La France devra se méfier

Jamais la lutte pour l'accès à l'élite mondiale n'aura été aussi indécise. Avant la dernière journée des championnats du monde de Division 1A, cinq pays sur les six participants peuvent encore prendre une des deux premières places a priori synonymes de montée !

C'est la Pologne, organisatrice pour la deuxième année consécutive, qui est "responsable" de ce capharnaüm. Elle était passée tout près de la montée l'an passé, mais cette fois, elle a raté son début de tournoi en perdant contre les Coréens et les Italiens... avant de battre les deux favoris, la Slovénie puis l'Autriche (blanchie 1-0 par le gardien de Morzine-Avoriaz, Przemyslaw Odrobny). Du coup, c'est la bouteille à l'encre. Avant de calculer, Coréens et Italiens savent une chose : ils doivent gagner leur confrontation dans le temps réglementaire pour espérer.

D'un côté, donc, la Corée du Sud, nouvelle venue à ce niveau. Pour préparer les Jeux olympiques 2018 qu'elle organise, elle a naturalisé six Nord-Américains qui jouent depuis plusieurs années dans ce pays. Ils apportent forcément un peu de force physique à l'équipe asiatique. Les Coréens n'ont rien d'exceptionnel, mais ils pratiquent un jeu très discipliné et déterminé.

SCANDELLA Giulio 100510 040L'Italie, pour sa part, ne s'attendait pas forcément à pareille fête. Son hockey sur glace est moribond, son championnat en passe d'être dissous pour être absorbé par la deuxième division autrichienne. Ce match important pour monter en élite n'est même pas diffusé à sa télévision. La Rai n'a pas voulu acquérir les droits pour sa chaîne sportive, qui étaient vendus en "package" avec les demi-finales et finale du championnat du monde élite. Les amateurs italiens de hockey sur glace, qui ont l'habitude de souffrir, sont donc encore privés de leur sport favori. Les Azzurri ont perdu contre les deux favoris, mais la résurrection polonaise leur donne une chance.

Puisque Nick Plastino joue la finale de la Liiga finlandaise et que Brian Ihnacak et blessé, les Italiens n'ont que quatre naturalisés, moins que leurs adversaires ! On ne pourra en tout cas leur faire aucun reproche sur cet argument. Sur ces quatre, deux sont depuis longtemps les meneurs offensifs (Scandella et Tudin) et deux ont été plus récemment qualifiés par leur présence en Italie. Il s'agit de Sean McMonagle, celui qui avait failli venir à Angers un été avant de faire défection vers le championnat transalpin, et du gardien Frédéric Cloutier, qui a fait ses débuts sous le maillot italien à... 35 ans. Pour autant, Cloutier est sur le banc. C'est Andreas Bernard (originaire de Bolzano et parti depuis sept ans en Finlande) qui est titularisé pour ce "match de l'espoir" d'un hockey italien un peu accablé.

Un match qui commence idéalement pour les Azzurri. Leur jeu de puissance, qui a peiné toute la semaine, fait mouche immédiatement : Dan Tudin gagne l'engagement en zone offensive et le tir de la bleue de Thomas Larkin est récupéré au passage par Joachim Ramoser (joueur surnuméraire du champion allemand Munich qui n'a pas joué en play-offs) qui bat Matt Dalton déjà couché. Tout de suite menés, les Coréens élèvent le rythme, avec un patinage très soutenu, mais sont bien contenus dans les balustrades par les défenseurs italiens. Le petit Brock Radunske est même propulsé sur son banc par une belle charge de Stefano Marchetti.

La Corée du Sud a clairement les meilleures occasions en deuxième période, notamment par un Kim Won-jun dans tous les bons coups. Andreas Bernard se montre cependant impérial dans les cages, notamment dans deux duels directs face à Michael Swift, d'abord servi dans le slot en supériorité numérique, puis lancé tout seul en contre-attaque entre les défenseurs par une longue passe. Swift en brise même sa crosse de frustration !

Le gardien italien commet une seule erreur, à dix minutes de la fin, en relançant sur Brock Radunske... qui ne profite pas de l'aubaine. Les Italiens croient pouvoir souffler peu après quand Dan Tudin marque dans une action solitaire en repiquant vers la cage. Mais face aux Coréens, il ne faut pas crier victoire trop vite. En situation de quatre contre quatre, l'entraîneur coréen Jim Paek sort son gardien à cinq minutes de la fin et Eric Regan réduit le score à 2-1 depuis la ligne bleue grâce à un bon écran de Brock Radunske devant Bernard. Son équipe met la pression jusqu'à la fin, y compris à 6 contre 4 dans les dernières secondes avec Scandella en prison, sans parvenir à égaliser.

