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Interview d'un jeune expatrié au Canada

Les propos ont été recueillis à la fin de l'été 2015. 

Louis Chaix vit à fond son rêve de hockey sur glace – Interview d'un jeune expatrié.

De passage pendant ses vacances à Nantes, Louis Chaix a accepté de répondre à quelques questions entre deux entraînements physiques prodigués par Louis Boucherit (Joueur de Nantes / D1).

Louis s'est expatrié très tôt au Canada et aux États-Unis afin de vivre à fond son rêve de devenir hockeyeur professionnel. Découvrez son parcours qui n'est peut-être pas si différent de celui d'autres Français expatriés. Son témoignage donnera peut-être envie à d'autres jeunes de partir vivre leurs rêves, tout en sachant que le chemin est long et semé d’embûches !

 

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Bonjour Louis, merci de nous recevoir chez toi alors que tu es en pleine préparation physique pour cette saison 2015 – 2016 qui sera importante pour toi ! Avant toute chose, j'aimerais que tu te présentes aux internautes qui ne connaissent pas ton parcours.

Je m’appelle Louis Chaix, j’ai 17 ans, j’ai commencé le hockey à Poitiers à l’âge de 5 ans. À 11 ans, j’ai été contacté par le club de Nantes afin de participer à un Tournoi à La Roche-sur-Yon. Suite à cela, j’ai eu une proposition pour intégrer la section sportive scolaire de Nantes.

Louis ChaixAprès en avoir discuté avec mes parents, je suis donc arrivé à Nantes au collège Victor-Hugo pour commencer mon apprentissage chez les Corsaires.

Une première période loin de chez moi car j’étais interne et je ne rentrais que le week-end à Poitiers où résidait encore ma famille.

J’ai ensuite intégré le CENS (Centre éducatif nantais pour sportif). Dans le même temps, j'effectuais chaque été des camps d'entraînement en Suisse ou au Canada, ce qui m’a également permis de découvrir les différentes possibilités pour intégrer des écoles dans ce pays tout en continuant le hockey sur glace.

C’était mon rêve, un truc que je m’étais promis étant petit... ça ne m’a plus quitté !
(NDLR : Louis a eu une maladie grave à l’âge de 6 ans et il s’était promis de partir jouer au hockey dans ce pays un jour)

À 15 ans, on a donc débuté les démarches avec mes parents. Je suis parti au Canada (Québec) au Séminaire Saint-François ou j’ai joué Juvenile AAA durant la saison 2013-2014 (NDLR : rappelons que les ligues Midget AAA sont restrictives pour les étrangers comme Louis est parti seul et avant 18 ans au Québec). En 2014-2015, j’ai pu intégrer l’Académie Saint-Louis afin de jouer au niveau Midget entre le Canada et les États-Unis.

Ton rêve était vraiment de jouer au Canada ? Depuis tout petit ? Comment ça se prépare aussi, car on ne part pas dans une école canadienne du jour au lendemain ?

Depuis tout petit je n’ai que cela en tête. J’ai grandi avec des images de NHL et de ce pays. Je connaissais tous les joueurs par cœur, comme la plupart des jeunes d’ailleurs. Ma passion du hockey a grandi avec ce pays et les images de joueurs que je collais dans des cahiers. Même si cela paraît fou, tout joueur de hockey a un rêve de NHL dans un coin de sa tête, et c’est au Canada que je voulais faire mon apprentissage. Vivre dans ce pays était une « obsession » et le mode de vie aussi m’attirait.

À 14 ans, on a commencé à préparer mon départ. Ce n’est pas facile de s’expatrier lorsque l’on est mineur et non accompagné.

Après plusieurs mois, nous avons obtenu mon Certificat d’acceptation à Québec (CAQ) puis mon visa pour études. J’ai dû aussi passer des camps de sélections, des entrevues, jouer des matchs préparatoires... Le chemin est long en venant de France à 15 ans.

Sans se voiler la face sur le niveau de la formation en France, il y a aussi le paramètre du niveau au Canada pour former un joueur, cela a dû forcément jouer dans ta décision de partir ?

