Slovaquie – Hongrie (Mondiaux 2016, groupe B)

La Hongrie se fait une fête de retrouver l'élite mondiale. Elle n'a participé qu'une seule fois dans son histoire à un championnat du monde de hockey. C'était en 2009 lorsqu'elle avait arraché la qualification à une Ukraine en déclin un an plus tôt à Sapporo. Elle avait eu alors l'honneur de jouer et de tenir tête au voisin slovaque, ne cédant que d'un but à 13 secondes de la fin.

Slovaquie Hongrie 160507 292Cela reste à ce jour l'un des plus grands exploits de leur équipe pour les supporters hongrois. Et l'explosion de joie des joueurs slovaques d'alors a une portée symbolique plus forte que la victoire de l'an dernier contre la Pologne qui permet justement à la Hongrie de venir jouer ce Mondial en Russie.

Tout comme il y a 7 ans, la Hongrie retrouve à nouveau son cher voisin. Tout un symbole pour un pays qui n'a jamais vraiment eu de relations apaisées avec la Slovaquie, autrefois partie de l'empire austro-hongrois. La faute en partie à des frontières tracées lors du Traité du Trianon au sortir de la première guerre mondiale et qui laisse une région peuplée essentiellement de Hongrois en territoire slovaque.

Dans le jeu en revanche, ce sont logiquement les Slovaques qui occupent la zone hongroise, et ce dès les premières minutes. Deux tirs de la ligne bleue bien stoppés par le gardien hongrois donnent le ton du match : le danger va venir surtout des grands et robustes défenseurs slovaques.

Le capitaine Marton Vas, reconverti défenseur après une carrière d'attaquant, commet la première faute et rejoint le banc de la prison, mais la maison magyare tient bien le coup, notamment grâce au naturalisé canadien Andrew Sarauer qui intercepte de la crosse un palet à mi-hauteur pour le dégager hors de sa zone. Le même s'illustre à nouveau en provoquant une situation dangereuse devant Branislav Konrad, le portier d'Olomouc.

Mais au retour à 5 contre 5, la Slovaquie profite d'une incursion hongroise pour partir dans une contre-attaque initiée par Vladimir Dravecky. Le tir de Granak est d'abord repoussé mais Tomas Marcinko profite du rebond (1-0 à 7'07).

Marton Vas 160507 163Dominik Granak n'est pas loin de doubler la marque d'un tir puissant, Juraj Mikus ne parvient pas à exploiter le rebond cette fois. Ce sont bien les défenseurs qui se montrent les plus dangereux. Les attaquants, eux, se font pénaliser inutilement : Tomas Hrnka commet une obstruction le long de son banc.

La pénalité est mise à profit par le jeune Vilmos Gallo, un jeune Hongrois qui évolue en Suède et qui est considéré comme le plus prometteur après Janos Hari qui lui aussi vit en Suède, mais depuis son enfance lorsque ses parents ont émigré, et qui a ainsi bénéficié de la formation scandinave (Janos Hari s'est malheureusement blessé au poignet durant un match de préparation contre l'Autriche).

Vilmos Gallo entre en zone offensive et contourne la cage pour tenter un but à la Almasy. Il ne trompe pas le gardien mais parvient à servir Istvan Bartalis, qui voit son tir repoussé. Le vieux renard canadien Frank Banham n'en n'a pas besoin d'autant pour exploiter le rebond plein axe (1-1 à 13'30)

La Slovaquie tente de réagir immédiatement grâce à Tomas Jurco. L'avant des Red Wings de Detroit intercepte un palet mal sorti à la ligne bleue et part seul. Mais il perd son duel face à Miklos Rajna.

Marton Vas a-t-il été déconcentré lorsque l'arbitre lui a demandé de ressortir son maillot hors de sa culotte avant l'engagement ? En tout cas, sur l'engagement gagné par Marek Viedensky, le palet est rapidement transmis à Martin Marincin puis à Andrej Sekera qui arme son tir. Le vieux Hongrois n'est pas monté assez rapidement sur le tireur et le missile du défenseur d'Edmonton est dévié juste ce qu'il faut par Tomas Jurco pour tromper le cerbère ougrien (2-1 à 17'43)

La Hongrie se présente au deuxième tiers en infériorité car Kalvin Sagert a commis une faute juste avant la pause. La pénalité est tuée sans trop de mal. Mais à égalité numérique, Andrej Meszaros voit sa grosse frappe s'écraser contre le métal du but hongrois.