L'Italie est donc au moins troisième, et elle sera même deuxième si l'Autriche perd contre la Slovénie. Néanmoins, la deuxième place n'est pas totalement sûre pour monter : comme l'Allemagne et la France - co-organisatrices l'an prochain - ne peuvent pas descendre, l'IIHF a décidé que, si elles terminaient aux deux dernières places de leur poule, il n'y aurait qu'un seul relégué de l'élite... et donc un seul promu. Ce qui est sûr en revanche, c'est que cette Italie retrouvera la France en qualification olympique début septembre, et qu'on aurait tort de la croire morte. Une équipe nationale qui réussit alors que toutes les structures s'écroulent autour d'elle, le hockey français a connu ça dans les années 90...

Désignés joueurs du match : Andreas Bernard pour l'Italie et Park Woo-Sang pour la Corée du Sud.

Commentaires d'après-match

Stefan Mair (entraîneur de l'Italie) : "Andy [Bernard] a fait voir qu'il gérait ce type de pression. On a souffert à la fin, on a manqué les occasions d'assommer le match et on a été trop passifs par moments. Le premier objectif annoncé était d'améliorer notre classement de l'an dernier (quatrième), nous l'avons fait quoi qu'il arrive. Je suis très content, surtout pour les jeunes. Le groupe a mûri et fait un pas en avant. Ce tournoi ne peut nous faire que progresser. Nous irons sans pression à la qualification olympique en Norvège. Dès la semaine prochaine, je définirai le programme estival qui sera assez dense, on jouera fin juillet contre des équipes de KHL qui seront en camp dans les Alpes, peut-être Magnitogorsk."

 

Italie - Corée du Sud 2-1 (1-0, 0-0, 1-1)
Vendredi 29 avril 2016 à 13h00 à la Spodek Arena de Katowice. 2500 spectateurs.
Arbitrage de Tipimir Piragic (SLO) et Stephen Reneau (ISA) assistés d'Artur Hylinski (POL) et Martin Korba (SVK).
Pénalités : Italie 8' (2', 2', 4'), Corée du Sud 10' (4', 4', 2').
Tirs : Italie 29 (10, 8, 11), Corée du Sud 27 (9, 11, 7).

Évolution du score
1-0 à 02'38" : J. Ramoser assisté de Larkin et Scandella (sup. num.)
2-0 à 54'35" : Tudin
2-1 à 55'13" : Regan assisté de Kim Won-Jun et Kim Ki-Sung


Italie

Attaquants :
Giulio Scandella (+1, 2') - Daniel Tudin (+1, 2') - Joachim Ramoser (+1)
Markus Gander - Anton Bernard (C) - Marco Insam (-1)
Luca Frigo - Simon Kostner - Diego Kostner (A)
Raphael Andergassen - Tommaso Traversa - José Antonio Magnabosco

Défenseurs :
Alexander Egger - Sean McMonagle
Alex Trivellato (+1) - Thomas Larkin (+1, 4')
Armin Hofer (-1) - Armin Helfer (A, -1)
Michael Angelo Zanatta - Stefano Marchetti

Gardien :
Andreas Bernard

Remplaçant : Frédéric Cloutier (G).

Corée du Sud (2' pour surnombre)

Attaquants :
Brock Radunske (+1) - Kim Ki-Sung - Kim Sang-Wook
Michael Swift (2') - Cho Min-Ho (A, 2') - Shin Sang-Hoo
Shin Hyung-Yun (-1) - Park Woo-Sang (C) - Ahn Jin-Hui
Sin Sang-Woo - Lee Young-Jun - Kim Won-Jung

Défenseurs :
Kim Won-Jun (+1) - Bryan Young (-1)
Lee Don-Ku (A, -1) - Eric Regan (+1, 4')
Oh Hyon-Ho - Seo Yeong-Jun
Kim Hyeok

Gardien :
Matt Dalton [sorti de 55'50" à 56'13", de 57'36" à 59'01" et de 59'35" à 60'00"]

Remplaçant : Park Sung-Je (G). Blessé : Mike Testwuide.