Grenoble - Rouen (Ligue Magnus, quarts de finale, match 1)

Grenoble cède face au power-play rouennais 

Après une saison régulière longtemps indécise, les play-offs débutent enfin ce soir avec une affiche improbable pour un quart-de-finale : Grenoble contre Rouen, deux équipes qui visaient le titre. L’une d’entre elles connaîtra une fin de saison prématurée. Mais si les Dragons et les Brûleurs de Loups se retrouvent à ce stade de la compétition, c’est que leur saison régulière fut en deçà des espérances car ces deux équipes étaient plus promises au trio de tête plutôt qu’à une quatrième et une cinquième place.

2016 02 19 Grenoble Rouen1Particularité des affrontements entre les deux équipes cette saison : chacun s’est imposé sur la glace de l’autre. Rouen fut en effet victorieux à Pôle Sud en octobre (4-1) avant que Grenoble ne prenne sa revanche sur la glace de l’Ile Lacroix en janvier (5-2). Entre les deux : une rencontre sur glace « neutre », la finale de coupe de France à Bercy, remportée par les Dragons (4-2) à l’issue d’un match très disputé.

Pour ce choc, les Brûleurs de Loups récupèrent deux blessés de longue date : leur gardien numéro 1, Ervīns Muštukovs, et le centre québécois Dave Labrecque. Le gardien « joker » Lukáš Horák et Andrej Hebar se retrouvent donc en tribunes pour cette rencontre, alors que Petr Kalus, sévèrement touché à la tête à Amiens, a probablement terminé sa saison. Julien Guillaume, touché à la main à l’entraînement, manque également à l’appel. L’effectif rouennais est au complet. Reste à voir comment les Dragons ont « digéré » leur défaite mercredi en finale de la coupe de la ligue contre Gap (2-4).

2016 02 19 Grenoble Rouen2Le début de match est très engagé avec beaucoup d’intentions de la part des deux équipes. Aurélien Dorey se fait pénaliser. Première supériorité numérique pour Grenoble qui n’en profite pas vraiment. De retour à cinq contre cinq, les deux équipes proposent beaucoup de mouvements, le palet, va d’une cage à l’autre mais finalement peu d’occasions franches.

Les sifflets systématiques contre Dame-Malka dès que ce dernier touche le palet montrent que Pôle Sud n’a toujours pas digéré les play-offs de la saison dernière et l’élimination prématurée contre Dijon. Le premier à obtenir une vraie occasion, c’est Romain Chapuis qui parvient à se démarquer en break, mais son tir heurte le poteau. C’est le début d’une bonne période grenobloise pendant laquelle Sabourin aura fort à faire, s’opposant aux tirs de Labrecque et Gauthier, puis étant tout heureux de voir le tir de Thinel passer au ras de son poteau. Muštukovs doit également s’employer lorsque les Rouennais parviennent à mettre la pression en zone offensive.

2016 02 19 Grenoble Rouen3Ce premier tiers relativement équilibré bascule sur une pénalité concédée par Favarin. Bien plus réalistes que leurs hôtes, les Dragons ne mettent que dix-sept secondes à profiter de leur supériorité numérique grâce à un tir de Guénette parfaitement démarqué par Thinel et étrangement laissé seul si près de la cage (0-1, 15'33"). Cette ouverture du score rouennaise assomme les Grenoblois dans les minutes suivantes avec une belle pression de Rouen en zone offensive et un gros flottement dans la défense grenobloise.

Une faute assez grossière de Labelle sur Milovanovic permet à Grenoble de revenir dans la zone rouennaise. Mais le power-play grenoblois n’est pas vraiment au point et Rouen s’en sort assez facilement. Colotti aurait même pu faire le break sur une accélération mais Muštukovs veillait. Plus efficace, Rouen vire en tête à la fin du premier tiers dans un climat de tension palpable.

2016 02 19 Grenoble Rouen4La deuxième période débute mal pour Grenoble puisque Jonathan Harty se fait pénaliser rapidement. Les Dragons installent leur power-play et Lampérier aurait pu marquer sur une déviation en bonne position devant la cage. Un premier avertissement sans frais pour Muštukovs qui se fait surprendre dans la foulée sur un lancer de Yorick Treille en laissant filer le palet entre ses jambières (0-2, 22'43"). Deux supériorités numériques et deux buts pour Rouen : Fabrice Lhenry ne pouvait pas rêver d’une meilleure efficacité en avantage numérique.

