Stéphane Da Costa impitoyable, Kovalchuk indésirable

Les deux stars de la KHL connaissent des fortunes bien différentes. Le Français est de nouveau à son sommet alors que le Russe est privé de play-offs.

DA COSTA Stphane 140512 086Meilleure équipe de la saison régulière pour la deuxième année consécutive, le CSKA Moscou de Stéphane Da Costa défiait le Slovan Bratislava à l'occasion du premier tour des play-offs de la Coupe Gagarine. Malgré la différence de classement, l'escouade slovaque dirigée par Miloš Ríha a gardé ses lignes serrées et développé une belle dose d'abnégation pour mettre en difficulté le CSKA. Mais le salut est souvent venu de l'artiste français. 

Lors de la première manche, c'est un lancer de Da Costa qui a permis le rebond pour Geoff Platt, scellant le résultat 2-0. C'est Da Costa qui a égalisé dans les dix dernières minutes de jeu du match 2, forçant une prolongation qui a finalement souri aux Moscovites. C'est Da Costa qui a offert la victoire du match 3 à seulement 45 secondes de la fin. Enfin, le but de Da Costa ce samedi s'est avéré gagnant, permettant au CSKA de balayer le Slovan 4 victoires à 0. 

Un coup de balai qui sera forcément difficile à digérer pour les Slovaques puisque, sur les quatre manches, ils auront mené au score lors de trois d'entres elles avant de s'effondrer systématiquement en dernière période. La meute de l'armée rouge n'a jamais abdiqué, d'autant plus depuis qu'elle a retrouvé son leader bleu au sommet de sa forme. Absent durant deux bons tiers de la saison, Stéphane Da Costa a de l'appétit, et compte bien en avoir encore pour plusieurs semaines.

Le Slovan Bratislava est en vacances et son défenseur Ľubomír Višňovský à la retraite. Ce dernier l'a annoncé juste après la dernière manche de la série. Višňovský, c'est un titre de champion du monde, quatre participations aux Jeux olympiques et 911 parties disputées en NHL. En quart de finale de la Coupe Gagarine, le CSKA affrontera soit les Jokerit Helsinki, soit le Torpedo Nizhny Novgorod. 

 

Stéphane Da Costa dans ses œuvres : 

 

KOVALCHUK Ilya 150517 1081Ilya Kovalchuk l'indésirable

Alors que les play-offs de la Coupe Gagarine ont déjà bien démarré, le SKA Saint Pétersbourg voit son chemin perturbé par l'affaire Kovalchuk. Réponses à quelques questions bien légitimes.

Que s'est-il passé ?

Premier match du premier tour des play-offs : le SKA Saint Pétersbourg s'incline en prolongation aux dépens du Lokomotiv Yaroslavl. Au lendemain d'une performance décevante, le staff de l'équipe, par l'intermédiaire de son entraîneur en chef Sergei Zubov, annonce qu'Ilya Kovalchuk est suspendu du groupe jusqu'à nouvel ordre, destitué du capitanat et n'aura le droit qu'à un entraînement individualisé. Il ne disputera pas les matches 2, 3 et 4 du SKA contre le Lokomotiv, après avoir joué 51 parties cette saison ponctuées de 49 points mais avec seulement 4 buts inscrits à ses 18 dernières prestations.

En NHL, il avait pourtant passé à cinq reprises le seuil des 40 buts. Rappelons enfin que, il y a un an, Kovalchuk avait soulevé la Coupe Gagarine et fut élu meilleur joueur des play-offs. 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

C'était un secret de polichinelle. Ces dernières semaines, le torchon brûlait entre le staff, en particulier Zubov ainsi que son assistant Vladimir Fedosov, et la star russe. Tension, manque d'assiduité aux entraînements, performances irrégulières, manque d'implication de manière générale, la cocotte-minute a finalement explosé au grand jour. La nouvelle a fait l'effet d'une bombe, devenant le principal sujet de discussion des médias et de tous les amateurs de hockey en Russie. 

Une exclusion pour le bien du groupe ?

Le SKA Saint Pétersbourg est le champion en titre de la KHL. Mais cette saison, l'escadron pétersbourgeois a connu un vol perturbé. Le bouillant Andrei Nazarov, successeur de Vyacheslav Bykov derrière le banc, a été victime de son caractère imbuvable et n'a pu fédérer un groupe qui a été repris en main par l'ancienne gloire Sergei Zubov. Malgré tout, le très inspiré Sergei Gimayev, éminent spécialiste et consultant très médiatique, pointe un problème récurrent : le manque d'investissement de certaines stars du club, à la situation confortable mais régulièrement dans la suffisance. Kovalchuk n'est pas seul sur le bateau mais il semble que son exclusion doive servir de leçon, à lui mais aussi à ses coéquipiers. Et l’électrochoc a fonctionné. Face à la deuxième meilleure équipe de la saison, le SKA Saint Pétersbourg a aligné trois succès de rang en son absence, désormais à une victoire du deuxième tour des play-offs. Certaines mauvaises langues ne se privent pas pour dire que l'équipe joue beaucoup mieux depuis l'absence de "Kovy".