Oui c’est vrai, le niveau est bon en France mais il y a moins d’entraînements, moins de matchs (4 fois moins sur une saison). Il y a un encadrement important au Canada, jusqu’à 5 entraîneurs sur la glace par exemple, des programmes très précis d’entraînements qu’on te donne dès le début de saison et des structures dédiées au hockey.

Louis ChaixC’est un autre monde pour apprendre ce sport. Je pense que cela évolue en France, mais le Canada possède des structures tellement en avance que ce n’est pas comparable pour le moment. C’est le sport national !

L’approche n’est pas non plus la même, à 3 ans, les enfants ont une crosse dans les mains et jouent dans la rue avec leur copains. Le style des entraîneurs est différent aussi, peut-être plus de pédagogie ? On met en avant tes réussites, toujours dans le positif et le développement du joueur. C’est une autre culture et c’est aussi ce que je recherchais en venant dans ce pays.

Au niveau des matchs, c’est aussi important de pouvoir jouer beaucoup et j’ai pu disputer une cinquantaine de match en Juvenile AAA, puis en 2014-2015 environ une soixantaine (une quinzaine en Juvenile AAA et 45 en Midget). On partait souvent pour 4 à 5 matchs sur un weekend. Sans oublier dans nos bagages nos devoirs donnés par les profs.

Un aspect important pour moi est la vision du sport par les professeurs dans les écoles. Le hockey sur glace, le sport en général fait partie intégrante du cursus scolaire. Les études sont aussi importantes que le niveau que l’on a sur la glace et l’environnement nord-américain favorise vraiment cela.

Quel est le niveau auquel tu as pu jouer à l'Académie Saint-Louis ? À quoi peux tu le comparer ?

Peut-être le niveau se rapproche-t-il d’un niveau junior élite en France. Je ne sais pas... Difficile pour moi de pouvoir comparer car cela fait 4 ans que je n’ai plus joué en France. Au Canada, nous ne sommes pas classés par âge mais selon le niveau de jeu, ce qui explique le fait de se retrouver dans la même équipe avec des joueurs de 14 ans s’ils sont talentueux comme des 19 ans.

Les étrangers dans ces championnats sont-ils bien accueillis ? Êtes-vous nombreux ? Que peux-tu nous dire sur cet aspect pas si anodin de l'expatriation ?

J’ai vu très peu d’étrangers durant ces 2 dernières années au Québec. Nous sommes « des exceptions ». J’ai pu croiser un Finlandais mais je ne me souviens pas d’autres expatriés.

Louis ChaixC’est un aspect très dur de l’environnement au Québec où l’accueil au départ est parfait et où j’ai pu rencontrer des gens formidables. Mais où l’on peut aussi entendre des choses très dures quand on commence à se faire une place dans le hockey au Québec, cela bien sûr à mon niveau de jeu.

J’ai subi un nombre incroyable d’insultes ou de menaces de blessures pour « éclater le criss de Français » pendant des matchs, de la part de joueurs mais aussi d’entraîneurs adverses. Surtout après avoir été nommé capitaine de l’équipe à l’Académie Saint-Louis.

C’est dans ces moments que le moral peut en prendre un coup surtout quand on a 15-16 ans mais cela nous construit et on apprend à se blinder.

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort ! Je suis plus fort aujourd’hui, c’est une certitude.

J’ai rencontré et je rencontre toujours des personnes merveilleuses aussi, mais la compétition et la rivalité sont rudes. Il faut s’y attendre, il n’y aura pas de cadeaux, en tant qu’étranger, il faut bosser deux fois plus pour avoir la même chose, c’est le jeu !

Quels sont tes objectifs pour la suite ? As-tu un chemin déjà tracé dans ta tête ?

J'ai toujours dit que j'irai étape par étape. Même si bien sûr j'ai le but ultime d'aller le plus haut possible dans le hockey nord-américain. Pour le moment, j'intègre l'équipe des Bradford Rattlers en Ontario.

--> GMHL où trois autres jeunes français évoluent :

http://www.eliteprospects.com/league.php?leagueid=GMHL&season=2015&sort=nation&nation=14&name=France

Je vais jouer encore plus de match qu’à l’Académie Saint-Louis. Cela me permet de voir un peu plus loin vers les universités américaines qui recrutent dans ma ligue, que ce soit en NCAA Division 1 ou 3. Je prendrai la décision en fin de saison, il se peut que je fasse une seconde saison ici. Si la NCAA n’est pas envisageable tout de suite, je pense me diriger vers la OHL ou cela peut-être aussi une belle porte d’entrée car cette ligue permet de commencer à gagner un peu sa vie. Je n’oublie pas les gros efforts que mes parents font pour moi et je souhaite pouvoir les aider tout en poursuivant mes études.