Les locaux, obligés de courir après le score, essaient de réagir, notamment de près par Chapuis, très en vue ce soir. Mais le danger rouennais reste permanent et Muštukovs doit encore s’employer face à Marc-André Thinel. Un surnombre rouennais va pourtant donner une occasion aux Grenoblois de se relancer dans la partie. Mais encore une fois ils n’arrivent pas à s’installer, parfaitement gêné par le jeu en infériorité numérique des visiteurs.

2016 02 19 Grenoble Rouen5Paradoxalement, c’est à cinq contre cinq que les Brûleurs de Loups sont plus à l’aise offensivement. Après avoir obligé Sabourin à un gros arrêt, ils gagnent le palet derrière la cage par Lamirault lequel sert Chapuis idéalement placé. Le jeune grenoblois ouvre le compteur de son équipe d’une belle reprise en lucarne (1-2, 31'51"). Ce but marqué par la quatrième ligne redonne espoir aux Brûleurs de Loups qui se montrent plus offensifs. Mais Krog tout seul face à la cage grenobloise aurait pu redonner deux buts d’avance à son équipe s’il n’avait pas trop croisé son tir.

Les Dragons procèdent par contre-attaque à l’image d’un 2 contre 1 Thinel-Guénette qui fait passer le frisson dans la défense grenobloise. C’est le moment (mal) choisi par Sébastien Thinel pour se faire bêtement pénaliser pour un cinglage en zone offensive. Troisième pénalité grenobloise et de nouveau la sanction est immédiate : un lancer de Krog est mal contrôlé par Muštukovs. Yorick Treille, placé devant le slot marque sur le rebond avec l’aide des patins du gardien grenoblois (1-3, 37'16"). Avec un 3/3 en power-play, les Dragons reprennent un matelas de buts d’avance au tableau d’affichage. Et ce n’est pas l’attaque grenobloise très brouillonne qui va les perturber jusqu’à la fin du tiers.

Déçu par le rendement offensif de son équipe (six tirs seulement au deuxième tiers !), Terglav essaie de changer quelque chose en échangeant Perret et Bouchard sur les deux premiers trios et en réduisant son alignement à trois lignes d’attaque. Pour autant, le jeu grenoblois reste très désordonné et bien contré par la défensive rouennaise. Une belle percée de Sacha Treille aurait pu faire mouche sans la vigilance de Muštukovs. Mais encore une fois, le réveil grenoblois vient de là où l’attend le moins : de derrière la cage, Christophe Tartari sert Romain Chapuis devant le but qui remet ça en lucarne (2-3, 45'54"). Un doublé et une belle réussite pour le jeune attaquant grenoblois qui bénéficiera d’un maximum de temps de glace jusqu’à la fin de la rencontre. Un accrochage entre Labelle et Baylacq provoque une séquence de jeu à quatre contre quatre sur laquelle Chouinard, très discret ce soir, parvient à déclencher un tir du revers bien capté par Sabourin.

2016 02 19 Grenoble Rouen6Les esprits s’échauffent vraiment sur une charge de Sacha Treille qui envoie Baylacq s’empaler sur la cage rouennaise. L’international tricolore est sanctionné par un 2’+10’ pour charge contre la tête. Et toujours cette même incapacité de Grenoble à installer le jeu de puissance malgré un tir non cadré de Bisaillon.

La fin de match est plus enlevée avec une équipe grenobloise qui pousse pour égaliser. Les Brûleurs de Loups auront les opportunités avec une reprise de Chouinard repoussé de la jambière par Sabourin ou un loupé de Sébastien Thinel en bonne position face à la cage ouverte. Sur une contre-attaque, Labelle aurait pu tuer le suspense mais Muštukovs repousse. Ce dernier sort finalement pour laisser sa place à un attaquant supplémentaire. Après une bonne possession de palet en zone offensive, Bisaillon parvient à déclencher un tir lointain... rebond laissé par Sabourin mais pas de Grenoblois pour s’en saisir. Raux conclut la rencontre en expédiant le palet dans la cage vide (2-4, 59'51").

