États-Unis - Canada (Mondiaux 2016, groupe B)

Le ranking IIHF nous offre d'entrée une affiche spectaculaire entre le champion en titre et le médaillé de bronze. Les deux effectifs ressemblent peu à ceux de Prague, mais la sélection de nombreux jeunes joueurs prometteurs rend cette opposition intrigante.

Etats Unis CanadaCôté canadien, le coach de Carolina Bill Peters mène une escouade plutôt jeune, surtout en défense. Le vétéran Corey Perry, promu capitaine, tentera d'intégrer le "Triple Gold Club" après avoir remporté l'or olympique et une coupe Stanley avec Anaheim. On compte quinze joueurs qui disputeront leur premier championnat du monde, et trois autres dont ce sera la deuxième participation. Parmi eux, deux champions du monde junior 2015, Max Domi et Connor McDavid, qui ont débuté en NHL cette saison.

Ce n'est pas mieux côté américain, qui envoie traditionnellement une équipe "d'avenir". Autour du vétéran Matt Hendricks, capitaine l'an dernier, la moitié de l'effectif évoluait cette saison en universitaire ou en AHL. Il y aura plusieurs attractions : le probable n°1 de la prochaine draft, Auston Matthews, rookie de l'année en... Suisse, ainsi que la "CCM line" de l'université du Michigan, Kyle Connor - JT Compher - Tyler Motte, auteurs de 71, 63 et 56 pts en 38 matchs universitaires...

Le match est précédé d'une cérémonie d'ouverture : un ballet sur glace, dans lequel de jeunes couples virevoltent avec un ange doré, finalement suspendu dans les airs avec une longue traîne. Puis, de jeunes paysans porteurs d'une crosse entrent en scène. Enfin, Laïka et les drapeaux font leur entrée. Après un hymne russe à six voix, les joueurs entrent sur la glace !

Le Canada en réaction

But Canada 160506 093Le Canada prend le jeu à son compte d'entrée, avec une bonne possession de palet et des passes longues. Sur le reculoir les Américains concèdent deux minutes pour une faute de Patrick Maroon. En contre, Larkin crée un deux-contre-deux que Foligno reprend hors cadre. Les Canadiens n'obtiennent aucun tir et filent au cachot dans la foulée, lorsque Jenner, au duel, maîtrise mal sa crosse et touche Murphy au visage. Les Américains se montrent plus réalistes : installant bien leur jeu, ils portent le palet à la cage. Le grand gabarit de Patrick Maroon bataille dans une forêt de joueurs (1-0).

Une avance de courte durée : sur la présence qui suit, le Canada gagne un duel derrière la cage et trouve Taylor Hall, qui trompe Kinkaid ligne de fond à bout portant (1-1).

Gallagher 160506 296Le match s'anime et Vince Hinostroza commet un cinglage. Ses coéquipiers gèrent bien la situation en se montrant agressifs sur le porteur de palet. Très attendu par le public, McDavid témoigne déjà de sa vision du jeu, sans réussite. Le disque ne quitte guère les crosses des Canadiens. Gallagher, servi au cercle, expédie alors une belle volée en lucarne (1-2). Un but qui réveille les Blancs, qui foncent au but. Vatrano, en retrait, trouve ainsi la botte de Talbot.

La vitesse de Larkin, conjuguée à une bonne technique, développe une nouvelle menace que Vatrano reprend au ras du poteau... mais à côté, bien gêné par un défenseur.

Kinkaid répond à Talbot à six minutes de la pause, d'un solide arrêt sur une volée de près de Duchene, servi par Marchand. Larkin, encore lui, déborde. Sa passe-abandon trouve Warsofsky qui appelait le palet à plein poumons : Talbot détourne la reprise de volée puissante.

Le jeu n'est pas très physique, mais bien rythmé. Kinkaid sauve encore son camp alors que les Rouges s'installent. Cette domination territoriale fait briller Kinkaid pour un nouvel arrêt, avant que Maroon n'en face trop à l'échec-avant et ne concède deux minutes en zone offensive. Le tiers se termine sur cet avantage en possession comme au score pour le Canada.