Slovaquie Hongrie 160507 203Les occasions slovaques se multiplient. La Hongrie semble dans la même situation que la France lors de son retour parmi l'élite : capable de tenir le match pendant 30 minutes, mais avec encore du chemin à faire pour tenir la distance. Mais elle ne craque pas pour autant, même sur une échappée de Dravecky que le gardien arrive à bloquer de la jambière.

Elle bloque beaucoup de palets, à l'image de Balint Magosi. L'avant des Diables Rouges de Briançon, relégué en France, fait son possible pour ne pas être relégué aussi avec son équipe nationale. Il avait déjà pris un palet sur la cheville en bloquant un tir en première période, il continue d'en bloquer, au point d'en perdre sa crosse. Mais sans crosse, on défend tout de suite moins bien et face à la canonade slovaque, il est poussé à la faute en retenant un joueur des deux mains.

Mais le powerplay slovaque ne fonctionne pas bien et Miklos Rajna tient la maison hongroise. Au moins jusqu'à ce que Andrej Sekera initie un superbe mouvement en lançant en profondeur en zone offensive Tomas Jurco, qui part derrière la cage et trouve une magnifique passe du revers en pivot. Sekera devant le but reprend et fait le break (3-1 à 35'09).

Slovaquie Hongrie 160507 128Sekera faisait partie avec Dominik Granak de l'équipe slovaque de 2009. Depuis il s'est imposé en NHL comme un très bon défenseur offensif et ne semble pas vouloir revivre le stress de la fameuse victoire in-extremis d'il y a 7 ans. La Slovaquie peut alors maintenant garder plus sereinement la main-mise sur la rencontre.

Mais cette domination de la deuxième période ne se retrouve pas dans la troisième. La Hongrie garde espoir, poussée par une énorme colonie de supporters, largement plus nombreuse que celle de Slovaquie. Les six joueurs qui avaient déjà connu le Mondial 2009 tentent d'insuffler le même état d'esprit. Au point de pousser la Slovaquie à la faute.

Par trois fois, l'équipe à la double-croix doit jouer en infériorité. La Hongrie parvient même assez souvent à installer son jeu de puissance et à sa montrer dangereuse. Étrangement les colosses slovaques ne profitent pas de leur allonge pour contrer plus efficacement les avants hongrois. Istvan Bartalis tire même plein axe mais voit sa tentative déviée du bout de la mitaine.

Avec 2'50" à jouer et 2 buts de retard, l'entraîneur Rich Chernomaz sort son gardien. Mais la ligne de Janos Vas, un centre qui a laissé de bons souvenirs partout où il est passé en ligue Magnus, perd le palet. Patrik Lusnak, du rond central, envoie le palet dans le filet désert, entre les jambes du défenseur Kevin Wehrs qui s'en veut un peu (4-1 à 57'43).

Slovaquie Hongrie 160507 089La messe est dite même si le gardien hongrois laisse à nouveau sa place à un joueur de champ supplémentaire, pour essayer de se faire plaisir avant tout et de ravir les supporters magyars qui continuent de chanter et de saluer la belle performance de leurs protégés.

Premier Mondial pour le nouvel entraîneur slovaque. Victoire logique dans un match piège face à un adversaire surmotivé par le symbole. Le retour à un entraîneur national après l'ère Vujtek (parti entraîner les siens en République tchèque) n'a pas changé fondamentalement la donne pour la Slovaquie qui n'a pas le lustre du début des années 2000, mais qui possède d'impressionnants gabarits, la plupart en défense et certains avec un apport offensif très dangereux.

La Hongrie n'a pas démérité et a montré de bonnes choses, notamment une bonne technique en situation de jeu de puissance. Elle est consciente de ses limites mais peut compter sur un grande ferveur populaire.

Désignés joueurs du match : Andrej Sekera (Slovaquie) et Vilmos Gallo (Hongrie).

Commentaires d'après-match :

Janos Vas (attaquant de la Hongrie) : "Nous sommes avant tout contents d'être présents au plus haut niveau. C'est agréable de jouer contre les meilleures équipes. Par rapport au match d'il y a 7 ans, nous n'avons pas réussi à jouer aussi bien défensivement. Nos supporters nous suivent beaucoup, c'est bien. L'an dernier nous pouvions jouer devant 10 000 supporters. Pour tous nos matches à venir, nous voulons prendre du plaisir. Qui sait ce qui va se passer. On prévoit de gagner tous nos matches maintenant [rires]. Nous ne nous projetons pas trop à l'avance. L'an prochain, nous verrons où nous serons."

