Grenoble - Rouen (Ligue Magnus, quarts de finale, match 5)

Comme un air de déjà vu...

Au bord de l’élimination après trois défaites consécutives, les Brûleurs de Loups s’en sont remis à l’énergie du désespoir pour remporter un succès inespéré à Rouen lors du match 4 de la série (1-0). Dans le rôle du sauveur, Lukáš Horák, le gardien « joker » arrivé en fin de saison régulière pour remplacer Victor Goy, blessé jusqu’à la fin de la saison. Depuis sa titularisation lors du match 3, il a apporté une stabilité devant les filets des Brûleurs de Loups alors que le titulaire habituel Ervīns Muštukovs s’était peu montré à son avantage lors des deux premiers matchs.

2016 02 27 Grenoble Rouen1Avec Horák devant la cage, les Brûleurs de Loups se sont relancés dans la série et peuvent encore entretenir le rêve un peu fou de revenir à égalité dans la série. À l’inverse, Rouen a raté l’occasion de finir la série à domicile. Les Dragons ne voudront sans doute pas laisser les Brûleurs de Loups y croire trop longtemps et espèrent venir chercher le quatrième point ce soir. Toujours sans Olivier Dame-Malka qui purge son dernier match de suspension. Du côté grenoblois, Andrej Hebar est laissé en tribune pour la troisième fois de la série.

Après un début de rencontre équilibré sans occasion notable, Matthias Arnaud se fait pénaliser en zone d’attaque. Une première occasion pour Rouen dont le power-play a été très efficace tout au long de la série... sauf au match 4 (0 sur 9). Et les Rouennais sont plutôt bien en place sur avec les tentatives de Labelle, Thinel et Arrossamena successivement repoussées par Horák. Le gardien grenoblois, sur la lancée de son blanchissage, permet à son équipe de tuer la pénalité. Les Brûleurs de Loups se distinguent enfin en zone d’attaque avec un lancer de Harty repoussé par Sabourin. Les deux gardiens font le spectacle dans cette première période. D’abord Horák avec un arrêt à bout portant devant Sacha Treille puis Sabourin, impérial sur une reprise de Chouinard.

2016 02 27 Grenoble Rouen3bUn accrochage entre Harty et Matheson permet aux deux équipes de jouer à quatre contre quatre. Alors que Chouinard se fait signaler tardivement en position de hors-jeu, Sacha Treille bute une nouvelle fois sur Horák.

Marc-André Thinel rate un contrôle en bonne position, mais c’est Dany Sabourin qui fait grosse impression en cette fin de premier tiers, en déviant d’abord un lancer de Labrecque puis en effectuant un arrêt à bout portant devant Bouchard. Quelques secondes plus tard, il se signale encore par un arrêt réflexe de la crosse devant Arnaud. Du très grand Sabourin qui en trois arrêts majuscules évite l’ouverture du score grenobloise.

Cette bonne période grenobloise est concrétisée par une pénalité de Coulombe qui retient Perret. Les Brûleurs de Loups finissent le tiers en supériorité numérique mais ne se montrent dangereux que sur une déviation de Sébastien Thinel.

2016 02 27 Grenoble Rouen4Grenoble a quelques secondes de supériorité numérique au début de la deuxième période. Insuffisant pour créer le danger devant Sabourin. C’est même son vis-à-vis, Horák, qui doit sortir une belle mitaine en début de tiers pour préserver le 0-0 alors que Tero Konttinen tire sur le poteau dans la foulée. Horák est encore sollicité sur un lancer de Guénette repoussé alors que Matheson était présent au rebond. Horák finit par céder sur un lancer lointain de Dorey sur lequel il n’esquisse pas le moindre geste, n’ayant vraisemblablement pas vu le départ du lancer (0-1, 24'35").

Horák se rassure sur un lancer dans l’axe de Guillemain mais l’ouverture du score est mal vécue par les Brûleurs de Loups qui retombent dans leurs travers. À trop vouloir en faire, ils se précipitent trop et multiplient les imprécisions. À l’inverse, Rouen tente des jeux parfaits autour de la cage grenobloise et manque l’occasion de faire le break.

2016 02 27 Grenoble Rouen5Alors que Tartari manque une double occasion face à la cage rouennaise, une déviation de Labrecque frôle les montants. La pression est forte devant le slot rouennais, si forte qu’un but est refusé à Grenoble alors que l’arbitre avait déjà sifflé pour libérer la zone du gardien. Alors que Chouinard se montre de nouveau maladroit sur une contre-attaque, Sabourin se rappelle au bon souvenir du public de Pôle Sud en déplaçant sa cage sur une belle combinaison grenobloise.