Domination canadienne

Etats Unis Canada 160506 162Les joueurs de Bill Peters entament en supériorité et obtiennent un bon tir de Dumba, que Kinkaid repousse sans peine. Les Américains évoluent plutôt en contre et Schroeder reçoit ainsi une passe longue pour un tir capté par Talbot.

Le jeu se durcit, avec plus de contacts et moins d'occasions. Après sept minutes dans le deuxième tiers, un lancer de Matheson à la pointe passe entre les jambes de Kinkaid : le portier des Devils est sauvé par les officiels, car Taylor Hall était dans la zone bleue pour dévier. Puis, Jenner et Gallagher s'échangent le palet pour une action de près. Ce temps fort s'arrête lorsque Dumba est pris par la patrouille. Le jeu de puissance américain s'installe et se montre menaçant, sans tromper Talbot.

Etats Unis Canada 160506 192De retour à cinq, le Canada reprend son élan. Duchene, servi au cercle, contrôle le palet et nettoie la lucarne opposée à travers la foule (1-3). Le bloc américain, épuisé par une longue présence sans réussir à changer, craque.

Le champion en titre met la main sur le match, conservant le disque de longues séquences, avec une qualité technique de haut vol. La défense américaine peine à suivre le rythme. Kinkaid réalise plusieurs arrêts miracles devant la ligne Reinhart-Scheifele-Stone, intenable.

Les États-Unis sortent un peu de leur coquille avec une bonne présence de Matthews, puis de la "CCM line", le trio universitaire, qui garde le palet en attaque. Talbot doit rester vigilant, même s'il n'a pas encore eu de gros arrêt à faire. Kinkaid, en revanche, est chaud. Nouvelle action autour de son but et le disque revient sur sa droite. Perry, qui a fait le tour de la cage, récupère et tire : le gardien, assis, repousse du bout de la crosse dans un mouvement désespéré. Les États-Unis essaient, mais se heurtent à un Ryan Murray des grands jours, capable de couper deux actions de suite, de Larkin puis Matthews. L'avance de 3-1 après deux tiers reste largement méritée.

Gestion solide

But Marchand 160506 332Les deux coachs ont un peu remanié leurs projets, notamment en défense. Les défenseurs initialement n°7 ont pris du galon : Santini joue autant que McCabe, Matheson dispose d'un temps de jeu conséquent, au détriment de Hutton. Devant une patinoire très silencieuse, les Etats-Unis tentent de reprendre la main et font le jeu en début de tiers. Matthews sert par exemple Hinostroza, dont le tir tape le métal. Les espoirs américains sont cependant rapidement douchés. Après six minutes, un tour de cage anodin de Jenner finit au fond des filets. Kinkaid n'a pas brillé pour le coup (1-4).

Le Canada gère et se contente d'attendre les Américains en les repoussant dans les bandes. À mi-période, O'Reilly expédie le disque au delà des limites de jeu : deux minutes. Larkin travaille en petit périmètre, le Canada défend bien et se dégage. Le deuxième groupe entre en piste et Matthews perd bêtement un palet : Marchand n'en demandait pas temps et file au but. Il gagne son duel (1-5).

La maîtrise canadienne frustre Hendricks, qui charge un peu trop haut et reçoit logiquement une pénalité, qui ne donne rien. La fin de match est un peu morne, entre un Canada qui ne force plus, des Américains peu dangereux et un public très passif. Tout juste y-a-t-il un peu d'animation à 1'30" de la fin avec quelques mouvements d'humeur, qui envoient Wideman sur le banc des punis. Au final, un score large, qui témoigne d'une nette différence de maturité entre les deux formations.

Désignés joueurs du match : Chris Wideman (USA) et Matt Duchene (Canada)

Commentaires d'après-match :

Steve Santini (défenseur des États-Unis) : "C'était génial, beaucoup de plaisir, je suis juste content d'être là. Les Canadiens ont une très belle équipe, qui a parfaitement exploité la moindre de nos erreurs. Nous ne devons pas laisser autant d'espaces, limiter bien plus que cela les pertes de palet et être plus intelligents dans nos relances."

Matt Hendricks (capitaine des États-Unis) : "Nous avons concédé bien trop de chances face à une équipe aussi technique, excellente. Nous n'étions pas assez précis dans notre zone, pas assez patients et nous avons trop souvent perdu notre marquage. Il faudra mieux faire demain."

