Gostisbehere, phénomène NHL ascendant basque

Le jeune défenseur débutant des Flyers de Philadelphie connaît actuellement une séquence étonnante en NHL. Attardons-nous sur ce joueur américain dont le père est français.

GostisbehereIl a débuté sa carrière NHL cette saison dans l'ombre des autres recrues qui ont monopolisé l'attention des médias, en premier lieu les artistes Connor McDavid, Jack Eichel ou Artemi Panarin. Mais ses performances bluffantes l'ont propulsé sur le devant de la scène. Depuis le 19 janvier, Shayne Gostisbehere, défenseur de 22 ans, a amassé au moins 1 point durant ses 15 derniers matchs : c'est la deuxième série la plus longue cette saison derrière celle de Patrick Kane, et la plus longue depuis près de 20 ans pour un défenseur puisqu'il faut remonter à Chris Chelios et à la saison 1995-1996, dépassant la série de 14 de Brian Leetch en 96-97. C'est surtout un record pour un défenseur recrue du circuit. Actuellement, le coéquipier de Pierre-Édouard Bellemare totalise 34 points en seulement 40 parties. Jamais un défenseur débutant n'a été autant prolifique dans l'histoire de la franchise pennsylvanienne.

Racines basques

Autant dire que les journalistes se sont désormais accommodés de l'orthographe et de la prononciation de ce nom peu banal. Alors que les fans ont opté pour "Ghost Bear" ou tout simplement "Ghost", surnom qui le suit depuis l'université, Gostisbehere est un héritage du sud-ouest de la France. Son père Régis est en effet natif de Biarritz et ancien joueur de pelote basque. Son cousin Ugo, footballeur, a porté les couleurs des Girondins de Bordeaux, il joue désormais à Trélissac en CFA.

Revenons à son père. Régis Gostisbehere s'était envolé très jeune vers les États-Unis et la Floride pour y pratiquer sa discipline en tant que joueur professionnel. Car dans cet état du sud des États-Unis, la cesta punta, une des spécialités de la pelote basque, y est très implantée grâce à la communauté cubaine très représentée, et ses nombreux paris ancrés dans la culture. Alors que sa sœur Felicia opte pour le patinage artistique, c'est bel et bien le hockey qui contaminera Shayne, la faute à son grand-père maternel Denis, Canadien expatrié et inconditionnel... du Canadien de Montréal. 

Papy Denis le met sur des patins à 3 ans avant de devenir son entraîneur en mineur. Le patinage de Shayne est perfectionné par l'entraîneur de sa sœur patineuse. Le jeune Floridien est né la même année que la franchise des Panthers (1993), des patinoires apparaissent sous cet effet dans cette contrée tropicale, mais jouer en Floride nécessite de nombreux et longs déplacements. Il ne le sait pas encore mais Shayne, qui a grandi à Margate, à 60 kilomètres au nord de Miami, ne sera que le huitième joueur natif de cet état à jouer en NHL.

Union CollegeL'envol du "Ghost"

Shayne Gostisbehere a 16 ans quand il prend le chemin du Connecticut en entrant à la South Kent School. Ce défenseur offensif se fera remarquer et deviendra capitaine à sa deuxième année sur le circuit USHS. Dès sa première année à South Kent, il avait séduit bon nombre de recruteurs par son jeu inspiré et ultra offensif, ainsi que sa qualité de patinage et sa rapidité. Notamment dans l'état voisin de New York puisque Union College lui ouvrira ses portes. Le programme de l'équipe universitaire est plus défensif. Malgré un physique banal pour un défenseur, Gostisbehere muscle son jeu et prend plaisir à aller au contact, demeurant un joueur rapide avec une influence importante sur la production offensive. 


Et avec dans ses rangs ce joueur atypique, Union rentre dans l'histoire en 2012 en atteignant le Frozen Four, la finale à quatre du hockey universitaire américain, une première pour les Dutchmen de UC. Mais Union College ne va pas s'arrêter en si bon chemin puisque, deux ans plus tard, les Dutchmen retrouvent le Frozen Four pour le remporter. Avec 1 but et 2 passes, Shayne Gostisbehere prend une part importante dans la victoire finale contre Minnesota (7-4), un championnat NCAA qu'il remporte... au Wells Fargo Center, antre habituelle des Flyers de Philadelphie. Un symbole puisque le Franco-Américain a été repêché par les Flyers au troisième tour du repêchage NHL en 2012. Présent dans l'équipe All-Star NCAA 2014, Gostisbehere sera finaliste du fameux trophée Hobey Baker, remis au meilleur joueur universitaire des États-Unis, devancé par Johnny Gaudreau, actuel chouchou des Flames de Calgary.