Comme lors de la première période, Grenoble obtient une pénalité en toute fin de tiers. C’est Arrossamena qui se fait sanctionner pour une obstruction juste devant le gardien grenoblois. Les Brûleurs de Loups poussent jusqu’au coup de sirène pour égaliser... en vain. Après deux tiers-temps, ils n’ont toujours pas réussi à concrétiser un de leurs temps forts.

Les Dragons débutent très fort en troisième période. Harty est obligé de se coucher pour éviter que le palet ne franchisse la ligne, puis Horák repousse un palet alors que Rouen a la mainmise sur le palet dans la zone grenobloise. Successivement, Horák repousse les tentatives de Yorick Treille et de Damien Raux alors que Chouinard échoue sur une nouvelle contre-attaque, son tir étant dévié au passage par Sabourin. Le portier rouennais a tout d’une muraille invincible ce soir et le scénario du match 4 semble se répéter, en inversant les rôles. Jusqu’à un éclair signé Jonathan Harty lequel met toutes ses forces sur un lancer plein axe qui frappe la barre et finit par rentrer (1-1, 50'46").

2016 02 27 Grenoble Rouen6Dès lors, les Grenoblois vont exercer une grosse pression sur la cage rouennaise. Sabourin sera de nouveau sollicité sur un lancer de Gervais, mais les Dragons peuvent souffler lorsque Harty est pénalisé. Une chance pour Rouen d’aller chercher la victoire avant la prolongation, mais Grenoble tient bien en infériorité numérique alors que Horák effectue un bel arrêt sur un tir du revers de Thinel. Lorsque Horák finit par bloquer le palet au milieu de la zone défensive après un tir d’Arrossamena, il reçoit un coup de crosse sur la mitaine. Un geste qui vaut deux minutes à Olivier Labelle.

Cette fois c’est Grenoble qui a l’occasion de plier la rencontre avant la prolongation. Mais s’il y a bien une chose qui n’a pas fonctionné dans cette série, c’est le power-play. Ces dernières minutes ne dérogent pas à la règle et les Isérois n’en profitent pas. Horák doit même rester vigilant sur une échappée de Guénette. Les dernières occasions sont grenobloises avec Sabourin qui frustre une nouvelle fois Chouinard d’une belle mitaine et Tartari qui rate le palet en deux contre un.

2016 02 27 Grenoble Rouen7Place donc à la prolongation. Rouen met la pression en premier avec Matheson qui sollicite Horák d’entrée. Puis c’est au tour de Perret de répondre avec un bon lancer. Aucune des deux équipes ne prend vraiment l’ascendant et les minutes défilent vers la séance de tirs au but.

Grenoble se procure coup sur coup deux belles occasions : d’abord par Chouinard qui se retrouve tout seul face à Sabourin. Mais le capitaine grenoblois trouve le moyen de ne pas cadrer son lancer. Puis c’est un rebond repris par Labreque qui glisse juste à côté du poteau rouennais. Rouen fait le forcing par Thinel puis Matheson. Mais c’est sur une contre-attaque que le sort de la rencontre se joue : Krog et Lampérier partent en deux contre un, la passe du premier pour le second est parfaite. Lampérier met fin au suspense et envoie son équipe en demi-finales (1-2, 68'11").

2016 02 27 Grenoble Rouen8Les Dragons obtiennent leur quatrième victoire et se qualifient en demi-finale après un match compliqué, qui pendant longtemps n’a tenu qu’à un fil. Ils ont pensé refaire le coup de Grenoble lors du match 4 en marquant puis en s’arcboutant à un avantage d’un but jusqu’à la fin. Cela semblait en prendre le chemin jusqu’à l’égalisation de Harty. Les Dragons ne se sont pas démobilisés pour autant et ont su finir le travail en mort subite.

Grand artisan de ce succès, Dany Sabourin, auteur d’une prestation de haut vol ce soir avec quelques arrêts réflexes incroyables. Extrêmement régulier depuis le début de la série, il a permis à Rouen de faire la différence, même lorsque l’attaque des Dragons se montrait moins efficace comme lors des deux derniers matchs de la série. Appliqués défensivement, les Rouennais ont su finir la série en 5 matchs, une belle performance. De quoi également économiser de l’énergie avant une demi-finale difficile face à Gap.

