danick Bouchard rate la mire (33’35). Finalement la note n’est pas si salée et elle semble convenir aux joueurs du tandem Lhenry-Salo, car sur une nouvelle supériorité, on ne distingue aucun signe qu’ils veulent la rogner.

Pourtant, Grenoble donne de la verge pour se faire battre. Quentin Scolari sur Sacha Treille et encore mieux Jordann Perret pour une faute offensive se retrouvent ensemble assis sur le banc de la geôle pendant une minute et trente-trois secondes (34’47). Il est temps, même si c’est plus facile en supériorité, les Dragons canalisent leur rage d’impuissance sur un objectif, jouer face à la cage et non sur les flancs. Joël Perrault manque d’abord l’improbable dans le slot (35’55). Mais deux secondes après la sortie de prison de Scolari, l’ex-joueur de Krefeld se reprend. Après une passe transversale de Guénette pour Marc-André Thinel, ce dernier lance de volée. Noré parade de la botte et, seul devant lui, le remplaçant de Whitecotton propulse le rebond au fond des résilles (1-3 à 36'21).

ILLUS20160122186Un peu tard, mais les Rouennais semblent retrouver le chemin du travail jusqu’à ce que l’un d’eux sorte du canevas. Sacha Treille, démuni, énervé, hors du match, commet une vengeance inutile sur un arrêt de jeu. Sa réaction brise l’élan rouennais déjà très fragile (36’50). Grenoble ne profite pas du cadeau de l’international. Les Dauphinois vont le regretter. Sur une des rares contre-attaques abouties des locaux, l’arrière-garde des visiteurs est, pour une fois, sous pression grâce au boulot du tandem Koudys-Colotti. Sacha Treille récupère la rondelle à gauche et peut la transmettre parfaitement à Dame-Malka à la pointe. Plein axe, sur réception, le Franco-Canadien frappe fort de loin. Pourtant sur la trajectoire, Corentin Noré, malchanceux, ne complète pas son arrêt (2-3 à 49'07).

Revenu sans brio, à un but de leurs adversaires contre le cours du jeu, les Normands ont encore tout un tiers pour assurer le minimum face à un adversaire amoindri, qui, s’il affiche plus d’envie, de pugnacité et de solidarité, n’est pas techniquement au-dessus. La possession et la maîtrise du palet semblent équilibrées.

Mais Rouen est totalement impuissant, absent ce soir. Le début du dernier vingt est grenoblois, sans plus. Mais les hommes du tandem Terglav-Dufour font le métier et en sont récompensés sur un tir presque anodin de loin sur la droite. Leur offensive se projette rapidement en attaque, crée du trafic et un décalage devant la cage. C’est ainsi que Sébastien Thinel, sans opposition, dévie le palet en vol, du haut du slot, dans la cage de Sabourin ne pouvant rien faire (2-4 à 44'39).

ILLUS20160122242Il n’y aura pas de révolte rouennaise. À peine une timide déviation de Sacha Treille, sur pourtant un bon service de Matheson (45’41). Puis, plus rien, malgré trois supériorités dont deux charités - fautes offensives de Perret encore (49’27) et de Kalus (54’06) - et trente-huit secondes jouées à cinq Rouennais contre trois (Bisaillon-Tartari-Harty) Grenoblois !

Les cinq dernières minutes sont un cauchemar. Joël Perrault perd un palet à la pointe et laisse Chouinard provoquer Sabourin. Le gardien sort gagnant du duel (55’52). Ensuite, on doit à l’imprécision engendrée par la fatigue de la fin de match des Brûleurs de Loups (Kalus à 56’24 et S.Thinel à 57’52) que le score ne bouge pas, jusqu’à la sortie de Sabourin remplacé par un attaquant rouennais supplémentaire... En bon spéculateur, Jakob Milovanovic lance du bas, le long de la bande, au niveau du cercle d’engagement, pour enfiler en cage vide le cinquième but des Grenoblois (2-5 à 59'36). Pour la petite histoire, Julien Baylacq pouvait chambrer le public, qui le lui rendait bien car si on se rappelle ce match (à oublier) sur les bords de Seine, on se rappellera aussi de son monumental loupé. Seul devant la cage vide, il se prenait les patins dans le tapis pour déjouer totalement.