Les Dragons ne pouvaient espérer meilleure réaction après la déception de Méribel. À la peine face aux Rapaces, le power-play rouennais s’est montré d’une redoutable efficacité ce soir avec trois buts marqués en autant d’occasions ! Un réalisme impressionnant dans les unités spéciales qui a fait la différence, car les Dragons ont également excellé dans le jeu en infériorité numérique, en ne subissant jamais la pression sur les quatre occasions grenobloises. C’est de leur jeu défensif que les Rouennais tireront sans doute le plus de satisfactions, car ils ont parfaitement réussi à neutraliser la première ligne d’attaque grenobloise, étrangement discrète. En prenant rapidement l’avantage au score, ils se sont mis dans des dispositions idéales pour gérer le reste de la rencontre avec un Sabourin rassurant. Un scénario qui n’est pas sans rappeler celui de leur première visite à Pôle Sud cette saison.

2016 02 19 Grenoble Rouen7Les Brûleurs de Loups n’ont en revanche pas beaucoup de satisfactions à retirer de cette première manche où ils ont perdu l’avantage de la glace dans la série. La seule est sans doute la performance de Romain Chapuis, auteur d’un doublé venant récompenser l’excellent travail des troisième et quatrième trios. Pour le reste, beaucoup de déceptions à commencer par la production offensive des deux premières lignes. Bouchard et Chouinard ont même été séparés au troisième tiers tant ils n’arrivaient pas à créer de danger ensemble.

La coupure internationale a-t-elle eu un effet négatif sur les automatismes grenoblois ? Difficile en effet de reconnaitre cette équipe à qui tout réussissait offensivement juste avant la trêve. Si le retour de Labrecque a été mitigé, celui de Muštukovs l’est encore plus. Lent et emprunté dans ses déplacements, il accorde deux buts évitables à Yorick Treille. Une fébrilité qui pèse lourd dans la balance. Edo Terglav sera peut-être tenté de mettre Lukáš Horák devant la cage demain. Quant à la défense, elle a déçu avec trois buts encaissés en infériorité numérique. Le choix d’aligner sept défenseurs en laissant Hebar en tribunes n’a pas forcément été payant. Et les Grenoblois devront mettre plus de vitesse et d’intensité physique demain s’ils veulent se relancer dans la série. Bref se mettre vraiment en « mode play-offs ». Car une deuxième défaite à domicile serait quasiment synonyme d’élimination.

Désignés meilleurs joueurs du match : Romain Chapuis (Grenoble) et Yorick Treille (Rouen)

(Photos Philippe Crouzet : http://www.ipernity.com/doc/182273/album/872520

Commentaires d’après-match :

Edo Terglav (entraîneur de Grenoble) : « C’est le premier match. Ça ne se joue pas à grand-chose. On aurait dû garder les choses un peu plus simples, mettre plus le palet à la cage. C’est tout. Au troisième tiers, on a quatorze tirs, on n’a pas été assez efficace. Ils ont marqué les buts quand ils avaient l’avantage. Sur l’avantage numérique, ils ont fait des beaux jeux. Ervins prend un deuxième but peut-être un peu faible, pour le reste... On a quatre lignes, tout le monde est capable de jouer. Romain a bien fait, tant mieux pour lui. Il a un potentiel, on le savait. Les play-offs c’est comme ça, c’est une nouvelle saison qui commence, il y a des nouveaux joueurs qui sortent. Je suis content pour lui. On ne peut pas compter toujours sur les mêmes joueurs. Ce soir c’est Romain, demain ce sera peut-être un autre. Il faut rester positif, on va faire une bonne récupération et on se prépare pour demain. »

Patrick Coulombe (capitaine de Rouen) : « Je pense qu’on a montré notre vrai visage, les vrais Dragons ont joué un match de hockey ce soir. Ça n’a rien à voir avec la finale de coupe de la ligue. On peut être fiers de notre premier match. Ça va être une longue série, je pense qu’on peut être satisfaits de notre sortie. On a gardé les choses très simples, on a profité des avantages numériques. Ça a porté ses fruits. Il faut être prêt à chaque match, que ce soit à la maison ou sur la route. On s’est parlé après Méribel, on n’était pas nous-mêmes. On sait que les play-offs, c’est une nouvelle saison, c’est la vraie saison qui commence. Et on se doit d’être prêt dès le premier engagement et prendre un match à la fois. On sait que l’équipe de Grenoble peut être très dangereuse offensivement, spécialement le premier bloc. Ce soir, on a bien suivi notre plan de match, on les a bien contrés, on les a pas laissés lancer au filet. Demain ce sera un nouveau match. On devra être aussi prêt que ce soir et garder les choses aussi simples. »