Sa mise à pied est-elle temporaire ?

Impossible de se prononcer pour le moment. Il semblerait que Sergei Zubov et ses assistants en aient fait le deuil alors qu'un noyau de joueurs a émis le souhait auprès de la direction de le voir réintégrer le groupe. Mais est-ce que Kovalchuk conserve toujours cette envie de jouer sous les couleurs de l'ancienne Léningrad ? Apparemment non puisqu'il semble ne pas avoir apprécié cette mise à pied en commençant à faire du pied au marché NHL. En tout cas, son avenir était entre les mains de la direction et de son président Gennady Timchenko. Mais le SKA acceptera-t-il de continuer à payer le salaire élevé d'un poil à gratter ? Surtout lorsque l'on connaît le contexte économique délicat de la Russie à l'heure actuelle.

nhl logoUn retour en NHL ?

Dès lors que la nouvelle a franchi l'autre rive de l'océan Atlantique, les nombreuses spéculations autour d'un retour en NHL n'ont cessé de croître. Détroit mais également New Jersey et Toronto ont fait l'objet de rumeurs.

Pourquoi ce retour NHL semble quasiment impossible ?

Le 11 juillet 2013, Ilya Kovalchuk disait adieu à la NHL en signant une déclaration de retrait. Quelques mois avant cette décision, il avait déjà évolué pour le SKA Saint-Pétersbourg durant la grève NHL avant de finir une quatrième année avec les Devils. En raison de ce retrait inopiné, plusieurs obstacles d'ordre administratif font barrage en Ligue Nationale avec trois alternatives à considérer. Kovalchuk doit obtenir l'approbation des 30 clubs de la NHL pour pouvoir y évoluer dès cette fin de saison. Mais si durant une année civile, Kovalchuk devait quitter le monde du hockey, il n'aurait besoin que du consentement des Devils du New Jersey. Enfin, le 15 avril 2018, après ses 35 ans, Kovalchuk deviendrait agent sans restriction. Autant dire que l'une des trois options reste peu probable...

En quoi un retour en NHL serait mal vu ?

Rappelons le contexte. Nous sommes en septembre 2010. Après avoir refusé un premier contrat sur 17 ans à 102 millions de dollars, la NHL accepte finalement un accord sur 15 ans entre les Devils du New Jersey et Ilya Kovalchuk, alors âgé de 27 ans, pour un pactole à 100 millions, dont 90 à ses dix premières années. Un an auparavant, Kovalchuk avait échoué, pour une somme identique, à s'entendre avec les Trashers d'Atlanta. Mais trois ans plus tard, c'est le choc. L'ailier russe aux 400 buts NHL fait volte-face malgré 12 années et 77 millions de dollars de contrat encore en jeu. Après avoir abordé le sujet avec lui à maintes reprises, le directeur général Lou Lamoriello s'incline : Kovalchuk s'envole pour la KHL et retrouve Saint Pétersbourg, signant un contrat de quatre ans avec le SKA pour un salaire annuel estimé à 10-15 millions de dollars. Et aujourd'hui, voilà qu'il s'intéresse de nouveau à la NHL. Comprenez que ses revirements spectaculaires ont de quoi laisser dubitatif, difficile d'instaurer un lien de confiance avec un joueur qui l'a violé à plusieurs reprises.

Quelle est l'issue la plus probable ?

La NHL semble hors de portée, vu le parcours du combattant pour y parvenir. À défaut, ce serait évidemment que Kovalchuk signe pour un autre mastodonte de la KHL durant l'intersaison. D'emblée, on peut penser au CSKA Moscou mais le club de l'armée rouge aura plusieurs contrats à renégocier cet été, à commencer par Aleksandr Radulov avec des chiffres qui devraient donner le vertige. À défaut, d'autres formations pourraient être intéressées, à l'image du Metallurg Magnitogorsk ou du Salavat Yulaev d'Oufa.

Le cas Kovalchuk est-il isolé ?

La même année que l'extension de contrat mirobolante de Kovalchuk avec New Jersey, le gardien Evgeni Nabokov, après 10 saisons en 11 ans en NHL, prenait le chemin de... Saint Pétersbourg. Mais à l'époque, Nabokov n'était plus sous contrat avec San José. Il était donc agent libre et ne remplissait pas les mêmes conditions que Kovalchuk aujourd'hui pour un hypothétique retour en NHL. Et après seulement quelques mois dans la cité pétersbourgeoise, le portier du SKA signe un contrat d'un an avec Détroit avant d'être soumis au ballottage et réclamé par les Islanders de New York. S'ensuivra un retour peu reluisant. Car s'engager dans une voie implique de tenir ses promesses...