L'affaire Radulov : fuite, scandale, réconciliation ?

La Russie avait peut-être besoin d'un petit scandale pour lancer "ses" championnats du monde à Moscou et Saint-Pétersbourg. En quelques jours, elle est passée par toutes les émotions. Et ce justement "grâce" au hockeyeur qui exprime le plus ses émotions, positives ou négatives, sur la glace.

RADULOV Alexander 130504 255Ce joueur à fleur de peau, capable de séduire ou d'agacer les foules, c'est évidemment Aleksandr Radulov. Ce fut un choc pour tous les amateurs de hockey russe d'apprendre qu'il ne s'était pas présenté au camp de l'équipe nationale le jour de la convocation. La discipline et la ponctualité sont une valeur cardinale dans la tradition du hockey soviétique et russe. Même les stars ont été privées de championnat du monde quand elles ne sont pas arrivées à l'heure H le jour J (le gardien titulaire Viktor Konovalenko en 1969, ou plus près de nous Aleksandr Syomin en 2007).

Cela ne ressemblait pas à Radulov, et tout le monde était étonné qu'il n'ait prévenu personne. Interrogé, son club - le CSKA Moscou - était mal à l'aise... et pour cause ! Alors que le contrat de Radulov avec le CSKA court jusqu'au 30 avril, il était en voyage non autorisé à New York pour négocier avec des équipes de NHL pour la prochaine saison. La Russie s'est divisée entre les partisans de la ligne dure et ceux qui étaient prêts à pardonner à ce joueur aussi caractériel qu'attachant. Un possible conflit avec l'entraîneur Znarok, suggéré par des attitudes lors de ses dernières sélections en décembre dernier, a aussi été monté en épingle.

Pour chauffer le public, le speaker rappelle lors de la présentation des équipes que, ici même en décembre, la Russie avait balayé la Finlande 8-1. De quoi mettre la barre haut... Un peu trop haut... Les Russes vont vite se rendre compte que les Finlandais paraissent beaucoup plus prêts à huit jours du début du Mondial.

Dès le début du match, Semyon Varlamov a beaucoup de travail. Ce n'est pas plus mal pour lui car il est certainement en dessous de Bobrovsky dans l'esprit de la plupart des supporters russes et doit essayer de gagner sa place de titulaire. Il remporte brillamment son duel face à Teemu Pulkkinen, parti en solitaire à la faveur d'un mauvais changement russe, mais a concédé juste avant l'égalisation de Leo Komarov. L'attaquant finlandais russophone né en Estonie a profité d'une hésitation de Vyacheslav Voinov (pas soutenu par Dadonov), le défenseur qui avait ouvert le score trois minutes plus tôt. 1-1 donc après le premier tiers, mais aussi un tir du poignet sur la barre transversale pour Naïl Yakupov, qui réussit de jolies actions individuelles mais ne trouve pas de compatibilité avec ses collègues.

KOMAROV Leo 140510 328En deuxième période, Vadim Shipachyov perd le palet, un peu accroché par derrière sans que les arbitres ne sifflent (non, le public ne compte pas), et cela permet à Sebastian Aho de marquer le but vainqueur. Dans ce mois d'avril, c'est toute l'Europe du hockey qui découvre les capacités dans le hockey "adulte" de cet Aho, talent de 18 ans déjà porté aux nues en Finlande pour son intelligence de jeu. L'ex-sélectionneur Jukka Jalonen a déclaré qu'il comprenait le hockey mieux que les entraîneurs ! Le score est porté à 1-3 à la dernière seconde du deuxième tiers par un but en lucarne de Pulkkinen, un tir ouvert sur lequel la responsabilité de Varlamov, pas parfaitement placé, est un peu entachée.

Le bilan de ce match est donc franchement mitigé pour les Russes, qui espéraient séduire le public moscovite. Le seul trio qui a donné satisfaction, c'est Telegin-Kalinin-Plotnikov, pas forcément le plus coté. L'entraîneur Znarok tâtonne et a changé toutes ses autres lignes en cours de match.

En particulier, le duo Shipachyov-Dadonov a reçu deux partenaires différents qui n'ont guère convaincu. Znarok a révélé après le match qu'il comptait réunir leur trio de l'an passé avec Artemi Panarin. L'autre option - qui était de lier Panarin avec Anisimov qui a grandement contribué à son excellente saison en NHL (à Chicago avec Patrick Kane) - s'est évanouie quelques heures plus tôt avec la confirmation qu'Artyom Anisimov, interrompu par des blessures depuis plusieurs semaines, devrait être opéré.