Sacha Treille (attaquant de Rouen) : « Il ne faut pas se le cacher, on est passé totalement au travers de notre finale. On se devait de réagir, on en a beaucoup parlé. Ça fait très longtemps qu’on parle pour jouer mieux, parce que ces deux derniers mois on n’a pas été aussi bons qu’on l’était. Ce soir, on se retrouve un peu. On a fait quelques erreurs mais il y a du mieux. C’est toujours important de prendre le premier match, surtout sur la route. Aujourd’hui ça nous a souri sur le power-play. Ça faisait longtemps qu’on recherchait ça aussi. Mais c’est à vite oublier parce que demain ce sera un nouveau match et une nouvelle guerre. »

Romain Chapuis (attaquant de Grenoble) : « Trois buts sur power-play, ça fait mal. On a pris des pénalités pas stupides mais dont on aurait peut-être pu se passer. On était tous motivés pour rentrer direct dans le match. C’est ce qu’on a fait. À cinq contre cinq, on joue très bien. Vraiment ce sont les infériorités numériques qui nous ont coûtés le match. Demain on va tout donner. On me fait confiance, j’essaie de le rendre au maximum. »

 

Grenoble – Rouen 2-4 (0-1, 1-2, 1-1).
Vendredi 19 février 2016 à 20h à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli et Jérémy Rauline assistés de Matthieu Barbez et Gwilherm Margry
Pénalités : Grenoble 8' (2’, 4’, 2’), Rouen 20' (4’, 2’, 4’+10’)
Tirs cadrés : Grenoble 29 (9, 6, 14), Rouen 29 (11, 11, 7)

Évolution du score :
0-1 à 15'33" : Guénette assisté de M.Thinel (sup. num.)
0-2 à 22'43" : Y.Treille assisté de Coulombe et Matheson (sup. num.)
1-2 à 31'51" : Chapuis assisté de Lamirault et Baylacq
1-3 à 37'16" : Y.Treille assisté de Krog et Matheson (sup. num.)
2-3 à 45'54" : Chapuis assisté de Tartari et Baylacq
2-4 à 59'51" : Raux assisté de Konttinen et Sabourin (cage vide)

Grenoble

Attaquants :
Eric Chouinard (C) – Sébastien Gauthier – Danick Bouchard [puis Perret à 40’]
Sébastien Thinel (2’) – Dave Labrecque – Jordann Perret [puis Bouchard à 40’]
Robin Lamboley – Christophe Tartari (A) – Mathias Arnaud
Romain Chapuis – Julien Baylacq (2’) – Aubin Lamirault

Défenseurs :
Jonathan Harty (2’) – Sébastien Bisaillon (A)
Jakob Milovanovic – Nicolas Favarin (2’)
Ryan Barlock – Quentin Scolari
Stéphane Gervais

Gardien :
Ervīns Muštukovs (sorti de 59'19" à 59'51")

Remplaçants : Corentin Noré (G), Arthur Montenoise. Absents : Julien Guillaume (main), Andrej Hebar (surnuméraire), Petr Kalus (commotion), Lukáš Horák (surnuméraire), Victor Goy (hanche).

Rouen

Attaquants :
Loic Lampérier – François-Pierre Guénette (A) – Marc-André Thinel
Nicolas Arrossamena – Jason Krog – Sacha Treille (2’+10’)
Yorick Treille (A) – Damien Raux – Olivier Labelle (4’)
Fabien Colotti – Joël Perrault – Dan Koudys

Défenseurs :
Tero Konttinen – Mark Matheson
Olivier Dame-Malka – Patrick Coulombe (C)
Florian Chakiachvili – Aurélien Dorey (2’)

Gardien :
Dany Sabourin

Remplaçants : Quentin Papillon (G), Léo Guillemain, Vincent Nesa