But Slovaquie 160507 219Zdeno Ciger (entraîneur de la Slovaquie) : "C'était un match important pour nous et je suis content de la victoire. Nous nous attendions à une équipe affamée et motivée, et ils l'ont démontré. Ils étaient physiquement bien préparés et nous avons eu la chance d'ouvrir le score. À la fin nous avons concédé trop de pénalités. C'est une victoire d'équipe."

Rich Chernomaz (entraîneur de la Hongrie) : La dernière fois que la Hongrie a joué à ce niveau, c'était il y a 7 ans et les joueurs étaient logiquement nerveux en début de match. Notre but en supériorité a fait du bien. La Slovaquie a bien joué défensivement, ils ont su contrer notre gestion de palet en deuxième tiers, ce qui nous a forcé à prendre des risques et à rester cantonnés sur l'extérieur. Le troisième tiers a été notre meilleur, nous avons réussi à envoyer le palet derrière leur défense. On a manqué de qualité d'exécution sur les trois supériorités en fin de match. Je suis tout de même content des efforts. La Slovaquie a marqué grâce à ses joueurs NHL, nous n'en avons aucun. Ce sont des joueurs qui peuvent évoluer à haute vitesse, faire des gestes techniques de haut niveau. Ils l'ont montré, avec ces tirs de leurs défenseurs, ces déviations. Notre défi, à chaque match, c'est de comprendre cela. Et de faire prendre conscience aux joueurs que s'ils n'y croient pas eux mêmes, alors ils sont déjà morts. Le Canada demain ? J'ai vu le match contre les Américains et ils ont bien mieux exécuté leurs séquences que leur adversaire. À ce niveau, tout vient de la gestion du palet. Ils peuvent créer des solutions grâce à leurs défenseurs. Nous devrons limiter au maximum nos erreurs. Aujourd'hui, nous avons échappé à quelques situations face aux Slovaques, notamment en deuxième tiers où nos joueurs ont souvent été pris à ne pas pouvoir changer de ligne, à faire des présences longues. Contre le Canada, nous n'aurons sans doute pas autant de chance.

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Slovaquie – Hongrie 4-1 (2-1, 1-0, 1-0)
Samedi 7 mai 2016, 12h15. Yubileiny arena de Saint-Pétersbourg. 2830 spectateurs.
Arbitrage de Timothy Mayer (USA) et Marc Wiegand (SUI) assistés de Roman Kaderli (SUI) et Judson Ritter (USA)
Tirs : Slovaquie 28 (11, 11, 6), Hongrie 21 (6, 4, 11)
Pénalités : Slovaquie 10 (2, 0, 8), Hongrie 6 (4, 2, 0)

Évolution du score
1-0 à 07'07" : Marcinko assisté de Granak et Dravecky
1-1 à 13'30" : Banham assisté de Gallo et Bartalis (sup. num.)
2-1 à 17'43" : Jurco assisté de Sekera et Marincin
3-1 à 35'09" : Sekera assisté de Jurco et Marincin
4-1 à 57'43" : Lusnak assisté Hrinka et Svarny (cage vide)


Slovaquie

Attaquants :
Marko Dano – Martin Renway (A) – Martin Bakos
Libor Hudacek (2', +2) – Marek Viedensky (+2) – Tomas Jurco (+2)
Marek Bartanus (+1) – Tomas Marcinko (+1) – Vladimir Dravecky (+1)
Patrik Lusnak (+1) – Andrej Stastny (+1) – Tomas Hrinka (2', +1)

Défenseurs :
Michal Sersen (A) – Andrej Mezsaros
Andrej Sekera (A, +2) – Martin Marincin (2', +2)
Juraj Mikus (2', +1) – Dominik Granak (+1)
Ivan Svarny (+1) – Christian Jaros (2', +1)

Gardien :
Branislav Konrad

Remplaçant : Julius Hudacek (G)

Hongrie

Attaquants :
Gergo Nagy (-1) – Istvan Bartalis (–2) – Istvan Sofron (-1)
Vilmos Gallo (-1) – Andrew Sarauer (-1) – Daniel Koger
Balazs Sebok (-1) – Janos Vas (A, -2) – Csaba Kovacs (A, -2)
Balint Magosi (2', -1) – Kisztian Nagy – Andras Benk
Frank Banham

Défenseurs :
Kevin Wehrs (-3) – Jesse Dudas (-2)
Kalvin Sagert (2', -1) – Bence Sziranyi (-1)
Marton Vas (C, 2') – Bence Stipsicz (-1)
Szombor Garat

Gardien :
Miklos Rajna [sorti de 57'15 à 57'43 puis de 58'27 à 60']

Remplaçant : Zoltan Hetenyi (G)

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