2016 02 27 Grenoble Rouen9Les Brûleurs de Loups peuvent nourrir des regrets. Ce n’est pas vraiment ce soir qu’ils perdent la série. La rencontre fut équilibrée de bout en bout et n’a basculé que sur un coup de dés. Disciplinés et appliqués défensivement, les Grenoblois ont certes manqué d’un zeste de réussite en attaque. Avec cette inefficacité récurrente en power-play (dans lequel Bisaillon n’était étonnamment pas utilisé régulièrement ce soir) et surtout cette approximation dans le dernier geste qui a fait que Grenoble, dominateur au nombre d’occasions, n’a pas pu remporter ce match.

La contribution des leaders offensifs a été, comme depuis le début de la série, clairement insuffisante. L'utilisation avec parcimonie des quatre lignes face à un alignement rouennais plus homogène a également pesé en fin de match. Heureusement, avec le très solide Lukáš Horák, Grenoble a trouvé sur les trois derniers matchs un gardien capable de rivaliser avec Sabourin. Voilà qui ravive un peu plus les regrets des deux premières rencontres, au cours desquelles le choix de Muštukovs, pas encore complètement revenu dans le rythme, ne fut pas le plus judicieux.

2016 02 27 Grenoble Rouen10Car c’est vraiment sur les deux premiers matchs que Grenoble perd cette série. Comme lors de la finale de la coupe de France, les Brûleurs de Loups ont eu du retard à l’allumage et ont essayé de rattraper ensuite le temps perdu. En hissant leur niveau match après match. Mais il était trop tard. Une impression déjà vu donc. Comme cette élimination récurrente en quarts de finale chaque année. Et la fin de saison prématurée qui va avec.

Malgré les moyens mis en œuvre et le recrutement de qualité, les Brûleurs de Loups ne trouvent plus le chemin du dernier carré. Forcément un constat d’échec pour un club ambitieux comme Grenoble et pour Edo Terglav dont la première saison derrière le banc grenoblois est vierge de titre. De quoi provoquer une (nouvelle) remise en question du secteur sportif ?

Désignés meilleurs joueurs du match : Jonathan Harty (Grenoble) et Dany Sabourin (Rouen)

(Photos Philippe Crouzet : http://www.ipernity.com/doc/182273/album/872520) 

Commentaires d’après-match :

2016 02 27 Grenoble Rouen2Edo Terglav (entraîneur de Grenoble) : « Il n’y a pas grand-chose à dire, c’est fini, on est éliminé. À 1-0, on a eu quelques bonnes occasions, on a marqué le but pour rester dans le match. Après ça va en prolongations, il ne manque pas grand-chose. Ça peut aller d’un côté comme de l’autre, une petite erreur défensive à la fin. Et puis on prend un 2 contre 1. Les gars n’ont jamais lâché, ils ont tout donné. C’est ce que j’ai demandé. On a beaucoup de lancers mais on n’a pas mis assez de trafic devant le but. Un gardien comme ça, il faut plus le gêner. On n’a pas été assez agressif devant lui. Les deux équipes étaient bien en place défensivement, ça s’est joué à rien, à deux buts, une déviation, un contre. On jouait la survie, c’est comme une finale, il faut tout donner pour ne pas avoir de regrets. Tous les matchs se sont joués à un but, sauf à Rouen à deux. Le reste c’est des petits détails, un momentum, c’est le sport. Chaque match on a tout donné, personnellement il n’y a pas de regrets. Huit mois pour ça, finir comme ça, c’est dur. »

Fabrice Lhenry (entraîneur de Rouen) : « Ce soir, honnêtement, je pense que Grenoble a mieux joué que nous, a eu beaucoup plus d’occasions. Par contre Dany Sabourin a vraiment fait de gros arrêts, je pense que c’est son meilleur match de la saison. Ce soir il nous a permis de retarder l’échéance, on concède l’égalisation à dix minutes de la fin. On a été malmenés dans notre zone, on a fait pas mal d’erreurs de marquages. Heureusement que Dany Sabourin a fait sept-huit gros arrêts, c’est ce qui a fait la différence ce soir. On a été opportunistes à la fin avec ce but qui nous a bien délivrés. Grenoble faisait partie des favoris comme Gap. En tombant sur eux au premier tour, c’est un soulagement de passer en demi-finales. Après, si on veut aller au bout, il faut battre tout le monde, mais c’est une grosse satisfaction ce soir. De n’avoir fait que cinq matchs aussi, on n’est pas allé trop loin dans la série, il n’y a pas de blessé donc on va pouvoir récupérer et se pencher sur les demi-finales. »