Derick Brassard (attaquant du Canada) : "Nous avons eu besoin de dix minutes pour entrer dans le match. Leur but nous a fait réagir. Nous n'avons que quelques entraînements ensemble, et l'alchimie devra s'améliorer. Un autre entraînement nous fera du bien pour le prochain match. Les Américains ont eu aussi une équipe jeune. Nous les avons fait défendre, ce qui nous a donné de bonnes opportunités dans leur camp. La Hongrie ? Je n'ai pas encore regardé l'effectif, mais de toute façon, nous prenons tout le monde au sérieux, nous respectons toutes les équipes. Ils vont travailler dur, à nous d'être prêts."

John Hynes (entraîneur des États-Unis) : "Ils ont très bien joué et méritent leur victoire. C'était un match combatif, le Canada a réussi les jeux parfaits au bon moment. Nous avons pris une bonne leçon et devrons progresser, trouver un chemin pour atteindre le niveau que nous voulons. Les joueurs se sont rendus compte qu'il ne suffisait pas d'être rapide et technique, mais qu'il fallait aussi travailler dur. Ils ont travaillé dur, l'effort était là, la combativité. Mais il faut se montrer plus intelligent, apprendre de ce match. Notre équipe a du caractère, et doit produire plus, en équipe avant tout."

Bill Peters (entraîneur du Canada) : "Un match de haut niveau en ouverture, face à une équipe bien entraînée, qui a poussé. Nous avons quelques détails à améliorer pour le prochain match. Notre équipe est intense, passionnée, et elle a faim. Les joueurs veulent vraiment accomplir quelque chose, s'améliorer chaque jour. C'est cette passion qui me frappe, à l'image de Corey Perry, à peine arrivé. Même en fin de match, avec cette supériorité, les joueurs ont joué sérieusement, comme en club : quitte à jouer en supériorité, autant le faire bien, c'est cette mentalité qui me frappe."

 

États-Unis - Canada (1-2, 0-1, 0-2)
Vendredi 6 mai 2016, 16h15. Yubileiny arena de Saint-Pétersbourg. 5236 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Bjork (SUE) et Marc Wiegand (SUI) assistés de Gleb Lazarev (RUS) et Miroslav Lhotsky (TCH).
Tirs : États-Unis 25 (8, 14, 3), Canada 33 (16, 11, 6)
Pénalités : Etats-Unis 10' (6', 0', 4'), Canada 6' (2', 2', 2')

Récapitulatif du score
1-0 à 04'54" : Maroon assisté de Connor et Warsofvsky (sup. num.)
1-1 à 05'25" : Hall assisté de Brassard et Perry
1-2 à 08'48" : Gallagher assisté de O'Reilly
1-3 à 31'37" : Duchene assisté de Ceci et Murray
1-4 à 45'54" : Jenner assisté de O'Reilly
1-5 à 51'16" : Marchand assisté de Duchene (inf. num.)


États-Unis

Attaquants :
Dylan Larkin - Frank Vatrano - Nick Foligno
Patrick Maroon - Auston Matthews - Jordan Schroeder
Miles Wood - Matt Hendricks - Hudson Fasching
Kyle Connor - JT Compher - Tyler Motte
Vincent Hinostroza

Défenseurs :
Chris Wideman - Noah Hanifin
Jake McCabe - Brady Skjei
Connor Murphy - David Warsofsky
Steven Santini

Gardien :
Keith Kinkaid

Remplaçant : Mike Condon (G). Réservistes : Thatcher Demko (G), Luke Glendening.

Canada

Attaquants :
Taylor Hall - Derick Brassard - Corey Perry
Matt Duchene - Connor McDavid - Brad Marchand
Boone Jenner - Ryan o'Reilly - Brendan Gallagher
Max Domi - Mark Scheifele - Sam Reinhart
Mark Stone

Défenseurs :
Morgan Rielly - Chris Tanev
Cody Ceci - Ryan Murray
Ben Hutton - Matt Dumba
Mike Matheson

Gardien :
Cam Talbot

Remplaçant : Calvin Pickard (G).