Alors un tel espoir était-il éligible pour l'équipe de France ? Shayne Gostisbehere cumule la double nationalité américaine et française. Mais il semble qu'il ait fait son choix puisqu'il n'a pas hésité une seconde pour rejoindre le camp préparatoire de l'équipe US dans l'optique du Mondial Junior 2013. Un camp où il s'est distingué puisque le Floridien a été retenu dans l'alignement pour le voyage à Oufa. Et en Russie, Gostisbehere deviendra champion du monde junior après un parcours impressionnant des États-Unis. Sachant qu'il a déjà porté l'uniforme des USA, il lui faudrait jouer pendant quatre ans en France pour changer des étoiles au bleu en compétition internationale, si tant est qu'il le souhaite alors qu'il ne parle pas Français, ce qu'il regrette. Mais avec une carrière NHL lancée, autant dire que les oranges de Floride sont déjà pressées.

Un rêve remis en question

Mais son entrée dans la Ligue Nationale n'a pas été une sinécure. Lors de la saison 2014-2015, Shayne Gostisbehere ne fait que deux apparitions avec Philadelphie avant d'être rétrogradé en Ligue Américaine aux Phantoms. De la place doit être faite à Vincent Lecavalier, qui était blessé, et à Carlo Colaiacovo, acquis des Blues de Saint Louis. Gostisbehere a surtout besoin de s'endurcir avant de prétendre à une place régulière avec les Flyers. Malheureusement, il n'aura pas l'occasion de se perfectionner bien longtemps. Le 7 novembre 2014, soit 13 jours après ses débuts en NHL au Wells Fargo Center, il se blesse gravement : le ligament croisé antérieur du genou gauche cède. Il n'aura disputé que cinq rencontres avec les Phantoms en AHL.

C'est un choc, pour lui comme pour sa famille. Son père Régis a mis un terme à sa carrière de pelotari à cause d'une blessure à l’œil quand Shayne avait 2 ans. Sa sœur Felicia a failli représenter les États-Unis en patinage artistique aux Jeux Olympiques avant de jeter l'éponge à cause d'une opération à la hanche. Et un rêve NHL brisé ? Non, pas encore cette fois. C'est justement sa grande sœur qui va le prendre sous son aile, en l'encadrant dans sa vie de tous les jours, lors de son hospitalisation, puis durant sa rééducation. La rigueur et le soutien de Felicia permet à Shayne de retrouver sa confiance, sa vitesse, son talent brut, mais aussi du poids et du muscle. Concernant ses défauts défensifs persistants, il scrute le positionnement idéal de la tribune, s'inspire de certains coéquipiers comme Mark Streit, lui aussi étiqueté défenseur offensif.

L'explosion Gostisbehere

En septembre 2015, le Franco-Américain se présente au camp des recrues des Flyers de Philadelphie. Ses performances sont très satisfaisantes, marquant 3 buts en 3 matchs de pré-saison. Même s'il salue la résurrection de ce grand espoir de l'organisation après une année de développement gâchée par la blessure, le DG Ron Hextall préfère jouer la carte de la sécurité, Gostsibehere est cédé aux Phantoms. L'organisation des Flyers se résout néanmoins à le rappeler à la mi-novembre. Mark Streit sera indisponible six semaines et selon l'ancien gardien vedette des Flyers Hextall, Gostisbehere est plus que jamais prêt à faire le grand saut. Un saut en NHL finalement définitif.

Cette fois-ci, c'est la bonne. Son impact est explosif, son jeu défensif plus appliqué, ses percées ravageuses, son allure d'une incroyable sérénité, Shayne Gostisbehere devient incontournable. 34 points, 12 buts, 22 assistances, un ratio de +4, 18 points en jeu de puissance dont 6 buts, 4 inscrits en prolongation, pas de doute, l'aura de Gostisbehere a frappé la NHL. Et certains commencent à envisager son nom en tête de liste du trophée Calder remis à la recrue de l'année. Un nom à la consonance euskara qui n'a pas fini de résonner à des milliers de kilomètres de sa terre d'ascendance basque.