Après la parenthèse enchantée de la coupe Continentale et de la coupe de France, cette rude soirée, qui succède à celles d’Épinal et de Bordeaux, fait craindre que les ressources rouennaises s’amenuisent au fur à mesure que le championnat avance. Les Rouennais, pourtant indéniablement mieux outillés en nombre que les deux années précédentes, doivent pouvoir tenir la distance. Ressourcer Labelle, adopter enfin Perrault et Matheson, relancer Sacha Treille et Krog, piocher dans la fraîcheur d’un Nesa et d’un Dorey, dans la gnac d’un Koudys, apporter du neuf (Dame-Malka, Chakiachvili, Matheson) en power-play. Tout compter sur les cadres, Thinel, Guénette, Coulombe, s’est révélé dangereux ce soir. Désormais privés de joker, les Rouennais ne peuvent plus faire d’impasse comme contre Dijon, Bordeaux et Grenoble. A priori, ils ne sont pas les seuls en cette fin de saison à déraper, mais les voilà dans le dur, le très très dur !

Étoiles du match : Sébastien Thinel*** (Grenoble), Jordann Perret** (Grenoble) et Corentin Noré* (Grenoble).

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Rouen – Grenoble 2-5 (0-1, 2-2, 0-2)
Vendredi 23 janvier 2016 à 20h00 au centre sportif Guy Boissière. 2746 spectateurs.
Arbitres : M. Nicolas Barbez assisté de MM. David Courgeon et Clément Goncalves.
Pénalités : Rouen 18' (0', 8’, 1x10') ; Grenoble 14' (2', 6', 6').
Tirs : Rouen 30 (7, 13, 10) ; Grenoble 21 (8, 9, 4).
Chances : Rouen 4 (2, 1, 1) ; Grenoble 13 (2, 6, 5).

Évolution du score :
0-1 à 19'10" : Perret assisté de Kalus
0-2 à 23'23" : Chouinard assisté de Barlock et Perret (sup. num.)
0-3 à 25'57" : S. Thinel assisté de Bouchard et Milovanovic (sup. num.)
1-3 à 36'21" : Perrault assisté de M.A. Thinel et Guénette (sup. num.)
2-3 à 49'07" : Dame-Malka assisté de S. Treille et Colotti
2-4 à 44'39" : S. Thinel assisté de Hebar et Tartari
2-5 à 59'36" : Milovanovic assisté de Tartari et Baylacq (cage vide)


Rouen

Attaquants :
Sacha Treille – Jason Krog – Yorick Treille (A)
Loïc Lampérier – François-Pierre Guénette (A) – Marc-André Thinel
Nicolas Arrossamena – Joël Perrault – Olivier Labelle
Fabien Colotti – Damien Raux – Dan Koudys

Arrières:
Tero Konttinen – Mark Matheson
Olivier Dame-Malka – Patrick Coulombe (C)
Florian Chakiachvili – Léo Guillemain

Gardien :
Dany Sabourin [sorti de 59’05 à 59’36].

Remplaçants : Quentin Papillon (G), Vincent Nesa et Aurélien Dorey.

Grenoble

Attaquants :
Éric Chouinard (C) – Sébastien Gauthier – Danick Bouchard
Sébastien Thinel – Christophe Tartari (A) – Andrej Hebar
Petr Kalus – Julien Guillaume – Mathias Arnaud
Robin Lamboley – Julien Baylacq (A) – Jordann Perret

Arrières :
Jonathan Harty – Sébastien Bisaillon
Jakob Milovanovic – Nicolas Favarin
Ryan Barlock – Quentin Scolari
Stéphane Gervais

Gardien :
Corentin Noré

Remplaçants : Timothé Cachard (G) et Romain Chapuis. Absents : Arthur Montenoise, Victor Goy, Ervins Mustukovs et Dave Labrecque (blessés).

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