Les lignes sont donc à faire, et il reste à savoir qui seront les chanceux ailiers qui bénéficieront de Datsyuk. Plusieurs joueurs ont brillé par le passé à ses côtés : Syomin ou encore... Radulov. Tout s'est en effet dénoué ce vendredi lors de la rencontre tant attendue avec les entraîneurs : il s'est excusé et a été autorisé à rejoindre l'équipe nationale.

Désignés joueurs du match : Vyacheslav Voïnov pour la Russie et Mikko Koskinen pour la Finlande.

Commentaires d'après-match :

Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : "Datsyuk ne jouera pas encore le prochain match contre la Finlande samedi. Mozyakin, Syomin, Bobrovski et Marchenko seront alignés en revanche. Nous garderons encore au moins trois ou quatre places pour des renforts supplémentaires de NHL."

Sebastian Aho (attaquant de la Finlande) : "J'escompte bien que notre jeune équipe aura suffisamment de maîtrise. Des joueurs expérimentés de NHL, qui devraient nous rejoindre, nous aideront et nous serviront de leaders. J'adorerais jouer avec Patrik Laine, c'est un grand joueur. Mais ce n'est pas à moi de décider, et nous avons beaucoup de bons joueurs. Bien sûr, ce serait sympa de transférer le trio complet Puljujärvi-Aho-Laine du hockey junior au hockey senior, mais ce qui est important maintenant, c'est de préparer le championnat du monde, les lignes sont moins importantes. Nous avons encore le temps de jouer ensemble."

 

Russie - Finlande 1-3 (1-1, 0-2, 0-0)
Jeudi 28 avril 2016 à 19h30 au palais des glaces VTB de Moscou. 10420 spectateurs.
Arbitrage de Pavel Hodek et Vladimir Pesina (TCH) assistés de Sergei Shelyanin et Dmitry Sivov (RUS).
Pénalités : Russie 8' (0', 4', 4') ; Finlande 10' (0', 4', 6').
Tirs : Russie 31 (10, 13, 8) ; Finlande 28 (11, 11, 6).

Évolution du score :
1-0 à 26'39" : Voinov assisté de Plotnikov et Kalinin
1-1 à 29'34" : Komarov assisté de Rantanen et Ma. Granlund
1-2 à 36'04" : Aho assisté de R. Ahonen
1-3 à 39'59" : Pulkkinen assisté de R. Ahonen


Russie

Attaquants :
Viktor Tikhonov (-2) [puis Shirokov] - Vadim Shipachyov (A, -2) - Evgeni Dadonov (-2)
Ivan Telegin (+1) - Sergei Kalinin (+1) - Sergei Plotnikov (4')
Sergei Shirokov [puis Tikhonov] - Vladimir Galuzin (C) [puis Burmistrov] - Nail Yakupov
Egor Averin (A, -1) - Aleksandr Burmistrov (-1, 2') - Maksim Shalunov

Défenseurs :
Aleksei Emelin (-1) - Vyacheslav Voïnov
Viktor Antipin (+1) - Maksim Chudinov (2')
Anton Belov (-1) - Egor Yakovlev (-1)
Aleksei Bereglazov (-1) - Nikita Zaitsev (-1)

Gardien :
Semyon Varlamov

Remplaçant : Sergei Bobrovski (G). En réserve : Denis Denisov, Ilya Lyubushkin, Aleksei Marchenko, Pavel Datsyuk, Sergei Mozyakin, Stepan Sannikov, Aleksandr Syomin, Aleksandr Radulov.

Finlande

Attaquants :
Mikko Rantanen - Markus Granlund - Leo Komarov (A, +1, 2')
Mika Pyörälä - Jarno Koskiranta (2') - Sebastian Aho (+1)
Jere Sallinen (+1) - Tomi Sallinen (C, +2) - Teemu Pulkkinen (+1, 4')
Antti Erkinjuntti - Jarkko Malinen - Pekka Jormakka
Ilari Filppula

Défenseurs :
Topi Jaakola (A) - Juuso Hietanen
Anssi Salmela - Tommi Kivistö
Lasse Kukkonen (+1) - Ilari Melart (2')
Rony Ahonen (+2) - Jesse Virtanen (+1)

Gardien :
Mikko Koskinen

Remplaçant : Niklas Bäckström (G). En réserve : Juha Metsola (G), Mikko Lehtonen, Atte Ohtamaa, Max Wärn, Antti Pihlström, Teemu Hartikainen (blessé à la suite d'une charge de Voracek samedi, forfait pour le Mondial).