Mathias Arnaud (attaquant de Grenoble) : « On ne pensait pas perdre la série 4-1 comme ça. Surtout là sur le dernier match, on donne tout. L’envie ne reflète pas du tout le début de la série où on perd 3-0. Le match de ce soir, on s’en mord les doigts. On a les occasions à la fin. Ça ne rentre pas. Grosse, grosse déception. Bon gardien en face, on a shooté, on est allé à la cage, c’est le sport. À Rouen, on fait un gros match défensif. Ce soir on revient, on score et on mérite de gagner mais quand ça veut pas.... On a eu des bonnes occasions, Chouinard à la fin, c’était un bon shoot, Labrecque ça passe entre les jambes du gardien et ça va à côté de la cage... Quand on se fait éliminer comme ça au premier tour, l’ambiance n’est pas au top. C’est frustrant. Avec le groupe qu’on a, l’ambiance qu’il y a entre les joueurs, la qualité technique, même l’intensité que donnent certains joueurs, c’est un groupe très solide et ça fait chier de pas passer ce tour-là. »

Yorick Treille (attaquant de Rouen) : « Gros soulagement, c’était une série tendue.... Tous les matchs accrochés, aujourd’hui on est content. Mission accomplie. On continue, Grenoble c’était la première étape. On savait que c’était un gros gros morceau pour un quart de finale. Tout le monde a fait des sacrifices, il y a eu deux beaux gardiens. Sur les trois derniers matchs, il y a eu des 1-0, des 2-1, c’est ça les play-offs. Aujourd’hui on est du bon côté, c’est bon à prendre. Gap très grosse équipe ça joue bien, on les a joués quatre fois cette année, on a gagné deux fois, on a perdu deux fois, c’est un gros collectif, ils se sacrifient, ils jouent bien en équipe, en bloc. Il y a un bon gardien aussi, c’est un match qui va ressembler à ça je pense. »

 

Grenoble – Rouen 1-2 après prolongation (0-0, 0-1, 1-0, 0-1).
Samedi 27 février 2016 à 20h à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3000 spectateurs.
Arbitrage de Nicolas Barbez et Laurent Garbay assistés de Matthieu Barbez et Joris Barcelo.
Pénalités : Grenoble 6' (4’, 0’, 2’, 0’), Rouen 8' (4’, 2’, 2’, 0’)
Tirs cadrés : Grenoble 39 (13, 17, 8, 1), Rouen 34 (7, 10, 9, 8)

Évolution du score :
0-1 à 24'35" : Dorey assisté de Krog
1-1 à 50'46" : Harty assisté de Chouinard et Barlock
1-2 à 68'11" : Lampérier assisté de Krog et Coulombe

 

Grenoble

Attaquants :
Eric Chouinard (C) – Sébastien Gauthier – Danick Bouchard
Sébastien Thinel – Dave Labrecque – Jordann Perret
Romain Chapuis – Christophe Tartari (A) – Mathias Arnaud (2’)
Robin Lamboley – Julien Baylacq – Aubin Lamirault

Défenseurs :
Jakob Milovanovic – Nicolas Favarin
Jonathan Harty (4’) – Sébastien Bisaillon (A)
Ryan Barlock – Quentin Scolari
Stéphane Gervais

Gardien :
Lukáš Horák

Remplaçants : Corentin Noré (G), Arthur Montenoise.

Absents : Julien Guillaume (main), Andrej Hebar (surnuméraire), Petr Kalus (commotion), Ervīns Muštukovs (surnuméraire), Victor Goy (hanche).

Rouen

Attaquants :
Loic Lampérier – François-Pierre Guénette (A) – Marc-André Thinel
Sacha Treille – Jason Krog – Olivier Labelle (2’)
Yorick Treille (A) – Joël Perrault – Nicolas Arrossamena (2’)
Fabien Colotti – Damien Raux – Dan Koudys

Défenseurs :
Léo Guillemain – Patrick Coulombe (C) (2’)
Tero Konttinen – Mark Matheson (2’)
Florian Chakiachvili – Aurélien Dorey

Gardien :
Dany Sabourin

Remplaçants : Quentin Papillon (G), Vincent Nesa. Absent : Olivier Dame-Malka (suspendu)