J'ai beaucoup de chance de pouvoir vivre ça. Mais j'ai aussi pu trouver des sponsors pour m'aider, comme par exemple la marque UH Clothing que j'ai accompagnée aussi et même en France pour son implantation. J'aime ça et j'aimerai continuer la dedans.

En parlant d’études, c'est une grande partie de ce que tu fais ici aussi. Que veux-tu faire en dehors du hockey ? On n'est jamais a l'abri d'une blessure ou que le hockey ne soit pas suffisant pour gagner ta vie.

Louis ChaixJ’ai obtenu en juin 2015 mon certificat de fin d’études secondaires et grâce à mon cursus je suis bilingue.

Je souhaiterais poursuivre des études dans la préparation physique d’équipes professionnelles ou dans le commerce. Ce sont des pistes que j’envisage sérieusement pour mon futur.

J’aimerais vivre en Amérique du Nord, je m’y sens bien.

Pour le moment, je perfectionne mon anglais pour préparer le SSAT (Secondary School Admission Test) et je suis à 100% hockey. Pas de pause, préparation hors et sur la glace non stop. Je vis pleinement ma passion, cela demande des efforts et des sacrifices mais ça vaut le coup.

Parlons un peu de hockey français. Est-ce que les instances fédérales te suivent ? Savent-elles où tu joues, connaissent-elles tes performances ? As-tu des contacts avec les équipes de jeunes ?

Non, pas vraiment. Quelques contact quand j’avais 15 ans. Des promesses après avoir fait tous les stages de l’ouest pour participer au 1er tour des sélections. Mais ça ne s’est pas fait sans que je comprenne vraiment pourquoi.

Je n’ai aucun contact avec la fédération, n’étant plus formé par les structures françaises je ne dois probablement plus être suivi. C’est dommage car je ne peux pas me comparer aux autres joueurs français de mon age. Au pire, si je n’ai pas le niveau, j’aurai essayé et je serai fixé... au mieux, j’ai un bon niveau et j’en serai heureux !

Aujourd’hui je n’ai malheureusement pas de contact avec le hockey français, ce que je regrette.

Je garde cependant des liens forts avec chacun de mes anciens entraîneurs de France.

Le mot de la fin ?

Certes ce n’est pas toujours simple de vivre éloigné de sa famille, d’être un étranger dans un pays même aussi beau que le Canada... mais j’ai la chance d’avoir des parents qui m’ont permis de vivre ma passion et je tiens à les remercier pour cela. Ils ont compris très tôt que c’était ce qui me rendait heureux et ont rendu cela possible !

Si ces dernières années passées dans ce merveilleux pays étaient à refaire je recommencerais sans hésiter ! Pour être honnête, je souhaite à n'importe quel joueur de hockey passionné de pouvoir vivre une expérience comme cela, c'est magique. Bien que ce soit difficile cela apporte énormément de positif et ça forge le caractère !

Le plus important dans tout cela, c'est de continuer de croire en ses rêves. Peu importe les obstacles que l'on rencontre, car s'il y a bien une chose que cette aventure m'a apprise, c'est qu'avec de la volonté et du travail tout est réalisable ! Je tenais également à remercier mon petit frère pour son courage, sa gentillesse et sa force d'avoir compris mon choix de m'expatrier afin de poursuivre mes rêves, je t'aime et je t'en serais toujours reconnaissant ! J'aimerais aussi remercier la plupart de mes entraîneurs français et québécois qui m'ont beaucoup appris et apporté notamment Jérôme Thauvin, Morgan Pidoux, Denis Hébrard, Julien Créno, Greg Girardot et Simon Tardif. Merci de votre support et de vos précieux conseils !

Merci à Louis pour le temps passé et bon courage pour le futur !

Pour suivre ses stats sur Elite Prospects : http://www.eliteprospects.com/player.php?player=389537